Toni, en famille – Enthousiasme à tous les étages…

Toni, en famille – Enthousiasme à tous les étages…

« Je voulais faire un film féministe, je n’ai vraiment pas peur de ce mot-là ! » Nathan Ambrosioni

TONI EN FAMILLE

 Antonia, dite Toni, élève seule ses cinq enfants. Un job à plein temps. Elle chante aussi le soir, dans des bars, car il faut bien nourrir sa famille. Toni a du talent. Elle a enregistré un single qui a cartonné. Mais ça, c’était il y a 20 ans. Aujourd’hui ses deux aînés s’apprêtent à rejoindre l’université. Alors Toni s’interroge : que fera-t-elle quand toute sa progéniture aura quitté le foyer ? A 43 ans, est-il encore temps de reprendre sa vie en main ?

4 ans après LES DRAPEAUX DE PAPIER, son premier long métrage, Nathan Ambrosioni persiste et signe en nous offrant un nouveau grand huit émotionnel avec TONI, EN FAMILLE.
Un second long-métrage drôle et délicat, véritable déclaration d’amour à la famille, découvert en juin dernier lors du Festival du Film de Demain à Vierzon.

Avec TONI EN FAMILLE dont il a également signé le scénario, Nathan Ambrosioni confirme l’acuité de son regard en nous proposant une bouleversante chronique familiale et un magnifique portrait de femme. A l’instar de l’interprète de Toni, Camille Cottin, on se demande bien ou le jeune réalisateur a pu puiser sa brillante inspiration pour écrire un tel rôle…

« Nathan… il a envie de libérer plein de choses… » Camille Cottin

La maturité de son écriture impressionne d’autant plus que, mine de rien, il fait passer de très nombreux messages, sans jamais être didactique ou donneur de leçon.

Alors n’hésitez surtout pas une seconde et courez-découvrir cette pépite de la rentrée qui vous fera passer par toute la palette des sentiments. Nul doute que vous allez rire, pleurer et être très touchés par le quotidien de cette belle famille… Et vous allez voir, ça fait du bien 😊

C’est à quelques minutes de la toute première projection publique du film au Festival du film de demain que j’ai eu l’immense plaisir d’interroger Nathan Ambrosioni et deux de ses jeunes comédiens Louise Labeque et Thomas Gioria sur ce film qui leur tient tellement à cœur ! Autant dire que malgré l’enthousiasme et le bonheur de parler pour la première fois à un journaliste de leur bébé, ils étaient un peu tendus…
Deux jours plus tard, non seulement Nathan, Louise et Thomas n’avaient pas perdu leur enthousiasme contagieux mais ils étaient sur un petit nuage, tant leur film avait suscité l’enthousiasme du public et du jury présidé par Mathilde Seigner avec à la clé, pas moins 3 récompenses : Prix du public, meilleur film & meilleur scénario.

Quant à l’interprète de Toni, l’excellente Camille Cottin, c’est à l’occasion du Festival du film francophone d’Angoulême ou le film était présenté comme le Coup de cœur de Dominique Besnehard, que nous l’avons rencontré…

INTERVIEW NATHAN AMBROSIONI, CAMILLE COTTIN, LOUISE LABEQUE & THOMAS GIORIA

TONI, EN FAMILLE

Un film de Nathan Ambrosioni
Scénario de Nathan Ambrosioni
Avec Camille Cottin, Louise Labeque, Léa Lopez, Thomas Gioria, Juliane Lepoureau, Oscar Pauleau, Catherine Mouchet, Florence Muller…
Comédie dramatique – 1H36 – France
Sortie en salles le 6 septembre 2023

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Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

LE CHAMP DES POSSIBLES (Deserto particular)

Un film de Aly Muritiba
Scénario de Aly Muritiba & Henrique Dos Santos
Avec Antonio Saboia, Pedro Fasanaro, Thomas Aquino
Drame – Thriller – Romance – 2H – Brésil
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
Daniel, 40 ans, a été suspendu de ses fonctions d’agent de police suite à une bavure. Il se focalise alors sur une relation virtuelle avec une personne mystérieuse qu’il n’a encore jamais rencontrée. Lorsqu’elle cesse de répondre à ses SMS, il décide de parcourir des milliers de kilomètres pour la retrouver…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec LE CHAMP DES POSSIBLES, son cinquième long-métrage (mais le premier à être distribué en France), Aly Muribita nous offre une œuvre intimiste autour de la masculinité et fait voler en éclat certains clichés machistes. Le réalisateur brésilien aborde son sujet avec pudeur mais sans faux semblants et sans jamais verser dans le mélo lacrymal qu’il aurait facilement pu se contenter d’être. D’autant que le film débute au moment où Daniel, obsédé par sa relation virtuelle, doit aussi affronter deux problèmes, son procès à venir et les soins quotidiens qu’il doit prodiguer à son vieux père malade.

2/ LE CHAMP DES POSSIBLES est porté par la subtile composition de ses deux principaux comédiens Antonio Saboia (Daniel) et Pedro Fasanaro (Robson/Sara). Des performances qui captent parfaitement toutes les ambiguïtés, les failles, les doutes des personnages avec deux acteurs qui se fondent avec justesse au cœur de la mise en scène discrète mais sensuelle d’Aly Muribita.

3/ Au fil de ce récit sur la rencontre inattendue de deux solitudes, il se dégage une douce et touchante mélancolie. Un CHAMP DES POSSIBLES qui ouvre celui de l’envie de découvrir les autres réalisations du cinéaste brésilien. A bon entendeur…

 

Nouveau Coup de maître pour Rémi Bezançon

Nouveau Coup de maître pour Rémi Bezançon

UN COUP DE MAÎTRE

Un film de Rémi Bezançon
Scénario de Rémi Bezançon d’après l’œuvre de Gaston Duprat
Avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners, Bastien Ughetto, Anaïde Rozam, Aure Atika…
Comédie dramatique – 1h35 – France
Sortie en salles le 9 août 2023

L’histoire
Propriétaire d’une galerie d’art, Arthur Forestier représente Renzo Nervi, un peintre en pleine crise existentielle. Les deux hommes sont amis depuis toujours et, même si tout les oppose, l’amour de l’art les réunit. En panne d’inspiration depuis plusieurs années, Renzo sombre peu à peu dans une radicalité qui le rend ingérable. Pour le sauver, Arthur élabore un plan audacieux qui finira par les dépasser… Jusqu’où peut-on aller par amitié ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1 / On sait depuis longtemps déjà que Rémi Bezançon n’a pas son pareil pour croquer les petits travers de ses contemporains à travers des films aussi attachants que NOS FUTURS, MA VIE EN L’AIR, voire bouleversant comme l’excellent LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE.
Il le prouve, une fois de plus avec ce très séduisant UN COUP DE MAÎTRE, son septième long métrage. Un film très librement adapté de MI OBRA MAESTRA de Gastón Duprat, afin de repenser les enjeux humains et professionnels de ses deux personnages principaux, plus jeunes que dans le film argentin.
En quelques coups de pinceaux, le réalisateur fait le portrait de deux hommes liés par une amitié souvent mise à mal par l’artiste du duo, Renzo Nervi formidablement incarnée par Bouli Lanners.
Arthur Forestier (le toujours parfait et surprenant Vincent Macaigne), lui, doit composer avec ses impératifs de galeriste et de représentant de son fantasque peintre et ami.
Avec UN COUP DE MAÎTRE, Rémi Bezançon nous régale d’un film très attachant, beau récit de loyauté et d’une amitié « A la vie, à la mort » sur fond d’amour de l’art.

2/ Outre ce récit d’une amitié un temps contrariée, l’autre attrait scénaristique du film repose en effet sur la peinture gentiment satirique du monde de l’art et de ses dérives. Le scénariste-réalisateur joue à merveille avec les codes culturels, les références artistiques tout en restant au plus près des préoccupations quotidiennes de l’incorruptible Renzo qui affiche parfois violemment son goût d’un art « pur » et celles plus mercantiles d’Arthur qui doit faire tourner sa petite « affaire ».
Reste que l’être humain est forcément plus complexe que ça et que rien ne va se dérouler comme on l’imagine…
On pourrait presque voir dans cette très libre adaptation cinématographique d’un film argentin, un prolongement thématique logique au précédent film de Rémi Bezançon, LE MYSTÈRE HENRI PICK, librement adapté lui aussi, non pas d’un film mais du roman de David Foenkinos qui traitait de l’imposture littéraire. Une imposture peut donc en cacher une autre…

3/ Déjà évoquée plus haut, l’histoire d’amitié est transcendée par la complicité et la belle complémentarité de ses deux principaux interprètes.
Bouli Lanners et Vincent Macaigne n’ont jamais, jusqu’à preuve du contraire, été pris en flagrant délit de médiocrité.
Force est de reconnaître que Rémi Bezançon a eu une excellente idée de les réunir à nouveau (les deux acteurs s’étaient rencontrés sur CHIEN de Samuel Benchetrit en 2017), pour ce septième long-métrage. Ces deux immenses comédiens y confirment leur puissante humanité malgré des personnages qui ne sont pas exempts de défauts.
Saluons également la jolie performance de Bastien Ughetto qui, de film en film (d’ADIEU LES CONS à HABIB, LA GRANDE AVENTURE), impose une belle singularité de jeu.

 

Juniors, Les choses de la vie…

Juniors, Les choses de la vie…

JUNIORS

Un film de Hugo P. Thomas
Scénario de Hugo P. Thomas, Jules Lugan
Avec Vanessa Paradis, Ewan Bourdelles, Noah Zandouche
Comédie – 1h35 – France
Sortie en salles le 26 juillet 2023

L’histoire
Jordan, 14 ans, s’ennuie dans le petit village de Mornas. Sa mère infirmière étant souvent absente, il s’occupe avec son meilleur ami Patrick en jouant à leur console affectueusement nommée Jessica. Mais lorsque Jessica rend l’âme, Jordan décide de simuler une maladie et de monter une cagnotte en ligne pour s’en racheter une.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ JUNIORS est le premier long métrage en solo de Hugo P.Thomas, coréalisateur en 2016 du très étonnant WILLY 1ER. Deux long-métrages très différents mais qui ont pour dénominateur commun, le désir d’intégration de leur deux personnages principaux.
Dans JUNIORS, suite à un concours de circonstances, Jordan se prend à rêver d’une vie différente, de quitter enfin sa campagne pour monter dans une grande ville et vivre autrement. Son inattendue mésaventure va le faire grandir plus vite que prévu et lui ouvrir les yeux sur la réalité de son quotidien et de ses proches.    
A ce titre, il faut saluer l’audace du réalisateur qui filme avec justesse et sans fausse nostalgie, la France des campagnes finalement assez peu montrée au cinéma. Parmi les autres bonnes idées du film, celle de montrer les dérives possibles du groupe, en l’occurrence, celui d’une bande de collégiens qui décident de se raser la tête en soutien à Jordan, avant de dériver doucement vers un mouvement type « Skinhead »

2/ Si JUNIORS évoque par moments d’autres teen movie français tels que LES BEAUX GOSSES (2009) de Riad Sattouf ou LE NOUVEAU (2015) de Rudi Rosenberg, il n’en possède malheureusement pas la même maitrise.
La faute, sans doute, à une question de rythme et à l’envie assumée du réalisateur de mêler naturalisme et antinaturalisme. Sans oublier sa volonté louable de travailler avec de nombreux acteurs non professionnels (à l’exception notoire de Vanessa Paradis).
Le résultat s’avère un peu inégal, avec des moments très drôles (les inénarrables scènes des cours de self défense avec un prof totalement « ouf ») d’autres plutôt touchants (essentiellement les séquences entre Jordan et Patrick) et certains qui fonctionnent beaucoup moins bien comme celle où Jordan est contraint par sa mère à passer du temps avec un jeune malade à l’hôpital.  

3/ Durant une bonne partie du film, on s’interroge sur l’utilité d’avoir offert le rôle de la mère de Jordan à Vanessa Paradis tant la comédienne, malgré sa justesse, n’a pas grand-chose à défendre. Et puis, soudain, dans la dernière ligne droite JUNIORS change de registre et ose s’aventurer dans le chemin périlleux de l’émotion. Avec une juste distance le réalisateur vient finalement nous cueillir au détour de deux séquences très réussies où mère et fils arrivent enfin à se parler et à se dire les choses…

Le risque était grand, à ce moment-là du film, de verser dans un sentimentalisme un peu niais, il n’en est rien, grâce notamment à la sobriété de jeu et au talent conjugué de Vanessa Paradis et de son jeune fils de cinéma Ewan Bourdelles, dont c’est le 1er film.

On en regrette d’autant plus que JUNIORS ne soit pas arrivé à trouver un meilleur équilibre de ton entre pure comédie et chronique familiale.  

 

Rendez-vous à Tokyo – 26 juillet… un jour presque sans fin !

Rendez-vous à Tokyo – 26 juillet… un jour presque sans fin !

RENDEZ-VOUS À TOKYO

Un film de Daigo Matsui
Scénario de Daigo Matsui
Avec Sosuke Ikematsu, Sairi Itô, Yumi Kawai
Romance – Drame – 1h55 – Japon
Sortie en salles le 26 juillet 2023

L’histoire

Les 26 juillet se suivent et ne se ressemblent pas… C’est le jour où ils se sont rencontrés, celui où ils se sont aimés, où ils se sont séparés. Sept rendez-vous entre un danseur professionnel et une conductrice de taxi dans le Tokyo d’aujourd’hui.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Prix du public au Festival de Tokyo, ce film de Daigo Matsui est le premier du cinéaste japonais à sortir en France. Un long métrage bercé par une douce mélancolie et une sorte d’amertume dûes, sans doute, au choix du réalisateur de nous raconter à rebours, le parcours et l’histoire d’amour de Teruo & Yo.
Une relation à l’issue dévoilée dès le départ mais dont on découvre tout au long du récit l’importance qu’elle aura à tout jamais dans les vies de ses deux protagonistes.  

2/ L’ambiance générale de RENDEZ-VOUS À TOKYO, notamment dans ses errances nocturnes, évoque très fortement le cinéma du réalisateur américain Jim Jarmusch. Une référence totalement assumée par Daigo Matsui qui affiche même le visuel de NIGHT ON EARTH au mur de l’appartement de Teruo (Sosuke Ikematsu). Un film, d’ailleurs visionné un soir par ses deux protagonistes qui dissertent sur le personnage de Winona Ryder, chauffeur de taxi dans le film de Jarmusch et que Yo s’amuse ensuite à imiter avec humour dans son propre véhicule.
Mais ce qui marque principalement, c’est le choix de Daigo Matsui de composer son récit à rebours. Cette construction originale oblige le spectateur à une gymnastique mentale pas désagréable pour resituer parfois l’action du film dans le temps. Conséquence de ce principe de narration, il est certain qu’un second visionnage du film en offre une approche différente… Malin !

3/ Malgré quelques longueurs, RENDEZ-VOUS À TOKYO mérite le détour pour sa construction singulière mais aussi pour le plaisir de retrouver Sosuke Ikematsu (découvert dans L’INFIRMIÈRE de Kôji Fukada et Sairi Itô (déjà vue, notamment dans ASAKO I & II de Ryūsuke Hamaguchi). Cette dernière crève littéralement l’écran et marque durablement, ne serait-ce que par sa voix « étrange » comme la qualifie, lui-même, son personnage de Yo.