Daaaaaali ! Entre rêves et « Réalité », la comédie cosmique de Dupieux !

Daaaaaali ! Entre rêves et « Réalité », la comédie cosmique de Dupieux !

DAAAAAALI !

Un film de Quentin Dupieux
Scénario Quentin Dupieux
Avec Anaïs Demoustier, Jonathan Cohen, Edouard Baer, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Didier Flamand, Romain Duris, Agnès Hurstel, Marc Fraize, Johan Dionnet, Jérôme Niel…
Comédie – 1h17 – France
Sortie en salles le 7 février 2024

L’histoire
Une journaliste française rencontre Salvador Dali à plusieurs reprises pour un projet de documentaire.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Inutile d’être un.e aficionado de l’œuvre de Salvador Dali pour prendre du plaisir avec DAAAAAALI !
Si à travers son film, un sens du détail et une direction artistique forte, Quentin Dupieux rend un hommage réel mais non appuyé à l’univers surréaliste de Salvador Dali, c’est plus à sa personnalité publique, hors-normes, qu’à son œuvre que le film est dédié.  

2 / Comme à son habitude, et par peur d’ennuyer le spectateur, le cinéaste délivre un film rythmé et court (1h17) même s’il ose étirer certains gags et quelques scènes, comme ses géniales séquences de fin et d’ouverture. Avec cette séquence du couloir d’hôtel, Quentin Dupieux pose très clairement le ton et les intentions de son film. Inutile d’aller plus loin si vous n’adhérez pas à cette proposition, à ce délire, semble nous dire le cinéaste.

Certes, la totalité du film n’est pas de cet acabit mais la proposition est suffisamment singulière et traversée d’idées baroques, originales pour y prendre un plaisir souvent jubilatoire. Si vous avez été sensibles à l’humour de comédies surréalistes comme RÉALITÉ ou INCROYABLE MAIS VRAI, vous devriez y trouver votre compte.

3 / Si les six interprètes de Salvador Dali ne bénéficient pas tous de la même attention ou ampleur scénaristique, les partitions d’Édouard Baer & Jonathan Cohen suffisent à notre bonheur. Les deux acteurs s’en donnent à cœur joie et composent à eux seuls de multiples facettes du fantasque artiste catalan.

Dirigée pour la quatrième fois par Quentin Dupieux (après AU POSTE !, INCROYABLE MAIS VRAI et FUMER FAIT TOUSSER), Anaïs Demoustier, quant à elle, se fond une nouvelle fois et avec un plaisir non dissimulé dans l’univers si singulier du cinéaste.
Elle incarne dans DAAAAAALI ! une journaliste malmenée par les humeurs et la folie douce de Dali.  Leurs multiples confrontations sont autant de raisons de nous ravir, tant la comédie réussit à cette remarquable actrice, décidemment à l’aise dans tous les registres.   

 

Palmarès Paris Film Critics Awards 2024 – Nouveau succès pour Anatomie d’une chute !

Palmarès Paris Film Critics Awards 2024 – Nouveau succès pour Anatomie d’une chute !

C’est au Silencio des prés à Paris qu’a eu lieu, dimanche 4 février, la 3ème cérémonie de remise des Paris Film Critics Awards.

Des récompenses décernées par un collège de votants constitué de 100 critiques et journalistes cinéma et culture, parmi les longs-métrages de fiction, documentaires et séries, sortis en salles ou sur des plateformes en 2023.

C’est donc le phénoménal ANATOMIE D’UNE CHUTE de Justine Triet qui sort grand vainqueur de cette cérémonie avec pas moins de 4 récompenses (sur 7 nominations) dont celles du meilleur film et de la meilleure actrice pour Sandra Hüller.

Ex-aequo avec 4 récompenses, Damien Chazelle (dont un message vidéo de remerciement a été diffusé au cours de la soirée) a été sacré meilleur réalisateur pour BABYLON. Cette fresque flamboyante a également été célébrée par le prix de la meilleure musique originale pour la BO composée par Justin Hurwitz, celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Brad Pitt et celui du décor pour Florencia Martin.

Arrive ensuite le très beau CHIEN DE LA CASSE de Jean-Baptiste Durand couronné du prix du meilleur premier film et de celui de la meilleure révélation masculine pour l’incontournable Raphaël Quenard présent pour recevoir ce prix annonciateur, on n’en doute pas, de très nombreux autres…

Découvrez ci-dessous le palmarès complet de cette édition 2024 des Paris Film Critics Awards.

PALMARÈS COMPLET

MEILLEUR FILM – ANATOMIE D’UNE CHUTE de Justine Triet

Étaient nommés :
BABYLON de Damien Chazelle
JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES de Jeanne Herry
KILLERS OF THE FLOWER MOON de Martin Scorsese
OPPENHEIMER de Christopher Nolan
L’ENLÈVEMENT de Marco Bellocchio
THE FABELMANS de Steven Spielberg

MEILLEUR RÉALISATEUR Damien Chazelle pour BABYLON

Étaient nommé.e.s :
Christopher Nolan pour OPPENHEIMER
Justine Triet pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Steven Spielberg pour THE FABELMANS
Thomas Cailley pour LE RÈGNE ANIMAL
Marco Bellocchio pour L’ENLÈVEMENT
Jeanne Herry pour JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES

MEILLEURE ACTRICE – Sandra Hüller pour ANATOMIE D’UNE CHUTE

Étaient nommées :
Cate Blanchet pour TAR
Catherine Deneuve pour BERNADETTE
Hafsia Herzi pour LE RAVISSEMENT
Léa Drucker pour L’ÉTÉ DERNIER
Lily Gladstone pour KILLERS OF THE FLOWERS MOON
Marion Cotillard pour LITTLE GIRL BLUE

MEILLEUR ACTEUR – Arieh Worthalter pour LE PROCÈS GOLDMAN

Étaient nommés :
Benjamin Lavernhe pour L’ABBÉ PIERRE – UNE VIE DE COMBATS
Cillian Murphy pour OPPENHEIMER
Koji Yakusho pour PERFECT DAYS
Paul Giamatti pour WINTER BREAK
Raphaël Quenard pour YANNICK
Vincent Lacoste pour LE TEMPS D’AIMER

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE – Adèle Exarchopoulos pour JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES

Étaient nommées :
Blanche Gardin pour LE LIVRE DES SOLUTIONS
Da’vine Joy Randolph pour WINTER BREAK
Émilie Blunt pour OPPENHEIMER
India Hair pour RIEN À PERDRE
Michèle Williams pour THE FABELMANS
Noémie Merlant pour TAR

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE – Brad Pitt pour BABYLON

Étaient nommés :
Louis Garrel pour LES TROIS MOUSQUETAIRES : D’ARTAGNAN
Raphaël Quenard pour CHIEN DE LA CASSE
Robert de Niro pour KILLERS OF THE FLOWER MOON
Robert Downey Jr. pour OPPENHEIMER
Romain Duris pour LE RÈGNE ANIMAL
Ryan Gosling pour BARBIE

MEILLEURE RÉVÉLATION FÉMININE – Ella Rumpf pour LE THÉORÈME DE MARGUERITE

Étaient nommées :
Carrie Crowley pour THE QUIET GIRL
Kim Higelin pour LE CONSENTEMENT
Magalie Lépine-Blondeau pour SIMPLE COMME SYLVAIN
Mia McKenna-Bruce pour HOW TO HAVE SEX
Stéphane Caillard pour FLO
Suzy Bemba pour LE RETOUR

MEILLEURE RÉVÉLATION MASCULINE – Raphaël Quenard pour CHIEN DE LA CASSE

Étaient nommés :
Arthur Harari pour LE PROCÈS GOLDMAN
Diego Calva pour BABYLON
Gabriel Labelle pour THE FABELMANS
Milo Machado-Graner pour ANATOMIE D’UNE CHUTE
Paul Kircher pour LE RÈGNE ANIMAL
Samuel Kircher pour L’ÉTÉ DERNIER

MEILLEUR SCÉNARIO ORIGINAL – ANATOMIE D’UNE CHUTE – Justine Triet & Arthur Harari

Étaient nommés :
BABYLON – Damien Chazelle
JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES – Jeanne Herry
LE PROCES GOLDMAN – Cédric Khan & Nathalie Herzberg
LE RÈGNE ANIMAL – Thomas Cailley & Pauline Munier
L’INNOCENCE – Yüji Sakamoto
THE FABELMANS – Steven Spielberg & Tony Kushner

MEILLEURE ADAPTATION – KILLERS OF THE FLOWER MOON – Eric Roth & Martin Scorsese

Étaient nommés :
LE CONSENTEMENT
– Vanessa Fiho, Vanessa Springora & François Pirot
LES ALGUES VERTES – Pierre Jolivet & Inès Léraud
LES TROIS MOUSQUETAIRES : D’ARTAGNAN – Alexandre de La Patellière & Mathieu Delaporte
MON CRIME – François Ozon
OPPENHEIMER – Christopher Nolan
THE SON – Christopher Hampton & Florian Zeller

MEILLEURE PHOTOGRAPHIE – OPPENHEIMER – Hoyte van Hoytema

Étaient nommés :
ANATOMIE D’UNE CHUTE
– Simon Beaufils
BABYLON
– Linus Sandgren
KILLERS OF THE FLOWER MOON
– Rodrigo Prieto
LA FEMME DE TCHAÏKOVSKI
– Vladislav Opelyants
LE RÈGNE ANIMAL
– David Cailley
THE FABELMANS
– Janusz Kaminski

MEILLEUR MONTAGE – ANATOMIE D’UNE CHUTE – Laurent Sénéchal

Étaient nommés :
BABYLON
– Tom Cross
KILLERS OF THE FLOWER MOON – Thelma Schoonmaker
LE RÈGNE ANIMAL – Lilian Corbeille
LE LIVRE DES SOLUTIONS – Élise Fievet
OPPENHEIMER – Jennifer Lame
TAR – Monika Willi

MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE – BABYLON – Justin Hurwitz

Étaient nommés :
DISCO BOY
– Vitalic
LE GARÇON ET LE HÉRON – Joe Hisaishi
LE RÈGNE ANIMAL – Andrea Laszlo De Simone
LINDA VEUT DU POULET ! – Clément Ducol
OPPENHEIMER – Ludwig Göransson
THE FABELMANS – John Williams

MEILLEURS DÉCORS – BABYLON – Florencia Martin

Étaient nommés :
BARBIE
– Sarah Greenwood
KILLERS OF THE FLOWER MOON
– Jack Fisk
LES TROIS MOUSQUETAIRES : D’ARTAGNAN
– Stéphane Taillasson
MON CRIME
– Jean Rabasse
OPPENHEIMER
– Ruth De Jong
THE FABELMANS
– Rick Carter

MEILLEURS COSTUMES – LES TROIS MOUSQUETAIRES : D’ARTAGNAN – Thierry Delettre

Étaient nommés :
BABYLON
– Mary Zophres
BARBIE
– Jacqueline Durran
KILLERS OF THE FLOWER MOON
– Jacqueline West
LA FEMME DE TCHAÏKOVSKI
– Dimitri Andreïev
L’ENLÈVEMENT
– Sergio Ballo, Daria Calvelli
NAPOLÉON
– David Crossman & Janty Yates

MEILLEUR PREMIER FILM – CHIEN DE LA CASSE – Jean-Baptiste Durand

Étaient nommés :
AFTERSUN
– Charlotte Wells
BERNADETTE
– Léa Domenach
HOW TO HAVE SEX
– Molly Manning Walker
LE RAVISSEMENT
– Iris Kaltenback
RIEN À PERDRE
– Delphine Deloget
VINCENT DOIT MOURIR –
Stéphan Castang

MEILLEUR FILM D’ANIMATION – MARS EXPRESS – Jérémie Périn

Étaient nommés :
INTERDIT AUX CHIENS ET AUX ITALIENS
– Alain Ughetto
LE GARÇON ET LE HÉRON
– Hayao Miyazaki
LINDA VEUT DU POULET !
– Chiara Malta, Sébastien Laudenbach
MON AMI ROBOT
– Pablo Berger
SPIDER MAN: ACROSS THE SPIDER-VERSE
– Joaquim Dos Santos, Kemp Powers & Justin K. Thompson
SUZUME
– Makoto Shinkai

MEILLEUR DOCUMENTAIRE – LES FILLES D’OLFA – Kaouther Ben Hania

Étaient nommés :
LA RIVIÈRE
– Dominique Marchais
LITTLE GIRL BLUE
– Mona Achache
NOTRE CORPS
– Claire Simon
SUR L’ADAMANT
– Nicolas Philibert
TOUTE LA BEAUTÉ ET LE SANG VERSÉ
– Laura Poitras
VOYAGE AU PÔLE SUD
– Luc Jacquet

MEILLEURE SÉRIE (OU MINI-SÉRIE) – D’ARGENT ET DE SANG – Xavier Giannoli

Étaient nommés :
LA NUIT OU LAURIER GAUDREAULT S’EST RÉVEILLÉ
– Xavier Dolan
POLAR PARK
– Gérald Hustache-Mathieu
SAMBRE
– Alice Géraud, Marc Herpoux
SUCCESSION
– Jesse Armstrong
TAPIE
– Tristan Séguéla, Olivier Demangel
TOUT VA BIEN
– Camille de Castelnau

PRIX D’HONNEURVincent Lindon

PRIX POUR L’ENSEMBLE D’UNE CARRIÈRE
 – Jerry Schatzberg

PRIX DE LA CONTRIBUTION EXCEPTIONNELLE AU CINÉMAMichel Ciment

PRIX DE LA MEILLEURE CONTRIBUTION À L’ART DU CINÉMA
Warner Bros

De grâce… embarquez pour Le Havre aux côtés d’Olivier Gourmet & Panayotis Pascot

De grâce… embarquez pour Le Havre aux côtés d’Olivier Gourmet & Panayotis Pascot

DE GRÂCE (série - 6x52mn)

Une série créée par Maxime Crupaux et Baptiste Fillon
Réalisée par Vincent Maël Cardona
Avec Olivier Gourmet, Pierre Lottin, Margot Bancilhon, Panayotis Pascot, Astrid Whettnall, Philippe Rebbot, Gringe, Eliane Umuhire, Nailia Harzoune, Alyzée Costes, Xavier Beauvois

Drame, Thriller – 6x52mn – France – 2023

Diffusion du 31 janvier au 15 mars 2024 sur Arte.tv et les jeudis 8 et 15 février 2024 à 20h55 sur Arte.

L’histoire
Pierre Leprieur est né au Havre, avec du pétrole et du sel dans le sang. Homme de tous les combats, il est devenu par son engagement politique et syndical une figure respectée parmi les dockers. Mais le soir de ses 60 ans, alors que ses proches sont réunis pour son anniversaire, tout s’effondre. Son fils cadet, Simon est arrêté au volant d’une voiture que son frère Jean, concessionnaire, lui a prêtée pour la soirée. Un kilo de cocaïne est retrouvé dans le châssis.

3 bonnes raisons de voir la série

1/ Pour l’ambition artistique d’un projet qui marque la première et brillante incursion dans la série TV pour Vincent Maël Cardona, réalisateur du César de la meilleure première œuvre 2022, l’excellent LES MAGNÉTIQUES.

Sur un scénario captivant aux rebondissements souvent inattendus et aux allures de tragédie familiale, le cinéaste nous régale d’une mise en scène majestueuse et lyrique qui se joue brillamment des obstacles comme celui des nombreuses séquences nocturnes.

Vincent Maël Cardona
joue aussi très habilement avec la géographie des docks et la dimension graphique si particulière de la ville du Havre.        

2 / Pour l’audace d’un casting particulièrement réussi et réjouissant. Si l’utilisation de la voix of représente souvent un piège, l’emploi de celle d’Olivier Gourmet (rassurez-vous, il est aussi très présent à l’écran) est ici particulièrement judicieux.

Citons également la trop rare Margot Bancilhon dont le rôle d’Emma lui a valu un mérité prix d’interprétation au Festival Série Mania 2023, le génial Pierre Lottin qui surprend de film en film et dont l’impulsivité qu’il donne à son personnage impressionne.

Panayotis Pascot (photo ci dessus), lui n’en finit plus de se révéler. Qu’il semble loin pourtant le temps où le comédien jouait les chroniqueurs- journalistes « tête à claque » dans Le petit journal de Canal+. Après le one man show et le succès de son premier livre « La prochaine fois que tu mordras la poussière » et quelques apparitions au cinéma et dans des séries, il trouve sans aucun doute avec le personnage de Simon, son rôle le plus noir, le plus dramatique mais aussi le plus beau et le plus réussi.

N’oublions pas non plus de citer Astrid Whettnall, Philippe Rebbot (dans un total et surprenant contre-emploi), Xavier Beauvois, Gringe, Nailia Harzoune ou bien encore Eliane Umuhire (belle révélation du récent AUGURE de Baloji) qui contribuent pleinement à la belle réussite de la série.

3 / Pour la manière dont se déploie cette histoire passionnante, complexe, intrigante mais jamais prévisible autour de thèmes forts comme la transmission, l’émancipation, la jalousie, la rancœur, la trahison et au final, peut-être quand même, la résilience et l’espoir.

Par sa stylisation, sa mise en scène inspirée, sa photographie subtile, le jeu inspiré de ses interprètes et une BO intense de Maxence Dussère, DE GRÂCE évite de sombrer dans le polar réaliste pour s’offrir une dimension de conte mythologique. A voir absolument.  

Les lueurs d’Aden – Conviction(s) intime(s)

Les lueurs d’Aden – Conviction(s) intime(s)

LES LUEURS D'ADEN

Un film de Amr Gamal
Scénario Amr Gamal & Mazen Refaat
Avec Khaled Hamdan, Abeer Mohammed, Samah Alamrani
Drame – 1h31 – Yemen – Soudan – Arabie saoudite
Sortie en salles le 31 janvier 2024

L’histoire
Isra’a vit avec son mari Ahmed et ses trois enfants dans le vieux port de la ville d’Aden, au sud du Yémen. Leur vie quotidienne est rythmée par les effets de la guerre civile : contrôles militaires dans les rues, pannes de courant fréquentes, et rationnement de l’eau. Ahmed, qui travaillait pour la télévision, a dû quitter son poste à la suite de nombreux salaires impayés, pour devenir chauffeur. Ils ont à peine de quoi offrir à leurs enfants une vie normale et une bonne éducation.

Quand Isra’a apprend qu’elle est à nouveau enceinte, le couple doit faire face à une nouvelle crise. Ils savent tous les deux qu’ils ne peuvent pas se permettre un quatrième enfant, d’autant qu’ils doivent déménager dans un logement moins cher et qu’il faut payer les frais d’inscription d’école. Ensemble, ils décident d’avorter. Une amie médecin va peut-être les aider….

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec LES LUEURS D’ADEN, son second long métrage, inspiré de faits réels, le cinéaste yéménite Amr Gamal s’attaque de front au sujet tabou de l’avortement et nous livre une remarquable chronique sociale et politique.
Sur un rythme très posé, qui aurait pu confiner à l’ennui, le réalisateur parvient à capter toute notre attention et à nous captiver avec ce récit poignant autour de la question de l’interruption volontaire de grossesse quand elle se confronte aux instances et aux principes religieux. Saluons aussi sa volonté de traiter ce sujet de l’avortement, souvent évoqué du seul point de vue féminin, à travers celui d’une famille entière.

2 / Pour la dimension quasi documentaire avec laquelle le cinéaste filme la ville d’Aden dans un pays, le Yémen, qui sort tout juste de huit années d’une terrible guerre civile. Conséquence, la vie quotidienne y est encore très compliquée avec, entre autres, une inflation folle, le rationnement de l’eau, des abus de pouvoir, des services médicaux et hospitaliers soumis à l’arbitraire…
On sent dans le regard que pose le cinéaste sur Aden, sa volonté de témoigner pour les générations futures du quotidien d’un pays et de l’intense fragilité d’une ville en plein chaos.

3 / Pour le regard jamais manichéen et toujours à juste distance que le cinéaste pose sur ses personnages principaux, à commencer évidement par ce couple qui affronte un véritable parcours du combattant pour aboutir à ses fins.
Un autre personnage s’avère complexe et passionnant à suivre, c’est celui de Muna, leur amie médecin tiraillée entre sa conviction intime et son désir d’aider le couple dont elle désapprouve la démarche.  

LES LUEURS D’ADEN est le premier film de fiction yéménite à être distribué en France. Ne le laissez pas passer.

La ferme des Bertrand, une vie de labeur qui touche au cœur !

La ferme des Bertrand, une vie de labeur qui touche au cœur !

« On a un attachement personnel à l’agriculture en France qui n’est pas mince et moi je l’avais sous-estimé ! » Gilles Perret


LA FERME DES BERTRAND

Un film de Gilles Perret
Scénario Gilles Perret & Marion Richoux
Documentaire – 1h29 – France
Sortie en salles le 31 janvier 2024

L’histoire 
50 ans dans la vie d’une ferme… Haute Savoie, 1972 : la ferme des Bertrand, exploitation laitière d’une centaine de bêtes tenue par trois frères célibataires, est filmée pour la première fois. En voisin, le réalisateur Gilles Perret leur consacre en 1997 son premier film, alors que les trois agriculteurs sont en train de transmettre la ferme à leur neveu Patrick et sa femme Hélène. Aujourd’hui, 25 ans plus tard, le réalisateur-voisin reprend la caméra pour accompagner Hélène qui, à son tour, va passer la main. A travers la parole et les gestes des personnes qui se sont succédé, le film dévoile des parcours de vie bouleversants où travail et transmission occupent une place centrale : une histoire à la fois intime, sociale et économique de notre monde paysan.

L’avis Cin’Écrans ****

« Je revendique zéro distance critique et la subjectivité ! » Gilles Perret

Avec LA FERME DES BERTRAND, Gilles Perret signe sans aucun doute son film le plus réussi et son plus personnel. Et pour cause, il est voisin des Bertrand et de leur ferme depuis sa plus tendre enfance.

Il n’aura échappé à personne que la sortie en salles de LA FERME DES BERTRAND est percutée de plein fouet par l’actualité. Cette dure réalité du monde agricole, Gilles Perret ne la nie évidemment pas, bien au contraire, mais avec ce documentaire, le cinéaste souhaitait témoigner d’une autre réalité, certes atypique et un peu exceptionnelle, celle de la famille Bertrand et de l’évolution de sa ferme au fil du temps.

À travers les images de Marcel Trillat (1972) et celles de TROIS FRÈRES POUR UNE VIE (1997) qui rythment ce nouveau documentaire, on perçoit parfaitement la manière dont les Bertrand ont réussi à préserver leur vie familiale et à mettre en place un outil de travail pérenne. Avec, il est vrai, un atout précieux, celui d’être situé dans l’appellation d’origine protégée Reblochon.

« Ni nostalgique, ni folklorique… » Marion Richoux

Par l’humilité de ses protagonistes et la force de leurs témoignages au fil du temps, LA FERME DES BERTRAND touche directement au cœur.
Difficile ainsi de rester insensible face à André quand il déclare notamment (en 1997) « c’est quand même une certaine réussite sur le plan économique, mais à part ça, c’est un échec sur le plan humain puisqu’on a su faire que ça ! ».

Il convient de saluer l’intelligence du montage de LA FERME DES BERTRAND qui remet en perspective certains de ces propos en montrant bien à quel point le travail d’André et de ses frères a permis à la ferme de perdurer et à leur famille de mieux vivre aujourd’hui, même si cette vie n’a rien d’un long fleuve tranquille… Ce que ne cesse malheureusement de nous rappeler, à juste titre, l’actualité.

Le + Cin’Écrans
C’est au lendemain d’une belle avant-première de LA FERME DES BERTRAND au Festival du film de société de Royan que j’ai eu le privilège de rencontrer Gilles Perret et sa coscénariste Marion Richoux pour parler de ce documentaire à la fois très intime et universel dans ce qu’il raconte de notre monde et de la famille.

INTERVIEW GILLES PERRET & MARION RICHOUX