13 jours, 13 nuits – Au cœur du chaos afghan

13 jours, 13 nuits – Au cœur du chaos afghan

13 JOURS, 13 NUITS

Un film de Martin Bourboulon
Scénario de Martin Bourboulon et Alexandre Smia
Avec Roschdy Zem, Lyna Khoudri, Sidse Babett Knudsen, Christophe Montenez, Yan Tual, Jean Claude Muaka, Nicolas Bridet…
Drame – 2025 – France – 1h52

Sortie en salles le vendredi  27  juin 2025

L’histoire
Kaboul, 15 août 2021. Alors que les troupes américaines s’apprêtent à quitter le territoire, les Talibans prennent d’assaut la capitale et s’emparent du pouvoir. Au milieu du chaos, des milliers d’afghans tentent de se réfugier dans le dernier lieu encore protégé : l’Ambassade de France. Seuls, le commandant Mohamed Bida et ses hommes en assurent la sécurité. Pris au piège, il décide de négocier avec les Talibans pour organiser un convoi de la dernière chance avec l’aide d’Eva, une jeune humanitaire franco-afghane. Commence alors une course contre la montre pour évacuer les réfugiés jusqu’à l’aéroport et fuir l’enfer de Kaboul avant qu’il ne soit trop tard.

D’après l’incroyable histoire vraie du Commandant Mohamed Bida contée dans son livre 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul, publié aux Editions Denoël.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Deux ans après avoir signé, avec succès, les deux volets du diptyque consacré aux Trois Mousquetaires, Martin Bourboulon est déjà de retour.
Le réalisateur nous propose un film ambitieux consacré à l’opération Apagan mise en place en 2021 par la France pour évacuer ses ressortissants et ses alliés afghans à Kaboul.

Pour nous rappeler, si besoin était, la véracité des événements montrés deux heures durant, le générique de fin de 13 JOURS, 13 NUITS est illustré par des photographies réelles des lieux et des personnes dont Martin Bourboulon nous a raconté le terrible périple.

Rares sont les films français à s’attaquer de front à des faits réels récents !
Pari gonflé donc mais en grande partie réussi, grâce à la tension permanente que le réalisateur insuffle à son récit. C’est en effet une véritable course contre la montre à laquelle se livrent le commandant Bida et ses hommes.
On est impressionné par le réalisme, le malaise et la tension de certaines séquences clés : l’invasion de l’ambassade, le blocage du convoi dans un tunnel par les talibans, l’aéroport assiégé…

Roschdy Zem aborde un nouveau registre dans sa carrière déjà très riche, avec ce personnage entier et charismatique du commandant Bida.
Si l’on est bluffé par les scènes d’action et de tension pures dont il est le pilier, on reste un peu sur notre faim concernant la psychologie de son personnage et de quelques autres qui n’est qu’effleurée.
On aurait aimé, notamment, en savoir un peu plus sur le parcours de ce commandant (dont on sait juste qu’il s’apprête à partir en retraite) et celui d’Eva, jeune humanitaire franco-afghane qui décide de quitter le pays avec sa mère.

On s’interroge également sur la signification que le cinéaste a voulu donner au fait de débuter un décompte au 1er jour pour ne le reprendre qu’au 13eme …
Mais bon, ne boudons pas notre plaisir (!) de spectateur. 13 JOURS, 13 NUITS est un film terriblement haletant et anxiogène, dont on apprécie pleinement le montage bien plus posé que celui, parfois usant, des TROIS MOUSQUETAIRES.

Saluons aussi la très efficace bande originale du film signée Guillaume Roussel, extrêmement bien mise en valeur par le design sonore. Un travail sur la bande-son qui immerge littéralement le spectateur au chœur du chaos.    

Enfin, l’un des mérites de 13 JOURS, 13 NUITS, et non des moindres, est de nous rappeler que quatre ans après les faits relatés dans le film, la situation est loin d’être stabilisée en Afghanistan.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

La strada se refait une jeunesse. Incontournable !

La strada se refait une jeunesse. Incontournable !

LA STRADA

Un film de Federico Fellini
Scénario de Tullio Pinelli & Federico Fellini
Avec Giulietta Masina, Anthony Quinn, Richard Basehart, Aldo Silvani, Marcello Rovere, Lino Venturini…

Drame – 1955 – Italie – 1h55
Sorti en salles le 11 mars 1955

Disponible depuis le 6 mai 2025 en Coffret Blu-ray + Blu-ray bonus + Livrets – Rimini Éditions

Audio : Version française et version originale sous-titrée en français. DTS HD Master Audio 2.0

L’histoire
Gelsomina a été vendue par sa mère a Zampano, qui la brutalise et ne cesse de la tromper. Ils partent ensemble sur les routes, vivant misérablement du numéro de saltimbanque de Zampano. Surgit Il Matto (le fou), violoniste et poète, qui seul sait parler à Gelsomina.

Le film *****

Troisième long-métrage de Federico Fellini, LA STRADA est le film qui a véritablement fait connaitre le cinéaste italien à travers le monde et notamment en France où le film rencontre un énorme succès populaire au fil des années avec près de 4.500.000 spectateurs au total.

Ce film bouleversant qui restera à tout jamais comme un classique du cinéma italien, remporte d’ailleurs en 1954 (année de création de ce prix) l’Oscar du meilleur film international. Une récompense prestigieuse, parmi tant d’autres…

Inutile de revenir dans le détail sur les immenses qualités du film et les émotions intenses qu’il procure grâce notamment à la bouleversante Giulietta Masina et son sourire si mélancolique.

On peut néanmoins souligner combien la sublime partition musicale écrite par pour ce film par le génial Nino Rota est indissociable de ses images et de l’univers du cinéaste.
Autant dire que réentendre cette bande originale donne immédiatement envie de redécouvrir d’autres titres issus de la collaboration entre ces deux maîtres que sont Nino Rota & Federico Fellini.

Vous l’aurez compris, pour toutes ces raisons et pour tant d’autres, LA STRADA est à (re)voir impérativement.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans                                                        

                                                                                 Bonus *****

Disque 1

    • Conversation entre Frédéric Mercier, critique pour la revue Positif, et Marco Uzal, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma (38mn39)
    • Interview en français de Giulietta Masina (Archives Ina – Extraits des émissions « Masina-Fellini, 4 et 5 diffusées sur France Inter les 25 et 26 août 1983 – 29mn57)
      Disque 2
    • Le film JE SUIS UN GRAND MENTEUR (2003), documentaire de Damian Pettigrew avec Federico Fellini, Roberto Benigni, Donald Sutherland…
      Présenté en version originale sous-titrée (DTS-HD Master audio 2.0)
    • Federico Fellini : Séquence dessin et entretiens inédits (13mn18)
    • La casa pericolante (19mn49)
    • Huit entretiens et demi (Roberto Benigni – 6mn33, Joseph-Marie Lo Duca – 3mn51, Moebius – 3mn38, Tullio Pinelli – 4mn36, Terence Stamp – 4mn17, Donald Sutherland – 5mn54, Roland Topor – 2mn15, Daniel Toscan Du Plantier – 11mn57, Italo Calvino – 4mn12)

    Après avoir fêté son 70ème anniversaire en 2024, LA STRADA se refait une jeunesse grâce à une sublime restauration en 4K, réalisée par le prestigieux éditeur américain Criterion. C’est ce master 4K qui a été utilisé pour cette sortie Blu-Ray chez Rimini Editions.

    Cette édition prestigieuse du film est agrémentée de nombreux bonus répartis sur deux Blu-ray. Elle inclut également l’excellent documentaire de Damien Pettigrew FELLINI, JE SUIS UN GRAND MENTEUR, au cours duquel le maestro révèle les clefs de son cinéma.

    Remercions Rimini Editions de nous régaler d’une aussi belle édition puisque les deux galettes sont complétées par 2 livrets complémentaires (le dossier de presse et le dossier pédagogique, réalisés pour la ressortie du film en salles en 2023) pour en savoir plus ce chef-d’œuvre du 7ème art.

Loveable – En(quête) de soi

Loveable – En(quête) de soi

LOVEABLE (Elskling)

Un film de Lilja Ingolfsdottir
Scénario de Lilja Ingolfsdottir
Avec Helga Guren, Oddgeir Thune, Marte Magnusdotter Solem
Drame – 2024 – Norvège – 1h41

Sortie en salles le 18 juin 2025

L’histoire
Maria et Sigmund se croisent de fête en fête avant de se rendre à l’évidence : ils sont faits l’un pour l’autre ! Une passion fusionnelle et quelques années plus tard, Maria jongle désormais entre une vie domestique avec quatre enfants et une carrière exigeante. Sigmund, lui, voyage de plus en plus pour son travail mais un soir, il annonce qu’il veut divorcer…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Ce premier long-métrage de la scénariste-réalisatrice norvégienne Lilja Ingolfsdottir est surprenant de bout en bout. LOVEABLE qui débute de manière volontairement appuyée comme un conte de fée moderne, plonge très vite, grâce à un beau sens de l’ellipse, dans les affres et la violente réalité de la crise conjugale.

C’est cette puissante matière psychologique que Lilja Ingolfsdottir sonde une heure quarante durant, à travers le récit de la naissance d’une passion amoureuse jusqu’à la séparation et ses conséquences.

Le film interroge judicieusement et sans aucun manichéisme la question de l’assignation des rôles dévolus (par qui, pour qui ?) aux hommes et aux femmes.
Cet équilibre dans la description d’une réalité post-amoureuse, parfois sordide, participe grandement à la réussite du film, même si le personnage principal du film reste sans aucun doute celui de Maria.

Ainsi dans la seconde partie du film, la réalisatrice fait le choix de se focaliser essentiellement sur cette dernière. Elle ausculte au plus près le vécu et le ressenti de cette femme débordée par une charge mentale trop forte et pour qui l’estime de soi est loin d’être une évidence.
Conséquence, Maria a un mal fou à se confronter à l’absence de l’autre, cet homme avec qui ils se sont aimés follement jusqu’à la rupture…

Cette femme blessée est incarnée avec puissance et sobriété par Helga Guren.
La composition pleine de nuances de la comédienne norvégienne atteint par moments des sommets, comme lors de cette séquence intense de confrontation avec sa mère. Un moment de vie cruel mais tellement explicite sur la complexité de la nature humaine, sur l’idée de reproduction du modèle familial et sur les soubresauts, parfois fatals, que réservent la vie amoureuse.   

LOVEABLE n’est pas sans rappeler, par instants, le cinéma de Woody Allen, Ingmar Bergman, John Cassavetes ou bien encore celui de son compatriote Joachim Trier. Excusez du peu !

Vous l’aurez compris, il n’y a aucun doute là-dessus, malgré des influences peut-être parfois un peu trop visibles, LOVEABLE marque la naissance d’une cinéaste avec qui il va désormais falloir compter !    

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Vingt dieux – Si le talent était « comté » !

Vingt dieux – Si le talent était « comté » !

VINGT DIEUX

Un film de Louise Courvoisier
Scénario de Louise Courvoisier, Théo Abadie
Avec Clément Faveau, Maïwène Barthélemy, Luna Garret
Comédie dramatique – 2024 – France – 1h30
Sorti en salles le 11 décembre 2024

Disponible depuis le 6 mai 2025 en BLU RAY, DVD et VOD – Pyramide Vidéo

Audio : Français DTS HD Master Audio 2.0 & 5.1
Audiodescription
Sous-titres français pour sourds et malentendants

 

L’histoire
Totone, 18 ans, passe le plus clair de son temps à boire des bières et écumer les bals du Jura avec sa bande de potes. Mais la réalité le rattrape : il doit s’occuper de sa petite sœur de 7 ans et trouver un moyen de gagner sa vie. Il se met alors en tête de fabriquer le meilleur comté de la région, celui avec lequel il remporterait la médaille d’or du concours agricole et 30 000 euros.

Le film ****1/2

Passé par les festivals de Cannes et Angoulême, VINGT DIEUX est l’une des plus belles surprises cinématographiques de 2024.
Un film couronné à la fois par un plébiscite critique et public avec quasiment un million de spectateurs en salles et de très nombreuses et méritées récompenses dont le César du meilleur premier film.

Pour ce premier long métrage, la réalisatrice a planté sa caméra (qui n’a rien de statique) au cœur de son Jura natal et à hauteur de ses attachants personnages principaux.
Elle filme avec respect et une belle délicatesse, une terre et ses habitants dont on sent qu’elle les aime profondément.
À priori, l’histoire de la fabrication d’un fromage (aussi savoureux soit-il) !) n’avait rien de très excitant et pourtant, Louise Courvoisier réussit l’exploit de rendre ce travail artisanal très cinégénique. Et puis, le regard qu’elle pose sur ses jeunes protagonistes avec leur désir de réussir, fait que l’on est totalement séduit par cette singulière proposition de cinéma.

Jamais condescendant ou misérabiliste, VINGT DIEUX s’impose ainsi comme le portrait d’une jeunesse rurale, une œuvre originale, empreinte de charme et de justesse.
La cinéaste y célèbre, notamment, et avec une belle générosité, la fraternité, la découverte de l’amour, les valeurs familiales, les virées à moto…

Le film est porté par ses très attachants jeunes interprètes, tous non professionnels dont l’épatant Clément Favreau, alias Totone, qui continue depuis le tournage son activité d’éleveur de volailles.
Quant à sa partenaire principale, Maïwène Barthélemy qui était inscrite en BTS production animale au moment du tournage, elle se dit prête à poursuivre, de temps à autre, ce nouveau travail de comédienne, forte de son César de la révélation féminine.

VINGT DIEUX est un premier long-métrage rare et au ton vivifiant. Une belle découverte à ne surtout pas laisser passer.
Et désormais, on attend le second film de sa réalisatrice avec une réelle impatience…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Bonus ****

  • Entretien avec Louise Courvoisier, par Ariane Allard, journaliste et critique de cinéma (32mn17)
  • Analyse du film par Ariane Allard, journaliste et critique de cinéma (7mn19)
  • Casting :
    Entretien avec Clément Faveau à l’occasion du casting (11mn14)
    Entretien avec Maïwène Barthélemy à l’occasion du casting (9mn24)
  • Essais des comédiens Maïwène Barthélemy, Clément Faveau, Dimitry Baudry, Luna Garrett, Mathis Bernard, (9mn04)
  • Court-métrage MANO A MANO de Louise Courvoisier – Premier Prix Cinéfondation – La sélection (22mn23)
  • Bandes-annonces

Le + Cin’Écrans

C’est à l’occasion de la présentation de VINGT DIEUX en compétition au Festival du film francophone d’Angoulême que nous avons eu l’immense plaisir de parler du film avec sa réalisatrice Louise Courvoisier et sa jeune interprète principale Maïwène Barthélemy.
Quelques jours plus tard, VINGT DIEUX était couronné du Valois de diamant du meilleur film et celui des étudiants francophones

Life of Chuck… Le sens de la vie !

Life of Chuck… Le sens de la vie !

LIFE OF CHUCK (the life of Chuck)

Un film de Mike Flanagan
Scénario de Mike Flanagan d’après l’œuvre de Stephen King
Avec Tom Hiddleston, Mark Hamill, Chiwetel Ejiofor, Karen Gillan, Jacob Trembaly, Benjamin Pajak, Matthew Lillard, Carl Lumbly, Annalise Basso …
Drame – 2025 – Etats-Unis – 1h51

Sortie en salles le 11 juin 2025

L’histoire
La vie extraordinaire d’un homme ordinaire racontée en trois chapitres. Merci Chuck !

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

Mike Flanagan est un familier de l’univers de Stephen King dont il a déjà adapté deux romans à l’écran, JESSIE en 2017 (pour Netflix) et DOCTOR SLEEP en 2019, en attendant LA TOUR SOMBRE qu’il nous proposera prochainement, sous forme de série.
Cette fois, le scénariste réalisateur s’est attaqué avec une ambition folle à une nouvelle de l’auteur américain parue en 2020 dans un recueil intitulé « Si ça saigne ».

LIFE OF CHUCK
est un film remarquable dont la découverte est encore plus enthousiasmante si vous n’en connaissez pas la teneur véritable.
Sa construction à rebours et en trois actes lui confère une formidable singularité, sans jamais perdre le spectateur dans son récit sur fond de fin du monde, Une véritable prouesse en forme de puzzle scénaristique qui vous donne l’envie presque immédiate de le revoir, afin d’en saisir toute la subtilité.

Rares, aujourd’hui, sont les films qui surprennent à ce point !
L’histoire bouleversante de LIFE OF CHUCK est transcendée par une belle réflexion philosophique sur le sens de la vie, la mise en scène virtuose mais jamais démonstrative de Mike Flanagan et une belle inventivité esthétique.

Saluons également l’ensemble des comédiens du film dont un étonnant et poignant Mark-Luke Skywalker-Hamill, qui joue désormais les grands-pères…
Et impossible, évidemment, de passer sous silence la performance subtile de Tom Hiddleston qui illumine totalement le second segment du film, à travers une séquence de danse, en compagnie d’Annalise Basso. Un moment magique et hors du temps qui restera longtemps gravé dans nos mémoires de spectateurs.  

LIFE OF CHUCK est un film envoûtant qui redonne foi dans le cinéma indépendant américain. Alors pour ça aussi, Merci Chuck !  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans