43e édition pour Les Rencontres du cinéma latino-américain à Pessac

43e édition pour Les Rencontres du cinéma latino-américain à Pessac

Créées en 1983, Les Rencontres du cinéma latino-américain, organisées par l’Association France Amérique Latine, sont un évènement conçu comme un espace de dialogues et de rencontres autour des imaginaires et des réalités des peuples d’Amérique latine, à travers la diffusion au plus grand nombre d’œuvres indépendantes, engagées et souvent inédites en France.

La 43e édition de ces Rencontres du cinéma latino-américain se déroulera du 11 au 15 mars au cinéma Jean Eustache de Pessac (33). Elle explorera les relations complexes qu’entretiennent les Justices et la politique du fait de l’interdépendance de ces deux champs.

En Amérique latine, la relation entre Justice.s et politique s’est caractérisée par une tension historique marquée par la politisation de la justice et la judiciarisation de la politique.
Une situation qui a vu depuis 1970, 25 ex-présidents faire face à des procès judiciaires pour violation des droits humains, corruption ou blanchiment d’argent…

Quatre fictions et quatre documentaires seront présentés en compétition dont HIJO DE TIGRE Y MULA d’Annie Canavaggio, documentaire qui sera montré à l’occasion de la soirée d’ouverture du festival, ce mercredi 11 à partir de 19 heures.

 

À noter parmi les événements de cette 43e édition du festival, la présence de Laura Bondarevsky, scénariste – réalisatrice argentine qui a notamment collaboré avec Fernando Meirelles et Fernando Trueba et qui était venue aux Rencontres il y a 20 ans présenter son premier film.

Cette année, Laura Bondarevsky qui prépare un long-métrage de fiction avec Javier Bardem présentera hors-compétition, un documentaire sur le travail de mémoire en Argentine UN MUNDO RECOBRADO, une histoire de filiation et de transmission sur sa grand-mère adoptive.

Retrouvez toutes les informations utiles, la liste des invité.e.s, des membres des jurys documentaire et fiction, ainsi que la programmation complète des courts et longs métrages (compétition et hors-compétition) présentés lors de cette 43e édition, sur le site officiel du festival.

Sisu, le chemin de la vengeance – Fallait pas provoquer Aatami…

Sisu, le chemin de la vengeance – Fallait pas provoquer Aatami…

SISU – LE CHEMIN DE LA VENGEANCE (Sisu: Road To Revenge)

Un film de Jalmari Helander
Scénario de Jalmari Helander
Avec Jorma Tommila, Stephen Lang, Richard Brake…
Action-Aventures – 2025 – États-Unis – Finlande – Grande Bretagne – 1h29
Inédit en salles

Disponible en 4K Ultra HD + BLU RAY, DVD & VOD – Sony Pictures

 

L’histoire
Interdit aux moins de 12 ans
1946. Aatami Korpi retourne en Carélie, un territoire occupé par les Soviétiques, là où sa famille a été brutalement assassinée pendant la guerre. En leur honneur, il démonte la maison familiale et la charge sur un camion, bien déterminé à la reconstruire en lieu sûr. Lorsque l’Armée rouge est informée de sa présence, Igor Draganov, l’assassin de sa famille, va tout mettre en œuvre pour en finir et tuer l’ancien soldat légendaire. Mais Aatami n’est pas surnommé « l’homme qui refuse de mourir » pour rien…

Le film ***

Voilà un nouveau volet des aventures du héros taiseux Aatami qui fait vraiment le job, même si l’effet de surprise de SISU – DE L’OR ET DU SANG n’existe plus.
Pas grand-chose à en dire si ce n’est que les amateurs de divertissements musclés devraient se régaler devant cette série Z à l’inventivité débridée et à la réalisation soignée.

Bourrin à souhait mais très divertissant, SISU – LE CHEMIN DE LA VENGEANCE constitue un véritable plaisir coupable pour qui est prêt à supporter la violence décomplexée mais très BD et totalement irréaliste du propos, voir les séquences avec l’avion ou le char… Mythique !

Bref, avouons-le, c’est la plupart du temps, du grand n’importe quoi, totalement absurde, mais néanmoins assez jouissif ! Vous voilà prévenus.

Contrairement au premier film, SISU – LE CHEMIN DE LA VENGEANCE est curieusement resté inédit en salles. Raison de plus pour vous organiser une projection à la maison de ce pur « Pop-corn movie »

Et sinon, qui a dit « Jamais deux sans trois ? »

Bonus *

  • Upping the ante – making of du film (3mn03)
  • Scène coupée – Fin alternative (0mn41)

 

 

Le son des souvenirs – Rare et touchant !

Le son des souvenirs – Rare et touchant !

LE SON DES SOUVENIRS (The History Of Sound)

Un film de Oliver Hermanus
Scénario de Oliver Hermanus d’après l’œuvre de Ben Shattuck
Avec Paul Mescal, Josh O’Connor, Chris Cooper, Molly Price, Raphael Sbarge, Nichael D.Xavier…
Drame, Historique, Romance – 2025 – États-Unis – 2h09
Sortie en salles le 25 février 2026

L’histoire
Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, grandit au son des chansons que son père chantait sur le perron de leur maison.

En 1917, il quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston, où il fait la rencontre de David, un étudiant en composition aussi brillant que séduisant, mais leur lien naissant est brutalement interrompu lorsque David est mobilisé à la fin de la guerre.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Le nouveau long-métrage du cinéaste sud-africain Oliver Hermanus est une œuvre pudique et sensorielle autour d’un amour impossible.
Un film qui explore avec finesse les questions du désir, du renoncement, du deuil et de la fragilité de la mémoire à travers le son, celui de la musique américaine traditionnelle, captée par Lionel et David.

Nul doute que certain.e.s déploreront une certaine lenteur du récit.
En revanche, celles et ceux qui se laisseront porter par l’ambiance feutrée du film, prendront beaucoup de plaisir à partager la quête mémorielle et la trajectoire intérieure de ses deux principaux protagonistes, jusqu’à son bouleversant dénouement.

Soulignons, une nouvelle fois, la finesse de jeu de Paul Mescal (AFTERSUN, SANS JAMAIS NOUS CONNAITRE) qui livre à travers le personnage de Lionel une performance bouleversante mais tout en retenue. Il est formidablement accompagné dans sa quête sonore et existentielle par le non moins excellent Josh O’Connor (REBUILDING, THE MASTERMIND) qui incarne à merveille le brillant et modeste David.

LE SON DES SOUVENIRS est un film mélancolique et musical, d’une infinie délicatesse, qui se ressent et s’écoute tout autant qu’il se regarde.
Par les temps qui courent, cette douceur apaisante est plus que bienvenue.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Deux pianos – Arnaud Desplechin donne le La !

Deux pianos – Arnaud Desplechin donne le La !

DEUX PIANOS

Un film d’Arnaud Desplechin
Scénario d’Arnaud Desplechin et Kamen Velkovsky
Avec François Civil, Nadia Tereszkiewicz, Charlotte Rampling, Hippolyte Girardot…
Drame – 2025 – France – 1h55
Sorti en salles le 15 octobre 2025

Disponible en BLU-RAY, DVD & VOD – Le Pacte

L’histoire
Mathias Vogler rentre en France après un long exil. La mentore de sa jeunesse, Elena, souhaite qu’il donne une série de concerts au piano à ses côtés à l’Auditorium de Lyon. Mais dès son retour, une rencontre avec un enfant qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, son double, plonge Mathias dans une frénésie qui menace de le faire sombrer, et le mènera à Claude : son amour de jeunesse.

Le film ***1/2

Une fois n’est pas coutume, Arnaud Desplechin joue habilement avec les codes du thriller psychologique pour nous livrer un mélodrame cérébral et romanesque.
DEUX PIANOS est une œuvre dense qui questionne les questions de filiation, de la peur de l’engagement et des responsabilités. Un film dont la musique (somptueuse partition de Grégoire Hetzel) se substitue, par moments, avec grâce aux mots.
François Civil et Nadia Tereszkiewicz qui croisent pour la première fois le chemin du cinéaste donnent vie avec fièvre aux retrouvailles de leurs personnages respectifs.
Saluons également la justesse des partitions interprétées par Charlotte Rampling et Hippolyte Girardot dans ce film intense qui chemine, deux heures durant, de l’ombre vers la lumière…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Bonus ****

  • Making of du film (20mn14)
  • Hippolyte Girardot et Arnaud Desplechin, une amitié (20mn13)
  • Entretien avec François Civil et Nadia Tereszkiewicz (13mn38)
  • 3 Scènes coupées :
    Claude pleure Pierre (2mn)
    Répétition (1mn43)
    Le stade (1mn49)

 

La maison des femmes – Travail précieux

La maison des femmes – Travail précieux

LA MAISON DES FEMMES

Un film de Mélisa Godet
Scénario de Mélisa Godet
Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Pierre Deladonchamps, Juliette Armanet, Jean-Charles Clichet, Laurent Stocker
Drame – France – 2025 – 1h50
Sortie en salles le 4 mars 2026

L’histoire
À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

Le premier long métrage de Mélisa Godet est une belle réussite.
Sur un sujet qui pouvait s’avérer casse gueule et/ou plombant la scénariste réalisatrice a su trouver le ton juste et le parfait équilibre entre didactisme et romanesque. LA MAISON DES FEMMES est une fiction chorale précise et très documentée qui met en avant le précieux travail du personnel de cette institution née à Saint-Denis.

Mélisa Godet dresse avec beaucoup d’assurance, le portrait de ces femmes (et quelques hommes aussi), véritables héroïnes du quotidien au service d’autres femmes, victimes de violences.

Si à travers les victimes prises en charge par Diane (Karin Viard, très investie) et ses collègues, la cinéaste décrit de nombreux types de violence, elle évoque aussi les terribles mécanismes de l’emprise et de la culpabilité ressentie par leurs victimes.
Plutôt que de mettre en scène la violence, Mélisa Godet a fait le choix judicieux de capturer avec précision l’instant où la parole se libère. Le tout sans aucun voyeurisme ou pathos mais, bien au contraire, avec une infinie pudeur.
Cette place primordiale accordée à la parole et à sa croyance n’est pas sans rappeler la manière dont elle était mise en avant et en scène dans deux films aux thématiques pourtant foncièrement différentes : LES INVISIBLES de Louis-Julien Petit et JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES de Jeanne Herry.   

L’une des autres grandes forces de ce film généreux tient dans le regard que pose Mélisa Godet sur les intervenantes sociales qui font que cette maison des femmes existe.
La réalisatrice ne les montre jamais comme des héroïnes infaillibles mais comme des femmes très engagées, avec leurs certitudes, leurs doutes mais aussi épuisées par le système. Le scénario qui met l’accent sur manque cruel de moyens et de personnel d’une telle structure n’en est que plus crédible.

Même si le récit peut parfois paraitre éclaté, la variété et la richesse de ses principaux personnages fait que l’on s’attache très vite à chacun d’entre eux, d’autant que Mélisa Godet a su accorder une véritable place à tous les protagonistes (et ils sont nombreux) de son histoire.
Saluons à ce titre, la belle efficacité des dialogues et le remarquable investissement de Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara et Oulaya Amamra mais aussi de l’ensemble des autres interprètes.

S’il ne fallait citer que deux séquence très emblématiques du film, nous retiendrions la séance photo collective, à la fois douloureuse et joyeuse, qui permet aux victimes de retrouver une forme de confiance et de dignité que certaines avaient perdu. Ces femmes sont belles et se reconnectent avec elle-même à travers le regard des autres.

Et puis, il y aussi cette confrontation finale et bouleversante entre le personnage d’Inès (remarquable Oulaya Amamra) et celui de sa mère incarnée avec une grande justesse par Aure Atika.
Ce qui se joue à ce moment là de leur histoire personnelle justifie totalement le combat de ces femmes engagées, contre les violences patriarcales.

LA MAISON DES FEMMES est un premier film vibrant et terriblement attachant, une ode à la compassion et à la solidarité qui célèbre la force du collectif.
Une œuvre généreuse que l’on recommande chaleureusement au plus grand nombre.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans