Double je avec Les ombres persanes

Double je avec Les ombres persanes

LES OMBRES PERSANES

Un film de Mani Haghighi
Scénario de Mani Haghighi et Amir Reza Koohestani
Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Esmail Poor-Reza…
Drame – Thriller – 1h47 – Iran
Sortie en salles le 19 juillet 2023

L’histoire
À Téhéran, un homme et une femme découvrent par hasard qu’un autre couple leur ressemble trait pour trait. Passé le trouble et l’incompréhension va naître une histoire d’amour… et de manipulation.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ LES OMBRES PERSANES est le sixième long métrage de Mani Haghighi mais le troisième seulement à sortir dans nos salles après VALLEY OF STARS (2016) et PIG (2018). Un film dont le processus d’écriture a été particulièrement long (près de 9 ans) et qui donne furieusement envie de découvrir la globalité du travail de ce réalisateur de 54 ans, tant son talent de conteur et de réalisateur est flagrant.

A la manière de films comme LA LOI DE TÉHÉRAN ou LEILA ET SES FRÈRES, de Saeed Roustaee, LES OMBRES PERSANES s’aventure sur le terrain du cinéma de genre (en l’occurrence ici, le film possède une vraie dimension fantastique) tout gardant un fort ancrage réaliste et social.
Grâce à un formidable travail sur photographie de Morteza Nafaji, une BO remarquable de Ramin Kousha et un beau sens de l’ellipse et du hors-champ, il se dégage de ces OMBRES PERSANES, une remarquable et oppressante atmosphère.

2/ La question du double est au centre de ce passionnant thriller psychologique qui interroge également le regard et la perception du spectateur sur le drame qui se déroule devant ses yeux.
Impossible à ce titre de ne pas saluer comme il se doit le remarquable travail des deux comédiens principaux Taraneh Alidoosti et Navid Mohammadzadeh (déjà partenaires dans l’excellent LEILA ET SES FRÈRES) qui ne sont jamais dans la démonstration que pouvait laisser craindre la singulière histoire dans laquelle leurs personnages sont embarqués.
Si la mise en scène au cordeau de Mani Haghighi est pour beaucoup dans la réussite du film, la partition infiniment subtile que jouent ses deux interprètes majeurs, à travers chacun 2 personnages, vient transcender le travail du réalisateur.
Ajoutons à cela, le personnage de Bardia, magnifiquement incarné par un tout jeune acteur Farham Azizi, dont le regard aiguisé vient souvent aiguiller celui du spectateur.
Parfois les mots sont inutiles, d’autant que la mise en scène vient en permanence questionner le spectateur sur ce qu’il voit ou devine. Qui est qui ? semble nous demander le cinéaste. Cette ambiguïté scénaristique permanente participe aussi grandement au plaisir pris à la découverte du film et sur l’envie de le partager.

3 / LES OMBRES PERSANES est un film troublant et fascinant qui provoque une sorte de vertige. On est comme envouté par la mésaventure singulière qui bouleverse le quotidien de ses principaux protagonistes. Une histoire dont le dénouement restera longtemps ancré dans nos mémoires.
Une excellente surprise, à découvrir sans faute.   

Un beau jour, ou peut-être Une nuit…

Un beau jour, ou peut-être Une nuit…

« On se ressemble peut-être un peu plus la nuit… » Alex Lutz

UNE NUIT

Paris, métro bondé, un soir comme les autres. Une femme bouscule un homme, ils se disputent. Très vite le courant électrique se transforme… en désir brûlant. Les deux inconnus sortent de la rame et font l’amour dans la cabine d’un photomaton. La nuit, désormais, leur appartient. Dans ce Paris aux rues désertées, aux heures étirées, faudra-t-il se dire au revoir ?

Avec UNE NUIT, son 3em long métrage cinéma après LE TALENT DE MES AMIS & GUY, Alex Lutz nous régale d’un presque huis-clos.

« La romance nocturne, il y en a eu plein au cinéma, j’y amène ma vision… » Alex Lutz

L’acteur-scénariste-réalisateur nous régale d’une déambulation nocturne dans Paris aux côtés de l’excellente Karin Viard (actrice mais aussi coscénariste de ce film) dont on ressent fortement la tendre complicité qui les unit à l’écran et dans la vie. Leurs échanges, presque sans fin mais inspirés, sur la vie, l’amour et l’instant présent justifient pleinement un dispositif de mise en scène qui aurait pu n’être qu’un simple exercice de style, ce qu’il n’est pas. Pas seulement en tous cas.

« J’aime bien la débrouillardise artistique, pas pour le côté « Bout de ficelle » mais pour ce que c’est inspirant ! » Alex Lutz

UNE NUIT est sans aucun doute le film le plus intimiste de son auteur, une œuvre généreuse qui tisse un lien presque charnel entre ses spectateurs et son duo d’amants. Alors, si ce n’est déjà fait, nous vous invitons à partager cette nuit singulière avec Alex & Karin, enfin Aymeric & Nathalie.

UNE NUIT
Un film d’Alex Lutz
Scénario de Alex Lutz, Karin Viard & Hadrien Bichet
Avec Alex Lutz, Karin Viard, Jérôme Pouly…
Romance – Drame – 1h30 – France
Sortie en salles le 5 juillet 2023

Retrouvez ci-dessous Alex Lutz rencontré début juin à Vierzon à l’occasion d’une avant-première d’UNE NUIT au Festival du film de demain…

INTERVIEW ALEX LUTZ

Cléo, Melvil et moi… Le journal intime d’Arnaud Viard

Cléo, Melvil et moi… Le journal intime d’Arnaud Viard

CLÉO, MELVIL ET MOI

Un film d’Arnaud Viard
Scénario d’Arnaud Viard
Avec Arnaud Viard,
Comédie dramatique – 1H13 – France
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
Dans le Paris désert du premier confinement, Arnaud, 55 ans, séparé d’Isabelle et père de deux enfants, va profiter de ces 55 jours pour prendre soin d’eux et faire le point sur sa vie ; ce qui le conduit aux souvenirs mais aussi à l’avenir… L’avenir, c’est peut-être Marianne, la pharmacienne du quartier… Ses yeux sont verts, et derrière la vitre en plexiglas, une attirance va naître.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/  « Qu’est ce que sera demain ? » chante Yves Simon en ouverture de ce 4è long-métrage réalisé  par Arnaud Viard.  Une question à laquelle le cinéaste répond mais de manière très personnelle avec un film introspectif et poétique. Une introspection favorisée par cette situation unique qui a offert à toutes et tous une sorte de temps de vie volé, comme en suspens.

Si beaucoup ont vécu douloureusement cette période très particulière, le réalisateur de CLARA ET MOI semble, lui, s’en être plutôt très bien accommodé.
Pour preuve, son film ne raconte pas le drame de la pandémie mais juste le quotidien presque ordinaire d’un homme qui, comme tous ses compatriotes doit faire face à une situation « Extra Ordinaire ». Arnaud doit vivre enfermé dans un petit appartement avec ses deux enfants, en attendant que ça se passe…
Curieusement, privé de ses conditions normales d’existence, il ne se sera jamais autant senti vivre.

Par l’intermédiaire de son double de ciné, Arnaud Viard se joue du temps qui passe à travers une auto fiction, légèrement romancée et fantasmée, au cours de laquelle il évoque son rôle de père, d’amant, mais aussi les souvenirs de sa propre enfance, son amour de Paris et son ressenti sur ce moment hors du temps  «En fait j’adore cette période de confinement… C’est agréable Paris, Y’a pas de bruit, y’a personne… »

2/ S’il n’est pas exempt de défauts dont une tendance à l’égocentrisme, le film possède néanmoins beaucoup de charme, grâce notamment à toutes les scènes de complicité (prises sur le vif, sans véritable scénario) entre Arnaud et ses deux enfants (la fille et le fils du réalisateur)

3/ À la manière du TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU de Woody Allen, Arnaud Viard ose même la comédie musicale dans une magnifique scène de danse sur le Boulevard Saint Germain aux bras de Marianne Denicourt sur une chanson de Vincent Delerm « Je n’avais pas vu les choses comme ça ».

Avec CLÉO, MELVIL ET MOI, la frontière entre fiction et réalité est ténue et participe au plaisir que procure ce « petit » film familial, tendre et mélancolique qui oblige aussi le spectateur à se remémorer cet inattendu premier confinement…

A la recherche du film perdu… Au cimetière de la pellicule

A la recherche du film perdu… Au cimetière de la pellicule

AU CIMETIÈRE DE LA PELLICULE

Un film de Thierno Souleymane Diallo
Documentaire – 1h30 – Guinée
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
En 1953, Mamadou Touré réalise “Mouramani”, le tout premier film réalisé par un cinéaste d’Afrique francophone noire. Mais personne ne sait où le trouver. Thierno Souleymane Diallo parcourt la Guinée à la recherche de cette œuvre perdue, utilisant sa caméra pour se confronter à l’Histoire et au cinéma, celui que l’on regarde et celui que l’on fait.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour le plaisir de suivre le périple empreint de nostalgie de Thierno Souleymane Diallo. Un cinéaste qui en guise de profession de foi, dit à sa mère lors de son départ « Aujourd’hui, j’ai très envie de perdre mon temps et de partir à la recherche d’un film perdu… »

On suit alors le réalisateur aux pieds nus dans une enquête qui va le mener de Guinée en France, de villes en villages et de salles de cinéma abandonnées aux archives de la Cinémathèque française, en passant par le cinéma La Clef à Paris, véritable symbole de la lutte d’un certain cinéma pour sa survie.

2/ On comprend très vite que la quête du cinéaste pour retrouver le film de Mamadou Touré est en fait un prétexte pour interroger la question de la mémoire du cinéma et de sa préservation, face à des pouvoirs en place dont ce n’est que trop rarement la priorité. Comme le déclare attristé l’un de ses interlocuteurs guinéens « On n’a pas la culture des archives »

3/ Cette aventure au long terme pour tenter de retrouver MOURAMANI est ponctuée de moments forts et très émouvants pour tout cinéphile qui se respecte. On peut notamment citer la visite de cinémas laissés aux fantômes du passé, ce moment ou Thierno Souleymane Diallo retrouve de vieilles bobines de pellicules abandonnées depuis plus de 20 ans ou quand il visite les vestiges d’un ancien studio de cinéma dont on apprend, qu’au fil du temps, les caméras ont été volées pour être transformées en… marmites !

D’autres instants sont, eux, empreints de poésie et de fantaisie, comme lorsque le réalisateur rend hommage à son illustre aîné, Jori Ivens et donne un cours à des apprentis cinéastes avec des caméras… en bois. Avec un conseil à la clé « Filmez avec vos yeux et montez avec la tête… »   

Quand le réalisateur poursuit son improbable quête à Paris, un projectionniste du cinéma La Clef lui dit « Sans espace de diffusion collectif il n’y a plus de cinéma il y a des films… »
Espérons que notre monde (re)trouve le goût et la culture de préservation des films, tous les films, et celle des cinémas pour que la mémoire perdure et que le savoir se transmette …

Fifi, entre charme et singularité

Fifi, entre charme et singularité

«C’est ça qui est bien au cinéma, c’est quand il y a un peu de magie ! » Jeanne Aslan

FIFI

Nancy, début de l’été… et Sophie, dite Fifi, 15 ans, est coincée dans son HLM dans une ambiance familiale chaotique. Quand elle croise par hasard son ancienne amie Jade, sur le point de partir en vacances, Fifi prend en douce les clefs de sa jolie maison du centre-ville désertée pour l’été.

FIFI est le récit de la rencontre entre deux êtres solitaires mais terriblement attachants, mais aussi un film sur la difficulté de cohabitation entre deux univers socioculturels très différents, pour ne pas dire opposés.
A mi-chemin entre comédie et chronique sociale, ce premier film doux et plein de charme n’impose rien à ses spectateurs. A chacun de faire, ou non, une partie du chemin avec Fifi & Stéphane qui se cherchent sans forcément toujours se trouver.

«Quand on a des comédiens comme ça, c’est hyper rassurant ! » Jeanne Aslan

Ces deux très beaux et fragiles personnages sont incarnés par les remarquables Céleste Brunnquell  (LES ÉBLOUIS, EN THÉRAPIE…) & Quentin Dolmaire (TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE, OVNI((s)…) à qui le film doit beaucoup de sa singularité.
Vous l’aurez compris FIFI est un très joli 1er long métrage, délicat, lumineux et parfois mélancolique que l’on vous conseille de ne pas laisser passer.  

Quelques semaines après avoir remporté le prix du meilleur film dans la sélection « Nouveaux réalisateurs » Jeanne Aslan était au Festival international du film de Saint Jean de Luz, en octobre dernier pour y présenter ce premier long métrage qu’elle a coréalisé avec Paul Saintillan.
L’occasion de questionner la cinéaste sur la genèse de ce film si personnel et sur les difficultés pour elle et son compagnon de jeu  à imposer leur vision, leurs envies…

FIFI
Un film de Jeanne Aslan, Paul Saintillan
Scénario de Jeanne Aslan, Paul Saintillan
Avec Céleste Brunnquell, Quentin Dolmaire, Ilan Schermann…
Comédie dramatique – 1h48 – France
Sortie en salles le 14 juin 2023

INTERVIEW JEANNE ASLAN