La nuit du verre d’eau, intime et sensible

La nuit du verre d’eau, intime et sensible

« Ce film est absolument viscéral et organique pour moi ! » Carlos Chahine

LA NUIT DU VERRE D’EAU

Liban, été 1958. Trois sœurs de la bonne société chrétienne sont en villégiature dans la montagne libanaise. La vie tranquille du village est bousculée par les échos d’une révolution grondant à Beyrouth et par l’arrivée de deux estivants français. Mais c’est de l’intérieur de la famille que viendra le bouleversement.

« Lâcher le pouvoir, c’est toujours très compliqué ! » Carlos Chahine

Né au Liban, Carlos Chahine quitte son pays natal en 1975, à cause de la guerre.
Vivant en France, mais retournant régulièrement au Liban, il travaille comme acteur mais aussi comme metteur en scène de théâtre.
C’est plus de 15 ans après avoir signé un court métrage intitulé LA ROUTE DU NORD que Carlos Chahine nous offre son premier long-métrage LA NUIT DU VERRE D’EAU. Un film très personnel, très intime sur la terre de son enfance et autour de l’amour fusionnel entre un jeune garçon et sa maman, Layla.

Le réalisateur observe avec sensibilité un pays et une époque trouble, à travers le portrait d’une jeune femme en quête de liberté, au cœur d’une société patriarcale.
Ce personnage de Layla est incarné avec beaucoup de grâce et de talent par l’actrice et chanteuse Marilyne Naaman (elle a été candidate de The voice, cette année) qui partage l’affiche avec le tout jeune Antoine Merheb Harb, mais aussi Nathalie Baye et Pierre Rochefort.

« Ce système patriarcal est terrible pour les femmes, bien sûr, mais terrible pour les hommes aussi… » Carlos Chahine

C’est à l’occasion du Festival du film de demain à Vierzon où LA NUIT DU VERRE D’EAU était présenté en compétition que nous avons pu échanger avec Carlos Chahine sur ce film et sur ce pays auquel il est viscéralement attaché.

Deux jours plus tard, c’est un réalisateur heureux que nous avons retrouvé. En effet, si le public a réservé un accueil très attentif à son premier film, le jury du festival a salué LA NUIT DU VERRE D’EAU par deux récompenses. Le prix d’interprétation a été attribué à Marilyne Naaman pour sa belle incarnation du personnage de Layla, tandis qu’Antonin Tardy était couronné par le prix de la meilleure musique originale.  

LA NUIT DU VERRE D’EAU
Un film de Carlos Chahine
Scénario de Carlos Chahine
Avec Marilyne Naaman, Antoine Merheb Harb, Nathalie Baye, Pierre Rochefort…
Comédie dramatique – 1h23 – France
Sortie en salles le 14 juin 2023

INTERVIEW CARLOS CHAHINE

Love life, humanisme universel…

Love life, humanisme universel…

LOVE LIFE

Un film de Kôji Fukada
Scénario de Kôji Fukada
Avec Fumino Kimura, Tomorowo Taguchi, Tetta Shimada
Drame – 2h04 – Japon
Sortie en salles le 14 juin 2023

L’histoire
Taeko vit avec son époux Jiro et son fils Keita en face de chez ses beaux-parents. Tandis qu’elle découvre l’existence d’une ancienne fiancée de son mari, le père biologique de Keita refait surface. C’est le début d’un cruel jeu de chaises musicales, dont personne ne sortira indemne.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Réalisateur des très remarqués L’INFIRMIÈRE, SUIS-MOI JE TE FUIS et FUIS-MOI JE TE SUIS, le cinéaste japonais Kôji Fukada confirme avec LOVE LIFE tout le bien qu’inspire son travail.
Ce nouveau film, dans la droite lignée de l’œuvre de Hirokazu Kore-Eda (NOBODY KNOWS, TEL PÈRE, TEL FILS) par sa manière de décrire la famille, est un très beau moment de cinéma. Un film intense et délicat dont le souvenir nous hante bien après l’avoir découvert.
Il faut dire que le réalisateur n’a pas son pareil pour nous présenter avec force détail ses personnages principaux et leurs conditions de vie presque idylliques. Seulement voilà, le destin s’en mêle et le quotidien de Taeko & Jiro s’en trouve totalement bouleversé. Impossible d’en dire beaucoup plus sur ce moment dramatique qui fait basculer le film, sans gâcher votre plaisir de cinéphile. Toujours est-il que vous vous trouvez alors embarqué dans une aventure humaine bien plus originale et passionnante qu’il n’y parait au premier abord.

2/ LOVE LIFE qui ose avec bonheur les ruptures de ton, passant d’une grande douceur au déchirement intime, provoque des sentiments souvent contradictoires envers des personnages complexes et aux comportements parfois ambigus. Le réalisateur en profite pour aborder de nombreux sujets tels que le manque, la solidarité, le besoin d’autrui, l’entraide, l’aveuglement amoureux, le rapport de classe et de générations…
En effet, à travers un récit très contemporain, Kôji Fukada laisse entendre que les rapports inter générationnels n’ont finalement pas tant évolué que ça entre le japon d’hier et celui d’aujourd’hui. Le respect et une forme de soumission aux anciens est montrée comme pratiquement plus importante que la relation entre époux. C’est d’autant plus vrai que LOVE LIFE pointe également la question de la différence de classe sociale entre Taeko et la famille de son mari.  Le film dénonce ainsi une forme de carcans dans lequel Taeko & Jiro sont emprisonnés et dont ils tentent de s’affranchir, non sans faire de dégâts autour d’eux…  

3/ Kôji Fukada joue avec beaucoup d’intelligence sur la notion de distance, géographique, physique et émotionnelle entre ses personnages principaux. On s’y perd parfois mais toujours avec plaisir tant le cinéaste sait nous ramener à l’essentiel. Avec LOVE LIFE, présenté à la Biennale de Venise en 2022, le réalisateur signe une nouvelle pièce maitresse de son cinéma et surtout un très beau et subtil mélodrame familial que l’on vous conseille chaleureusement.

Invincible été. La magistrale leçon de vie d’Olivier Goy

Invincible été. La magistrale leçon de vie d’Olivier Goy

INVINCIBLE ÉTÉ

Un film de Stéphanie Pillonca
avec Olivier Goy
Documentaire – 1h45 – France
Sortie en salles le 31 mai 2023

Imaginez une mauvaise nouvelle. Le genre de nouvelle qui remet tout en cause. C’est ce qui est arrivé à Olivier Goy un matin de décembre 2020. En une phrase, le diagnostic tombe : il ne lui reste probablement plus que trois ans à vivre et aucun traitement. Mais Olivier a décidé d’ignorer ce compte à rebours. Il compte bien vivre à fond et profiter de chaque seconde.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Passée la légitime appréhension de se confronter à un sujet qui questionne aussi intimement son rapport à la maladie, le film de Stéphanie Pillonca nous cueille littéralement par la force qui s’en dégage.
Impossible évidemment de rester insensible face au combat quotidien d’Olivier Goy frappé de plein fouet par une sclérose latérale amyotrophique dite maladie de Charcot, une maladie neurodégénérative rare (1500 cas par an) incurable.
Mais paradoxalement, ce qui reste après 1H45 de film, c’est sa volonté de profiter de chaque instant, de ne surtout pas abdiquer et de livrer un combat pour les autres, pour tous ceux qui souffrent de handicap.

Olivier, sa famille et ses proches vont vous faire passer par toute la palette des émotions. On est bouleversé par la dignité du père de famille mais également par la bienveillance des associés du chef d’entreprise et par l’amour magnifique qui traverse toutes les séquences mettant en scène ses proches.

INVINCIBLE ÉTÉ
montre à quel point, sa femme, ses deux fils, son père mais aussi ses plus proches collaborateurs sont là au quotidien pour l’accompagner dans son combat pour la vie, même si toutes et tous sont parfaitement conscients de l’issue…
Mais en attendant… Quelle leçon de vie !

« Quand je ne serai plus là, vous serez gentils de passer à autre chose » Olivier Goy

Ce puissant témoignage d’Olivier Goy et sa volonté de vivre le moment présent interroge évidemment sur la manière dont on réagirait dans une situation semblable.

2/ Le film est ponctué de magnifiques et très marquantes rencontres. On se souviendra ainsi longtemps des échanges intenses et bouleversants avec entre autres, Axel Allétru, pilote automobile et de motocross devenu paraplégique à 20 ans, suite à un accident, ou avec Delphine Horvilleur, femme rabbin et écrivaine, auteure de Vivre avec nos morts : Petit traité de consolation.

3/ La talentueuse Stéphanie Pillonca qui a déjà signé plusieurs fictions et documentaires pour le grand et petit écran a choisi d’offrir l’écrin de la salle de cinéma au récit de vie d’Olivier Goy et d’aider à sa manière la recherche médicale dans ce combat contre la maladie. Nul doute que la volonté farouche et l’intelligence du chef d’entreprise y contribueront fortement. Merci à la réalisatrice et à Olivier Goy pour son témoignage et sa générosité. Nous ne sommes pas prêt d’oublier sa volonté, son humour, son sourire et ses mots pleins de bon sens et de sagesse.

A savoir !

Les bénéfices du film seront reversés à L’institut du cerveau. Il est évidemment possible, en dehors de l’achat de sa place de cinéma, de faire un don à l’institut du cerveau pour aider la recherche…

Aux masques citoyennes – Quoi qu’il en coûte….

Aux masques citoyennes – Quoi qu’il en coûte….

AUX MASQUES CITOYENNES

Un film de Florent Lacaze
Documentaire – 1h35 – France
Sortie en salles le 31 mai 2023

L’histoire 
Printemps 2020. La population est confinée. Libéro, un patron de PME, recrute à tour de bras 250 couturières pour fabriquer les masques qui libèreront sa région. Mais, il ne connait rien à la couture…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour l’aventure que représente ce film de Florent Lacaze, témoin de la guerre sanitaire qui a enflammé le monde au printemps 2020. Et puis bien sûr pour vivre de l’intérieur le pari fou de Libero Mazzone, un entrepreneur qui produisait jusqu’alors des appareils de polissage automobile et qui se lance dans la fabrication de 1.150.000 masques. Sans aucune velléité financière, mais avec un goût certain (et très particulier) du management, le patron recrute alors 250 couturières via Facebook et doit trouver du tissu, des élastiques, des machines à coudre et un local de production car le sien est trop petit…

Bref, Libero Mazzone avec sa douce folie, affiche une volonté farouche d’exister au cœur de la pandémie et de sauver des gens.
Ce documentaire, véritable comédie sociale, raconte ni plus ni moins que la création et la mort d’une entreprise en 50 jours… avec une bonne dose d’envie, d’engagement, de force de persuasion, mais aussi de roublardise, d’usure et de défiance. Bref, un vrai condensé de vie remarquablement raconté à travers une mise en image musicale chorégraphiée (le ballet des pieds, la séquence ou les masques tombent…) et un montage malin.

2/ Pour saluer l’engagement sans faille de ces femmes (les Lionnes du bassin d’Arcachon) et de ces hommes qui, l’espace de quelques semaines, se sont engagés dans un combat contre le temps et la pandémie. Un engagement souvent enthousiaste mais parfois aussi conflictuel, aux côtés d’un homme au caractère entier, versatile et parfois « limite » dans son comportement, notamment vis-à-vis des femmes.     

3/ Pour découvrir Heroes, classique de David Bowie revu et corrigé pour le film dans une version inédite par la chanteuse suisse Sophie Hunger. Un titre en parfaite adéquation avec cette grande aventure humaine et solidaire.

Nos cérémonies… rituels sensuels et mortifères sous le soleil de Royan

Nos cérémonies… rituels sensuels et mortifères sous le soleil de Royan

«… C’est mon premier film, il faut y aller à fond, quitte à se rater ! » Simon Rieth

NOS CÉRÉMONIES

Royan, 2011. Deux jeunes frères, Tony et Noé, jouent au jeu de la mort et du hasard… Jusqu’à l’accident qui changera leur vie à jamais. Dix ans plus tard, ils recroisent la route de Cassandre, leur amour d’enfance. Mais les frères cachent depuis tout ce temps un secret…

« Chaque mouvement est millimétré, chaque déplacement est pensé » Simon Rieth

Auteur, réalisateur de six courts métrages, Simon Rieth, nous livre avec NOS CÉRÉMONIES, à seulement 27 ans, un premier film étrange et audacieux en forme de conte estival et fantastique.
C’est un récit d’apprentissage explorant la complexité et l’ambiguïté de la relation fraternelle qui lie Tony & Noé que nous invite à explorer Simon Rieth. Malgré le jeu parfois « bord cadre » de Raymond et Simon Baur, l’indéniable communion qui lie les deux frères nourrit le film d’un véritable supplément d’âme.

« … C’est quelque chose qui était important de me dire que c’était un film sur des corps masculins qui vont aussi être érotisés » Simon Rieth

Simon Rieth avait la volonté de filmer avec sensualité des corps qui peuvent être à la fois extrêmement violents et extrêmement doux et de montrer ainsi la beauté de ces corps d’hommes.
Le jeune réalisateur affiche aussi, dés le début du film, une envie de déstabiliser le spectateur, afin de le mettre dans une position particulière et c’est parfaitement réussi.

Baigné par la magnifique lumière de la côte atlantique et le remarquable travail de la directrice photo Marine Atlan, NOS CÉRÉMONIES est, vous l’aurez compris, un film au style narratif, visuel et sonore très affirmé et qui propose une image assez rare dans notre cinéma. Il déroute parfois, envoute souvent et marque durablement notre rétine et notre esprit.

Un premier long d’un jeune cinéaste plus que prometteur qu’il faut découvrir sans tarder…

C’est à quelques kilomètres des principaux lieux de tournage de NOS CÉRÉMONIES, et à l’occasion d’une avant-première de son film au cinéma Créa-Le Relais de Saint-Georges de Didonne, que nous avons rencontré Simon Rieth…

NOS CÉRÉMONIES
Un film de Simon Rieth
Scénario de Simon Rieth & Léa Riche
Avec Raymond Baur, Simon Baur, Maïra Villena…
Drame – Fantastique – 1h44 – France
Sortie en salles le 3 mai 2023

INTERVIEW SIMON RIETH