La ferme des Bertrand, une vie de labeur qui touche au cœur !

La ferme des Bertrand, une vie de labeur qui touche au cœur !

« On a un attachement personnel à l’agriculture en France qui n’est pas mince et moi je l’avais sous-estimé ! » Gilles Perret


LA FERME DES BERTRAND

Un film de Gilles Perret
Scénario Gilles Perret & Marion Richoux
Documentaire – 1h29 – France
Sortie en salles le 31 janvier 2024

L’histoire 
50 ans dans la vie d’une ferme… Haute Savoie, 1972 : la ferme des Bertrand, exploitation laitière d’une centaine de bêtes tenue par trois frères célibataires, est filmée pour la première fois. En voisin, le réalisateur Gilles Perret leur consacre en 1997 son premier film, alors que les trois agriculteurs sont en train de transmettre la ferme à leur neveu Patrick et sa femme Hélène. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, le réalisateur-voisin reprend la caméra pour accompagner Hélène qui, à son tour, va passer la main. A travers la parole et les gestes des personnes qui se sont succédé, le film dévoile des parcours de vie bouleversants où travail et transmission occupent une place centrale : une histoire à la fois intime, sociale et économique de notre monde paysan.

L’avis Cin’Écrans ****

« Je revendique zéro distance critique et la subjectivité ! » Gilles Perret

Avec LA FERME DES BERTRAND, Gilles Perret signe sans aucun doute son film le plus réussi et son plus personnel. Et pour cause, il est voisin des Bertrand et de leur ferme depuis sa plus tendre enfance.

Il n’aura échappé à personne que la sortie en salles de LA FERME DES BERTRAND est percutée de plein fouet par l’actualité. Cette dure réalité du monde agricole, Gilles Perret ne la nie évidemment pas, bien au contraire, mais avec ce documentaire, le cinéaste souhaitait témoigner d’une autre réalité, certes atypique et un peu exceptionnelle, celle de la famille Bertrand et de l’évolution de sa ferme au fil du temps.

À travers les images de Marcel Trillat (1972) et celles de TROIS FRÈRES POUR UNE VIE (1997) qui rythment ce nouveau documentaire, on perçoit parfaitement la manière dont les Bertrand ont réussi à préserver leur vie familiale et à mettre en place un outil de travail pérenne. Avec, il est vrai, un atout précieux, celui d’être situé dans l’appellation d’origine protégée Reblochon.

« Ni nostalgique, ni folklorique… » Marion Richoux

Par l’humilité de ses protagonistes et la force de leurs témoignages au fil du temps, LA FERME DES BERTRAND touche directement au cœur.
Difficile ainsi de rester insensible face à André quand il déclare notamment (en 1997) « c’est quand même une certaine réussite sur le plan économique, mais à part ça, c’est un échec sur le plan humain puisqu’on a su faire que ça ! ».

Il convient de saluer l’intelligence du montage de LA FERME DES BERTRAND qui remet en perspective certains de ces propos en montrant bien à quel point le travail d’André et de ses frères a permis à la ferme de perdurer et à leur famille de mieux vivre aujourd’hui, même si cette vie n’a rien d’un long fleuve tranquille… Ce que ne cesse malheureusement de nous rappeler, à juste titre, l’actualité.

Le + Cin’Écrans
C’est au lendemain d’une belle avant-première de LA FERME DES BERTRAND au Festival du film de société de Royan que j’ai eu le privilège de rencontrer Gilles Perret et sa coscénariste Marion Richoux pour parler de ce documentaire à la fois très intime et universel dans ce qu’il raconte de notre monde et de la famille.

INTERVIEW GILLES PERRET & MARION RICHOUX

Une étoile filante qui brille pour Abel & Gordon

Une étoile filante qui brille pour Abel & Gordon

L'ÉTOILE FILANTE

Un film de Dominique Abel & Fiona Gordon
Scénario Dominique Abel & Fiona Gordon
Avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Kaori Ito, Philippe Martz, Bruno Romy
Comédie – 1h38 – France – Belgique
Sortie en salles le 31 janvier 2024

L’histoire
Boris est un barman qui vit dans la clandestinité après son implication dans un attentat. Son passé refait surface quand une victime le retrouve pour se venger. La rencontre avec le dépressif et solitaire Dom, son sosie, est le moyen parfait pour échapper à la vengeance. Mais Boris ignore l’existence de Fiona, détective privée, qui enquête sur la soudaine disparition de son ex-mari Dom.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour la poésie si particulière de Dominique Abel & Fiona Gordon qui nous enchantent depuis maintenant près de 20 ans et leur premier long métrage L’ICEBERG. Ce sont même 30 ans pour qui les suit depuis leur premier court MERCI, CUPIDON réalisé à l’époque en trio (comme leurs 3 premiers longs) avec Bruno Romy. Désormais juste acteur, c’est d’ailleurs lui qui incarne dans le film, Georges, victime d’un attentat perpétré par Boris dont il est bien décidé à se venger.

Avec ce 5eme long métrage, Abel & Gordon, abordent le polar, un genre qu’ils n’avaient pas encore exploré. Le ton est sans doute plus amer, plus désenchanté, moins léger que dans leurs précédents films mais on y retrouve évidemment toute la singularité de leur univers ainsi que leur goût et leur sens inné du burlesque.


2 /
Avouons-le, plus que le fond politico-social, même s’il est important, c’est la forme de cette nouvelle œuvre qui emporte notre adhésion.

Plus encore peut-être que dans leurs derniers films (LA FÉE & PARIS PIEDS NUS), Abel & Gordon nous régalent d’un univers riche et savoureux qui n’est pas sans évoquer Tati ou Kaurismaki. Le film semble, en effet, pensé dans ses moindres détails. La lumière, le cadre (avec notamment un magnifique travail sur les ombres), les décors, les costumes, les accessoires, le son… L’ÉTOILE FILANTE fourmille de mille idées qui lui donnent une saveur toute particulière.  

3 / Enfin, il serait absolument injuste de ne pas parler des interprètes du film, avec pour commencer bien sûr Dominique Abel (dans un rôle double) & Fiona Gordon qui continuent de nous enchanter par leur manière irrésistible de bouger et de s’exprimer.

Citons évidemment leurs principaux partenaires qui se sont fondus avec talent dans l’étrange ballet imaginé par l’iconoclaste duo, à commencer par les fidèle Bruno Romy (le vengeur au bras mécanique) et Philippe Martz (à l’affiche des 5 longs d’Abel & Gordon, lui aussi), alias Tim, fidèle homme de main de Boris et portier de L’étoile filante. Sans oublier, une petite nouvelle dans l’univers des réalisateurs de RUMBA & PARIS PIEDS NUS, la danseuse contemporaine Kaori Ito qui ajoute une part de mystère supplémentaire au film avec Kayoko, personnage fantasque de femme fatale, dépourvue d’introspection.   

 

L’homme d’argile, fragile et puissant Raphaël (Thiéry)

L’homme d’argile, fragile et puissant Raphaël (Thiéry)

« J’ai livré une idée à Anaïs et c’est elle qui s’est emparée de ce scénario…» Raphaël Thiéry

L’HOMME D’ARGILE

Un film d’Anaïs Tellenne
Scénario d’Anaïs Tellenne
Avec Emmanuelle Devos, Raphaël Thiéry, Mireille Pitot, Marie-Christine Orry
Drame – Romance – 1h34 – France
Sortie en salles le 24 janvier 2024

L’histoire 
Raphaël n’a qu’un œil. Il est le gardien d’un manoir dans lequel plus personne ne vit. À presque 60 ans, il habite avec sa mère un petit pavillon situé à l’entrée du grand domaine bourgeois. Entre la chasse aux taupes, la cornemuse et les tours dans la Kangoo de la postière, les jours se suivent et se ressemblent. Par une nuit d’orage, Garance, l’héritière, revient dans la demeure familiale. Plus rien ne sera plus jamais pareil.

L’avis Cin’Écrans ***
C’est en toute logique et convergence artistique que la réalisatrice Anaïs Tellenne et l’acteur Raphaël Thiéry se sont retrouvés, après 3 courts métrages en commun, pour donner naissance à L’HOMME D’ARGILE.

« Le film interroge cette question : Qu’est-ce que la beauté ? Profondément… » Anaïs Tellenne

Avec à ce premier long métrage, Anaïs Tellenne nous livre une œuvre atypique, dont elle assume pleinement l’artifice (à la manière de LA BELLE ET LA BÊTE de Jean Cocteau) tout en laissant une belle place pour l’émotion qui nait de la relation artistique entre ses deux personnages principaux.

« Tu t’es donné corps et âme à ce film… » Emmanuelle Devos à Raphaël Thiéry

A l’instar de Garance (excellente Emmanuelle Devos), Anaïs Tellenne pose un regard fasciné, plein de tendresse et contagieux sur Raphaël. Nul doute que cet HOMME D’ARGILE n’existerait pas sans la présence du magnétique Raphaël Thiéry. Espérons maintenant que sa composition puissante et fragile à la fois, incite d’autres cinéastes à lui écrire d’autres rôles à sa démesure.

Le + Cin’Écrans
C’est en octobre dernier, dans le cadre chaleureux du Festival International du film de Saint-Jean-de-Luz, que nous avons eu l’immense plaisir de rencontrer Anaïs Tellenne, Raphaël Thiéry et Emmanuelle Devos.

L’occasion de parler avec la réalisatrice et ses deux principaux comédiens de la genèse de ce premier long-métrage, de leur travail sur la sculpture, la question de la beauté et celle pour un comédien de se retrouver dans la position d’une muse…

INTERVIEW ANAÏS TELLENNE, RAPHAËL THIÉRY & EMMANUELLE DEVOS 

La tête froide – Le prix du passage pour Florence Loiret Caille

La tête froide – Le prix du passage pour Florence Loiret Caille

« … des personnages complexes et ambigus » Stéphane Marchetti

LA TÊTE FROIDE

Un film de Stéphane Marchetti
Scénario de Stéphane Marchetti & Laurette Polmanss
Avec Florence Loiret Caille, Saabo Balde, Jonathan Couzinié, Aurélia Petit, Marie Narbonne, Philippe Frécon, Souleymane Toure…
Drame – Thriller – 1H32 – France
Sortie en salles le 17 janvier 2024

L’histoire 
Dans les Alpes enneigées, en plein hiver. Pour boucler ses fins de mois, Marie, 45 ans, trafique des cartouches de cigarettes entre la France et l’Italie avec l’aide de son amant Alex, policier aux frontières. Lorsqu’elle rencontre Souleymane, jeune réfugié, prêt à tout pour rejoindre sa petite sœur, elle s’embarque dans un engrenage bien plus dangereux qu’elle ne l’avait imaginé.

L’avis Cin’Écrans *** ½
Documentariste réputé et lauréat du Prix Albert-Londres en 2008 pour RAFAH, CHRONIQUES D’UNE VILLE DANS LA BANDE DE GAZA coréalisé avec Alexis Monchovet) Stéphane Marchetti réussit son passage à la fiction.

Avec LA TÊTE FROIDE, le réalisateur signe un drame social glaçant aux allures de thriller et de film noir.
Stéphane Marchetti documente le parcours croisé d’une femme qui s’improvise passeuse et d’un jeune migrant déterminé. La rencontre de deux solitudes entre opportunisme et solidarité…
Une des grandes réussites du film tient dans sa volonté de ne jamais poser un regard moralisateur sur ses protagonistes. Stéphane Marchetti ne juge jamais ses personnages mais expose, au plus près, leur situation singulière et souvent désespérante.
Les parti-pris scénaristiques de Stéphane Marchetti font que son propos et son récit ne sont jamais manichéens. A l’instar de Marie et Souleymane, nous sommes en permanence en proie aux doutes et aux questionnements existentiels.
La découverte de LA TÊTE FROIDE confirme pleinement, si besoin était, la complexité de l’être humain et de celle de ce type de situation quand on y est confronté. De près ou de loin…

Grâce à la composition très juste de ses deux principaux interprètes, Florence Loiret Caille et Saabo Balde, le spectateur est embarqué dans cette haletante et touchante aventure humaine qui ne sombre jamais dans le pathos.

A noter que l’excellente Florence Loiret Caille a été fort justement récompensée en novembre dernier d’un prix d’interprétation féminine pour sa prestation lors du Festival du film de Sarlat.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion de la toute première présentation publique de LA TÊTE FROIDE au Festival du film francophone d’Angoulême, en août dernier, que nous avons rencontré le réalisateur et ses deux principaux comédiens, Florence Loiret Caille & Saabo Balde, belle révélation du film.

INTERVIEW STEPHANE MARCHETTI, FLORENCE LOIRET CAILLE & SAABO BALDE

Comme un prince – Combat gagnant pour Mallory Wanecque & Ahmed Sylla

Comme un prince – Combat gagnant pour Mallory Wanecque & Ahmed Sylla

« J’ai trop kiffé !» Mallory Wanecque

COMME UN PRINCE

Un film de Ali Marhyar
Scénario de   Marhyar & Julien Guetta
Avec Ahmed Sylla, Mallory Wanecque, Julia Piaton, Igor Gotesman, Jonathan Cohen, Jonathan Lambert, Habib Dembélé, Malika Azgag, Antoine Gouy, Olivier Rosemberg…
Comédie dramatique – 1H30 – France
Sortie en salles le 17 janvier 2024

L’histoire 
Souleyman, 27 ans, champion de boxe en pleine préparation des J.O. avec l’Équipe de France, voit son avenir s’écrouler lorsqu’il se fissure les os de la main, suite à une bagarre dans un bar. Souleyman se fait exclure de l’équipe et est envoyé au Château de Chambord, où il doit effectuer ses 400 heures de travaux d’intérêt général (T.I.G.) à ramasser les déchets dans les jardins. D’abord insensible au lieu, Souleyman finit par s’intéresser au château, à ceux qui y travaillent, et notamment à Eddy, la responsable événementiel, qui va l’embarquer dans un autre univers. Mais sa rencontre avec Mélissa, une jeune ado au talent exceptionnel pour la boxe, va remettre en question ses projets…

L’avis Cin’Écrans ***
Avec sa première réalisation, le comédien Ali Marhyar signe une comédie sociale sur fond de transmission, sans prétention, mais touchante et pleine de charme.

« Je remercie Ali, il m’a fait passer un cap ! » Ahmed Sylla

De son côté, avec COMME UN PRINCE, Ahmed Sylla élargit son registre de jeu. S’il est toujours aussi drôle et réjouissant dans la comédie pure, le comédien baisse un peu la garde avec le personnage de Souleyman et se laisse aller, avec légèreté, à l’émotion.
Et il faut le dire, Ahmed Sylla est un excellent camarade de jeu. Le comédien ne tire jamais la couverture à lui et laisse exister fortement chacun.e de ses partenaires. Citons parmi ces seconds rôles de choix qui lui donnent la réplique, l’espiègle Julia Piaton ou bien encore Jonathan Cohen, Jonathan Lambert qui sont au cœur de quelques une des plus réjouissantes séquences du film.  
Et surtout n’oublions pas Mallory Wanecque, la formidable révélation du premier film de Lise Akoka et Romane Gueret LES PIRES, et qui confirme ici tout le bien que l’on pensait d’elle.
La jeune actrice dont le tempérament de jeu n’est pas sans rappeler celui de Sara Forestier à ses débuts, possède une formidable énergie et surtout un remarquable sens du rythme. On n’a pas fini d’apprécier son talent (elle sera le 16 octobre à l’affiche de L’AMOUR OUF de Gilles Lellouche) en espérant que les scénaristes et réalisateurs aient une imagination fertile pour ne pas la cantonner au seul registre de jeune femme au tempérament de feu.   

Le + Cin’Écrans
C’est lors du dernier Festival de Sarlat en novembre dernier que nous avons pu échanger avec Ali Marhyar et ses deux principaux comédiens à propos de COMME UN PRINCE. L’occasion de partager quelques instants d’une très belle et non feinte complicité entre Mallory Wanecque et Ahmed Sylla.

INTERVIEW ALI MARHYAR, MALLORY WANECQUE & AHMED SYLLA