De grandes espérances pour Rebecca Marder et Benjamin Lavernhe

De grandes espérances pour Rebecca Marder et Benjamin Lavernhe

« Est-ce qu’on peut changer le monde avec les mains sales ? » Sylvain Desclous

DE GRANDES ESPÉRANCES

Madeleine, brillante et idéaliste jeune femme issue d’un milieu modeste, prépare l’oral de l’ENA dans la maison de vacances d’Antoine, en Corse. Un matin, sur une petite route déserte, le couple se trouve impliqué dans une altercation qui tourne au drame. Lorsqu’ils intègrent les hautes sphères du pouvoir, le secret qui les lie menace d’être révélé. Et tous les coups deviennent permis.

 

« Ça tient presque de la tragédie grecque ! » Rebecca Marder

Réalisateur en 2016 de VENDEUR, une première fiction, Sylvain Desclous posait l’an dernier son regard plein d’humanité́ sur une campagne d’élections municipales dans un formidable documentaire intitulé LA CAMPAGNE DE FRANCE.

La politique, le réalisateur y revient donc avec un second film de fiction dont il a commencé l’écriture au moment de la sortie de VENDEUR et qu’il a terminée au moment du premier confinement.

« On passe d’une histoire d’amour à une histoire de lutte des classes » Sylvain Desclous

Avec DE GRANDES ESPÉRANCES, Sylvain Desclous entre dans le milieu de la politique et questionne l’exercice du pouvoir à travers une histoire très intime. Il explore les conséquences d’un acte dramatique en mettant à l’épreuve le quotidien et l’idéalisme politique d’un jeune couple qui n’assume pas ce drame de la même manière.

Pour mettre en scène ce film palpitant à la frontière du drame social, du thriller et du film politique, le réalisateur s’est entouré d’un solide casting de premiers et de seconds rôles.

« Un rôle que je n’avais pas encore joué » Benjamin Lavernhe

Saluons en premier lieu et une nouvelle fois, l’excellence du travail de Rebecca Marder dont l’immense talent explose au cinéma depuis quelques mois à travers des rôles qu’elle transcende, dans des films aussi différents qu’UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN de Sandrine Kiberlain, MON CRIME de François Ozon, LES GOÛTS ET LES COULEURS de Michel Leclerc ou SIMONE D’Olivier Dahan.
Dans DE GRANDES ESPÉRANCES, la comédienne incarne Madeleine Pastor un personnage de jeune femme complexe, ambigüe et ambitieuse.
Benjamin Lavernhe, lui, se frotte à un personnage nouveau dans sa carrière au cinéma, celui d’un homme mesquin, menaçant et rongé par le remords. Le sociétaire de La Comédie Française est comme toujours remarquable !
Citons également les formidables partitions jouées par Emmanuelle Bercot et Marc Barbé qui marquent de leur empreinte cette histoire diaboliquement efficace.

C’est en août dernier que nous avons eu le grand plaisir de rencontrer Sylvain Desclous, Rebecca Marder et Benjamin Lavernhe, quelques heures seulement avant la toute première projection publique de leur film DE GRANDES ESPÉRANCES dans le cadre du Festival du film francophone d’Angoulême.

DE GRANDES ESPÉRANCES
Un film de Sylvain Desclous
Scénario de Sylvain Desclous et Pierre Erwan Guillaume avec la collaboration d’Olivier Lorelle et Raphaël Chevènement
Avec Rebecca Marder, Benjamin Lavernhe, Emmanuelle Bercot, Marc Barbé, Pascal Elso…
Drame – Thriller – 1H45 – France
Sortie en salles le 22 mars 2023

INTERVIEW SYLVAIN DESCLOUS, REBECCA MARDER & BENJAMIN LAVERNHE

Trois nuits par semaine, désir, désir…

Trois nuits par semaine, désir, désir…

TROIS NUITS PAR SEMAINE

Comédie – Romance – 2022 – 1h39 – France
Réalisation : Florent Gouëlou
Scénario : Florent Gouëlou & Raphaëlle Desplechin
Distribution : Pablo Pauly, Romain Eck, Hafsia Herzi…

Sorti en salles le 9 novembre 2022
Disponible en DVD le 21 mars 2023 chez Pyramide Vidéo
Également disponible en VOD

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
Image :  16/9
Audio :  Français Dolby Audio 5.1
Sous titres pour sourds et malentendants

Le pitch
Baptiste fait la rencontre de Cookie Kunty, jeune drag queen de la nuit parisienne. Poussé par l’idée d’un projet photo avec elle, il s’immerge dans un univers dont il ignore tout, et découvre Quentin, le jeune homme derrière la drag queen.

Le film
Après avoir réalisé 3 courts métrages proposés ici en bonus (merci Pyramide Vidéo pour cette excellente initiative), Florent Gouëlou poursuit son exploration de l’univers du drag avec ce premier long métrage.

TROIS NUITS PAR SEMAINE est une comédie surprenante, juste et particulièrement touchante autour de la très belle histoire d’amour qui naît entre un apprenti photographe hétéro et un jeune homme qui se transforme la nuit en une flamboyante drag queen.
Porté par la composition magnétique de Pablo Pauly (toujours très juste et touchant), dont le personnage de baptiste cherche sa place auprès de Cookie/Quentin, le film est aussi un véritable écrin que le réalisateur offre à Cookie Kunty et à celui qui se cache derrière cette « créature » extra ordinaire.
Fasciné par ce monde, au point d’être lui-même drag queen sous le nom de Javel Habibi, Florent Gouëlou a décidé avec ce film de montrer une partie de l’envers du décor. Car sous les paillettes et le maquillage, il y a parfois la galère, la souffrance sur les talons, la transpiration… Une réalité toujours contrebalancée dans les shows par la sensation de toute puissance du drag.
Saluons d’ailleurs à ce titre, le charisme de Cookie Kunty mais aussi et peut-être surtout la générosité de son « interprète » Romain Eck qui se met véritablement à nu quand il redevient Quentin. On imagine aisément combien la frontière doit être ténue entre fiction et réalité…

Oscillant en permanence entre douceur et cruauté, TROIS NUITS PAR SEMAINE séduit et emporte notre adhésion. Florent Gouëlou montre une belle assurance dans la mise en scène des sentiments et dans celle de shows drags à dimension variable, mais surtout il nous offre un très beau film sur la découverte de soi, la quête de liberté, une belle ode à l’amitié, la fraternité et l’amour.

Bonus
3 courts-métrages inédits de Florent Gouëlou :
UN HOMME MON FILS (2017, 34’)
BEAUTY BOYS (2020, 11’)
PREMIER AMOUR (2020, 18’)
et un entretien avec Florent Gouëlou par Bernard Payen, cinéaste et responsable de programmation à la cinémathèque française (17’)

C’est un copieux menu de bonus que nous propose Pyramide Vidéo pour accompagner le premier long-métrage de Florent Gouëlou. Les 3 courts métrages du cinéaste et un entretien passionnant permettent de faire dialoguer les quatre œuvres entre elles, avec pour point commun la présence incandescente de Cookie Kunty…

A la fois cruel et touchant (comme ses deux autres courts et le long) UN HOMME MON FILS (2018), film de fin d’études du réalisateur à La Fémis, est le récit d’une tentative de réconciliation familiale entre un père et ses enfants dont ce fils, projectionniste le jour et drag queen la nuit…

Le film dont l’histoire repose sur des blessures d’enfance jamais refermées évite tout pathos et trouve sans aucun doute sa force et une partie de sa véracité dans le fait que ce sont véritablement un père et son fils (Florent Gouëlou et son père Jean-Marie) qui incarnent les deux principaux personnages du film.

BEAUTY BOYS explore avec tact et tendresse les aspirations d’une jeunesse, en quête d’épanouissement et de liberté. Une jeunesse qui peine néanmoins à explorer sa propre identité, face au regard des autres et notamment de ses proches. On retiendra ainsi la séquence d’apaisement entre les deux frères avec ce trait de maquillage qui agira comme une peinture de paix.

PREMIER AMOUR réalisé en 2020, peut être vu comme la bande annonce ou les prémices de TROIS NUITS PAR SEMAINE mais surtout comme une véritable déclaration d’amour à l’univers du drag. La caméra adopte pour le personnage de Cookie Kunty, véritable égérie du réalisateur, le regard amoureux de Baptiste.

Un bon conseil donc après avoir découvert ces trois court métrages, laissez-vous tenter par l’interview très complète de Florent Gouëlou qui a le grand mérite de ne pas s’intéresser qu’à TROIS NUITS PAR SEMAINE mais à faire le lien entre les 3 courts et le long-métrage et à mettre en évidence la cohérence du parcours du jeune réalisateur. Parmi les thèmes abordés, la question de l’identité masculine, la différence de dynamique entre le court et le long, la rencontre cruciale du cinéaste avec Cookie Kunty ou bien encore la notion d’autofiction qui est au cœur d’UN HOMME MON FILS. Une notion qui est toujours présente dans les deux films suivants, même si elle se fait plus discrète…

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion du dernier Festival International du film de Saint-Jean de Luz où le film était présenté en octobre dernier que j’ai eu l’immense plaisir d’échanger avec le réalisateur et son complice de jeu Romain Eck, alias Cookie Kunty

INTERVIEW FLORENT GOUËLOU & ROMAIN ECK

Dalva, 1er film digne et puissant !

Dalva, 1er film digne et puissant !

DALVA

Un film d’Emmanuelle Nicot
Scénario d’Emmanuelle Nicot
Avec Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassy

Drame – 1h20 – Belgique
Sortie en salles le 22 mars 2023

L’histoire 
Dalva a 12 ans mais s’habille, se maquille et se vit comme une femme. Un soir, elle est brusquement retirée du domicile paternel. D’abord révoltée et dans l’incompréhension totale, elle va faire la connaissance de Jayden, un éducateur, et de Samia, une adolescente au fort caractère. Une nouvelle vie semble alors s’offrir à Dalva, celle d’une jeune fille de son âge.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/  Saluons en premier lieu, l’incroyable incarnation de Dalva par la jeune comédienne débutante Zelda Samson qui évite tous les écueils potentiels, liés à un rôle aussi puissant et délicat. Nous ne sommes pas prêt d’oublier la folle détermination du personnage ainsi que l’intensité du regard et du jeu de sa formidable interprète.

2/ Si Zelda Samson qui porte le film de bout en bout en est sa véritable révélation, il serait injuste de ne pas souligner la justesse de tout le casting. Citons en particulier Fanta Guirassy, l’interprète de Samia (voisine de chambre de Dalva), personnage qui éclaire un peu le chemin de Dalva en lui apportant toute sa franchise et un peu de fantaisie bienvenue. Quant à Alexis Manenti (César du meilleur espoir masculin 2020 pour LES MISÉRABLES), il offre à son personnage d’éducateur une douceur et une bienveillance rare qui font du bien à Dalva mais aussi au spectateur parfois malmené par la rudesse de propos du film.

3/ La force de ce récit d’émancipation met en évidence les paradoxes perturbants et spectaculaires du déni, surtout quand il touche une toute jeune fille, victime d’inceste durant de longues années. La réalisatrice ne lâche pas une seconde sa jeune « héroïne » du quotidien qui va devoir refaire l’apprentissage d’une enfance qu’on lui a volée. Avec DALVA, Emmanuelle Nicot nous offre une œuvre pudique, digne et puissante qui ne verse jamais dans le pathos. Un premier film remarquable à découvrir absolument. 

Houria, l’après Papicha pour Mounia Meddour

Houria, l’après Papicha pour Mounia Meddour

« Un film assez indispensable pour moi, dans la continuité de PAPICHA » Mounia Meddour

HOURIA

Alger. Houria est une jeune et talentueuse danseuse. Femme de ménage le jour, elle participe à des paris clandestins la nuit. Mais un soir où elle a gagné gros, elle est violemment agressée par Ali et se retrouve à l’hôpital. Ses rêves de carrière de ballerine s’envolent. Elle doit alors accepter et aimer son nouveau corps. Entourée d’une communauté de femmes, Houria va retrouver un sens à sa vie en inscrivant la danse dans la reconstruction et sublimation des corps blessés…

 

 « Un monde sans parole… » Mounia Meddour

PAPICHA, son premier film avait valu à Mounia Meddour une très belle reconnaissance critique et publique avec notamment deux César, celui du meilleur premier film et celui du meilleur espoir féminin pour Lyna Khoudri.

La réalisatrice et son actrice fétiche sont donc de retour avec HOURIA, fascinant portrait d’une jeune femme murée dans le mutisme, que la danse et un groupe de femmes vont aider à refaire surface.

Une fois de plus, la puissance et la subtilité du jeu de Lyna Khoudri, qui passe ici essentiellement par le corps et le regard, subjuguent. L’actrice est le cœur vibrant et incandescent de ce film sur la reconstruction qui célèbre avec force la sororité.

S’il est, au premier abord, moins surprenant que son premier film, le souvenir d’HOURIA reste assez fort grâce évidemment à ses comédiennes, à la puissance des chorégraphies mais aussi par sa manière de dépeindre les blessures d’une Algérie qui se reconstruit, petit à petit, à l’image d’Houria.

HOURIA
Un film de Mounia Meddour
Scénario de Mounia Meddour
Avec Lyna Khoudri, Rachida Brakni, Nadia Kaci…
Drame – 1H38 – France / Algérie
Sortie en salles le 15 mars 2023

INTERVIEW MOUNIA MEDDOUR

Armageddon time, James Gray au cœur de l’intime…

Armageddon time, James Gray au cœur de l’intime…

ARMAGEDDON TIME

Drame – 2022 –  1h54 (Blu ray) 1h49 (DVD) – Etats-Unis
Réalisation : James Gray
Scénario : James Gray
Distribution : Anne Hathaway, Jeremy Strong, Banks Repeta, Anthony Hopkins…

Sorti en salles le 9 novembre 2022
Disponible en BR et DVD le 15 mars 2023 chez Universal Pictures Vidéo
Egalement disponible en VOD

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
Image :  16/9 – 2.39 :1
Audio :  Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, Français & Allemand DTS Digital Surround 5.1 (Blu Ray)
Anglais, Français, Allemand Dolby Digital 5.1 (DVD)  
Sous titres : Anglais (pour sourds et malentendants), Néerlandais, Français, Allemand

Le pitch
L’histoire très personnelle du passage à l’âge adulte d’un garçon du Queens dans les années 80, de la force de la famille et de la quête générationnelle du rêve américain.

L’avis Cin’Écrans
Difficile en découvrant ARMAGEDDON TIME, de comprendre comment le jury cannois de Vincent Lindon a pu laisser passer une œuvre aussi dense et belle que celle-ci, en mai dernier. Rappelons qu’en leur temps, les trois autres films du réalisateur new yorkais présentés au Festival de Cannes en sont repartis bredouilles : LA NUIT NOUS APPARTIENT (2007), TWO LOVERS (2008) et THE IMMIGRANT (2013). Incompréhensible…

Reste néanmoins le plus important, un film élégant et délicatement mélancolique qui évoque quelques mois fondateurs de l’enfance et de la perte d’innocence du cinéaste, au cœur du Queens.
Il y revient, notamment, sur le racisme et les injustices qui gangrènent la société américaine de l’époque (La situation a-t-elle vraiment changé ?).

Avec la complicité d’un casting remarquable, James Gray signe avec cette chronique familiale autobiographique, son œuvre la plus intime et l’une des plus bouleversantes. Incontournable dans votre vidéothèque aux côtés de THE YARDS, LA NUIT NOUS APPARTIENT et autres THE LOST CITY OF Z !

Bonus (en VOST)
3 scènes coupées (4’08”) : Interview de Paul – À la maison après les funérailles – L’adieu à Ted
« Casting : comment interpréter une famille » (4’08”)
« Grandir en étant un Gray » (3’50”)
« L’héritage d’un grand-père » (3’40”)

Si le film ne prête guère à la critique, ce n’est malheureusement pas le cas des bonus qui l’accompagnent et qui s’avèrent très inégaux. Si la première scène coupée apporte un éclairage nouveau sur le personnage de Paul, les deux autres se révèlent plus anecdotiques.
Même constat du côté des interviews ! Il parait assez étonnant pour un film aussi riche et ample de proposer un montage aussi « speed » des propos de ses principaux protagonistes. Hormis le module autour du thème du grand-père dont le montage prend un peu plus son temps, sur les deux autres, on se perd littéralement entre les interviews promo, les extraits de film, les séquences de making of avec ou sans interviews…
Tout se superpose et/ou s’enchaine dans une sorte de précipitation. On aurait adoré, écouter de manière posée chacun des protagonistes et en particulier James Gray & Anthony Hopkins, deux artistes dont la parole se fait trop rare…

Bande annonce (cinéma) du film