Le procès Goldman, « le procès, rien que le procès… »

Le procès Goldman, « le procès, rien que le procès… »

« Un film, ça doit être un angle, je ne vois pas l’intérêt de raconter toute l’histoire de quelqu’un ! » Cédric Kahn

LE PROCÈS GOLDMAN

Son 13e long métrage MAKING OF avec Denis Podalydès, Jonathan Cohen, Emmanuelle Bercot & Stefan Crepon est terminé et sortira en salles le 10 janvier prochain.
Mais c’est pour parler du PROCÈS GOLDMAN, sa précédente réalisation présentée en ouverture de la Quinzaine des cinéastes à Cannes et en avant-première au Festival du film francophone d’Angoulême que nous avons rencontré Cédric Kahn, fin août dans la cité angoumoisine.

L’histoire
En avril 1976, débute le deuxième procès de Pierre Goldman, militant d’extrême gauche, condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour quatre braquages à main armée, dont un ayant entraîné la mort de deux pharmaciennes. Il clame son innocence dans cette dernière affaire et devient en quelques semaines l’icône de la gauche intellectuelle. Georges Kiejman, jeune avocat, assure sa défense. Mais très vite, leurs rapports se tendent. Goldman, insaisissable et provocateur, risque la peine capitale et rend l’issue du procès incertaine.

Avec ce 12e film en tant que réalisateur, Cédric Kahn signe son premier film de procès. Un long métrage intense et captivant où la parole domine. Un (quasi) huis-clos oppressant dont on ressort sans avoir un avis véritablement tranché sur la question de l’innocence ou de la culpabilité de Pierre Goldman.
Et peu importe d’ailleurs, tant l’intérêt du film ne se situe pas là. En revanche, on vibre pendant près de deux heures devant les joutes oratoires des principaux protagonistes. On se passionne par l’intensité de ce qui se joue entre le prévenu et son avocat, la défense de ce dernier étant régulièrement mise à mal par les éclats de Goldman.  

A travers sa mise en scène au scalpel, Cédric Kahn saisit au plus près l’incroyable complexité de Goldman. Il soulève de pertinentes et vertigineuses questions, notamment sur la notion de vérité, de l’importance de la justice, du point de vue et de l’engagement.
Son dispositif immersif de tournage est intégralement mis au service de la parole et de ses remarquables interprètes, au cœur de cette salle de tribunal où chacun s’affronte et se défie avec puissance.

Précisons évidemment que la réussite du film ne serait pas la même sans ses deux principaux interprètes. Arieh Worthalter compose un Pierre Goldman complexe et fascinant face à un Arthur Harari qui incarne Georges Kiejman de manière magistrale….

INTERVIEW CÉDRIC KAHN

LE PROCÈS GOLDMAN

Un film de Cédric Kahn
Scénario de Nathalie Hertzberg et Cédric Kahn
Avec Arieh Worthalter, Arthur Harari, Stephan Guérrin-Tillié, Nicolas Briançon…
Policier – Drame judiciaire – 1H56 – France
Sortie en salles le 27 septembre 2023

Poisson rouge – J’ai la mémoire qui flanche…

Poisson rouge – J’ai la mémoire qui flanche…

POISSON ROUGE

Un film de Hugo Bachelet, Clément Vallos, Matthieu Yakovleff
Scénario de Hugo Bachelet, Clément Vallos
Avec Guillaume Darnault, Julie Gallibert, Andy Pimor, Fabien Strobel, Denis Lavant, Thomas VDB, Steve Tran, Clémence Bretécher…
Comédie – 1H40 – France
Sortie en salles le 27 septembre 2023

L’histoire
Guillaume, 33 ans, perd la mémoire de façon irréversible et va rentrer dans un centre spécialisé. Dans l’espoir de lui laisser un souvenir heureux, ses potes d’enfance lui organisent un dernier week-end festif. Ils se lancent dans un road trip qui permettra peut-être à Guillaume de régler ses problèmes avant qu’il ne les oublie…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour le bon esprit qui se dégage de ce premier long métrage écrit à 6 mains. Un film en forme de road movie autour d’une puissante amitié que rien ne peut ternir, pas même la maladie et une fin annoncée.
Les trois réalisateurs ont choisi le ton de la comédie pour nous conter cette histoire qui aurait facilement pu sombrer dans le pathos. Il n’en est rien et le spectateur n’est jamais plombé par les mésaventures de Guillaume et ses potes. A ce titre, POISSON ROUGE n’est pas sans évoquer par moments le cinéma du duo Kervern/Delépine. « Les copains d’abord » …   

2/ Pour la performance que constitue le travail d’improvisation du quatuor des comédiens principaux dont la complicité saute aux yeux, dès les premières secondes du film. Le plaisir du jeu de la joyeuse bande, leurs regards, leurs échanges transpirent le naturel. Et pour cause, Julie Gallibert, Guillaume Darnault, Andy Pimor et Fabien Strobel se connaissent très bien et se « pratiquent » depuis de nombreuses années, notamment au sein de la troupe d’improvisation « Les AutreS ».

Les quatre ami.e.s  ont su mettre leur talent au service d’un scénario écrit mais en grande partie non dialogué, même pour des comédiens plus chevronnés comme Denis Lavant ou Thomas VDB.
Ce parti pris gonflé d’improvisation procure le sentiment d’une belle liberté de ton et un agréable supplément d’âme et d’esprit au film.

3/ Pour la place que les cinéastes laissent au spectateur qui est amené à réfléchir à son attitude en pareille circonstance… Comment gérer les dernières heures de liberté d’un proche ? En lui organisant des moments légers, futiles pour « oublier » ou en le poussant à se recentrer sur l’essentiel et à se poser des questions qu’il avait mises de côté comme ici, par exemple, les relations de Guillaume avec sa mère et son père (et une très belle scène à la clé avec le trop rare Denis Lavant).  

 

Loup y es-tu ? Tempêtes sous des crânes

Loup y es-tu ? Tempêtes sous des crânes

LOUP Y ES-TU ?

Un film de Clara Bouffartigue
Scénario de Clara Bouffartigue
Documentaire – 1H25 – France
Sortie en salles le 13 septembre 2023

L’histoire
Des jeunes, des enfants et leurs parents viennent consulter, souffrance en bandoulière, sous le manteau ou sous la peau, c’est selon. Au centre médico-psycho-pédagogique, les soignants sont là pour les accompagner en thérapie. Par le jeu, le dialogue, le silence, en famille, en groupe ou individuellement, ils cheminent pour les aider à grandir. La nuit, dans les couloirs et la salle d’attente, entre rêve et cauchemar, un drôle de petit bonhomme s’anime et libère ses émotions. Il était une fois, derrière le symptôme, tapis dans l’ombre, des enfants, des adolescents et des parents qui avaient peur du loup… Loup y es-tu ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ En 2012 avec TEMPÊTE SOUS UN CRÂNE, Clara Bouffartigue montrait la volonté farouche de deux professeures d’une classe de 4ème C dans un collège de Seine St Denis, à transmettre à leurs élèves le savoir et les moyens de s’exprimer. Plus de 10 ans après, la réalisatrice poursuit sur sa lancée et nous propose un voyage passionnant et en immersion avec des enfants et leurs familles au cœur d’une méthode d’accompagnement par la parole et la thérapie dans un centre médico-psychopédagogique (CMPP)

2/ Un peu à la manière d’un Raymond Depardon quand il scrute le système judiciaire, médical ou politique, la réalisatrice nous invite à pénétrer, pour mieux le comprendre, le cœur d’un dispositif dont la volonté première, mais pas uniquement, est de renouer le dialogue entre enfants et parents dont les blessures et les douleurs sont à panser. Comme le montre formidablement le film, ce dispositif peut prendre différentes formes : groupe d’échange de paroles, auto-analyse, jeux de rôles… Et c’est terriblement instructif, violent, beau, juste et touchant.

3/ Saluons la proposition audacieuse de Clara Bouffartigue qui ne s’est pas contentée de poser sa caméra pour y recueillir la parole d’enfants, de parents et de « soignants ».
En effet, LOUP Y ES-TU ? est rythmé par un certain nombre de très belles séquences animées qui n’ont rien d’artificiel. Elles apportent au film une nécessaire respiration et viennent apporter un éclairage poétique (et souvent très noir) qui ramène, tout comme le titre du film à l’enfance. Un passage essentiel, souvent heureux mais aussi parfois compliqué et douloureux à la fois pour l’enfant mais aussi pour son entourage qui est souvent déstabilisé par des comportements qu’il juge inopportun.
Soulignons à cet effet, le remarquable générique animé du film qui évoque très fortement par son imagerie et sa bande son (signée Jean Poulhalec) le cinéma de Tim Burton (et la musique de Danny Elfman), un réalisateur dont les affres de l’enfance nourrissent depuis toujours le cinéma… A l’image de celui généreux et sensible de Clara Bouffartigue.

Toni, en famille – Enthousiasme à tous les étages…

Toni, en famille – Enthousiasme à tous les étages…

« Je voulais faire un film féministe, je n’ai vraiment pas peur de ce mot-là ! » Nathan Ambrosioni

TONI EN FAMILLE

 Antonia, dite Toni, élève seule ses cinq enfants. Un job à plein temps. Elle chante aussi le soir, dans des bars, car il faut bien nourrir sa famille. Toni a du talent. Elle a enregistré un single qui a cartonné. Mais ça, c’était il y a 20 ans. Aujourd’hui ses deux aînés s’apprêtent à rejoindre l’université. Alors Toni s’interroge : que fera-t-elle quand toute sa progéniture aura quitté le foyer ? A 43 ans, est-il encore temps de reprendre sa vie en main ?

4 ans après LES DRAPEAUX DE PAPIER, son premier long métrage, Nathan Ambrosioni persiste et signe en nous offrant un nouveau grand huit émotionnel avec TONI, EN FAMILLE.
Un second long-métrage drôle et délicat, véritable déclaration d’amour à la famille, découvert en juin dernier lors du Festival du Film de Demain à Vierzon.

Avec TONI EN FAMILLE dont il a également signé le scénario, Nathan Ambrosioni confirme l’acuité de son regard en nous proposant une bouleversante chronique familiale et un magnifique portrait de femme. A l’instar de l’interprète de Toni, Camille Cottin, on se demande bien ou le jeune réalisateur a pu puiser sa brillante inspiration pour écrire un tel rôle…

« Nathan… il a envie de libérer plein de choses… » Camille Cottin

La maturité de son écriture impressionne d’autant plus que, mine de rien, il fait passer de très nombreux messages, sans jamais être didactique ou donneur de leçon.

Alors n’hésitez surtout pas une seconde et courez-découvrir cette pépite de la rentrée qui vous fera passer par toute la palette des sentiments. Nul doute que vous allez rire, pleurer et être très touchés par le quotidien de cette belle famille… Et vous allez voir, ça fait du bien 😊

C’est à quelques minutes de la toute première projection publique du film au Festival du film de demain que j’ai eu l’immense plaisir d’interroger Nathan Ambrosioni et deux de ses jeunes comédiens Louise Labeque et Thomas Gioria sur ce film qui leur tient tellement à cœur ! Autant dire que malgré l’enthousiasme et le bonheur de parler pour la première fois à un journaliste de leur bébé, ils étaient un peu tendus…
Deux jours plus tard, non seulement Nathan, Louise et Thomas n’avaient pas perdu leur enthousiasme contagieux mais ils étaient sur un petit nuage, tant leur film avait suscité l’enthousiasme du public et du jury présidé par Mathilde Seigner avec à la clé, pas moins 3 récompenses : Prix du public, meilleur film & meilleur scénario.

Quant à l’interprète de Toni, l’excellente Camille Cottin, c’est à l’occasion du Festival du film francophone d’Angoulême ou le film était présenté comme le Coup de cœur de Dominique Besnehard, que nous l’avons rencontré…

INTERVIEW NATHAN AMBROSIONI, CAMILLE COTTIN, LOUISE LABEQUE & THOMAS GIORIA

TONI, EN FAMILLE

Un film de Nathan Ambrosioni
Scénario de Nathan Ambrosioni
Avec Camille Cottin, Louise Labeque, Léa Lopez, Thomas Gioria, Juliane Lepoureau, Oscar Pauleau, Catherine Mouchet, Florence Muller…
Comédie dramatique – 1H36 – France
Sortie en salles le 6 septembre 2023

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Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

LE CHAMP DES POSSIBLES (Deserto particular)

Un film de Aly Muritiba
Scénario de Aly Muritiba & Henrique Dos Santos
Avec Antonio Saboia, Pedro Fasanaro, Thomas Aquino
Drame – Thriller – Romance – 2H – Brésil
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
Daniel, 40 ans, a été suspendu de ses fonctions d’agent de police suite à une bavure. Il se focalise alors sur une relation virtuelle avec une personne mystérieuse qu’il n’a encore jamais rencontrée. Lorsqu’elle cesse de répondre à ses SMS, il décide de parcourir des milliers de kilomètres pour la retrouver…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec LE CHAMP DES POSSIBLES, son cinquième long-métrage (mais le premier à être distribué en France), Aly Muribita nous offre une œuvre intimiste autour de la masculinité et fait voler en éclat certains clichés machistes. Le réalisateur brésilien aborde son sujet avec pudeur mais sans faux semblants et sans jamais verser dans le mélo lacrymal qu’il aurait facilement pu se contenter d’être. D’autant que le film débute au moment où Daniel, obsédé par sa relation virtuelle, doit aussi affronter deux problèmes, son procès à venir et les soins quotidiens qu’il doit prodiguer à son vieux père malade.

2/ LE CHAMP DES POSSIBLES est porté par la subtile composition de ses deux principaux comédiens Antonio Saboia (Daniel) et Pedro Fasanaro (Robson/Sara). Des performances qui captent parfaitement toutes les ambiguïtés, les failles, les doutes des personnages avec deux acteurs qui se fondent avec justesse au cœur de la mise en scène discrète mais sensuelle d’Aly Muribita.

3/ Au fil de ce récit sur la rencontre inattendue de deux solitudes, il se dégage une douce et touchante mélancolie. Un CHAMP DES POSSIBLES qui ouvre celui de l’envie de découvrir les autres réalisations du cinéaste brésilien. A bon entendeur…