Par amour pour Cécile de France

Par amour pour Cécile de France

PAR AMOUR

Un film d’Élise Otzenberger
Scénario Élise Otzenberger, Maud Ameline, Mauricio Carrasco et la collaboration de Louise Groult
Avec Cécile de France, Arthur Igual, Darius Zarrabian, Navid Zarrabian, Antoine Chappey…
Drame – Fantastique – 2024 – France – 1h30

Sortie en salles le 15 janvier 2025

L’histoire
Sarah et Antoine sont au bord de la rupture, fragilisés par un quotidien surchargé, entre le travail et leurs deux enfants. Un jour, Simon, l’aîné, confie à sa mère entendre des voix. Si Antoine peine à prendre la mesure du problème, Sarah décide de soutenir son fils. Jusqu’où sera-t-elle prête à aller par amour ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***

Avec LUNE DE MIEL, son premier long métrage réalisé en 2018, Élise Otzenberger abordait la question de la shoah et des racines avec tact et une fantaisie inattendue, ce qui n’était pas la moindre de ses qualités.

Six ans après, la scénariste-réalisatrice est de retour avec PAR AMOUR, une nouvelle proposition audacieuse et pleine de promesses, même si malheureusement, celles-ci ne sont pas complètement tenues.

Son portrait de Sarah, une mère aimante qui fait le choix de croire son fils, envers et contre (presque) tous, touche au cœur, grâce, notamment au jeu toujours subtil de Cécile de France.

Là où le film pêche un peu, sans doute par manque de moyens, c’est quand il s’aventure dans sa mise en scène, du côté du fantastique avec un certain nombre de références (de Steven Spielberg & Bong Joon Ho, entre autres) parfois écrasantes, que l’on saisit, ou non, en fonction de sa propre cinéphilie.
Rien de rédhibitoire évidement mais on aurait aimé être totalement emporté par ce récit autour du doute et de la confiance. Ce qui n’est pas tout à fait le cas.

On attend, néanmoins la suite des aventures d’Élise Otzenberger dont on se doit de saluer la curiosité et le goût des propositions cinématographiques singulières.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Personne n’y comprend rien – Dessous d’une affaire sidérante

Personne n’y comprend rien – Dessous d’une affaire sidérante

PERSONNE N'Y COMPREND RIEN

Un film de Yannick Kergoat
Scénario Fabrice Arfi, Michaël Hajdenberg, Yannick Kergoat, Karl Laske
Avec la voix comme narratrice de Florence Loiret Caille
Documentaire – 2024 – France – 1h44

Sortie en salles le 8 janvier 2025

L’histoire
Une démocratie et une dictature. Une campagne présidentielle et de l’argent noir. Une guerre et des morts. « Personne n’y comprend rien », se rassure Nicolas Sarkozy au sujet de ses liens avec le colonel Kadhafi. Alors que s’ouvre le procès de l’affaire des financements libyens, voici le film qui va enfin vous permettre de tout comprendre à l’un des scandales les plus retentissants de la Ve République.

L’AVIS CIN’ÉCRANS

Réalisateur, entre autres, de deux documentaires très remarqués en salles LA (TRÈS) GRANDE ÉVASION (2022) et LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE (coréalisé en 2011 avec Gilles Balbastre), Yannick Kergoat récidive avec PERSONNE N’Y COMPREND RIEN.

Le film est né de l’enquête minutieuse menée durant plus de 14 ans par Fabrice Arfi et Karl Laske, journalistes chez Mediapart, qui a abouti à la sortie en 2017 chez Fayard d’un livre consacré à l’affaire (Avec les compliments du Guide – Sarkozy-Kadhafi, l’histoire secrète).

Si le projet semblait judicieux de transposer ce récit en images, le pari était risqué, tant cette affaire Sarkozy-Kadhafi s’avère nébuleuse et complexe.
Il fallait évidemment pour les 4 coscénaristes (dont les deux auteurs du livre) opérer des choix, trouver le bon angle d’attaque. Ce qu’ils ont habilement fait en ne gardant que les événements et les personnages les plus emblématiques et les plus éclairants de cette histoire « extra-ordinaire ».

Avec son titre en forme de clin d’œil à une citation de l’ancien président de la République, PERSONNE N’Y COMPREND RIEN relate avec force documents (dont de très nombreuses images télévisées) et témoignages les dessous de cette hallucinante et désastreuse affaire.
Au fil du récit et de le mise en perspective d’archives accablantes, le spectateur ne sait s’il doit rire ou pleurer devant une telle démonstration de mépris démocratique.

Il faut absolument saluer l’incroyable travail de montage dont on imagine la complexité pour rendre le récit compréhensible et fluide.

Cette volonté marquée  des auteurs, non pas de vulgariser le propos mais de le rendre le plus clair possible par le plus grand nombre est appuyée par le choix judicieux d’accompagner le film d’une voix off, celle pertinente de la brillante Florence Loiret-Caille.

Notons enfin, et ce n’est en rien un hasard, que la sortie du film en salles ce 8 janvier s’effectue conjointement à l’ouverture du procès, deux jours plus tôt de l’affaire Sarkozy-Kadhafi.
N’hésitez pas à découvrir ce documentaire utile et férocement édifiant !  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Un ours dans le jura… Alors, on n’attend pas Franck ?

Un ours dans le jura… Alors, on n’attend pas Franck ?

UN OURS DANS LE JURA

Un film de Franck Dubosc
Scénario Franck Dubosc & Sarah Kaminsky
avec Franck Dubosc, Laure Calamy, Benoît Poelvoorde, Joséphine de Meaux, Kim Higelin, Mehdi Meskar, Timéo Mahaut, Emmanuelle Devos
Comédie, thriller – 2024 – France – 1h53

Sortie en salles le 1er janvier 2025

L’histoire
Michel et Cathy forment un couple usé par le temps et les difficultés financières. Un jour, Michel, pour éviter un ours sur la route, heurte une voiture et tue les deux occupants. Dans le coffre, ils trouvent 2 millions en billets usagés…

L’AVIS CIN’ÉCRANS

Très agréable surprise que cet OURS DANS LE JURA, même si, comme chacun sait « Il n’y a pas d’ours dans le Jura ! ».

Si TOUT LE MONDE DEBOUT et dans une moindre mesure RUMBA LA VIE, suggéraient qu’il y avait un véritable tempérament de réalisateur derrière l’acteur Dubosc, peu d’indices laissaient penser que la star de CAMPING nous régalerait un jour d’une aussi singulière et réjouissante proposition de cinéma.

Avec son 3ème film, Franck Dubosc change de braquet et nous offre pour la nouvelle année une épatante comédie noire qui ose avec un certain bonheur quelques belles embardées scénaristiques.
Il convient d’ailleurs de souligner le soin tout particulier apporté au scénario et aux dialogues par le cinéaste et sa coscénariste Sarah Kaminsky.

Les décors réfrigérants du Jura, eux, servent parfaitement le propos constamment surprenant d’UN OURS DANS LE JURA (dont le réalisateur a bien fait de garder son intrigant titre de travail).

Si le film convoque évidemment le joyeux souvenir du FARGO (1996) des frères Coen ou celui du POUPOUPIDOU (2011) de Gérald Hustache-Mathieu, il parvient à imposer son propre ton, son propre univers grâce à une belle direction artistique et à son impeccable casting.  

Le réalisateur-scénariste Franck Dubosc ose avec bonheur quelques belles embardées scénaristiques tandis que le comédien, lui, adopte un jeu plutôt sobre et bienvenu qui met particulièrement en valeur celui de ses principaux partenaires.

Laure Calamy incarne avec l’énergie qu’on lui connait, une femme au bord de la crise de nerfs, plus vraie que nature tandis que l’excellent Benoît Poelvoorde compose avec subtilité, Roland, un gendarme désabusé et il faut bien le dire un peu largué.

Il serait injuste de ne pas également citer, dans le rôle de sa collègue Florence, la trop rare mais toujours formidable Joséphine de Meaux, le jeune Timéo Mahaut (alias Doudou) que l’on est ravi de retrouver sur grand écran, deux ans après sa révélation dans LES PIRES de Lise Akoka et Romane Gueret ou bien encore Emmanuelle Devos et Anne Le Ny dont les deux apparitions font mouche !   

Ajoutez à cela, le beau travail effectué sur la photo du film (signée Ludovic Colbeau-Justin et Dominique Fausset) et sur sa bande originale par Sylvain Goldberg, compositeur fidèle et complice de Franck Dubosc et vous obtenez un film que l’on vous conseille très chaleureusement pour débuter au mieux 2025.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le beau rôle pour William Lebghil & Vimala Pons

Le beau rôle pour William Lebghil & Vimala Pons

LE BEAU RÔLE

Un film de Victor Rodenbach
Scénario Victor Rodenbach & Camille Lugan
avec William Lebghil, Vimala Pons, Jérémie Laheurte, Pauline Bayle, Julie Hega, Sarah Le Picard, Salif Cissé, Thimotée Robart, Bruno Podalydès…
Comédie – 2024 – France – 1h24

Sortie en salles le 18 décembre 2024

L’histoire
Depuis des années, Henri et Nora partagent tout : ils s’aiment et elle met en scène les pièces dans lesquelles il joue. Quand Henri décroche pour la première fois un rôle au cinéma, la création de leur nouveau spectacle prend l’eau et leur couple explose. Est-il possible de s’aimer sans s’appartenir complètement ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Après avoir fait ses armes sur l’écriture de séries comme PLATANE ou LES GRANDS, collaboré au scénario du film PERDRIX d’Erwan Le Duc et créé la série STALK, Victor Rodenbach signe avec LE BEAU RÔLE, son premier long métrage. Une comédie sentimentale extrêmement attachante.

Le film brosse le portrait subtil d’un couple dont le quotidien professionnel, dans le milieu artistique, va mettre à mal l’amour et la complicité.

Victor Rodenbach
réussit l’exploit de ne jamais être excluant pour ses spectateurs. Et pourtant, il y avait un véritable risque à situer le cœur de son intrigue dans un milieu trop souvent considéré comme futile.
Mais l’intelligence avec laquelle il dépeint l’infidélité créative d’Henri et ses conséquences dans le couple qu’il forme avec Nora dépasse le simple cadre du monde du théâtre et celui du cinéma. Deux mondes qui, d’ailleurs, peinent parfois à trouver l’harmonie, tant leurs enjeux diffèrent.

2/ Si le film nous emporte, c’est aussi sans aucun doute, grâce à l’excellence de son casting, que ce soient les premiers ou les seconds rôles.

Après les récents UN MÉTIER SÉRIEUX de Thomas Lilti, LA VIE DE MA MÈRE de Julien Carpentier ou la série HIPPOCRATE (saison 3, de Thomas Lilti) en attendant pour Noël le très joli, JOLI JOLI de Diastème, William Lebghil trouve avec le personnage d’Henri, le moyen d’ouvrir encore sa palette de jeu.
L’acteur prouve à quel point, quand on lui en donne les moyens, combien il est un acteur subtil avec qui il faut désormais et définitivement compter.   

La volubile Vimala Pons n’est pas en reste et compose avec la puissance d’émotion et de fantaisie qu’on lui connait, un personnage complexe de femme blessée mais combative.

Saluons également le reste de la distribution du film qui fait la part belle à des seconds rôles qui parviennent à exister fortement en seulement quelques scènes. On peut ainsi citer le trop rare Jérémie Laheurte, Pauline Bayle (metteuse en scène de théâtre et compagne dans la vie de Victor Rodenbach), Salif Cissé (déjà excellent aux côtés de William Lebghil dans LA VIE DE MA MÈRE) ou bien encore Bruno Podalydès irrésistible ici, dans le rôle d’un réalisateur qui doute.

3/ Avec LE BEAU RÔLE, Victor Rodenbach explore avec humour et acuité, la difficulté de concilier au quotidien et en règle générale l’amour et le travail.
Et pour cela, le réalisateur porte son regard sur deux personnages très attachants, à travers la complexité de leur relation affective et créative dans le milieu du spectacle.

Porté par des acteurs en grande forme et des dialogues incisifs, LE BEAU RÔLE mérite assurément le détour par les salles obscures.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Une part manquante – Ma fille, ma bataille

Une part manquante – Ma fille, ma bataille

UNE PART MANQUANTE

Un film de Guillaume Senez
Scénario de Guillaume Senez & Jean Denizot
avec Romain Duris, Judith Chemla, Mei Cirne-Masuki, Yumi Narita, Shungiku Uchida, Patrick Descamps…
Drame– 2024 – France – Belgique – Japon – 1h38

Sortie en salles le 13 novembre 2024

L’histoire
Tous les jours, Jay parcourt Tokyo au volant de son taxi à la recherche de sa fille, Lily. Séparé depuis 9 ans, il n’a jamais pu obtenir sa garde. Alors qu’il a cessé d’espérer la revoir et qu’il s’apprête à rentrer en France, Lily entre dans son taxi…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec UNE PART MANQUANTE, son troisième long-métrage après KEEPER & NOS BATAILLES, le cinéaste belge Guillaume Senez poursuit son exploration de récits intimes et familiaux inscrits dans le paysage plus vaste d’une société mondialisée.

Cette fois ci, il le fait à travers une histoire inspirée de faits réels. Le récit sensible et bouleversant d’un homme pris au piège d’un véritable phénomène culturel au Japon (+ de 150 000 enfants par an gardés exclusivement par l’un des deux parents, qu’il soit japonais ou étranger).

Si Guillaume Senez filme avec élégance la ville en mouvement à travers les trajets en taxi du chauffeur incarné par Romain Duris, ce sont surtout les doutes et questionnements de ce dernier qu’il nous donne à ressentir.

Il faut, à ce titre, saluer la délicatesse de la mise en scène du cinéaste dont la caméra est toujours au bon endroit pour capter, par exemple, un échange de regards dans un rétroviseur qui exprime sans nul doute, bien plus qu’un simple dialogue.
Cette économie de mots et une absence totale de pathos participent pleinement aux émotions subtiles véhiculées par cette histoire, notamment dans sa bouleversante conclusion. Un épilogue qui ouvre un nouveau chapitre dans le parcours de ce père et de sa fille.

2/ Ce n’est pas une révélation mais UNE PART MANQUANTE confirme à quel point Romain Duris est devenu un immense acteur, au fil des ans et des premiers ou seconds rôles d’une grande diversité qu’il semble choisir avec beaucoup de discernement.
Le comédien compose ici un personnage en quête d’apaisement et de retrouvailles avec sa fille et livre une performance sobre et pleine de tendresse qui touche au cœur.
Il faut également saluer la prestation de sa jeune partenaire japonaise Mei Cirne-Masuki dont c’est ici la première et belle apparition à l’écran ainsi que le jeu toujours intense et sur le fil de l’excellente Judith Chemla.

3/ Saluons enfin la belle et sobre partition musicale du film signée du musicien, compositeur, arrangeur et réalisateur Olivier Marguerit (alias O) à qui l’on doit déjà quelques brillantes bandes originales de film comme celles, entre autres, de DIAMANT NOIR, GARÇON CHIFFON ou LA NUIT DU 12 (avec une nomination aux César pour cette BO du film de Dominik Moll).
Cette bande originale composée pour UNE PART MANQUANTE est complétée par deux chansons que l’on entend à bord du taxi conduit par Jay, à commencer par une exotique version japonaise de « Que je t’aime » par Johnny Hallyday en personne.
Mais c’est surtout l’envoutante reprise du « I’m Kissing you » de Des’ree par Jeanne Added que l’on retiendra, une chanson que l’on prend beaucoup de plaisir à réécouter sur le générique final du film.
A noter que l’ensemble de cette BO d’UNE PART MANQUANTE ( 9 morceaux signés Olivier Marguerit et les chansons de Johnny Hallyday et Jeanne Added) est d’ores et déjà disponible sur les plateformes d’écoute ou de téléchargement légales.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans