Le syndrome des amours passées… et le pitch de l’année !

Le syndrome des amours passées… et le pitch de l’année !

« La fiction, c’est du code… il y a toujours un endroit de connivence avec le spectateur ! » Ann Sirot

LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES

Il y a tout juste deux ans Ann Sirot et Raphaël Balboni nous régalaient avec UNE VIE DÉMENTE, leur premier long-métrage d’une comédie détonante et d’une originalité folle sur un sujet, celui de la folie, qui ne prête pourtant pas vraiment à sourire…
Après 8 courts-métrages et un long, le duo de cinéastes est donc de retour avec LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES, une nouvelle comédie qui a mis pas mal de temps à se concrétiser puisque son idée est née bien avant la réalisation d’UNE VIE DÉMENTE.

Avec LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES, Ann Sirot & Raphaël Balboni questionnent cette fois ci le couple et le désir d’enfant mais avec un postulat de départ réjouissant et très décalé …

L’histoire
Rémy et Sandra n’arrivent pas à avoir d’enfant car ils sont atteints du “Syndrome des Amours Passées”. Pour guérir, il n’y a qu’une seule solution : ils doivent recoucher une fois avec tou.te.s leurs ex.

Ann Sirot et Raphaël Balboni citent volontiers en guise d’inspiration pour leur postulat de départ déroutant, HIBERNATUS avec Louis de Funès. Et effectivement, comme pour le film d’Édouard Molinaro, une fois acceptée cette idée saugrenue, on se laisse volontiers emporter par la douce folie du propos, à travers le parcours accidenté de ses deux principaux protagonistes.

« On fabrique autant des parents que des enfants… » Lazare Gousseau

Les cinéastes ne sont jamais en quête de réalisme ou de naturalisme et nous livrent une vision du couple et de la famille, très loin des clichés habituels. Il faut dire que dans LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES, tout, ou presque, est à prendre au second degré avec une fantaisie et un sens poussé de l’absurde. Saluons, à ce titre et comme c’est déjà le cas dans UNE VIE DÉMENTE, la stylisation très forte de leur mise en scène et du montage.

Si le cinéma d’Ann Sirot et Raphaël Balboni possède un ton si singulier, c’est aussi grâce à une méthode de travail et de préparation des films atypique Cette méthode basée sur de très nombreuses répétitions filmées, met les comédien.ne.s au cœur du dispositif, avec force propositions à la clé.
Il faut bien sûr citer les interprètes principaux du film, le formidable couple formé par Lucie Debay et Lazare Gousseau mais aussi quelques réjouissants rôles secondaires tenus avec talent par Nora Hamzawi, Florence Loiret-Caille, Florence Janas ou bien encore Vincent Lecuyer (l’inénarrable docteur). Résultat, LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES est un film qui ne ressemble à aucun autre, qui intrigue, séduit et dont on se souvient longtemps.

Le + Cin’Écrans
Leur méthode de travail originale, Ann Sirot, Raphaël Balboni et Lazare Gousseau l’ont bien évidemment évoquée au cours de l’interview qu’ils nous ont accordée en juillet dernier lors du Festival international du film de La Rochelle. À découvrir et partager ci-dessous…

INTERVIEW ANN SIROT, RAPHAËL BALBONI & LAZARE GOUSSEAU

LE SYNDROME DES AMOURS PASSÉES

Un film d’Ann Sirot & Raphaël Balboni
Scénario d’Ann Sirot & Raphaël Balboni
Avec Lucie Debay, Lazare Gousseau, Florence Loiret-Caille, Nora Hamzawi, Florence Janas…
Comédie dramatique – Romance – 1H29 – Belgique / France
Sortie en salles le 25 octobre 2023

 

Second tour… gagnant pour Albert Dupontel

Second tour… gagnant pour Albert Dupontel

SECOND TOUR

Un film d’Albert Dupontel
Scénario d’Albert Dupontel
Avec Albert Dupontel, Cécile de France, Nicolas Marié, Uri Gavriel, Philippe Uchan…
Comédie dramatique et satirique – Fable – 1H37 – France
Sortie en salles le 25 octobre 2023

L’histoire
Journaliste politique en disgrâce placée à la rubrique football, Mlle Pove est sollicitée pour suivre l’entre-deux tours de la campagne présidentielle. Le favori est Pierre-Henry Mercier, héritier d’une puissante famille française et novice en politique. Troublée par ce candidat qu’elle a connu moins lisse, Mlle Pove se lance dans une enquête aussi étonnante que jubilatoire.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ 3 ans après avoir raflé 7 César avec ADIEU LES CONS, l’iconoclaste Albert Dupontel est de retour pour un SECOND TOUR emballant.

Avec ce huitième long-métrage, le cinéaste nous régale d’un pamphlet politique et philosophique salutaire, à travers la dénonciation des dérives de ce monde politicien et d’un système médiatique qui tend à l’uniformisation. Une satire cinglante doublée d’une fable écologique rocambolesque mais bienvenue.

Si depuis 2-3 films, Albert Dupontel semble fendre un peu l’armure en osant l’émotion, le cinéaste n’en oublie pas pour autant son amour pour les ambiances corrosives avec ici quelques séquences burlesques absolument mémorables, qu’on ne vous « divulgâchera » pas ici 😊

2 / De film en film, Albert Dupontel confirme son goût pour un cinéma surréaliste et poétique. Si le fond est très souvent vraisemblable, la forme de ses œuvres est de plus en plus stylisée, à travers des partis pris esthétiques forts qui peuvent, pour le coup, détourner certain.ne.s du propos initial.
Force est de reconnaitre, néanmoins, le soin apporté à la direction artistique d’un film comme SECOND TOUR, à travers un travail précis et impressionnant sur le cadre, la lumière, les effets sonores et visuels.

3/ Enfin n’oublions pas de parler du casting à commencer, évidemment, par Albert Dupontel omniprésent mais qui ne tire jamais la couverture à lui, bien au contraire. Ce ne sont pas Cécile de France et Nicolas Marié qui prétendront le contraire, tant chacune de leurs séquences face à leur partenaire réalisateur sont payantes.

Rendons grâce à Albert Dupontel d’offrir dans chacun de ses films à l’exception notoire d’AU REVOIR LÀ-HAUT, de très belles partitions de jeu au génial Nicolas Marié. Qui ça ??? Nicolas Marié !
Eh oui, malgré son César du meilleur acteur dans un second rôle enfin obtenu en 2021 pour ADIEU LES CONS, la notoriété du comédien semble très en deçà de ce qu’elle devrait être.  Une nouvelle fois à travers le personnage secondaire, mais O combien primordial et fantaisiste de Gus, Nicolas Marié emporte la mise et forme avec Cécile de France un tandem drôlissime et irrésistible.

Vous l’aurez compris, n’hésitez surtout pas ! Pour ce SECOND TOUR, n’hésitez pas à donner votre voix à Dupontel. Vous ne le regretterez pas !

Une année difficile… sauvée par un film humaniste et généreux

Une année difficile… sauvée par un film humaniste et généreux

« C’est le vide du covid qui nous a donné envie de parler de ce que ça a laissé comme traces chez nous… » Éric Toledano

UNE ANNÉE DIFFICILE

Quatre ans après HORS NORMES (et deux saisons d’EN THÉRAPIE pour Arte), Éric Toledano & Olivier Nakache sont de retour en salles avec UNE ANNÉE DIFFICILE.
Avec ce 8em long-métrage les deux scénaristes réalisateurs continuent de creuser, avec talent, le sillon d’un cinéma social et dans l’air du temps, auquel ils insufflent beaucoup d’humour et un vrai supplément d’âme.

« Quand il y a de l’amour et de la bienveillance derrière la cam, on arrive à se lâcher… » Jonathan Cohen

Même s’ils n’hésitent jamais à donner quelques coups de griffes et à pointer les dérives consuméristes de notre époque, les deux cinéastes ont su préserver le principal, à savoir une attention à l’autre et une bienveillance naturelle pour l’ensemble de leurs personnages…

L’histoire   
Albert et Bruno sont surendettés et en bout de course, c’est dans le chemin associatif qu’ils empruntent ensemble qu’ils croisent des jeunes militants écolos. Plus attirés par la bière et les chips gratuites que par leurs arguments, ils vont peu à peu intégrer le mouvement sans conviction…

Avec la complicité d’un casting « hors-norme », Éric Toledano et Olivier Nakache nous questionnent sur nos travers, nos petites mesquineries quotidiennes, bref sur des comportements que chacun, chacune va devoir faire évoluer pour survivre dans ce monde souvent cruel pour beaucoup.
Si les deux cinéastes ont fait appel, avec bonheur, à Pio Marmaï qu’ils avaient « pratiqué » sur EN THÉRAPIE, c’est la première fois qu’ils travaillaient avec Jonathan Cohen, Noémie Merlant ou Mathieu Amalric. Bien leur en a pris, tant ces comédien.ne.s se sont glissé.e.s avec gourmandise dans la peau de personnages riches et très différents les uns des autres. Et surtout, on sent à quel point ils se sont régalés des situations et des dialogues ciselés des réalisateurs d’INTOUCHABLE et du SENS DE LA FÊTE.

 « Jonathan n’a pas eu besoin de nous pour prouver qu’il n’avait pas de limites… » Éric Toledano

Avec UNE ANNÉE DIFFICILE, les deux réalisateurs flirtent avec le meilleur de la comédie noire italienne des années 70 – 80. On songe, entre autres, à certains films de Dino Risi, Mario Monicelli ou Ettore Scola même si leurs personnages ne sont, au fond, pas aussi « affreux, sales et méchants » qu’on pourrait le penser…

Désireux de retrouver ce public qui leur a tant manqué, les deux réalisateurs accompagnés d’une partie de leurs comédiens sur certaines dates, viennent de boucler une impressionnante tournée d’avant-premières d’UNE ANNÉE DIFFICILE sur 133 villes et plus de 170 salles.

C’est au cours de l’une des premières dates de présentation du film, au Festival du Film de Demain à Vierzon, en juin dernier, que j’ai retrouvé pour mon plus grand plaisir et une courte interview Éric Toledano, accompagné ce soir-là de l’excellent Jonathan Cohen…

Quelques semaines, plus tard, c’est à Rochefort dans le cadre du festival Sœurs jumelles que j’ai eu le privilège d’animer la rencontre qui a suivi l’avant-première du film entre les deux réalisateurs (toujours aussi sympathiques & généreux) et des spectateurs enthousiastes…

INTERVIEW ÉRIC TOLEDANO & JONATHAN COHEN

UNE ANNÉE DIFFICILE

Un film d’Olivier Nakache & Éric Toledano
Scénario de d’Olivier Nakache & Éric Toledano
Avec Pio Marmaï, Jonathan Cohen, Noémie Merlant, Mathieu Amalric, Grégoire Leprince-Ringuet, Luana Bajrami…
Comédie dramatique – 1H59 – France
Sortie en salles le 18 octobre 2023

 

La fiancée du poète, délicieuse fantaisie de Yolande Moreau

La fiancée du poète, délicieuse fantaisie de Yolande Moreau

« Il ne faut pas avoir peur d’aller dans l’inconnu… » Yolande Moreau

Yolande Moreau est sans aucun doute l’une de nos comédiennes les plus attachantes mais aussi l’une de nos cinéastes les plus originales.
C’est en 2004 que l’inoubliable interprète de Yolande dans Les Deschiens se lance dans le grand bain de la réalisation avec QUAND LA MER MONTE, un premier essai derrière la caméra qu’elle écrit et réalise avec son complice Gilles Porte.

Ce récit très original et personnel est récompensé du prestigieux Prix Louis Delluc du premier film ainsi que le César de la meilleure première œuvre et celui de la meilleure actrice pour Yolande Moreau. Cinq ans plus tard, son rôle-titre dans SÉRAPHINE de Martin Provost lui vaudra son second César d’interprétation.
En 2013, l’actrice, scénariste et réalisatrice signe cette fois en solo HENRI, une comédie dramatique qu’elle présente la même année à La Quinzaine des réalisateurs.

« J’aimerai bien être une cinéphile, je vais peut-être m’y mettre en vieillissant ! » Yolande Moreau

Il aura donc fallu patienter 10 ans avant de découvrir son troisième long-métrage LA FIANCÉE DU POÈTE, qu’elle coécrit cette fois avec Frédérique Moreau, une scénariste avec qui la cinéaste n’a aucun lien de parenté…

Amoureuse de peinture et de poésie, Mireille s’accommode de son travail de serveuse à la cafétéria des Beaux-Arts de Charleville tout en vivant de petits larcins et de trafic de cartouches de cigarettes. N’ayant pas les moyens d’entretenir la grande maison familiale des bords de Meuse dont elle hérite, Mireille décide de prendre trois locataires. Trois hommes qui vont bouleverser sa routine et la préparer, sans le savoir, au retour du quatrième : son grand amour de jeunesse, le poète.

Avec LA FIANCÉE DU POÈTE, Yolande Moreau nous régale d’une fable poétique en forme de fantaisie enchanteresse et peuplée de joyeux faussaires.
Pour l’accompagner dans cette aventure atypique, la réalisatrice s’est entourée d’un casting 5 étoiles avec, entre autres, Grégory Gadebois, Sergi Lopez, Thomas Guy, Esteban ou bien encore William Sheller dans le rôle d’un curé qui chante du Abba en s’accompagnant à l’orgue.

« Est-ce que tu peux chanter un peu plus faux, tu m’avais habitué à pire… » Esteban, à propos d’une demande de Yolande Moreau

LA FIANCÉE DU POÈTE est une œuvre généreuse, bigarrée et excentrique, à l’image de son instigatrice et principale interprète, la géniale Yolande Moreau.
C’est au cours du Festival du film francophone d’Angoulême que nous avons eu l’immense plaisir de parler avec Yolande Moreau de cette troisième réalisation, du sentiment d’usurpation ou bien encore de son plaisir d’actrice à donner la réplique à ses formidable partenaires…
Dans la foulée de ce moment délicieux passé avec Yolande Moreau, nous nous sommes régalés à échanger autour du film avec Thomas Guy et Esteban au cours d’une interview totalement improvisée mais réjouissante…
Merci à Yolande et ses deux formidables comédiens pour ce moment drôle, touchant et décalé à l’image de ce film que l’on vous recommande très chaleureusement.

INTERVIEW YOLANDE MOREAU, THOMAS GUY & ESTEBAN

LA FIANCÉE DU POÈTE
Un film de Yolande Moreau
Scénario de Yolande Moreau & Frédérique Moreau
Avec Yolande Moreau, Grégory Gadebois, Thomas Guy, Esteban, Sergi Lopez, William Sheller, Anne Benoit, François Morel, Philippe Duquesne…
Comédie dramatique – 1H43 – France
Sortie en salles le 11 octobre 2023

Le règne animal… ça fait mal !

Le règne animal… ça fait mal !

LE RÈGNE ANIMAL

Un film de Thomas Cailley
Scénario de
Thomas Cailley & Pauline Munier
Avec Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos, Tom Mercier…
Drame – Fantastique – 2H08 – France
Sortie en salles le 4 octobre 2023

L’histoire
Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomène mystérieux. Alors que la région se peuple de créatures d’un nouveau genre, il embarque Émile, leur fils de 16 ans, dans une quête qui bouleversera à jamais leur existence.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Il aura fallu patienter près de 10 ans après LES COMBATTANTS, le premier et brillant long métrage de Thomas Cailley pour enfin découvrir son nouveau film. Et autant le dire d’emblée, nous ne sommes pas déçus, bien au contraire.
Avec LE RÈGNE ANIMAL, le réalisateur passe à la vitesse supérieure et signe un grand film d’auteur fantastique et populaire, à ne surtout pas louper.

LE RÈGNE ANIMAL est un film hybride et passionnant, quelque part entre le mélodrame, la fable écologique et le thriller surnaturel avec une irruption étonnante du fantastique dans le quotidien de ses personnages. A ce titre la séquence d’ouverture du film restera comme un modèle du genre et mérite de mettre le spectateur au cœur du propos en un temps record.

2 / A travers cette nouvelle œuvre, le cinéaste interroge, notamment et avec beaucoup de subtilité, notre rapport à la nature et des conséquences qui se profilent déjà dans nos vies de tous les jours. Alors évidemment, nous sommes dans la fiction, le fantastique et donc les humains sont rappelés à leur condition animale. Et ça fait mal ! Mais le résultat est cinématographiquement époustouflant avec une direction artistique remarquablement maitrisée. Du grand art !

3/ Saluons enfin la remarquable direction d’acteurs de Thomas Cailley. Paul Kircher révélé par LE LYCÉEN de Christophe Honoré porte le film sur ses jeunes épaules. Il est absolument parfait, à l’image de Romain Duris qui excelle dans ce rôle de père désemparé par la fougue de son fils et amoureux fou et désemparé…
Citons aussi Adèle Exarchopoulos qui donne beaucoup de relief à son personnage de gendarme empathique qui doit se battre contre une hiérarchie enlisée dans un sexisme d’un autre temps.
De film en film, la comédienne prouve qu’elle peut tout jouer et surtout à quel point elle est devenue indispensable à notre paysage cinématographique. Tout comme le cinéma de Thomas Cailley, en quelque sorte ! Et cette fois-ci, hors de question d’attendre 10 ans de plus pour déguster son prochain film… On a hâte !