Garance – Immense Adèle…

Garance – Immense Adèle…

GARANCE

Après ELLE L’ADORE, PUPILLE et JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES, Jeanne Herry est de retour avec GARANCE, son quatrième long métrage.

De film en film, elle s’est imposée comme une réalisatrice-scénariste exigeante. Elle confirme ici son immense talent et la justesse de son regard à travers le portrait sans fard d’une actrice addict et à la dérive qui va renaitre grâce à l’amour. C’est beau, puissant, terriblement touchant et ça fait un bien fou d’y croire !

Même si sa caméra est toujours aux côtés de Garance, Jeanne Herry met fortement l’accent sur les dommages collatéraux provoqués par l’attitude de la jeune femme et notamment sur le désarroi de ses proches qui sont confrontés à une forme d’impuissance familiale ou amicale face à Garance.

Grâce à la précision de son écriture (tout est écrit, à la virgule près) et de sa mise en scène, la réalisatrice évite l’écueil d’une démonstration de déchéance spectaculaire. Garance, qui est très attentive au bien-être de son entourage, travaille, joue, sourit, fait la fête et… illusion.
L’alcoolisme de la jeune femme y est montré dans son déni quotidien et une forme de banalité sociale. Avec à la clé, entre autres, une mise en danger de sa santé, un risque de rejet social et de perte d’emploi…

La cinéaste donne vie à son récit sans clichés ni misérabilisme et aborde de nombreux thèmes, notamment celui de la situation des intermittents du spectacle, sans que jamais son film ne soit démonstratif ou pesant.

On se souvient évidement qu’Adèle Exarchopoulos, avec sa courte mais très marquante partition dans JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES, avait remporté son second César, celui du meilleur second rôle.
Cette nouvelle et bouleversante composition d’une actrice en proie à l’alcoolisme pourrait bien lui valoir un troisième et très mérité César, celui de la meilleure actrice, cette fois ci. Ça ne serait que justice tant son interprétation de Garance est vibrante et nous captive de bout en bout.

Le jeu de la comédienne révélée par LA VIE D’ADÈLE oscille en permanence entre vitalité incandescente et effondrement intérieur. Tout chez Adèle est bouleversant, sa voix, ses silences, son regard.
Tout fait sens ! Et jamais, on ne sent le travail (pourtant très réel), la composition. Le sentiment de naturel qu’elle dégage est absolument bluffant. Du grand art !

Il serait néanmoins très injuste de ne pas parler du beau personnage de Pauline, incarnée avec beaucoup de fragilité et de nuance par Sara Giraudeau. La complémentarité de jeu entre les deux partenaires participe pleinement aux émotions que procure le film.
On se souviendra ainsi longtemps de ce moment suspendu dans la rue où Pauline déclare à Garance avec pudeur et un très léger sourire que ça fait longtemps qu’elle n’a pas aimé…

Portée par la grâce de ses interprètes, Jeanne Herry signe avec GARANCE un drame sensible et lumineux que l’on vous recommande plus que chaleureusement.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Si tu penses bien – Sournoise emprise conjugale !

Si tu penses bien – Sournoise emprise conjugale !

SI TU PENSES BIEN

Un film de Géraldine Nakache
Scénario de Géraldine Nakache & David Lambert
Avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié
Drame – France – 2026 – 1h34
Sortie en salles le 16 septembre 2026

L’histoire
Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

SI TU PENSES BIEN … appelle évidemment la suite du propos asséné par Jacques à Gil… Il ne t’arrivera que du bien !
Ce titre puissant instaure immédiatement ce malaise qui va aller grandissant au fil d’un récit subtil mais implacable qui dissèque les mécanismes invisibles de l’emprise conjugale.

Le temps de ce quatrième long-métrage, Géraldine Nakache délaisse donc le registre de la comédie (TOUT CE QUI BRILLE, J’IRAI OÙ TU IRAS) qui lui va si bien pour nous livrer un drame psychologique intense et asphyxiant autour de la masculinité toxique. Et si l’on est en droit d’être surpris (mais à quel titre ? ), on ne peut que saluer la réussite d’un film qui ne cède jamais à la facilité.

A l’instar de son scénario coécrit avec le cinéaste David Lambert (HORS LES MURS, LES TORTUES), la mise en scène du film refuse la violence physique brute ou spectaculaire pour mieux exposer la terrifiante et quotidienne érosion mentale de Gil.
Pour renforcer le sentiment d’enfermement de son héroïne, la cinéaste privilégie les plans serrés sur les visages, les silences pesants et une utilisation quasi sensorielle de certains lieux comme lors des séquences au Mikvé (bain rituel utilisé pour l’ablution nécessaire aux rites de pureté familiale dans le judaïsme).

C’est l’actrice-réalisatrice de SIMPLE COMME SYLVAIN, Monia Chokri qui incarne avec une vulnérabilité bouleversante cette femme forte qui perd tous ses repères face à la violence insidieuse et psychologique que lui fait subir son compagnon-bourreau. Son incarnation subtile de Gil à d’ailleurs valu à la comédienne le très mérité Valois de l’actrice lors du dernier Festival du film francophone d’Angoulême.
Face à elle, Niels Schneider, l’un des acteurs les plus brillants et les plus étonnants de ces dernières années. Très remarqué récemment (et méconnaissable) dans L’INCONNUE d’Arthur Harari et dans LA BATAILLE DE GAULLE d’Antonin Baudry, le comédien compose ici de manière magistrale un prédateur du quotidien glacial, manipulateur et faussement bienveillant qui maintient sa compagne sous une terrible domination psychique.

Ce film dont le propos n’est jamais manichéen peut également être vu comme un véritable pamphlet contre l’instrumentalisation de la religion à des fins manipulatrices. Un point de vue salutaire par les temps qui courent…
SI TU PENSES BIEN est un long-métrage intime, puissant et utile sur l’emprise qui ne peut et ne doit laisser indifférent.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Ma famille de samouraïs – « Japonais mais Brésilien »

Ma famille de samouraïs – « Japonais mais Brésilien »

MA FAMILLE DE SAMOURAÏS (Eu e meu Avô Nihonjin)

Un film de Célia Catunda  
Scénario de Rita Catunda d’après l’œuvre d’Oscar Nakasato
Avec les voix de Justine Hostekint, Laurent Pasquier, Angélique Heller…
Animation – Brésil / France – 2026 – 1h22
Conseillé à partir de 8 ans
Sortie en salles le 16/09/2026

L’histoire
Sao Paulo, années 1980… Noboru doit préparer pour l’école un exposé sur ses origines japonaises qu’il a toujours cherché à gommer. Il doit alors se tourner vers son grand-père grincheux, Hideo, pour apprendre à connaître en profondeur sa famille et l’histoire de l’arrivée de ce dernier au Brésil en 1920, quand il était encore un jeune homme. Ayant toujours voulu éviter d’évoquer son passé et son déracinement, poussé par son épouse, adorable grand-mère, Hideo accepte à contre-cœur de raconter à Noboru son histoire et son installation en Amérique du Sud. Au fur et à mesure que ce dernier plonge dans le récit de l’exil de ses ancêtres, le jeune écolier se plaira à s’approprier cette culture de l’autre bout du monde et découvrira même l’existence d’un oncle inconnu…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Premier long métrage de Célia Catunda à sortir en France, MA FAMILLE DE SAMOURAÏS est une très jolie surprise, un film d’animation qui plaira aux enfants dès 8 ans mais qui séduira aussi les plus grands par la belle qualité de son récit et de son animation.

Adapté du roman Nihonjin d’Oscar Nakasato, MA FAMILLE DE SAMOURAÏS propose une incursion touchante et originale dans l’histoire de l’immigration japonaise (mais aussi italienne ou portugaise) en Amérique du Sud et plus particulièrement au Brésil pour la famille de Noboru.

Le film se focalise essentiellement sur la difficile relation du jeune garçon avec son grand-père, exprimant ainsi de manière plus universelle ce conflit culturel et générationnel qui s’exprime souvent au sein des familles déracinées.

Ce récit de transmission à hauteur d’enfants autour du désir d’intégration des plus jeunes met en exergue des valeurs comme l’écoute et la tolérance, sans jamais être donneur de leçon.
MA FAMILLE DE SAMOURAÏS aborde ainsi avec beaucoup de finesse la question du déracinement et celle de la honte parfois ressentie par les enfants d’immigrés face à la différence, et la difficile réappropriation de leur histoire.

Il convient également de saluer la fluidité de la mise en scène (notamment dans son utilisation judicieuse des flash-back) ainsi que l’originalité et la qualité picturale de ce film qui baigne dans les couleurs chaudes et chatoyantes du Brésil.
Précisons que la direction artistique de MA FAMILLE DE SAMOURAÏS puise, selon sa réalisatrice, dans l’œuvre du peintre nippo-brésilien Oscar Oiwa, dont certaines peintures illustrent d’ailleurs le générique de fin.
Ce film de la cinéaste brésilienne n’est pas sans rappeler dans son graphisme et son animation, celui de Fernando Trueba & Javier Mariscal, THEY SHOT THE PIANO PLAYER, sorti en 2023.

MA FAMILLE DE SAMOURAÏS est une chronique familiale délicate sur la transmission, la mémoire collective et la reconstruction de soi à travers les âges. Le regard doux et bienveillant que pose Célia Catunda sur sa famille « déracinée » constitue la première qualité de ce très joli film d’animation que l’on conseille volontiers aux plus jeunes et à leurs parents.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Et Soudain, la grâce !

Et Soudain, la grâce !

SOUDAIN (All of a sudden)

Un film de Ryūsuke Hamaguchi
Scénario de Ryūsuke Hamaguchi et Léa Le Dimna
Avec Virginie Efira, Tao Okamoto, Kodai Kurosaki, Jean-Charles Clichet, Gabriel Dahmani, Marie Bunel…
Drame – France – Japon – Allemagne – Belgique – 2026 – 3h15
Sortie en salles le 12 août 2026

L’histoire
Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.

L’AVIS CIN’ÉCRANS *****

Tout le paradoxe de SOUDAIN*, le nouveau long-métrage de Ryūsuke Hamaguchi (DRIVE MY CAR, LE MAL N’EXISTE PAS) est contenu dans son titre français.
Loin de la brusquerie ou même de la sensation de rapidité et d’efficacité qu’il laisse supposer, SOUDAIN prend le temps de nous immiscer au cœur de la complicité naissante entre deux femmes que rien ne prédestinait à leur rencontre.

Ce premier film tourné en France par le cinéaste japonais dépeint avec une infinie délicatesse cette amitié féminine et fait le lien entre la pensée française et la sensibilité japonaise.
Ryūsuke Hamaguchi y aborde de nombreuses questions de civilisation dont celles de la fin de vie et de la maladie sans jamais tomber dans le pathos ou la démonstration sociétale. Le réalisateur privilégie judicieusement la douceur et la dignité des échanges.

Outre la subtilité de la mise en scène et la manière très personnelle dont Ryūsuke Hamaguchi capture les petits geste du quotidien, on est littéralement envouté par l’intensité et la grâce incomparable du duo, formé par Virginie Efira et Tao Okamoto.

Un bon conseil, ne vous laissez surtout pas rebuter par les 3 heures 15 du film et laissez-vous embarquer dans ce subtil et sublime voyage sensoriel !

Avec son rythme atypique et contemplatif, SOUDAIN laissera, peut-être, certains spectateurs sur le bord de la route mais les autres ressortiront de sa projection fascinés et bouleversés, tout à la fois par son propos et sa forme.

SOUDAIN est une œuvre ambitieuse mais jamais excluante, qui vous accueille à bras ouverts et magistralement portée par ses deux remarquables interprètes principales. Si le long-métrage de Ryūsuke Hamaguchi ne vous convaincra pas forcément de tous les bienfaits de l’humanitude** ou des massages par le pied (quoique !), il s’inscrit néanmoins d’ores et déjà comme l’un des très, très grands films de l’année.

Une œuvre lumineuse et douce comme une caresse dont le souvenir vous hante très longtemps après l’avoir découverte. À voir absolument !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

* SOUDAIN a été présenté en Compétition Officielle au Festival de Cannes 2026. Virginie Efira et Tao Okamoto y ont remporté le Prix d’interprétation féminine ex-æquo.

** L’humanitude est une philosophie et une méthode de soin créée par Yves Gineste et Rosette Marescotti qui repose sur quatre piliers relationnels et identitaires majeurs : le regard, la parole et le toucher, ainsi que la verticalité.

Un grand raccourci – Coup de jeune(s) !

Un grand raccourci – Coup de jeune(s) !

UN GRAND RACCOURCI

Un film de Armand Foëx et Clément Devilliers
Scénario de Clément Devilliers avec la collaboration de François Le Bris
Avec Sara Montpetit, Louise Labeque, François Le Bris, Jules Porier, Olivier Rabourdin
Comédie dramatique – France – 2026 – 1h21
Sortie en salles le 12 août 2026

L’histoire
Quand le restaurant familial menace de fermer, deux cousins bretons relâchent des rats pour s’improviser dératiseurs. Le même été, deux jeunes femmes trafiquent le concours de beauté local pour promouvoir leurs bijoux. Embarqués dans leurs stratagèmes chaotiques, ces quatre débrouillards en quête d’avenir finissent par se percuter.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Ce premier long métrage, Armand Foëx et Clément Devilliers en rêvent depuis très longtemps, depuis l’âge de 13 ans en fait (ils en ont aujourd’hui 22). Et au moment où UN GRAND RACCOURCI sort en salles, les deux potes ne boudent pas leur plaisir à l’accompagner en réinventant certains codes vieillissants de la promo (un bon conseil, allez jeter un œil à leur compte Instagram). Leur enthousiasme mérite à lui seul que vous alliez saluer leur premier film sur grand écran.

D’autant, que malgré des moyens très limités (mais néanmoins assez largement supérieurs à ce qu’ils envisageaient) Armand Foëx et Clément Devilliers ont plus que réussi leur passage du court au long. UN GRAND RACCOURCI dresse un portrait malin et plein de fraîcheur d’une jeunesse rurale qui cherche à s’en sortir, quitte à user de moyens « limites ».
UN GRAND RACCOURCI possède un ton singulier et emprunte des chemins de traverse, à la manière de VINGT DIEUX,  LA PAMPA, CHIEN DE LA CASSE ou même dans un tout autre registre certains films de Guillaume Brac comme A L’ABORDAGE ou L’ILE AUX TRÉSORS, dans sa manière de saisir au vol l’énergie vitale de la jeunesse.

Avec ce premier film Armand Foëx et Clément Devilliers captent avec justesse et sans condescendance les aspirations de jeunes gens à peine sortis des affres de l’adolescence.

Malgré quelques ellipses, il convient de saluer la qualité du scénario signé Clément Devilliers qui mêle habilement répliques énergiques, comique de situation (le concours de miss qui vrille en coulisses) et réflexion plus intime sur le besoin pour chacun.e de trouver sa place ou d’acquérir son indépendance.

Le film recèle, à ce titre de quelques très jolies et touchantes séquences comme celles où Corentin tente, non sans difficultés, de tenir un discours personnel à l’adresse de sa grand-mère disparue ou bien encore celle de la séparation, pleine de retenue pudique sur le quai d’une gare avec Grégoire, son cousin et « meilleur ami »…

Cette très chaleureuse comédie dramatique aux accents mélancoliques est également une belle occasion de mettre la lumière quelques jeunes talents très prometteurs du cinéma français : Louise Labèque (TONI EN FAMILLE), Sara Montpetit (VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT), Jules Porier (MADRE) et Anja Verderosa (L’ÉPREUVE DU FEU) apportent  beaucoup de sincérité, de charme et de nuances à leurs personnages respectifs. Et n’oublions surtout pas, François le Bris, fidèle complice des deux cinéastes qui a collaboré avec Clément sur l’écriture du scénario et qui compose avec Grégoire, un personnage désenchanté très attachant.

Seul petit bémol du film (il en faut bien un), une bande originale très (trop) présente, comme si les deux réalisateurs manquaient de confiance dans la mise en scène de leur histoire.
Si c’est le cas, ils ont tort car UN GRAND RACCOURCI impose aisément leur belle énergie et une forte personnalité à deux têtes.
On attend maintenant avec beaucoup de curiosité et d’impatience la suite de leurs aventures sur grand écran.
Bref, si vous ne l’aviez pas encore compris, nous vous conseillons plus que chaleureusement cette balade en terre bretonne. N’hésitez surtout pas à emprunter ce très recommandable “grand raccourci”.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans