La vraie famille… Emotion(s) pure(s) et intacte(s)

La vraie famille… Emotion(s) pure(s) et intacte(s)

LA VRAIE FAMILLE

Un film écrit et réalisé par Fabien Gorgeart

Drame – 2021 – 1h42- France
Distribution : Mélanie Thierry, Lyes Salem, Félix Moati

Sorti en salles le 16 février 2022
Disponible en VOD, DVD & Blu Ray chez Le Pacte
Audio : Français 5.1 ou 2.0. Audiodescription.
Sous titres : sourds et malentendants – Image : 16/9

 

Le pitch
Anna, 34 ans, vit avec son mari, ses deux petits garçons et Simon, un enfant placé chez eux par l’Assistance Sociale depuis l’âge de 18 mois, qui a désormais 6 ans. Un jour, le père biologique de Simon exprime le désir de récupérer la garde de son fils. C’est un déchirement pour Anna, qui ne peut se résoudre à laisser partir celui qui l’a toujours appelée « Maman ».

L’avis Cin’Ecrans
Avec LA VRAIE FAMILLE, largement inspiré de sa vie quand il était enfant, Fabien Gorgeart signe une ode magnifique et déchirante à l’amour. Il ose le mélodrame, sans fausse pudeur mais avec une intelligence et une retenue de tous les instants. Une des forces de ce film, qui ne verse jamais dans l’écueil du pathos, est de n’être en aucun cas manichéen. Il n’y a pas de bons et de méchants mais juste une situation incroyablement complexe et émotionnellement puissante.

Le metteur en scène, en permanence au plus près de ses personnages, imprime au film une belle fluidité avec la complicité de comédiens tous remarquables. Si Lyes Salem et Félix Moati sont absolument irréprochables, c’est évidemment Mélanie Thierry qui retient tous les regards. La profondeur, l’intensité du sien (et celui d’Anna, son personnage) est sidérant ! Impossible de s’en détacher et de ne pas ressentir jusqu’au moindre détail de ses sentiments, notamment quand elle demande à Simon (le très jeune Gabriel Pavie qui va vous bouleverser aussi) de ne plus l’appeler Maman. Elle semble ne jamais jouer, elle est Anna ! Mélanie Thierry est sans aucun doute, c’est mon avis et je le partage 😊, la plus grande actrice de ces dernières années. LA DOULEUR, EN THÉRAPIE et LA VRAIE FAMILLE, entre autres, sont là pour le prouver.

Bonus DVD
Excellente initiative de nous proposer en bonus deux courts métrages réalisés par Fabien Gorgeart, LE DIABLE EST DANS LES DÉTAILS et UN CHIEN DE MA CHIENNE.
LE DIABLE EST DANS LES DÉTAILS réalisé en 2016 est une excellente adaptation de l’ouvrage de Michel Foucault, Herculine Barbin, dite Alexina B.
L’histoire est celle, en 1859, d’Alexina, jeune apprentie institutrice dans le couvent où elle a grandi qui souffre de douleurs intolérables. Un examen par le médecin du diocèse révèle qu’elle est hermaphrodite…

Plus anecdotique mais néanmoins très plaisant, UN CHIEN DE MA CHIENNE a été réalisé dans le cadre d’une collection de courts métrages initiée par Canal+, intitulée « Le jeu des 7 familles ». Fabien Gorgeart y met en scène les trois sœurs de la famille Hesme, Elodie, Clotilde et Annelise, aux prises avec une bande de rôdeurs menaçants dans une sorte de western moderne. La surprise de l’épilogue n’en sera que plus grande si vous oubliez le titre du film 😊

Un entretien croisé avec Fabien Gorgeart, Mélanie Thierry et Félix Moati autour des enjeux et du tournage de LA VRAIE FAMILLE vient compléter le panel des bonus. Un supplément qui aurait peut-être mérité un peu plus d’imagination dans sa réalisation. En effet, la mise en image un peu poussive de cet entretien, est en deçà des magnifiques qualités techniques et narratives du film.

A propos du film
LA VRAIE FAMILLE, second long métrage de Fabien Gorgeart après DIANE A LES ÉPAULES lui a valu de très nombreuses récompenses lors des festivals où il a été présenté. Il a ainsi reçu, entre autres les prix suivants :

  • – Le Valois du jury et le Valois de la meilleure actrice pour Mélanie Thierry au Festival du film francophone d’Angoulême
  • – Le Prix du Jury, le Prix du public et le Prix des étudiants au 11e Festival 2 Cinéma 2 Valenciennes.
  • – Le Prix du meilleur film lors de la 1ere édition du Festival du film de société de Royan

Le + Cin’Ecrans
C’est en août 2021, à l’occasion de sa présentation au Festival du film francophone d’Angoulême et au Festival international du film de Sarlat que j’ai eu le plaisir d’échanger avec Fabien Gorgeart puis avec le magnifique couple de son film, Mélanie Thierry & Lyes Salem

INTERVIEW FABIEN GORGEART, MÉLANIE THIERRY & LYES SALEM

Une âme perdue… Sous emprise(s)

Une âme perdue… Sous emprise(s)

UNE ÂME PERDUE

UNE ÂME PERDUE (So evil, my love)
Un film réalisé par Lewis Allen
Scénario : Ronald Millar et Leonard Spigelgass d’après l’œuvre de Joseph Shearing

Drame – Policier – Romance – 1949 – 1h52- Etats-Unis – Grande Bretagne
Distribution : Ray Milland, Ann Todd, Geraldine Fitzgerald

Sorti en salles le 21 mars 1949
Disponible en combo Blu ray / DVD chez Rimini Editions
Langue : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0. Sous-titres Français
Image : 1.37:1

Le pitch
Londres, à la fin du XIXe siècle. Olivia Harwood rencontre le charmant Mark Bellis, qui ne tarde pas à louer une chambre dans la pension de famille que vient d’ouvrir la jeune femme. Très vite, ils deviennent amants. Mais Mark est un escroc et Olivia, à son corps défendant, va participer à un ambitieux vol mis au point par Mark. Une situation qui pourrait l’entraîner sur la voie du chantage et du meurtre…

L’avis Cin’Ecrans
UNE ÂME PERDUE
est un film curieux, à la croisée des genres, tout à la fois film noir, thriller psychologique autour de l’emprise et drame victorien, le tout sur fond de romance contrariée.
Lewis Allen prend son temps pour nous présenter ses personnages et tisser le lien avec les spectateurs. Il parvient tout au long du film à maintenir notre intérêt grâce à son sens du suspens, des rebondissements bien sentis et quelques touches d’humour noir bienvenues. Le réalisateur est accompagné par un beau duo de comédiens. Ann Todd est parfaite dans le rôle d’une femme désorientée qui se laisse embobiner par l’escroc beau parleur incarné à merveille par Ray Milland (sorte de James Stewart british).
L’acteur dont on a récemment redécouvert les qualités de réalisateur avec la sortie numérique de PANIQUE ANNÉE ZÉRO (lui aussi chez Rimini Editions) joue tout au long du film de son élégance et de son flegme tout britanniques.
Outre les qualités scénaristiques et d’interprétation du film, il convient aussi de saluer le très beau travail sur la lumière du chef opérateur Mutz Greenbaum (LES FORBANS DE LA NUIT) et celui du compositeur William Alwyn qui nous livre une bande originale obsédante à souhait.

Bonus
Un seul et unique bonus vient compléter ce combo blu-ray / DVD. Il s’agit d’un entretien avec Florent Fourcart.
Historien de formation, spécialisé dans l’étude de la représentation de l’Histoire au Cinéma, Florent Fourcart nous livre en 23 minutes, une vision érudite et très éclairante sur la place du film dans son époque.

Little Palestine « Ressens la douleur et pleure avec les autres autant que tu peux »…

Little Palestine « Ressens la douleur et pleure avec les autres autant que tu peux »…

LITTLE PALESTINE, JOURNAL D'UN SIÈGE

LITTLE PALESTINE (Little Palestine – Diary of a Siege)
Un film écrit et réalisé par Abdallah Al-Khatib

Documentaire – 2021 – 1h29 – Liban, France, Qatar
Sorti en salles le 12 janvier 2022

Disponible en VOD & DVD chez Blaq Out
Langue: Dolby audio – DD Arabe 2.0. Sous titres français. Image: 16/9

Le pitch
Entre 2013 et 2015, suite à la révolution syrienne, le régime de Bachar Al-Assad assiège le quartier de Yarmouk (banlieue de Damas en Syrie), plus grand camp de réfugiés palestiniens au monde. Yarmouk se retrouve alors isolé. Abdallah Al-Khatib le réalisateur témoigne des privations quotidiennes, tout en rendant hommage au courage des enfants et des habitants du quartier.

L’avis Cin’Ecrans
« En état de siège, marcher est un acte de survie »
Si quelques reportages et documentaires ont pu alerter, à l’époque, sur la terrible situation vécue par les réfugiés de Yarmouk, LITTLE PALESTINE, JOURNAL D’UN SIÈGE, possède une force unique. Cette puissance est due, en grande partie, au fait que tout est filmé, raconté « de l’intérieur ».
Abdallah Al-Khatib et ses amis ont décidé de documenter cette guerre de l’usure portée à des habitants souvent désorientés mais combattifs. Des hommes et des femmes qui ne veulent pas perdre leur dignité, malgré le sentiment d’humiliation permanente qu’ils subissent. L’apprenti réalisateur prend pour la première fois de sa vie une caméra, début 2011, pour décrire la vie au jour le jour de Yarmouk. Un quotidien qui se détériore, au début, de manière quasi imperceptible, avant de sombrer dans une sorte de chaos et de famine généralisée, orchestrée par le régime de Bachar al-Assad.

Le film souvent très oppressant se révèle poignant quand il donne la parole aux enfants comme Tasmin qui cueille des mauvaises herbes pour nourrir sa famille et qui n’a jamais eu de rêve, autre que de nourriture, mais qui déclare néanmoins « J’adore la vie, mais pas ici ».

On est bouleversé aussi par la propre mère du cinéaste qui s’est improvisée infirmière durant le siège pour venir en aide aux plus démunis et notamment aux personnes âgées.  

On retiendra également quelques images très fortes comme celle de cet homme qui reconstruit pierre par pierre un appartement au milieu d’un champ de ruines ou celles de ce chœur d’hommes réunis autour d’un piano et d’une chanson pour un moment plein d’émotions et de douleur.

Le réalisateur donne une force encore plus grande à son récit par son choix de laisser la place aux images, aux sons et aux visages quand les mots semblent vains.

Lorsque le film, dédié aux 181 victimes de Yarmouk mortes de la faim, se termine, c’est un immense sentiment d’injustice et d’impuissance qui nous prend à la gorge.
Même si la situation et le contexte ne sont évidemment pas les mêmes, impossible de ne pas faire le lien avec la guerre qui se déroule aujourd’hui en Ukraine. Des images et des témoignages comme celui de Abdallah Al-Khatib sont plus qu’indispensables pour ne jamais oublier et tenter d’éviter que de tels drames ne se reproduisent à l’infini…

Bonus DVD
« Siège – quatre histoires de Yarmouk » est un programme de 4 courts métrages réalisés à l’occasion d’un atelier collaboratif organisé par Bidayyat pendant le siège.  Des films de qualité inégales mais qui ont le puissant mérite d’exister et de témoigner aux aussi, à leur façon de cette tragique situation de Yarmouk.

Les meilleures – Amours naissant(e)s

Les meilleures – Amours naissant(e)s

LES MEILLEURES

Un film écrit et réalisé par Marion Desseigne-Ravel
Drame / Romance – 2021 – 1h17- France
Distribution : Lina El Arabi, Esther Bernet-Rollande, Mahia Zrouki…

Sorti en salles le 9 mars 2022
Disponible en VOD Blu Ray & DVD chez Le Pacte
Son : Français Dolby 5.1. Image : 16 :9 – 2.10 :1

Le pitch
Sur un mur de mon quartier, on a tagué : Le premier qui tombe amoureux a perdu.
C’est vrai. Parce qu’après, tout le monde parle sur toi et t’es à la merci.
J’ai perdu. Je suis amoureuse d’une fille, je ne sais pas quoi faire…

L’avis Cin’Ecrans
LES MEILLEURES, premier long-métrage de Marion Desseigne-Ravel raconte l’histoire d’amour compliquée entre deux jeunes filles de banlieue.

Le film, porté par la fougue de son beau duo d’actrices Lina El Arabi (NOCES, de Stephan Streker) et Esther Bernet Rollande, interroge sur le désarroi amoureux, le regard des autres et ses conséquences ainsi que sur l’omniprésence et la toute-puissance des réseaux sociaux.
La mise en scène de Marion Desseigne-Ravel (et notamment celle autour de la communication sur les réseaux) est en parfaite adéquation avec la belle énergie des bandes de filles qui sont au cœur du propos. Nul doute que LES MEILLEURES saura trouver, au fil du temps (espérons-le déjà avec cette sortie numérique), un public qui lui a malheureusement fait un peu défaut lors de sa sortie en salles, il y a quelques mois.

Bonus
Entretien avec Marion Desseigne-Ravel pour la Fondation Gan
2 courts métrages de Marion Desseigne Ravel :  LES ORMES (2017 – 16 mn) et FATIYA (2019 – 19 mn)

3 bonus figurent en supplément du film : Un rapide entretien avec la réalisatrice qui se confie sur la genèse de ce film dont FATIYA (son excellent court métrage de 2019, proposé ici en bonus) faisait figure de galop d’essai pour ce premier long. On retrouve également dans ce module d’interview, deux (trop) courtes interventions de Lina El Arabi & Esther Bernet-Rollande, les principales protagonistes du film, à propos de leurs rôles respectifs.

Outre le très réussi FATIYA (avec la formidable Lyna Khoudri et Mahia Zrouki, très remarquée LES MEILLEURES), Le Pacte, éditeur de ces BR/DVD LES MEILLEURES a la judicieuse idée de nous proposer LES ORMES, autre court-métrage de la réalisatrice réalisé deux ans plus tôt dans une veine poético réaliste. Le portrait d’un homme (bouleversant Miglen Mirtchev) venu d’un pays de l’est qui tente de survivre comme il peut à Paris. Sa rencontre fortuite dans le métro avec homme de sa ville natale va faire ressurgir des sentiments profondément enfouis.  
A noter que ces deux courts-métrages bénéficient en plus de leurs qualités scénaristiques, de réalisation et d’interprétation de deux bandes originales particulièrement belles, signées de la prolifique Julie Roué (moitié du groupe Carte Contact et compositrice, entre autres, des BOF de FRAGILE, UNE FEMME DU MONDE ou des séries HP et PARLEMENT).

Le + Cin’Ecrans
C’est en octobre 2021, dans le cadre du Festival International du film de Saint-Jean-de-Luz, que nous avons évoqué avec Marion Desseigne-Ravel, la genèse de ce film dans l’air du temps qui malgré sa belle ambition n’a pas été simple à concrétiser…
Un film dont la réalisatrice déclare qu’il est celui qu’elle aurait aimé voir à l’âge de 14 ans.

INTERVIEW MARION DESSEIGNE – RAVEL

Pourquoi ce film choc va changer votre regard…

Pourquoi ce film choc va changer votre regard…

SAIS-TU POURQUOI JE SAUTE ?

Titre original : The Reason I Jump
Un film réalisé par Jerry Rothwell

Documentaire – 2020 – 1h22- Etats-Unis/Grande-Bretagne
Sorti en salles le 6 avril 2022

Disponible en Blu ray et DVD chez L’Atelier d’Images
Langue : Anglais – Sous-titres : Français.  Image : 2.35 – Son : 5.1

Le pitch
Quand il écrit à l’âge de 13 ans ” Sais-tu pourquoi je saute ? “, Naoki Higashida, un adolescent atteint d’autisme non-verbal ne sait pas qu’il va provoquer une véritable révolution pour la compréhension de cette maladie et devenir le porte-parole de tous ceux qui, comme lui, sont incompris. Pour la première fois, le monde découvre que l’esprit enfermé dans un corps d’autiste est en fait aussi curieux, subtil et complexe que celui de n’importe qui.

L’avis Cin’Ecrans
Si la forme de ce passionnant documentaire déstabilise quelques courts instants, on se laisse rapidement emporter par la puissance des mots de Naoki Higashida, qui servent de fil conducteur aux récits de vies de cinq jeunes autistes vivant aux quatre coins du globe. Des jeunes gens qui s’expriment tous à leur manière et souvent de façon poétique ou artistique, comme Amrit, jeune indienne devenue peintre et qui expose ses remarquables toiles dans son pays.

En confrontant le texte du jeune Naoki Higashida, lu en voix off, aux comportements très différents et parfois déstabilisant de ces cinq protagonistes, le documentariste permet au spectateur de pénétrer l’univers mental des autistes et de mieux appréhender des réalités qu’il ne fait, bien souvent, que soupçonner.
Saluons l’impressionnant travail réalisé à la fois sur le montage, l’image et la bande sonore du film qui lui donne une intense force d’immersion.   

Bonus DVD
Le très rapide entretien de 2 minutes avec Jerry Rothwell consiste en une simple mais utile note d’intention du réalisateur par rapport au livre de Naoki Higashida.

Le second supplément est plus conséquent puisqu’il s’agit de la captation intégrale (58 minutes), au Festival Atmosphères, d’une rencontre entre le public, le distributeur du film, Daoud Tatou et une modératrice parfois très insistante (notamment sur la question de la toute puissance des lobby pharmaceutiques) au point de détourner notre attention sur l’intérêt de la parole des deux invités.
Ancien éducateur et fondateur du Relais Île de France avec Stéphane Benhamou, Daoud Tatou est aussi connu pour avoir inspiré le scénario du film HORS NORMES d’Olivier Nakache et Eric Toledano, consacré à l’accueil des autistes en France.
Lors de cet échange, Daoud Tatou revient notamment sur certaines idées reçues à propos de l’autisme et évoque bien sûr son travail aux côtés des enfants avec quelques anecdotes bienvenues.
Ce bonus s’avère passionnant et très complémentaire du film, même s’il est pauvrement filmé (un plan fixe de 58 minutes sur fond rouge, un peu fatigant pour les yeux !)

A propos
Le film a été récompensé dans 6 festivals dont celui de Sundance. Quant au livre de Naoki Higashida à l’origine du film, il a été traduit dans plus de 30 langues.