Une année difficile… sauvée par un film humaniste et généreux

Une année difficile… sauvée par un film humaniste et généreux

« C’est le vide du covid qui nous a donné envie de parler de ce que ça a laissé comme traces chez nous… » Éric Toledano

UNE ANNÉE DIFFICILE

Quatre ans après HORS NORMES (et deux saisons d’EN THÉRAPIE pour Arte), Éric Toledano & Olivier Nakache sont de retour en salles avec UNE ANNÉE DIFFICILE.
Avec ce 8em long-métrage les deux scénaristes réalisateurs continuent de creuser, avec talent, le sillon d’un cinéma social et dans l’air du temps, auquel ils insufflent beaucoup d’humour et un vrai supplément d’âme.

« Quand il y a de l’amour et de la bienveillance derrière la cam, on arrive à se lâcher… » Jonathan Cohen

Même s’ils n’hésitent jamais à donner quelques coups de griffes et à pointer les dérives consuméristes de notre époque, les deux cinéastes ont su préserver le principal, à savoir une attention à l’autre et une bienveillance naturelle pour l’ensemble de leurs personnages…

L’histoire   
Albert et Bruno sont surendettés et en bout de course, c’est dans le chemin associatif qu’ils empruntent ensemble qu’ils croisent des jeunes militants écolos. Plus attirés par la bière et les chips gratuites que par leurs arguments, ils vont peu à peu intégrer le mouvement sans conviction…

Avec la complicité d’un casting « hors-norme », Éric Toledano et Olivier Nakache nous questionnent sur nos travers, nos petites mesquineries quotidiennes, bref sur des comportements que chacun, chacune va devoir faire évoluer pour survivre dans ce monde souvent cruel pour beaucoup.
Si les deux cinéastes ont fait appel, avec bonheur, à Pio Marmaï qu’ils avaient « pratiqué » sur EN THÉRAPIE, c’est la première fois qu’ils travaillaient avec Jonathan Cohen, Noémie Merlant ou Mathieu Amalric. Bien leur en a pris, tant ces comédien.ne.s se sont glissé.e.s avec gourmandise dans la peau de personnages riches et très différents les uns des autres. Et surtout, on sent à quel point ils se sont régalés des situations et des dialogues ciselés des réalisateurs d’INTOUCHABLE et du SENS DE LA FÊTE.

 « Jonathan n’a pas eu besoin de nous pour prouver qu’il n’avait pas de limites… » Éric Toledano

Avec UNE ANNÉE DIFFICILE, les deux réalisateurs flirtent avec le meilleur de la comédie noire italienne des années 70 – 80. On songe, entre autres, à certains films de Dino Risi, Mario Monicelli ou Ettore Scola même si leurs personnages ne sont, au fond, pas aussi « affreux, sales et méchants » qu’on pourrait le penser…

Désireux de retrouver ce public qui leur a tant manqué, les deux réalisateurs accompagnés d’une partie de leurs comédiens sur certaines dates, viennent de boucler une impressionnante tournée d’avant-premières d’UNE ANNÉE DIFFICILE sur 133 villes et plus de 170 salles.

C’est au cours de l’une des premières dates de présentation du film, au Festival du Film de Demain à Vierzon, en juin dernier, que j’ai retrouvé pour mon plus grand plaisir et une courte interview Éric Toledano, accompagné ce soir-là de l’excellent Jonathan Cohen

Quelques semaines, plus tard, c’est à Rochefort dans le cadre du festival Sœurs jumelles que j’ai eu le privilège d’animer la rencontre qui a suivi l’avant-première du film entre les deux réalisateurs (toujours aussi sympathiques & généreux) et des spectateurs enthousiastes…

INTERVIEW ÉRIC TOLEDANO & JONATHAN COHEN

UNE ANNÉE DIFFICILE

Un film d’Olivier Nakache & Éric Toledano
Scénario de d’Olivier Nakache & Éric Toledano
Avec Pio Marmaï, Jonathan Cohen, Noémie Merlant, Mathieu Amalric, Grégoire Leprince-Ringuet, Luana Bajrami…
Comédie dramatique – 1H59 – France
Sortie en salles le 18 octobre 2023

 

La fiancée du poète, délicieuse fantaisie de Yolande Moreau

La fiancée du poète, délicieuse fantaisie de Yolande Moreau

« Il ne faut pas avoir peur d’aller dans l’inconnu… » Yolande Moreau

Yolande Moreau est sans aucun doute l’une de nos comédiennes les plus attachantes mais aussi l’une de nos cinéastes les plus originales.
C’est en 2004 que l’inoubliable interprète de Yolande dans Les Deschiens se lance dans le grand bain de la réalisation avec QUAND LA MER MONTE, un premier essai derrière la caméra qu’elle écrit et réalise avec son complice Gilles Porte.

Ce récit très original et personnel est récompensé du prestigieux Prix Louis Delluc du premier film ainsi que le César de la meilleure première œuvre et celui de la meilleure actrice pour Yolande Moreau. Cinq ans plus tard, son rôle-titre dans SÉRAPHINE de Martin Provost lui vaudra son second César d’interprétation.
En 2013, l’actrice, scénariste et réalisatrice signe cette fois en solo HENRI, une comédie dramatique qu’elle présente la même année à La Quinzaine des réalisateurs.

« J’aimerai bien être une cinéphile, je vais peut-être m’y mettre en vieillissant ! » Yolande Moreau

Il aura donc fallu patienter 10 ans avant de découvrir son troisième long-métrage LA FIANCÉE DU POÈTE, qu’elle coécrit cette fois avec Frédérique Moreau, une scénariste avec qui la cinéaste n’a aucun lien de parenté…

Amoureuse de peinture et de poésie, Mireille s’accommode de son travail de serveuse à la cafétéria des Beaux-Arts de Charleville tout en vivant de petits larcins et de trafic de cartouches de cigarettes. N’ayant pas les moyens d’entretenir la grande maison familiale des bords de Meuse dont elle hérite, Mireille décide de prendre trois locataires. Trois hommes qui vont bouleverser sa routine et la préparer, sans le savoir, au retour du quatrième : son grand amour de jeunesse, le poète.

Avec LA FIANCÉE DU POÈTE, Yolande Moreau nous régale d’une fable poétique en forme de fantaisie enchanteresse et peuplée de joyeux faussaires.
Pour l’accompagner dans cette aventure atypique, la réalisatrice s’est entourée d’un casting 5 étoiles avec, entre autres, Grégory Gadebois, Sergi Lopez, Thomas Guy, Esteban ou bien encore William Sheller dans le rôle d’un curé qui chante du Abba en s’accompagnant à l’orgue.

« Est-ce que tu peux chanter un peu plus faux, tu m’avais habitué à pire… » Esteban, à propos d’une demande de Yolande Moreau

LA FIANCÉE DU POÈTE est une œuvre généreuse, bigarrée et excentrique, à l’image de son instigatrice et principale interprète, la géniale Yolande Moreau.
C’est au cours du Festival du film francophone d’Angoulême que nous avons eu l’immense plaisir de parler avec Yolande Moreau de cette troisième réalisation, du sentiment d’usurpation ou bien encore de son plaisir d’actrice à donner la réplique à ses formidable partenaires…
Dans la foulée de ce moment délicieux passé avec Yolande Moreau, nous nous sommes régalés à échanger autour du film avec Thomas Guy et Esteban au cours d’une interview totalement improvisée mais réjouissante…
Merci à Yolande et ses deux formidables comédiens pour ce moment drôle, touchant et décalé à l’image de ce film que l’on vous recommande très chaleureusement.

INTERVIEW YOLANDE MOREAU, THOMAS GUY & ESTEBAN

LA FIANCÉE DU POÈTE
Un film de Yolande Moreau
Scénario de Yolande Moreau & Frédérique Moreau
Avec Yolande Moreau, Grégory Gadebois, Thomas Guy, Esteban, Sergi Lopez, William Sheller, Anne Benoit, François Morel, Philippe Duquesne…
Comédie dramatique – 1H43 – France
Sortie en salles le 11 octobre 2023

Le règne animal… ça fait mal !

Le règne animal… ça fait mal !

LE RÈGNE ANIMAL

Un film de Thomas Cailley
Scénario de
Thomas Cailley & Pauline Munier
Avec Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos, Tom Mercier…
Drame – Fantastique – 2H08 – France
Sortie en salles le 4 octobre 2023

L’histoire
Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomène mystérieux. Alors que la région se peuple de créatures d’un nouveau genre, il embarque Émile, leur fils de 16 ans, dans une quête qui bouleversera à jamais leur existence.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Il aura fallu patienter près de 10 ans après LES COMBATTANTS, le premier et brillant long métrage de Thomas Cailley pour enfin découvrir son nouveau film. Et autant le dire d’emblée, nous ne sommes pas déçus, bien au contraire.
Avec LE RÈGNE ANIMAL, le réalisateur passe à la vitesse supérieure et signe un grand film d’auteur fantastique et populaire, à ne surtout pas louper.

LE RÈGNE ANIMAL est un film hybride et passionnant, quelque part entre le mélodrame, la fable écologique et le thriller surnaturel avec une irruption étonnante du fantastique dans le quotidien de ses personnages. A ce titre la séquence d’ouverture du film restera comme un modèle du genre et mérite de mettre le spectateur au cœur du propos en un temps record.

2 / A travers cette nouvelle œuvre, le cinéaste interroge, notamment et avec beaucoup de subtilité, notre rapport à la nature et des conséquences qui se profilent déjà dans nos vies de tous les jours. Alors évidemment, nous sommes dans la fiction, le fantastique et donc les humains sont rappelés à leur condition animale. Et ça fait mal ! Mais le résultat est cinématographiquement époustouflant avec une direction artistique remarquablement maitrisée. Du grand art !

3/ Saluons enfin la remarquable direction d’acteurs de Thomas Cailley. Paul Kircher révélé par LE LYCÉEN de Christophe Honoré porte le film sur ses jeunes épaules. Il est absolument parfait, à l’image de Romain Duris qui excelle dans ce rôle de père désemparé par la fougue de son fils et amoureux fou et désemparé…
Citons aussi Adèle Exarchopoulos qui donne beaucoup de relief à son personnage de gendarme empathique qui doit se battre contre une hiérarchie enlisée dans un sexisme d’un autre temps.
De film en film, la comédienne prouve qu’elle peut tout jouer et surtout à quel point elle est devenue indispensable à notre paysage cinématographique. Tout comme le cinéma de Thomas Cailley, en quelque sorte ! Et cette fois-ci, hors de question d’attendre 10 ans de plus pour déguster son prochain film… On a hâte !  

Le procès Goldman, « le procès, rien que le procès… »

Le procès Goldman, « le procès, rien que le procès… »

« Un film, ça doit être un angle, je ne vois pas l’intérêt de raconter toute l’histoire de quelqu’un ! » Cédric Kahn

LE PROCÈS GOLDMAN

Son 13e long métrage MAKING OF avec Denis Podalydès, Jonathan Cohen, Emmanuelle Bercot & Stefan Crepon est terminé et sortira en salles le 10 janvier prochain.
Mais c’est pour parler du PROCÈS GOLDMAN, sa précédente réalisation présentée en ouverture de la Quinzaine des cinéastes à Cannes et en avant-première au Festival du film francophone d’Angoulême que nous avons rencontré Cédric Kahn, fin août dans la cité angoumoisine.

L’histoire
En avril 1976, débute le deuxième procès de Pierre Goldman, militant d’extrême gauche, condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité pour quatre braquages à main armée, dont un ayant entraîné la mort de deux pharmaciennes. Il clame son innocence dans cette dernière affaire et devient en quelques semaines l’icône de la gauche intellectuelle. Georges Kiejman, jeune avocat, assure sa défense. Mais très vite, leurs rapports se tendent. Goldman, insaisissable et provocateur, risque la peine capitale et rend l’issue du procès incertaine.

Avec ce 12e film en tant que réalisateur, Cédric Kahn signe son premier film de procès. Un long métrage intense et captivant où la parole domine. Un (quasi) huis-clos oppressant dont on ressort sans avoir un avis véritablement tranché sur la question de l’innocence ou de la culpabilité de Pierre Goldman.
Et peu importe d’ailleurs, tant l’intérêt du film ne se situe pas là. En revanche, on vibre pendant près de deux heures devant les joutes oratoires des principaux protagonistes. On se passionne par l’intensité de ce qui se joue entre le prévenu et son avocat, la défense de ce dernier étant régulièrement mise à mal par les éclats de Goldman.  

A travers sa mise en scène au scalpel, Cédric Kahn saisit au plus près l’incroyable complexité de Goldman. Il soulève de pertinentes et vertigineuses questions, notamment sur la notion de vérité, de l’importance de la justice, du point de vue et de l’engagement.
Son dispositif immersif de tournage est intégralement mis au service de la parole et de ses remarquables interprètes, au cœur de cette salle de tribunal où chacun s’affronte et se défie avec puissance.

Précisons évidemment que la réussite du film ne serait pas la même sans ses deux principaux interprètes. Arieh Worthalter compose un Pierre Goldman complexe et fascinant face à un Arthur Harari qui incarne Georges Kiejman de manière magistrale….

INTERVIEW CÉDRIC KAHN

LE PROCÈS GOLDMAN

Un film de Cédric Kahn
Scénario de Nathalie Hertzberg et Cédric Kahn
Avec Arieh Worthalter, Arthur Harari, Stephan Guérrin-Tillié, Nicolas Briançon…
Policier – Drame judiciaire – 1H56 – France
Sortie en salles le 27 septembre 2023

Poisson rouge – J’ai la mémoire qui flanche…

Poisson rouge – J’ai la mémoire qui flanche…

POISSON ROUGE

Un film de Hugo Bachelet, Clément Vallos, Matthieu Yakovleff
Scénario de Hugo Bachelet, Clément Vallos
Avec Guillaume Darnault, Julie Gallibert, Andy Pimor, Fabien Strobel, Denis Lavant, Thomas VDB, Steve Tran, Clémence Bretécher…
Comédie – 1H40 – France
Sortie en salles le 27 septembre 2023

L’histoire
Guillaume, 33 ans, perd la mémoire de façon irréversible et va rentrer dans un centre spécialisé. Dans l’espoir de lui laisser un souvenir heureux, ses potes d’enfance lui organisent un dernier week-end festif. Ils se lancent dans un road trip qui permettra peut-être à Guillaume de régler ses problèmes avant qu’il ne les oublie…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour le bon esprit qui se dégage de ce premier long métrage écrit à 6 mains. Un film en forme de road movie autour d’une puissante amitié que rien ne peut ternir, pas même la maladie et une fin annoncée.
Les trois réalisateurs ont choisi le ton de la comédie pour nous conter cette histoire qui aurait facilement pu sombrer dans le pathos. Il n’en est rien et le spectateur n’est jamais plombé par les mésaventures de Guillaume et ses potes. A ce titre, POISSON ROUGE n’est pas sans évoquer par moments le cinéma du duo Kervern/Delépine. « Les copains d’abord » …   

2/ Pour la performance que constitue le travail d’improvisation du quatuor des comédiens principaux dont la complicité saute aux yeux, dès les premières secondes du film. Le plaisir du jeu de la joyeuse bande, leurs regards, leurs échanges transpirent le naturel. Et pour cause, Julie Gallibert, Guillaume Darnault, Andy Pimor et Fabien Strobel se connaissent très bien et se « pratiquent » depuis de nombreuses années, notamment au sein de la troupe d’improvisation « Les AutreS ».

Les quatre ami.e.s  ont su mettre leur talent au service d’un scénario écrit mais en grande partie non dialogué, même pour des comédiens plus chevronnés comme Denis Lavant ou Thomas VDB.
Ce parti pris gonflé d’improvisation procure le sentiment d’une belle liberté de ton et un agréable supplément d’âme et d’esprit au film.

3/ Pour la place que les cinéastes laissent au spectateur qui est amené à réfléchir à son attitude en pareille circonstance… Comment gérer les dernières heures de liberté d’un proche ? En lui organisant des moments légers, futiles pour « oublier » ou en le poussant à se recentrer sur l’essentiel et à se poser des questions qu’il avait mises de côté comme ici, par exemple, les relations de Guillaume avec sa mère et son père (et une très belle scène à la clé avec le trop rare Denis Lavant).