Rendez-vous à Tokyo – 26 juillet… un jour presque sans fin !

Rendez-vous à Tokyo – 26 juillet… un jour presque sans fin !

RENDEZ-VOUS À TOKYO

Un film de Daigo Matsui
Scénario de Daigo Matsui
Avec Sosuke Ikematsu, Sairi Itô, Yumi Kawai
Romance – Drame – 1h55 – Japon
Sortie en salles le 26 juillet 2023

L’histoire

Les 26 juillet se suivent et ne se ressemblent pas… C’est le jour où ils se sont rencontrés, celui où ils se sont aimés, où ils se sont séparés. Sept rendez-vous entre un danseur professionnel et une conductrice de taxi dans le Tokyo d’aujourd’hui.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Prix du public au Festival de Tokyo, ce film de Daigo Matsui est le premier du cinéaste japonais à sortir en France. Un long métrage bercé par une douce mélancolie et une sorte d’amertume dûes, sans doute, au choix du réalisateur de nous raconter à rebours, le parcours et l’histoire d’amour de Teruo & Yo.
Une relation à l’issue dévoilée dès le départ mais dont on découvre tout au long du récit l’importance qu’elle aura à tout jamais dans les vies de ses deux protagonistes.  

2/ L’ambiance générale de RENDEZ-VOUS À TOKYO, notamment dans ses errances nocturnes, évoque très fortement le cinéma du réalisateur américain Jim Jarmusch. Une référence totalement assumée par Daigo Matsui qui affiche même le visuel de NIGHT ON EARTH au mur de l’appartement de Teruo (Sosuke Ikematsu). Un film, d’ailleurs visionné un soir par ses deux protagonistes qui dissertent sur le personnage de Winona Ryder, chauffeur de taxi dans le film de Jarmusch et que Yo s’amuse ensuite à imiter avec humour dans son propre véhicule.
Mais ce qui marque principalement, c’est le choix de Daigo Matsui de composer son récit à rebours. Cette construction originale oblige le spectateur à une gymnastique mentale pas désagréable pour resituer parfois l’action du film dans le temps. Conséquence de ce principe de narration, il est certain qu’un second visionnage du film en offre une approche différente… Malin !

3/ Malgré quelques longueurs, RENDEZ-VOUS À TOKYO mérite le détour pour sa construction singulière mais aussi pour le plaisir de retrouver Sosuke Ikematsu (découvert dans L’INFIRMIÈRE de Kôji Fukada et Sairi Itô (déjà vue, notamment dans ASAKO I & II de Ryūsuke Hamaguchi). Cette dernière crève littéralement l’écran et marque durablement, ne serait-ce que par sa voix « étrange » comme la qualifie, lui-même, son personnage de Yo.  

Sur la branche… Comédie bien perchée !

Sur la branche… Comédie bien perchée !

SUR LA BRANCHE

Un film de Marie Garel-Weiss
Scénario de Marie Garel-Weiss & Ferdinand Berville
Avec Daphné Patakia, Benoît Poelvoorde, Agnès Jaoui, Raphaël Quenard, Jeanne Rosa, Julie Moulier, François Rollin, Florence Muller…
Comédie – 1h31 – France
Sortie en salles le 26 juillet 2023

L’histoire
Mimi a presque trente ans et rêve toujours à ce qu’elle pourrait faire quand elle sera grande. Alors qu’elle se décide à chercher du travail, elle fait la connaissance de Paul, un avocat sur la touche. Ensemble ils vont tenter de défendre Christophe, un petit arnaqueur qui clame son innocence. Si Paul voit dans cette affaire un moyen de se refaire, Mimi y voit, elle, une mission, un chemin vers la justice et la vérité.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ 5 ans après l’émouvant LA FÊTE EST FINIE et un détour en 2021 par la télévision pour Arte avec le bouleversant QU’EST-CE QU’ON VA FAIRE DE JACQUES, Marie Garel-Weiss est de retour dans les salles avec SUR LA BRANCHE.

Avec ce second long-métrage pour le cinéma, la réalisatrice continue de scruter les mêmes obsessions. Si on ressent son attachement profond pour les âmes tourmentées en quête d’équilibre, la cinéaste emprunte, cette fois-ci et avec une belle réussite, les voies de la comédie dramatique et de la fantaisie. La réalisatrice suit ici dans son quotidien Mimi, une jeune femme dont le comportement amuse, intrigue et déstabilise fortement celles et ceux qui la côtoient.

Marie Garel-Weiss observe avec une infinie tendresse les déflagrations intimes que provoque involontairement Mimi, sur ses interlocuteurs.
Des réactions souvent déstabilisantes s’avèrent, en revanche, très stimulantes pour le spectateur qui ne peut guère, de ce fait, anticiper les directions prises par le récit.  

2/ La belle réussite de SUR LA BRANCHE tient évidemment dans la mise en scène alerte de Marie Garel-Weiss et dans le ton adopté, celui d’une comédie décalée empreinte d’une forme de mélancolie.
Mais derrière le rire ou le sourire, se cache une vraie et belle réflexion sur la difficulté à s’intégrer quand on ne possède pas tous les codes de notre société (ou qu’on ne souhaite pas s’y conformer), mais aussi sur les capacités d’adaptation dès lors que l’on fait un pas vers les autres, sans se soucier du « qu’en dira-t-on ? »

3/ Il se dégage de SUR LA BRANCHE un charme très particulier que l’on doit en grande partie à son excellent casting. Quelle belle idée d’avoir associé à la singularité de jeu de Daphné Patakia (BENEDETTA, la série OVNI(s)…) la fougue et la folie de Benoît Poelvoorde, le talent et la bienveillance naturelle d’Agnès Jaoui et la présence incandescente du désormais incontournable Raphaël Quenard (CHIENS DE LA CASSE, JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES, bientôt dans YANNICK de Quentin Dupieux).

La grande force de la réalisatrice est sans aucun doute d’avoir réussi à trouver l’équilibre dans des formes de jeu très différentes pour nous offrir une proposition de cinéma originale et foncièrement attachante. Qui se ressemble s’assemble… Sur la branche !

Double je avec Les ombres persanes

Double je avec Les ombres persanes

LES OMBRES PERSANES

Un film de Mani Haghighi
Scénario de Mani Haghighi et Amir Reza Koohestani
Avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Esmail Poor-Reza…
Drame – Thriller – 1h47 – Iran
Sortie en salles le 19 juillet 2023

L’histoire
À Téhéran, un homme et une femme découvrent par hasard qu’un autre couple leur ressemble trait pour trait. Passé le trouble et l’incompréhension va naître une histoire d’amour… et de manipulation.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ LES OMBRES PERSANES est le sixième long métrage de Mani Haghighi mais le troisième seulement à sortir dans nos salles après VALLEY OF STARS (2016) et PIG (2018). Un film dont le processus d’écriture a été particulièrement long (près de 9 ans) et qui donne furieusement envie de découvrir la globalité du travail de ce réalisateur de 54 ans, tant son talent de conteur et de réalisateur est flagrant.

A la manière de films comme LA LOI DE TÉHÉRAN ou LEILA ET SES FRÈRES, de Saeed Roustaee, LES OMBRES PERSANES s’aventure sur le terrain du cinéma de genre (en l’occurrence ici, le film possède une vraie dimension fantastique) tout gardant un fort ancrage réaliste et social.
Grâce à un formidable travail sur photographie de Morteza Nafaji, une BO remarquable de Ramin Kousha et un beau sens de l’ellipse et du hors-champ, il se dégage de ces OMBRES PERSANES, une remarquable et oppressante atmosphère.

2/ La question du double est au centre de ce passionnant thriller psychologique qui interroge également le regard et la perception du spectateur sur le drame qui se déroule devant ses yeux.
Impossible à ce titre de ne pas saluer comme il se doit le remarquable travail des deux comédiens principaux Taraneh Alidoosti et Navid Mohammadzadeh (déjà partenaires dans l’excellent LEILA ET SES FRÈRES) qui ne sont jamais dans la démonstration que pouvait laisser craindre la singulière histoire dans laquelle leurs personnages sont embarqués.
Si la mise en scène au cordeau de Mani Haghighi est pour beaucoup dans la réussite du film, la partition infiniment subtile que jouent ses deux interprètes majeurs, à travers chacun 2 personnages, vient transcender le travail du réalisateur.
Ajoutons à cela, le personnage de Bardia, magnifiquement incarné par un tout jeune acteur Farham Azizi, dont le regard aiguisé vient souvent aiguiller celui du spectateur.
Parfois les mots sont inutiles, d’autant que la mise en scène vient en permanence questionner le spectateur sur ce qu’il voit ou devine. Qui est qui ? semble nous demander le cinéaste. Cette ambiguïté scénaristique permanente participe aussi grandement au plaisir pris à la découverte du film et sur l’envie de le partager.

3 / LES OMBRES PERSANES est un film troublant et fascinant qui provoque une sorte de vertige. On est comme envouté par la mésaventure singulière qui bouleverse le quotidien de ses principaux protagonistes. Une histoire dont le dénouement restera longtemps ancré dans nos mémoires.
Une excellente surprise, à découvrir sans faute.   

Un beau jour, ou peut-être Une nuit…

Un beau jour, ou peut-être Une nuit…

« On se ressemble peut-être un peu plus la nuit… » Alex Lutz

UNE NUIT

Paris, métro bondé, un soir comme les autres. Une femme bouscule un homme, ils se disputent. Très vite le courant électrique se transforme… en désir brûlant. Les deux inconnus sortent de la rame et font l’amour dans la cabine d’un photomaton. La nuit, désormais, leur appartient. Dans ce Paris aux rues désertées, aux heures étirées, faudra-t-il se dire au revoir ?

Avec UNE NUIT, son 3em long métrage cinéma après LE TALENT DE MES AMIS & GUY, Alex Lutz nous régale d’un presque huis-clos.

« La romance nocturne, il y en a eu plein au cinéma, j’y amène ma vision… » Alex Lutz

L’acteur-scénariste-réalisateur nous régale d’une déambulation nocturne dans Paris aux côtés de l’excellente Karin Viard (actrice mais aussi coscénariste de ce film) dont on ressent fortement la tendre complicité qui les unit à l’écran et dans la vie. Leurs échanges, presque sans fin mais inspirés, sur la vie, l’amour et l’instant présent justifient pleinement un dispositif de mise en scène qui aurait pu n’être qu’un simple exercice de style, ce qu’il n’est pas. Pas seulement en tous cas.

« J’aime bien la débrouillardise artistique, pas pour le côté « Bout de ficelle » mais pour ce que c’est inspirant ! » Alex Lutz

UNE NUIT est sans aucun doute le film le plus intimiste de son auteur, une œuvre généreuse qui tisse un lien presque charnel entre ses spectateurs et son duo d’amants. Alors, si ce n’est déjà fait, nous vous invitons à partager cette nuit singulière avec Alex & Karin, enfin Aymeric & Nathalie.

UNE NUIT
Un film d’Alex Lutz
Scénario de Alex Lutz, Karin Viard & Hadrien Bichet
Avec Alex Lutz, Karin Viard, Jérôme Pouly…
Romance – Drame – 1h30 – France
Sortie en salles le 5 juillet 2023

Retrouvez ci-dessous Alex Lutz rencontré début juin à Vierzon à l’occasion d’une avant-première d’UNE NUIT au Festival du film de demain…

INTERVIEW ALEX LUTZ

Cléo, Melvil et moi… Le journal intime d’Arnaud Viard

Cléo, Melvil et moi… Le journal intime d’Arnaud Viard

CLÉO, MELVIL ET MOI

Un film d’Arnaud Viard
Scénario d’Arnaud Viard
Avec Arnaud Viard,
Comédie dramatique – 1H13 – France
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
Dans le Paris désert du premier confinement, Arnaud, 55 ans, séparé d’Isabelle et père de deux enfants, va profiter de ces 55 jours pour prendre soin d’eux et faire le point sur sa vie ; ce qui le conduit aux souvenirs mais aussi à l’avenir… L’avenir, c’est peut-être Marianne, la pharmacienne du quartier… Ses yeux sont verts, et derrière la vitre en plexiglas, une attirance va naître.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/  « Qu’est ce que sera demain ? » chante Yves Simon en ouverture de ce 4è long-métrage réalisé  par Arnaud Viard.  Une question à laquelle le cinéaste répond mais de manière très personnelle avec un film introspectif et poétique. Une introspection favorisée par cette situation unique qui a offert à toutes et tous une sorte de temps de vie volé, comme en suspens.

Si beaucoup ont vécu douloureusement cette période très particulière, le réalisateur de CLARA ET MOI semble, lui, s’en être plutôt très bien accommodé.
Pour preuve, son film ne raconte pas le drame de la pandémie mais juste le quotidien presque ordinaire d’un homme qui, comme tous ses compatriotes doit faire face à une situation « Extra Ordinaire ». Arnaud doit vivre enfermé dans un petit appartement avec ses deux enfants, en attendant que ça se passe…
Curieusement, privé de ses conditions normales d’existence, il ne se sera jamais autant senti vivre.

Par l’intermédiaire de son double de ciné, Arnaud Viard se joue du temps qui passe à travers une auto fiction, légèrement romancée et fantasmée, au cours de laquelle il évoque son rôle de père, d’amant, mais aussi les souvenirs de sa propre enfance, son amour de Paris et son ressenti sur ce moment hors du temps  «En fait j’adore cette période de confinement… C’est agréable Paris, Y’a pas de bruit, y’a personne… »

2/ S’il n’est pas exempt de défauts dont une tendance à l’égocentrisme, le film possède néanmoins beaucoup de charme, grâce notamment à toutes les scènes de complicité (prises sur le vif, sans véritable scénario) entre Arnaud et ses deux enfants (la fille et le fils du réalisateur)

3/ À la manière du TOUT LE MONDE DIT I LOVE YOU de Woody Allen, Arnaud Viard ose même la comédie musicale dans une magnifique scène de danse sur le Boulevard Saint Germain aux bras de Marianne Denicourt sur une chanson de Vincent Delerm « Je n’avais pas vu les choses comme ça ».

Avec CLÉO, MELVIL ET MOI, la frontière entre fiction et réalité est ténue et participe au plaisir que procure ce « petit » film familial, tendre et mélancolique qui oblige aussi le spectateur à se remémorer cet inattendu premier confinement…