Noémie dit oui… jusqu’au dégout !

Noémie dit oui… jusqu’au dégout !

« C’est très facile de tomber dans la prostitution, c’est très difficile de s’en sortir ! » Geneviève Albert

NOÉMIE DIT OUI

Noémie, une adolescente impétueuse de 15 ans, vit dans un centre jeunesse depuis trois ans. Lorsqu’elle perd tout espoir d’être reprise par sa mère, Noémie fugue du centre en quête de repères et de liberté. Elle va rejoindre son amie Léa, une ancienne du centre, qui l’introduit dans une bande de délinquants. Bientôt, elle tombe amoureuse du flamboyant Zach qui s’avère être un proxénète. Fin stratège aux sentiments amoureux ambigus, Zach incite Noémie à se prostituer. Récalcitrante au départ, Noémie dit oui

« j’ai beaucoup appris et je crois que j’en sors une actrice différente et une actrice meilleure… » Myriam DeBonville

Sorti il y a tout juste un an au Québec, NOÉMIE DIT OUI trouve enfin le chemin des salles françaises après un passage très remarqué en août dernier au Festival du film francophone d’Angoulême.
Un festival où le film a été récompensé de deux prix, le Valois des étudiants francophones et une mention spéciale pour la jeune et remarquable interprète de Noémie, Kelly Depeault.

La scénariste et réalisatrice Geneviève Albert signe avec ce premier long métrage choc, une œuvre âpre mais indispensable qui dénonce avec puissance la spirale infernale de la prostitution juvénile.
Sans aucun pathos et sans jamais l’enfermer dans un rôle de victime, la réalisatrice dresse le portrait d’une adolescente livrée à elle-même, Si Noémie accepte de se prostituer, c’est par amour d’un jeune délinquant et pour gagner un peu d’argent. Mais très vite, la jeune femme, escorte malgré elle, va se battre farouchement pour échapper à un destin sordide.
Geneviève Albert ne cède jamais à la facilité et met en scène avec force et de manière quasi-clinique l’enchainement des passes, afin de bien ancrer dans l’esprit du spectateur l’horreur, l’abjection de ces situations, jusqu’à l’écœurement

La réalisatrice a trouvé en Kelly Depeault, une interprète à la puissance de jeu sidérante. On comprend aisément que sur le tournage, la jeune actrice ait eu besoin d’un sas de décompression après le tournage de certaines scènes éprouvantes.

« J’ai demandé à toute l’équipe de porter des oreilles de lapin, pendant qu’on faisait les scènes d’agression…  » Kelly Depeault

C’est entre autres ce que Kelly et sa mère de cinéma, Myriam DeBonville, nous ont confié lors d’une interview réalisée en août dernier au cours du Festival du film francophone d’Angoulême. L’occasion aussi évidement d’échanger avec la réalisatrice sur les raisons qui l’ont poussé, pour son premier film, à s’emparer d’un tel sujet…    

NOÉMIE DIT OUI
Un film de Geneviève Albert
Scénario de Geneviève Albert
Avec Kelly Depeault, James-Edward Métayer, Emi Chicoine, Maxime Gibeault, Myriam DeBonville…
Drame – 1h56– Québec
Sortie en salles le 26 avril 2023

INTERVIEW GENEVIÈVE ALBERT, KELLY DEPEAULT & MYRIAM DEBONVILLE

Premiers pas réussis pour Victoria Bedos et Brune Moulin

Premiers pas réussis pour Victoria Bedos et Brune Moulin

« À jamais, on aura fait notre 1er film ensemble !» Victoria Bedos

LA PLUS BELLE POUR ALLER DANSER

Marie-Luce Bison, 14 ans, est élevée par son père dans une joyeuse pension de famille pour seniors dont il est le directeur. C’est bientôt la soirée déguisée de son nouveau collège : son père ne veut pas qu’elle y aille … et de toute façon, elle n’est pas invitée. Mais poussée par Albert, son meilleur ami de 80 ans, Marie-Luce, s’y incruste, habillée en homme. Ce soir-là, tout le monde la prend pour un garçon… un garçon que l’on regarde et qui plait. Elle décide alors de s’inventer un double masculin prénommé Léo pour vivre enfin sa vie d’ado. Bien entendu, à la maison, la relation avec son père se complique.

« On peut embarquer une équipe par l’énergie joyeuse…j’avais tellement envie de faire ce film… » Victoria Bedos

Peut-on mentir par amour ? C’est l’une des nombreuses questions posées avec malice et légèreté par Victoria Bedos dans LA PLUS BELLE POUR ALLER DANSER, son premier film.
Après avoir cosigné les scénarios de LA FAMILLE BÉLIER et VICKY, Victoria Bedos se jette avec bonheur dans le grand bain de la réalisation avec cette histoire intergénérationnelle en forme de marivaudage moderne.

Récit d’apprentissage amoureux qui emprunte les atours d’une comédie de travestissement à la manière de VICTOR VICTORIA, LA PLUS BELLE POUR ALLER DANSER est porté par la jeune Brune Moulin (14 ans au moment du tournage), véritable révélation du film.
La comédienne débute sa carrière au cinéma sous les meilleurs auspices puisque cette toute première prestation a été saluée d’un prix d’interprétation féminine lors de la dernière édition du Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez.

« Quand la caméra s’allume, tu n’as plus Pierre Richard devant toi, mais seulement un collègue hyper doué… » Brune Moulin

On retrouve à ses côtés, avec beaucoup de plaisir, les excellents Philippe Katerine (parfait en papa « old school » un peu largué) et Pierre Richard qui défendent avec beaucoup de conviction deux personnages aux antipodes de ceux qu’on leur propose généralement.

Malgré une affiche un peu vieillotte, on se laisse volontiers séduire et emporter par la bienveillance et l’énergie insufflées par Victoria Bedos à son film ainsi que par la fougue et le talent de Brune Moulin, sa jeune interprète principale à qui on peut d’ores et déjà prédire un bel avenir.

C’est à Rochefort, au lendemain de l’une des toutes dernières avant-premières du film à Royan que nous avons croisé Victoria Bedos et Brune Moulin pour deviser joyeusement autour de LA PLUS BELLE POUR ALLER DANSER.
Merci à Alain Jeanne (Chut…on écoute la télé) d’avoir permis cette rencontre.

LA PLUS BELLE POUR ALLER DANSER
Un film de Victoria Bedos
Scénario de Victoria Bedos et Louis Pénicaut
Avec Brune Moulin, Philippe Katerine, Pierre Richard, Guy Marchand, Firmine Richard…
Comédie – 1H32 – France
Sortie en salles le 19 avril 2023

INTERVIEW VICTORIA BEDOS & BRUNE MOULIN

Le prix du passage… celui de la liberté !

Le prix du passage… celui de la liberté !

« Si seulement on pouvait faire évoluer les mentalités, ce serait cool ! » Alice Isaaz

LE PRIX DU PASSAGE

Natacha, 25 ans, jeune mère célibataire galère pour élever son fils Enzo, 8 ans. Walid, lui, migrant d’origine Irakienne, attend de réunir assez d’argent pour payer son passage vers l’Angleterre. Aux abois, ils improvisent ensemble une filière artisanale de passages clandestins.

« La puissance de l’incarnation balaie toute la force de l’imagination chez moi… » Thierry Binisti

Avec LE PRIX DU PASSAGE, son troisième long métrage pour le cinéma, Thierry Binisti signe un thriller social extrêmement efficace autour du quotidien âpre, tendu des migrants et de celui d’une jeune femme qui se lance, sans état d’âmes dans un dangereux trafic de passage pour trouver sa liberté, son indépendance.

Le film pose ainsi de nombreuses et passionnantes questions autour des limites morales et que l’on est prêt à franchir, ou pas, pour arriver à ses fins.
Une manière aussi de constater combien le point de vue de chacun.e sur un sujet aussi épidermique peut évoluer quand on fait l’effort d’essayer de comprendre et de mieux connaître « l’autre ». C’est peut-être une évidence mais il est toujours bon de le rappeler, même à travers une fiction.

Thierry Binisti qui privilégie avec ce film, l’action au naturalisme que l’on accole généralement à ce type de sujet, plonge néanmoins le spectateur dans un réel état de tension grâce à la puissance réaliste et quasi documentaire de son propos et de sa mise en scène.
Il est, de surcroit, formidablement épaulé par son remarquable duo de comédiens principaux : Alice Isaaz qui compose un personnage de jeune femme prête à tout pour offrir un quotidien plus lumineux à son fils. Quant à Adam Bessa, il confirme ici tout le bien que l’on pense de son jeu subtil et intense, notamment depuis LES BIENHEUREUX et surtout HARKA.

Saluons d’ailleurs, à propos de ces deux beaux personnages principaux, le parti pris judicieux de Thierry Binisti et ses scénaristes Sophie Gueydon et Pierre Chosson de ne pas avoir emprunté la piste trop facile d’une romance entre eux, laissant ainsi le spectateur leur imaginer, ou pas, un futur commun à Natacha et Walid.

Nous vous invitons donc à découvrir ce PRIX DU PASSAGE dont la pulsion de vie des personnages fait du bien dans un quotidien bien trop souvent gangréné par la suspicion et la peur de l’inconnu.e.

LE PRIX DU PASSAGE
Un film de Thierry Binisti
Scénario de Sophie Gueydon et Pierre Chosson
Avec Alice Isaaz, Adam Bessa, Ilan Debrabant
Drame – Thriller – 1H40 – France
Sortie en salles le 12 avril 2023

Et retrouvez ci dessous l’interview de Thierry Binisti et Alice Isaaz, réalisée à l’occasion d’avant-premières du film en Charente maritime. Merci à Alain Jeanne (Chut… on écoute la télé) pour l’organisation de cet événement.

INTERVIEW THIERRY BINISTI & ALICE ISAAZ

Une histoire d’amour dans l’air du temps

Une histoire d’amour dans l’air du temps

« Je me considère encore comme un réalisateur débutant… » Alexis Michalik

UNE HISTOIRE D’AMOUR

Katia et Justine tombent amoureuses. Malgré la peur de l’engagement et le regard des autres, elles décident de faire un enfant, laissant le hasard décider de qui le portera. Mais alors que Katia tombe enceinte, Justine la quitte soudainement.

« Je n’avais aucunement l’intention de le faire au cinéma, pour moi c’était un objet théâtral ! » Alexis Michalik

Comme EDMOND, le second film d’Alexis Michalik en tant que réalisateur est librement adapté d’une de ses pièces. UNE HISTOIRE D’AMOUR, Molière de la mise en scène 2020 pour un spectacle du théâtre privé, est née d’une chanson « It takes time to be a man » par The rapture en 2011. Une pièce et un film qui traitent du deuil, de la rupture et de la question des suites à donner quand une histoire d’amour se termine…

Avec UNE HISTOIRE D’AMOUR, Alexis Michalik revisite avec bonheur et pas mal de d’humour les codes de la comédie romantique et du drame, en faisant passer avec beaucoup d’aisance le spectateur du rire au larmes.

Avec ce second film, l’acteur réalisateur s’est lancé un défi de taille, le partager avec l’équipe de comédiennes avec qui il a créé la pièce. Bien lui en a pris, tant Juliette Delacroix et Marica Soyer éclaboussent l’écran de leur talent (sans oublier Pauline Bression et Léontine d’Oncieu, elles aussi présentes sur les deux versions)

« J’ai découvert qu’on pouvait réécrire un film au montage… ça a été une expérience très enrichissante » Alexis Michalik

C’est donc bien volontiers que l’on se laisse happer par ces histoires d’amour plurielles, celle entre les deux filles, mais aussi celle entre le frère (incarné avec gourmandise par Alexis Michalik) et la sœur, sur un temps long de près de 15 ans.

Pour un deuxième long (très différent dans sa forme du premier), Alexis Michalik fait déjà preuve d’une belle et étonnante aisance derrière la caméra. On ne voit pas le temps passer devant ce film à la mise en scène énergique et virevoltante, qui concentre son riche récit sur une toute petite heure et demie.

On retrouvera Alexis Michalik dès le 29 novembre prochain dans FLO de Géraldine Danon. Dans ce biopic consacré à la navigatrice Florence Arthaud, l’acteur incarnera un autre fameux marin, Olivier de Kersauson.  

En attendant, n’hésitez pas à partager cette HISTOIRE D’AMOUR à laquelle le grand écran donne toute son ampleur. Et pour en savoir plus sur la genèse du projet, ses contraintes et ses conditions de tournage, je vous invite à retrouver son bon génie, le brillant Alexis Michalik, rencontré en août dernier, quelques heures seulement après la première projection publique de son film au Festival du film francophone d’Angoulême.

UNE HISTOIRE D’AMOUR
Un film d’Alexis Michalik
Scénario d’Alexis Michalik
Avec Juliette Delacroix, Marica Soyer, Alexis Michalik, Pauline Bression, Léontine d’Oncieu…
Comédie dramatique – 1H30 – France
Sortie en salles le 12 avril 2023

INTERVIEW ALEXIS MICHALIK

C’est mon homme, Leïla Bekhti et Louise Bourgoin se disputent Karim Leklou

C’est mon homme, Leïla Bekhti et Louise Bourgoin se disputent Karim Leklou

« Le cinéma c’est les autres… la question du «moi» ne me fascine pas tant que ça ! » Karim Leklou

C’EST MON HOMME

Julien Delaunay a disparu sur un champ de bataille de la Grande guerre. Sa femme, Julie, ne croit pas qu’il soit mort. Et quand la presse publie le portrait d’un homme amnésique, elle est certaine de reconnaitre Julien. Ils se retrouvent et réapprennent à s’aimer. Mais une autre femme réclame cet homme comme étant son mari.

 

«L’identité n’est pas une affaire de sciences, ce n’est pas une affaire de preuve, c’est une affaire de croyance !» Guillaume Bureau

C’EST MON HOMME est le tout premier long métrage de Guillaume Bureau.
Si le scénariste – réalisateur n’a pas joué la facilité en empruntant les chemins du drame historique, il s’en sort brillamment grâce à un scénario subtil et d’une belle modernité qui interroge la question de l’identité et du doute.
Le propos qui rappelle celui du film de Daniel Vigne LE RETOUR DE MARTIN GUERRE (1982, avec Nathalie Baye et Gérard Depardieu), ne joue jamais la carte du spectaculaire et préfère épouser la cause de l’intime.
Jamais, le cinéaste n’impose son point de vue au spectateur. Il devient de ce fait actif pour tenter de reconstruire le puzzle composé par le scénariste autour du parcours de Julien Delaunay, à moins qu’il ne s’agisse de Victor Brunet… Le doute est là, insidieux et palpitant qui nous tient en haleine, jusqu’au bout.

Pour ce premier long, Guillaume Bureau a tout de suite pensé à Karim Leklou, un des acteurs français les plus fascinants et passionnants de sa génération. De BAC NORD, à POUR LA FRANCE en passant par LE MONDE EST À TOI ou RÉPARER LES VIVANTS, la palette de jeu du comédien semble infinie. Il est une nouvelle fois absolument remarquable et donne à son personnage une réelle épaisseur et une belle ambiguïté (est-il réellement amnésique ?).
N’oublions pas de citer ses deux partenaires, Leïla Bekhti, toujours juste et précise, avec qui il tournait pour la première fois, et sa complice d’HIPPOCRATE, la trop rare Louise Bourgoin. La subtilité de jeu de ce trio de comédien.ne.s justifierait déjà à elle seule le déplacement… Mais ce premier film ambitieux et de belle facture vaut plus que cela, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire.

C’est en août dernier, lors du Festival du film francophone d’Angoulême, que nous avons eu le grand plaisir d’échanger avec Guillaume Bureau et son interprète principal Karim Leklou, un acteur qui confirme au fil du temps et des rencontres, une humilité rare et troublante. Et ça fait un bien fou ! Team Karim… 😊  

C’EST MON HOMME
Un film de Guillaume Bureau
Scénario de Guillaume Bureau
Avec Karim Leklou, Leïla Bekhti, Louise Bourgoin…
Drame – Historique – 1H27 – France
Sortie en salles le 5 avril 2023

INTERVIEW GUILLAUME BUREAU & KARIM LEKLOU