Et la fête continue ! Mélancolie joyeuse pour Robert Guédiguian

Et la fête continue ! Mélancolie joyeuse pour Robert Guédiguian

ET LA FÊTE CONTINUE !

Un film de Robert Guédiguian
Scénario de Robert Guédiguian et Serge Valletti
Comédie dramatique – 1H46 – France
Sortie en salles le 15 novembre 2023

L’histoire
A Marseille, Rosa, 60 ans, a consacré sa vie à sa famille et à la politique avec le même sens du sacrifice. Tous pensent qu’elle est inébranlable d’autant que Rosa est la seule qui pourrait sceller l’union de la gauche à la veille d’une échéance électorale décisive. Elle s’accommode finalement bien de tout ça, jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’Henri. Pour la première fois, Rosa a peur de s’engager. Entre la pression de sa famille politique et son envie de lâcher prise, le dilemme est lourd à porter.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Après un détour récent par le Mali pour TWIST À BAMAKO.  Robert Guédiguian retrouve avec ET LA FÊTE CONTINUE !, son 23è long métrage, la chaleur de la Bonne mère et de Marseille.

Avec la complicité d’une grande partie de ses fidèles interprètes, le réalisateur nous replonge dans l’ambiance bigarrée de la cité phocéenne (appellation qui donne lieu à une formidable séquence dans le bistrot tenu par Sarkis/Robinson Stévenin).
Marseille qui respirerait le bon vivre s’il n’y avait une précarité de plus en plus présente et l’effondrement de bon nombre de valeurs de notre société, symbolisé par celui des immeubles de la rue d’Aubagne.
Heureusement et même s’il n’est pas dupe, le réalisateur semble vouloir croire en un avenir meilleur à travers l’engagement d’une jeune génération prête à reprendre différemment le combat social et politique.

2 / Le personnage de Rosa, justement, magnifiquement incarné par Ariane Ascaride synthétise tout ce que l’on aime chez le cinéaste et sa compagne, le sens de la famille, de la solidarité, l’ouverture aux autres et le refus de se mettre en avant.

Rosa est une femme tiraillée entre ses idéaux politiques, sociaux et l’envie de respirer, de prendre enfin du temps pour elle, rien que pour elle.
Au moment de passer la main professionnellement et malgré une forme de culpabilité, elle est même prête à s’engager dans une nouvelle et inattendue histoire d’amour avec Henri (le toujours parfait Jean-Pierre Darroussin).

Après la noirceur assumée de GLORIA MUNDI, le réalisateur renoue donc avec une veine presque idéaliste dans ET LA FÊTE CONTINUE !

Un film sur la transmission, placé sous le signe de la tendresse et de la bienveillance, avouons qu’en cette période troublée et anxiogène, ce regain d’optimisme, quasi utopique, nous fait le plus grand bien.

3/ Outre les excellents Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, Robert Guédiguian s’est entouré d’une grande partie de sa famille de comédien.ne.s fétiches pour nous confier cette histoire de famille(s).
Toutes et tous, de Gérard Meylan à Grégoire Leprince-Ringuet, en passant par Lola Naymark, Robinson Stévenin et Alicia Da Luz Gomes (la révélation de TWIST À BAMAKO) apportent au film cette véracité, cette humanité et même une forme de douceur dans le combat quotidien, que l’on aime tant chez le réalisateur de MARIUS ET JEANNETTE OU LES NEIGES DU KILIMANDJARO.  

Gueules noires, Samuel Le Bihan & Amir El Kacem, au fond du trou !

Gueules noires, Samuel Le Bihan & Amir El Kacem, au fond du trou !

« J’aime sortir de mon confort… » Samuel Le Bihan

GUEULES NOIRES

Avec son troisième long métrage, Mathieu Turi continue d’explorer avec aplomb les méandres d’univers qu’il affectionne particulièrement. En effet, le réalisateur d’HOSTILE et MÉANDRE s’amuse à mélanger les genres pour nous proposer un film d’aventure mâtiné de fantastique, d’horreur et d’un soupçon de gore sur fond de réalisme social.
Un projet atypique et casse-gueule à souhait, quelque part entre ALIEN & GERMINAL …

« Des 3 films que j’ai faits, c’est celui qui est le plus proche de ce que je voulais à l’écriture » Mathieu Turi

L’Histoire  
Film interdit en salles aux moins de 12 ans
1956, dans le nord de la France. Une bande de mineurs de fond se voit obligée de conduire un professeur faire des prélèvements à mille mètres sous terre. Après un éboulement qui les empêche de remonter, ils découvrent une crypte d’un autre temps, et réveillent sans le savoir quelque chose qui aurait dû rester endormi…

Si le mélange des genres s’avère par moments un peu improbable, il convient néanmoins de saluer l’audace de son metteur en scène qui a réussi la prouesse d’entrainer avec lui toute son équipe et ses acteurs au fond de la mine, sans jamais avoir recours au moindre fond vert …
Véritable défi technique (saluons ainsi, en particulier, le remarquable travail d’Alain Duplantier, le directeur photo du film), GUEULES NOIRES fait aussi la preuve de l’évidente maitrise formelle de Mathieu Turi, mise au service d’un film d’aventure horrifique plutôt efficace.

 « Ce film-là, je ne risque pas de l’oublier parce qu’il a été très intense… » Amir El Kacem

Le + Cin’Écrans
C’est au cours du Festival du film francophone d’Angoulême, qu’a eu lieu la toute première projection publique de GUEULES NOIRES, en août dernier.
L’occasion pour nous d’évoquer avec le réalisateur et deux de ses principaux comédiens Amir El Kacem et Samuel Le Bihan, la genèse de ce film de genre, de ses enjeux très spécifiques de mise en scène et de son tournage exaltant mais, pour le moins, éprouvant et intense …  

INTERVIEW MATHIEU TURI, AMIR EL KACEM & SAMUEL LE BIHAN

GUEULES NOIRES

Un film de Mathieu Turi
Scénario de Mathieu Turi
Avec Samuel Le Bihan, Amir El Kacem, Jean-Hugues Anglade, Thomas Solivérès, Bruno Sanches, Diego Martin, Marc Riso, Philippe Torreton…
Aventure – Fantastique – 1H43 – France
Sortie en salles le 15 novembre 2023

 

Nous, étudiants ! Au banc de la République centrafricaine…

Nous, étudiants ! Au banc de la République centrafricaine…

NOUS, ÉTUDIANTS !

Un film de Rafiki Fariala
Scénario de Rafiki Fariala
Documentaire – 1H22 – Afrique, France, Arabie saoudite
Sortie en salles le 15 novembre 2023

L’histoire
République centrafricaine. Nestor, Aaron et Benjamin sont des étudiants en économie à l’Université de Bangui. Rafiki, le réalisateur, les a rencontrés en première année, ils ont étudié ensemble, ils ont lutté ensemble et chaque jour inventé des moyens de survivre. Ils ont aussi rêvé de leur avenir ensemble. Les examens approchent. Chacun est à la croisée des chemins.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Un campus vétuste, des salles de cours bondées, des professeurs qui marchandent de bonnes notes contre les faveurs des étudiantes… Vous l’aurez compris, le tableau dépeint par Rafiki Fariala, du quotidien et de l’avenir des étudiants de l’université de Bangui n’est guère reluisant. Avec la complicité de ses amis de galère, le jeune réalisateur décrit au plus juste et au plus près les problèmes et les questionnements d’une jeunesse en mal de repères, qu’ils soient politiques, sentimentaux, sexuels, religieux ou sociétaux.

2 / Avec NOUS, ÉTUDIANTS ! présenté à la Berlinale 2022 (section Panorama) Rafiki Fariala donne à voir et entendre la difficulté de la jeune génération à lutter contre l’ordre établi. Des étudiantes et étudiants qui peinent à faire entendre leur voix auprès d’une classe politique installée, vieillissante et bien souvent corrompue. Face à ce constat amer de relative impuissance, le réalisateur nous offre une belle et réconfortante ode à l’amitié, même si la question de la trahison amicale y est posée, notamment par l’attachant Nestor.

3/ Malgré une construction parfois hésitante, NOUS, ÉTUDIANTS ! intrigue, captive et nous interroge sur un rapport au monde très différent de nos modes de vie occidentaux.  
A noter que le film est rythmé par de nombreuses chansons qui commentent à leur manière la situation guère enviable d’une jeunesse en manque de perspectives exaltantes.

Benjamin Lavernhe et Emmanuelle Bercot redonnent vie à l’abbé Pierre et Lucie Coutaz

Benjamin Lavernhe et Emmanuelle Bercot redonnent vie à l’abbé Pierre et Lucie Coutaz

« Une histoire totalement inattendue que je ne connaissais pas… » Frédéric Tellier

L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS

Avec son quatrième long métrage, Frédéric Tellier nous livre plus qu’un simple biopic. L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS est tout à la fois, le portrait du fondateur d’Emmaüs, le récit de ses combats mais aussi une fresque romanesque à travers la découverte de Lucie Coutaz, une femme méconnue mais tellement importante dans le parcours semé d’embûches d’Henri Grouès, devenu l’abbé Pierre.

L’Histoire   
Né dans une famille aisée, Henri Grouès a été à la fois résistant, député, défenseur des sans-abris, révolutionnaire et iconoclaste. Des bancs de l’Assemblée Nationale aux bidonvilles de la banlieue parisienne, son engagement auprès des plus faibles lui a valu une renommée internationale. La création d’Emmaüs et le raz de marée de son inoubliable appel de l’hiver 54 ont fait de lui une icône.

Plus de 30 ans après la sortie d’HIVER 54, L’ABBÉ PIERRE de Denis Amar avec Lambert Wilson, c’est Frédéric Tellier et son coscénariste Olivier Gorce qui se sont attelés à la tâche de ce nouveau film consacré à l’une des personnalités préférées des Français.

« J’étais très curieux, je savais que j’allais découvrir des choses sur lui » Benjamin Lavernhe

Bien leur en a pris, tant cette œuvre dont le récit court sur de nombreuses décennies s’avère réussie.
L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS est un film ambitieux, à la fois spectaculaire et intimiste, porté par l’immense talent de Benjamin Lavernhe, acteur caméléon aussi à l’aise et brillant dans la comédie que dans le drame. L’acteur de La comédie française compose, sur plusieurs décennies, un abbé parfaitement crédible et nous bouleverse à de nombreuses reprises par l’intensité de sa composition.

« Il fallait que j’invente un personnage entre elle et moi ! » Emmanuelle Bercot à propos de Lucie Coutaz

 A ses côtés, il faut évidemment saluer Emmanuelle Bercot, grande réalisatrice (LA TÊTE HAUTE, LA FILLE DE BREST) mais aussi, et on oublie trop souvent de le rappeler une excellente actrice. Elle incarne ici avec délicatesse et puissance Lucie Coutaz, un personnage central dans la vie de l’abbé. Une femme forte, dont très peu d’entre nous connaissaient l’existence, qui s’est entièrement dévouée aux combats de l’abbé Pierre.
Il serait néanmoins injuste de ne retenir du film que le formidable travail de ses interprètes. Toujours au service du récit et de son incarnation, Frédéric Tellier nous offre avec L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS, un film ample et magnifié par le remarquable travail de son directeur photo Renaud Chassaing. Le réalisateur de L’AFFAIRE SK1, SAUVER OU PÉRIR et GOLIATH se sort avec brio de l’exercice souvent compliqué et ampoulé du biopic. Une très belle surprise…

Le + Cin’Écrans
C’est avec un immense plaisir que nous avons retrouvé en août dernier Frédéric Tellier, Benjamin Lavernhe et Emmanuelle Bercot au Festival du film francophone d’Angoulême pour y parler de leur travail commun sur ce film ambitieux et particulièrement réussi.

INTERVIEW FRÉDÉRIC TELLIER, BENJAMIN LAVERNHE & EMMANUELLE BERCOT

L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS

Un film de Frédéric Tellier
Scénario de Frédéric Tellier et Olivier Gorce

Avec Benjamin Lavernhe, Emmanuelle Bercot, Michel Vuillermoz, Antoine Laurent, Alain Sachs…
Drame-Biopic – 2H18 – France
Sortie en salles le 8 novembre 2023

 

Pierre feuille pistolet… La guerre, au cœur de l’intime !

Pierre feuille pistolet… La guerre, au cœur de l’intime !

PIERRE FEUILLE PISTOLET (Skad dodad)

Un film de Maciek Hamela
Scénario de Maciek Hamela
Documentaire – 1H24 – France
Sortie en salles le 8 novembre 2023

L’histoire
Un van polonais sillonne les routes d’Ukraine. A son bord, Maciek Hamela évacue des habitants qui fuient leur pays depuis l’invasion russe. Le véhicule devient alors un refuge éphémère, une zone de confiance et de confidences pour des gens qui laissent tout derrière eux et n’ont plus qu’un seul objectif : retrouver une possibilité de vie pour eux et leurs enfants.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour la puissance des témoignages apportés par ce documentaire bouleversant, en forme de road movie.
Maciek Hamela, réalisateur, producteur polonais nous invite à le suivre sur les routes douloureuses de l’exil. PIERRE FEUILLE PISTOLET (dont on comprend son titre au cours du trajet) nous plonge au cœur de l’intime par la grâce et la force de témoignages, de confidences qui mettent l’humain au cœur du propos.
Chacun, chacune y aborde avec pudeur, délicatesse et souvent beaucoup de résignation, la tragédie de la guerre, de l’exode mais aussi pour d’autres leurs perspectives d’avenir.
Le témoignage des enfants, dont certains font preuve d’une froide lucidité, apporte néanmoins une vraie note d’espoir dans ce monde si brutal et donne de la force aux adultes. On en veut pour preuve cette promesse faite par une maman à son enfant quand il aperçoit la mer.  « On reviendra se baigner quand la guerre sera finie… »

2 / Pour le judicieux dispositif de tournage (une simple caméra embarquée dans un van) qui donne à ce film indispensable, toute sa singularité.
Saluons le courage et l’intelligence de Maciek Hamela qui a entrepris un long périple de plus de 100 000 km depuis février 2022 pour accompagner les Ukrainiens qui sollicitent son aide pour quitter leur pays afin de rejoindre la Pologne voisine.
Avec sa caméra discrète, le réalisateur chauffeur pose un regard bienveillant, tout en restant à la juste distance, sur ses passagers.

3/ la profusion d’images terribles que l’on découvre au quotidien depuis de longs mois est en passe de provoquer une insupportable forme d’indifférence. Chacun essayant de préserver sa santé mentale pour ne pas sombrer et perdre foi dans l’avenir.
En nous ramenant à hauteur d’hommes, de femmes et d’enfants, ce documentaire de Maciek Hamela est là pour nous rappeler notre devoir de vigilance et de solidarité, sans didactisme aucun et sans jamais donner de leçon.

Avec ce film puissant, Maciek Hamela rend un hommage sincère et juste à toutes les victimes collatérales de ces conflits qui trop souvent les dépasse. Sans oublier celles et ceux qui font en sorte que ces hommes, femmes et enfants gardent espoir et dignité.