Linda veut du poulet ! Nous aussi…

Linda veut du poulet ! Nous aussi…

LINDA VEUT DU POULET

Animation – 1h16– 2023 – France
Réalisation :  
Chiara Malta et Sébastien Laudenbach
Scénario :
Chiara Malta et Sébastien Laudenbach
Avec les voix de Mélinée Leclerc, Clotilde Hesme, Laetitia Dosch, Estéban…

Sorti en salles le 18 octobre 2023

Disponible en DVD– 5 mars 2024 – Blaq Out

Image : 16/9 – Son : Français 5.1 et 2.0
Audiodescription pour aveugles et malvoyants
Sous titres français pour sourds et malentendants

L’histoire
Non, ce n’est pas Linda qui a pris la bague de sa mère Paulette ! Cette punition est parfaitement injuste ! … Et maintenant Paulette ferait tout pour se faire pardonner, même un poulet aux poivrons, elle qui ne sait pas cuisiner. Mais comment trouver un poulet un jour de grève générale ? … De poulailler en camion de pastèques, de flicaille zélée en routier allergique, de mémé en inondation, Paulette et sa fille partiront en quête du poulet, entraînant toute la « bande à Linda » et finalement tout le quartier. Mais Linda ne sait pas que ce poulet, jadis si bien cuisiné par son père, est la clef de son souvenir perdu… Au fait, quelqu’un sait tuer un poulet ? …

Le film ****
Très jolie surprise que LINDA VEUT DU POULET qui a obtenu le toujours très convoité Cristal du long métrage au Festival du film d’animation d’Annecy et le non moins prestigieux César du meilleur film d’animation 2023.
Deux récompenses plus que méritées pour ce film réalisé par Chiara Malta dont c’est le premier long-métrage d’animation, et Sébastien Laudenbach à qui l’on doit le très beau LA JEUNE FILLE SANS MAINS.

Véritables artisans de l’animation, Chiara Malta et Sébastien Laudenbach nous offrent, avec cet hymne à la liberté et au désordre, une comédie agitée comme ils aiment à qualifier LINDA VEUT DU POULET.

LINDA VEUT DU POULET est un film drôle et tendre en forme de variation autour du deuil qui parle à tous, grands ou petits.
Saluons à ce titre le respect des deux cinéastes envers les enfants, à qui ils s’adressent sans aucune mièvrerie. Sébastien Laudenbach affirmant à ce titre, dans l’interview qui accompagne le film, qu’il trouve noble de parler aux enfants, ce qu’ils font, avec Chiara Malta, dans une grande liberté et avec beaucoup d’intelligence.

LINDA VEUT DU POULET
est porté par un graphisme très original et par la personnalité affirmée de ses principaux personnages.
Des personnages hauts en couleurs et magnifiquement incarnés par Mélinée Leclerc, Clotilde Hesme, Laetitia Dosch ou bien encore le très reconnaissable (et incomparable) Estéban.     

Bonus **1/2
Making of :
Les chansons – 1mn30
Les décors – 2mn03
La prise de son – 2mn06
Le style graphique – 1mn51

Interview des cinéastes Chiara Malta & Sébastien Laudenbach (4mn43)

Un souvenir ou deux (Musique : Clément Ducol – Paroles : Chiara Malta et Sébastien Laudenbach) Clip de la chanson interprétée par Juliette Armanet (2mn23) réalisé par Lola Halifa-Legrand & Vladimir Mavounia-Kouka

Une (trop) courte interview de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach est proposée en bonus avec notamment un intéressant passage consacré au tournage audio du film en compagnie des acteurs-voix du film.
Un tournage principalement destiné à fournir des indications précieuses aux animateurs du film qui pouvaient ainsi s’appuyer sur l’animatic (les dessins) et ces voix pour créer toute l’animation.

Si quatre séquences dites « making of » nous sont proposées, on reste un peu sur notre faim. On aurait notamment apprécié que la parole donnée à certains collaborateurs du film soit plus importante, plus développée…
Des interviews plus conséquentes ont forcément été réalisées afin d’en choisir ces quelques trop courts extraits bonus. C’est dommage de nous en avoir privé…

C’est le beau clip de la chanson du film interprétée par Juliette Armanet qui vient clore l’offre de bonus du DVD.   

Et la fête continue… La fidélité avant tout !  

Et la fête continue… La fidélité avant tout !  

ET LA FÊTE CONTINUE !

Comédie dramatique – 1h46 (Blu ray) 1h42 (DVD) – 2023 – France
Réalisation :  Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian et Serge Valletti
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Lola Naymark, Robinson Stévenin, Gérard Meylan, Grégoire Leprince-Ringuet, Alicia Da Luz Gomez…

Sorti en salles le 15 novembre  2023

Disponible en Blu ray & DVD– 19 mars 2024 – Diaphana Vidéo

Image : 16/9 – Son : Français Dolby audio DD 5.1 & 2.0
Audiodescription pour les aveugles et malvoyants
Sous titres français pour sourds et malentendants

L’histoire
A Marseille, Rosa, 60 ans, a consacré sa vie à sa famille et à la politique avec le même sens du sacrifice. Tous pensent qu’elle est inébranlable d’autant que Rosa est la seule qui pourrait sceller l’union de la gauche à la veille d’une échéance électorale décisive. Elle s’accommode finalement bien de tout ça, jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’Henri. Pour la première fois, Rosa a peur de s’engager. Entre la pression de sa famille politique et son envie de lâcher prise, le dilemme est lourd à porter.

Le film ****
Après un détour par le Mali en 2021 pour TWIST À BAMAKO, Robert Guédiguian retrouvait pour son 23è long métrage, ET LA FÊTE CONTINUE !, la chaleur de la Bonne mère et de Marseille.
Avec la complicité d’une grande partie de ses fidèles interprètes, le réalisateur nous replonge dans l’ambiance bigarrée de la cité phocéenne (appellation qui donne lieu à une formidable séquence dans le bistrot tenu par Sarkis/Robinson Stévenin).

Marseille qui respirerait le bon vivre s’il n’y avait une précarité de plus en plus présente et l’effondrement de bon nombre de valeurs de notre société, symbolisé par celui des immeubles de la rue d’Aubagne.
Heureusement et même s’il n’est pas dupe, Robert Guédiguian semble vouloir croire en un avenir meilleur à travers l’engagement d’une jeune génération prête à reprendre différemment le combat social et politique.

Le personnage de Rosa, justement, magnifiquement incarné par Ariane Ascaride synthétise tout ce que l’on aime chez le cinéaste et sa compagne, le sens de la famille, de la solidarité, l’ouverture aux autres et le refus de se mettre en avant.
Rosa est une femme tiraillée entre ses idéaux politiques, sociaux et l’envie de respirer, de prendre enfin du temps pour elle, rien que pour elle.
Au moment de passer la main professionnellement et malgré une forme de culpabilité, elle est même prête à s’engager dans une nouvelle et inattendue histoire d’amour avec Henri (le toujours parfait Jean-Pierre Darroussin).

Après la noirceur assumée de GLORIA MUNDI, le réalisateur renoue donc avec une veine presque idéaliste dans ET LA FÊTE CONTINUE ! Un film sur la transmission, placé sous le signe de la tendresse et de la bienveillance. Avouons qu’en cette période troublée et anxiogène, ce regain d’optimisme, quasi utopique, nous fait le plus grand bien.

Outre les excellents Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, Robert Guédiguian s’est entouré d’une grande partie de sa famille de comédien.ne.s fétiches pour nous confier cette histoire de famille(s).

Toutes et tous, de Gérard Meylan à Grégoire Leprince-Ringuet, en passant par Lola Naymark, Robinson Stévenin et Alicia Da Luz Gomes (la révélation de TWIST À BAMAKO) apportent au film cette véracité, cette humanité et même une forme de douceur dans le combat quotidien, que l’on aime tant chez le réalisateur de MARIUS ET JEANNETTE OU LES NEIGES DU KILIMANDJARO.

Bonus ****
« En bande organisée », making-of réalisé par Isabelle Danel -2023 – 48mn)

Un seul mais conséquent bonus est proposé en parfait complément du dernier film de Robert Guédiguian.
Il s’agit d’un making of réalisé par la journaliste et critique de cinéma Isabelle Danel.

Durant 48 minutes, cette dernière nous entraîne sur les traces de la « Famille Guédiguian » au cœur de ce Marseille que le metteur en scène connait si bien.
Malgré une prise de son parfois difficile, on est passionné par ce making-of, en forme de balade marseillaise qui revient ainsi sur les principaux lieux de tournage du film.

Ce récit de tournage est commenté par Isabelle Danel qui a le grand mérite de laisser vivre les images, les interactions entre les intervenants du film, sans propos superflus.
Un accord presque parfait qui reflète au mieux l’ambiance d’une aventure de cinéma on ne peut plus familiale.

Signalons à ce propos une excellente idée de montage qui consiste à préciser pour de très nombreux protagonistes du film (acteurs et techniciens) le nombre de leurs collaborations avec Robert Guédiguian.
À titre d’exemple, le monteur du making of, Bernard Sasia travaillait pour la 23è fois avec le cinéaste, soit le nombre total de ses films… Fidèle(s), vous avez dit fidèle(s) ?

L’abbé Pierre, une vie de combats… Édifiant et passionnant

L’abbé Pierre, une vie de combats… Édifiant et passionnant

L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS

Drame – 2h17 (Blu ray) 2h11 (DVD) – 2023 – France
Réalisation :  Frédéric Tellier
Scénario : Frédéric Tellier, Olivier Gorce
Avec Benjamin Lavernhe, Emmanuelle Bercot, Michel Vuillermoz, Antoine Laurent, Alain Sachs…

Sorti en salles le 8 novembre  2023

Disponible en Blu ray, DVD, édition collector (Blu ray + DVD) et VOD – 7 mars 2024 – M6 Vidéo

Image : 16/9 – Son : Français DTS HD 5.1
Audiodescription pour les aveugles et malvoyants
Sous titres français pour sourds et malentendants

L’histoire
Né dans une famille aisée, Henri Grouès a été à la fois résistant, député, défenseur des sans-abris, révolutionnaire et iconoclaste. Des bancs de l’Assemblée Nationale aux bidonvilles de la banlieue parisienne, son engagement auprès des plus faibles lui a valu une renommée internationale. La création d’Emmaüs et le raz de marée de son inoubliable appel de l’hiver 54 ont fait de lui une icône.

Le film ****
Avec son quatrième long métrage, Frédéric Tellier nous livre plus qu’un simple biopic. L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS est tout à la fois, le portrait du fondateur d’Emmaüs, le récit de ses combats mais aussi une fresque romanesque à travers la découverte de Lucie Coutaz, une femme méconnue mais tellement importante dans le parcours semé d’embûches d’Henri Grouès, devenu l’abbé Pierre.

« Une histoire totalement inattendue que je ne connaissais pas… » Frédéric Tellier

Plus de 30 ans après la sortie d’HIVER 54, L’ABBÉ PIERRE de Denis Amar avec Lambert Wilson, c’est Frédéric Tellier et son coscénariste Olivier Gorce qui se sont attelés à la tâche de ce nouveau film consacré à l’une des personnalités préférées des Français.

« J’étais très curieux, je savais que j’allais découvrir des choses sur lui » Benjamin Lavernhe

Bien leur en a pris, tant cette œuvre dont le récit court sur de nombreuses décennies s’avère réussie.

L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS est un film ambitieux, à la fois spectaculaire et intimiste, porté par l’immense talent de Benjamin Lavernhe, acteur caméléon aussi à l’aise et brillant dans la comédie que dans le drame. L’acteur de La Comédie Française compose, sur plusieurs décennies, un abbé parfaitement crédible et nous bouleverse à de nombreuses reprises par l’intensité de sa composition.

« Il fallait que j’invente un personnage entre elle et moi ! » Emmanuelle Bercot à propos de Lucie Coutaz

 A ses côtés, il faut évidemment saluer Emmanuelle Bercot, grande réalisatrice (LA TÊTE HAUTE, LA FILLE DE BREST) mais aussi, et on oublie trop souvent de le rappeler, une excellente actrice. Elle incarne ici avec délicatesse et puissance Lucie Coutaz, un personnage central dans la vie de l’abbé. Une femme forte, dont très peu d’entre nous connaissaient l’existence, qui s’est entièrement dévouée aux combats de l’abbé Pierre.

Il serait néanmoins injuste de ne retenir du film que le formidable travail de ses interprètes. Toujours au service du récit et de son incarnation, Frédéric Tellier nous offre avec L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS, un film ample et magnifié par le remarquable travail de son directeur photo Renaud Chassaing. Le réalisateur de L’AFFAIRE SK1, SAUVER OU PÉRIR et GOLIATH se sort avec brio de l’exercice souvent compliqué et ampoulé du biopic. Une très belle surprise…

Bonus ****
Interviews de Laurent Desmard (Président d’honneur de la Fondation Abbé Pierre) suivie de celle de l’équipe du film (Frédéric Tellier, Benjamin Lavernhe & Emmanuelle Bercot) – 18mn
Scènes coupées – 22mn30

Le premier module regroupe deux interviews plutôt classiques mais relativement intéressantes :  celle de Laurent Desmard, au cours de laquelle cet ancien collaborateur de l’abbé Pierre devenu président d’honneur de sa fondation dit toute son admiration pour le travail de Frédéric Tellier et pour les compositions bluffantes de Benjamin Lavernhe et Emmanuelle Bercot.
Au cours de l’entretien croisé entre le réalisateur et ses deux principaux interprètes, l’actrice avoue très humblement que son travail de composition sur le personnage de Lucie Coutaz était beaucoup plus simple et plus libre que celui de Benjamin Lavernhe dans la mesure où peu d’images existent de cette femme de l’ombre mais ô combien importante dans la vie de l’abbé.  

Mais une fois n’est pas coutume ! Plus que ce bonus interviews, ce sont les sept scènes coupées qui donnent tout leur intérêt au volet suppléments du DVD et du BR. D’une durée de 1 à plus de 4 minutes, toutes ces séquences nous permettent de découvrir une autre facette de la vie de l’abbé et des ses proches. Ainsi la première scène coupée permet de mieux comprendre la complicité qui lie l’abbé à la fidèle Lucie Coutaz.
Autre séquence judicieuse et étonnante, « Zappy Max » permet de découvrir un véritable instant de convivialité entre l’abbé Pierre et ses plus proches collaborateurs. Autour d’un poste de radio, toutes et tous écoutent le passage de l’abbé dans une émission de jeu qui lui permettra de récolter de l’argent pour Emmaüs. L’occasion pour l’homme d’église d’avouer un « petit » mensonge…  

Seul petit bémol, on aurait adoré une explication de Frédéric Tellier sur les raisons qui l’ont poussé à ne pas inclure ces scènes dans le film.  

L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS – Version Collector
L’ABBÉ PIERRE, UNE VIE DE COMBATS est également disponible en Édition Collector avec le Blu-Ray
et le DVD du film
Une édition spéciale de Paris Match « Hiver 54 L’Abbé Pierre : l’engagement de toute une vie » contenant un article de février 1954 et de nombreuses photos d’archives (Format 12×16 cm, 16 pages).
Le documentaire inédit et exclusif « Les combats de l’Abbé Pierre » : L’Abbé Pierre raconté par ses proches et confidents (45 min).
Ainsi que les deux Bonus présents sur l’édition simple BR & DVD
Interviews de l’équipe du film et de Laurent Desmard (Président d’honneur de la Fondation Abbé Pierre).
Scènes coupées

Le + Cin’Écrans
C’est avec un immense plaisir que nous avons retrouvé en août dernier Frédéric Tellier, Benjamin Lavernhe et Emmanuelle Bercot au Festival du film francophone d’Angoulême pour y parler de leur travail commun sur ce film ambitieux et particulièrement réussi.

INTERVIEW FRÉDÉRIC TELLIER, BENJAMIN LAVERNHE & EMMANUELLE BERCOT

Une année difficile pour un film déconfiné à (re)découvrir

Une année difficile pour un film déconfiné à (re)découvrir

UNE ANNÉE DIFFICILE

Drame – 2h00 (Blu ray) 1h56 (DVD) – 2023 – France
Réalisation :  Éric Toledano, Olivier Nakache
Scénario : Éric Toledano, Olivier Nakache
Avec Jonathan Cohen, Pio Marmaï, Noémie Merlant, Mathieu Amalric, Grégoire Leprince-Ringuet…

Sorti en salles le 18 octobre  2023

Disponible en Blu ray, DVD, et VOD – 28 février 2024 – Gaumont Vidéo

Image : 16/9 – Son : Français DTS HD 5.1 & 2.0
Audiodescription pour les aveugles et malvoyants
Sous titres français pour sourds et malentendants

L’histoire
Albert et Bruno sont surendettés et en bout de course, c’est dans le chemin associatif qu’ils empruntent ensemble qu’ils croisent des jeunes militants écolos. Plus attirés par la bière et les chips gratuites que par leurs arguments, ils vont peu à peu intégrer le mouvement sans conviction…

Le film ****

« C’est le vide du covid qui nous a donné envie de parler de ce que ça a laissé comme traces chez nous… » Éric Toledano

Quatre ans après HORS NORMES (et deux saisons d’EN THÉRAPIE pour Arte), Éric Toledano & Olivier Nakache étaient de retour en salles l’automne dernier avec UNE ANNÉE DIFFICILE.

Curieusement et injustement, même si cela n’enlève rien à ces qualités, ce 8eme long-métrage n’a pas obtenu le même succès que leurs œuvres précédentes en réunissant à peine 900.000 spectateurs.

Et pourtant, les deux scénaristes réalisateurs continuent de creuser, avec talent, le sillon d’un cinéma social et dans l’air du temps, auquel ils insufflent beaucoup d’humour et un vrai supplément d’âme.

Même s’ils n’hésitent jamais à donner quelques coups de griffes et à pointer les dérives consuméristes de notre époque, les deux cinéastes ont su préserver le principal, à savoir une attention à l’autre et une bienveillance naturelle pour l’ensemble de leurs personnages…

Avec la complicité d’un casting « hors-norme », Éric Toledano et Olivier Nakache nous questionnent sur nos travers, nos petites mesquineries quotidiennes, bref sur des comportements que chacun, chacune va devoir faire évoluer pour survivre dans ce monde souvent cruel pour beaucoup.

« Quand il y a de l’amour et de la bienveillance derrière la cam, on arrive à se lâcher… » Jonathan Cohen

Si les deux cinéastes ont fait appel, avec bonheur, à Pio Marmaï qu’ils avaient « pratiqué » sur EN THÉRAPIE, c’est la première fois qu’ils travaillaient avec Jonathan Cohen, Noémie Merlant ou Mathieu Amalric. Bien leur en a pris, tant ces comédien.ne.s se sont glissé.e.s avec gourmandise dans la peau de personnages riches et très différents les uns des autres. Et surtout, on sent à quel point ces interprètes se sont régalé.e.s des situations et des dialogues ciselés des réalisateurs d’INTOUCHABLE et du SENS DE LA FÊTE.

 « Jonathan n’a pas eu besoin de nous pour prouver qu’il n’avait pas de limites… » Éric Toledano

Avec UNE ANNÉE DIFFICILE, les deux réalisateurs flirtent avec le meilleur de la comédie noire italienne des années 70 – 80. On songe, entre autres, à certains films de Dino Risi, Mario Monicelli ou Ettore Scola même si leurs personnages ne sont, au fond, pas aussi « affreux, sales et méchants » qu’on pourrait le penser…

Bonus ****
La valse de l’époque – Le making-of d’Une année difficile –   31mn18

Un seul bonus est proposé en complément de cette ANNÉE DIFFICILE mais il convient d’en saluer la qualité tant il précise, si besoin était, les intentions du duo de réalisateurs.
Avec ce making-of, dans lequel s’expriment les principaux protagonistes du film, Paul Frère nous offre une vision assez complète et passionnante de ce projet centré sur deux loosers magnifiques.

On notera que le tournage de ce making-of débute par quelques images furtives tournées avec la complicité d’Olivier Nakache, le 12 mars 2020, soit 5 jours avant le premier confinement, au moment où l’écriture du film débute…
Une situation temporelle qui explique parfaitement son impact sur l’écriture du film et l’idée de certaines séquences directement inspirées par cette période si particulière. Un moment de vie qui nous interroge encore aujourd’hui sur nos comportements et notre place dans la société et qui est au cœur des préoccupations des protagonistes de cette ANNÉE DIFFICILE.
On apprend ainsi que pour ses initiateurs ce film a été vécu comme une forme de pulsion « Il fallait qu’il y ait du fouillis construit… Ce film est une nouvelle étape, il y avait un besoin de se repositionner »

Au fil des interventions des deux réalisateurs, de Pio Marmaï, Jonathan Cohen, Noémie Merlant et Mathieu Amalric, on ressent parfaitement à quel point chacun.e a pris plaisir à se plonger dans ce récit terriblement contemporain.

Mais la bonne idée du making-of est sans aucun doute d’y donner aussi la parole aux militants qui ont été partis prenantes du film sur plusieurs étapes. Que ce soit au moment de son écriture (à travers les échanges nourris avec Éric Toledano et Olivier Nakache) mais aussi sur son tournage où un certain nombre d’entre eux a été convié à (re)vivre pour la caméra certaines actions activistes auxquelles ils avaient pu participer.  
Nul doute que l’implication de ces militants, sur toutes ces étapes, a participé grandement au sentiment de véracité que dégage ce film que l’on placera volontiers dans La lignée de l’« Artivisme » défendue par bon nombre d’entre eux.

Reste qu’au-delà des réflexions justes et utiles qu’il pose, UNE ANNÉE DIFFICILE peut aussi se déguster, plus simplement, comme un excellent divertissement, celui proposé par son duo de cinéastes qui ont une idée assez précise de leur mission « Ce n’est pas notre fonction de venir délivrer un message, notre fonction, c’est de poser les bonnes questions et de bien les formuler ! » Mission réussie !

Le + Cin’Écrans
C’est en juin dernier, à l’occasion du Festival du Film de Demain à Vierzon, où UNE ANNÉE DIFFICILE était présenté en ouverture, 5 mois avant sa sortie officielle, que j’ai retrouvé pour mon plus grand plaisir et une courte interview Éric Toledano, accompagné ce soir-là de l’excellent Jonathan Cohen

INTERVIEW ÉRIC TOLEDANO & JONATHAN COHEN

Le ravissement pour Iris Kaltenbäck et Hafsia Herzi  

Le ravissement pour Iris Kaltenbäck et Hafsia Herzi  

LE RAVISSEMENT

Drame – 1h37 (Blu ray) 1h33 (DVD) – 2023 – France
Réalisation :  Iris Kaltenbäck
Scénario : Iris Kaltenbäck
Avec Hafsia Herzi, Alexis Manenti, Nina Meurisse, Younes Boucif, Radmila Karabatic, Dusko Badnjar, Ana Blagojevic, Grégoire Didelot…

Sorti en salles le 11 octobre 2023
Disponible en Blu ray, DVD et VOD – 20 février 2024 – Diaphana Vidéo

Image : 16/9 – Son : Français DTS HD 5.1 et 2.0
Sous titres français pour sourds et malentendants

L’histoire
Comment la vie de Lydia, sage-femme très investie dans son travail, a-t-elle déraillé ? Est-ce sa rupture amoureuse, la grossesse de sa meilleure amie Salomé, ou la rencontre de Milos, un possible nouvel amour ? Lydia s’enferme dans une spirale de mensonges et leur vie à tous bascule….

Le film ****
LE RAVISSEMENT
, premier long métrage d’Iris Kaltenbäck, sans aucun conteste l’un des plus réussis de l’an passé, a bien mérité les nombreux prix récoltés ces derniers mois depuis sa présentation à Cannes : Prix SACD de la Semaine de la critique, Prix Louis Delluc du meilleur premier film, Lumière de la presse étrangère du meilleur premier film et Prix du syndicat français de la critique du meilleur premier film, une nouvelle fois. Autant dire que nous sommes nombreux et nombreuses à attendre le second long métrage de la réalisatrice.

En attendant, nous vous invitons chaleureusement à (re)découvrir, si ce n’est déjà fait, LE RAVISSEMENT, véritable thriller de l’intime, qui creuse avec pertinence les questions de la solitude urbaine, de la maternité et celle des conséquences d’un mensonge quand on ne peut plus (ou qu’on ne sait pas comment) faire machine arrière…

Inspiré d’un tragique fait divers, le film est transcendé par le mystère et l’intensité du jeu d’Hafsia Herzi. L’actrice trouve ici, sans aucun doute, son plus beau rôle à ce jour. Elle compose avec une remarquable économie de moyens (un regard, un silence en disent parfois très long) un personnage fascinant et ambigu, de jeune femme sur la brèche que son mal-être pousse à usurper le bébé de sa meilleure amie (incarnée par l’excellente Nina Meurisse).

Après son passage très remarqué dans les salles obscures l’automne dernier, c’est à la maison que vous pouvez vous laisser happer par ce drame poignant et mélancolique, magnifiquement interprété.

Bonus ****
LE VOL DES CIGOGNES – court-métrage d‘Iris Kaltenbäck avec Claire Ganaye et Raphaël Acloque (2015, 29 mn)

Discussion d’Iris Kaltenbäck avec Ava Cahen, déléguée générale de la Semaine de la Critique (2024, 18 mn)

En bonus, Diaphana (éditeur du film) a la judicieuse idée de nous offrir LE VOL DES CIGOGNES, un court métrage réalisé en 2015 par Iris Kaltenbäck. L’histoire d’un vol de bébé dans une maternité par une femme qui présente l’enfant à son mari militaire comme étant le sien.
La similitude thématique avec LE RAVISSEMENT ne vous aura pas échappé, et pour cause, puisque c’est après avoir découvert ce court-métrage que les producteurs Alice Bloch (Marianne Productions) et Thierry de Clermont-Tonnerre (Mact Productions) ont demandé à la cinéaste d’écrire un long métrage sur ce même sujet et qui deviendra LE RAVISSEMENT.

Avec le second bonus, nous sommes conviés à un entretien entre Iris Kaltenbäck et Ava Cahen, journaliste et déléguée générale de la Semaine de la critique, qui a choisi avec son comité de sélection de présenter LE RAVISSEMENT en mai dernier à Cannes.

Au cours de cet échange passionnant, la réalisatrice-scénariste revient, entre autres, sur la genèse du projet et le parti-pris d’utiliser une voix off, celle de Milo (Alexis Manenti), qui tente de percer le mystère de Lydia, pour reconstituer son histoire. La réalisatrice revient aussi évidemment sur son formidable casting et sur l’importance de la bande originale du film composée par Alexandre de la Baume.