Débâcle, 1er film intense et sans concession !

Débâcle, 1er film intense et sans concession !

DÉBÂCLE (When it Melts)

Un film de Veerle Baetens
Scénario Veerle Baetens & Marteen Loix d’après le roman Débâcle de Lize Spit
Avec Charlotte De Bruyne, Rosa Marchant, Sebastien Dewaele, Naomi Velissariou, Amber Metdepenningen, Anthony Vyt, Matthijs Meertens, Charlotte Van De Eecken

Drame – 1h51 – Belgique / Pays-Bas
Sortie en salles le 28 février 2024

L’histoire
De nombreuses années après cet été où tout a basculé, Eva retourne pour la première fois dans son village natal avec un énorme bloc de glace dans son coffre, bien déterminée à affronter son passé.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Adapté du best-seller éponyme de Lize Spit, DÉBÂCLE est le premier long métrage réalisé par Veerle Baetens. L’actrice belge, révélation d’ALABAMA MONROE, dit avoir fait ce film « pour tous ceux qui enfouissent leurs souffrances au plus profond d’eux mêmes, à un endroit où personne ne pourra les deviner et d’où elles les dévorent peu à peu. ».

DÉBÂCLE est un film d’une puissance rare dont il vaut mieux ne pas connaitre tous les tenants et aboutissants pour en ressentir encore plus fortement l’impact, dont acte !
Veerle Baetens y dresse, sans jamais céder à la facilité, le portrait d’Eva sur deux époques, de l’enfance à l’âge adulte.

La réalisatrice joue avec intelligence de la double temporalité de son récit afin que le spectateur s’attache au personnage d’Eva enfant pour mieux comprendre l’adulte qu’elle est devenue, une jeune femme meurtrie et profondément solitaire.

Si on est impressionné par la manière dont la cinéaste filme le monde souvent cruel de l’enfance et la perte de l’innocence (on songe par instants au sublime STAND BY ME de Rob Reiner) on l’est tout autant par l’acuité du regard qu’elle porte sur les adultes. Des parents démissionnaires et d’autres qui se voilent la face et ne veulent pas voir le mal chez leurs enfants et les dégâts qu’ils provoquent.

2 / En dehors du courage de sa réalisatrice à s’emparer de questions délicates, il convient de saluer sa remarquable direction d’acteurs, à commencer par l’interprète d’Eva enfant, Rosa Marchant.
Un performance subtile qui a valu à la jeune actrice un très mérité prix d’interprétation au Festival du film de Sundance 2023. Il ne faudrait néanmoins pas oublier de citer la remarquable interprète d’Eva adulte, Charlotte de Bruyne qui force elle aussi l’admiration avec une composition tout sauf évidente.

3 / Soulignons pour terminer l’intelligence de la mise en scène de Veerle Baetens qui nous met en état d’alerte permanente, sans que l’on n’ait jamais un coup d’avance sur les personnages.
En gardant toujours la bonne distance, la réalisatrice parvient à instaurer un véritable suspens autour d’un propos qui ne se pas prêtait avec évidence à ce traitement et ce ton.

DÉBÂCLE est un film intrigant, parfois malaisant, mais jamais complaisant. Nul doute que ce premier essai de Veerle Baetens ne sera pas le dernier. On attend la suite de cette nouvelle carrière derrière la caméra avec impatience.

Double foyer, haut les c(h)oeurs !

Double foyer, haut les c(h)oeurs !

DOUBLE FOYER

Un film de Claire Vassé
Scénario Claire Vassé avec la collaboration de Louis-Stéphane Ulysse
Avec Émilie Dequenne, Max Boublil, Arthur Roose, Pierre Rochefort, Michel Jonasz, Françoise Lebrun…
Comédie dramatique – 1h26 – France
Sortie en salles le 21 février 2024

L’histoire
Lili et Simon s’aiment, mais n’habitent pas ensemble. Abel, l’enfant de cet amour, vit entre deux maisons. Un jour, les accidents de l’existence remettent en question leur mode de vie… Peut-on s’aimer sans vivre ensemble ? Question simple, réponse compliquée.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec DOUBLE FOYER, son tout premier film, Claire Vassé a choisi un sujet assez peu abordé au cinéma, celui du regard posé sur un couple de parents qui s’aime mais fait le choix de vivre séparément pour tenter de préserver son désir et sa curiosité.

Ancienne critique de cinéma et autrice de six romans, Claire Vassé pose un regard plein de tendresse sur Lili et Simon que leurs proches regardent avec de la bienveillance pour certains mais aussi une de l’incompréhension, voire une certaine forme de jalousie pour d’autres.

Malgré tout, la réalisatrice nous dit que malgré les injonctions permanentes de notre société contemporaine, il n’est pas interdit d’oser un pas de côté et de tenter d’inventer sa propre vie en insufflant un peu d’air et de fantaisie à son quotidien.

2 / Malgré ses maladresses, DOUBLE FOYER est un film plein de promesses. Claire Vassé laisse son premier long respirer, au risque de déstabiliser le spectateur avec notamment quelques scènes qui semblent rester en suspens, sans véritable conclusion.  

La cinéaste fait aussi le pari gonflé d’intégrer au cœur de son récit des chansons (composées par Guillaume Aldebert) interprétées par ses comédien.ne.s.
Cette proposition originale participe pleinement au charme fragile que distille son DOUBLE FOYER, même si les intentions paraissent parfois un peu surlignées.  

Saluons donc Claire Vassé qui, à l’image de ses principaux personnages, a su se montrer audacieuse en tentant un pas de côté dans sa mise en scène et qui privilégie la poésie et le lyrisme du quotidien à une approche purement sociologique que laissait imaginer le propos du film.

3 / Pour terminer, difficile de ne pas évoquer le casting du film.
Si le personnage de Julien (incarné par le trop rare Pierre Rochefort) dont on tarde à comprendre le parcours, aurait mérité d’être plus développé, remercions la réalisatrice-scénariste d’avoir réservé une jolie partition à l’excellent Michel Jonasz dont l’humanité transpire à l’écran.   

Mais saluons surtout la belle idée de casting que constitue le couple formé par Émilie Dequenne et Max Boublil.
Depuis ses débuts dans ROSETTA, l’actrice belge n’en finit plus de nous séduire et de nous surprendre au fil de rôles très différents les uns des autres, de MAMAN A TORT à CLOSE en passant par LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT ou CHEZ NOUS.
Son partenaire Max Boublil n’est pas en reste et ajoute ce beau personnage de Simon (enfin un véritable rôle adulte) à une galerie finalement déjà assez riche si l’on repense à ses compositions dans LES GAMINS, LE NOUVEAU ou COMME DES GARCONS.

Green border, un film en état d’urgence…

Green border, un film en état d’urgence…

GREEN BORDER

Un film de Agnieszka Holland
Scénario Agnieszka Holland & Maciej Pisuk
Avec Jalal Altawil, Maja Ostaszewska, Behi Djanati Ataï…
Drame – 2h32 – Pologne, France, République tchèque, Belgique
Sortie en salles le 7 février 2024

L’histoire
Ayant fui la guerre, une famille syrienne entreprend un éprouvant périple pour rejoindre la Suède. A la frontière entre le Belarus et la Pologne, synonyme d’entrée dans l’Europe, ils se retrouvent embourbés avec des dizaines d’autres familles, dans une zone marécageuse, à la merci de militaires aux méthodes violentes. Ils réalisent peu à peu qu’ils sont les otages malgré eux d’une situation qui les dépasse, où chacun – garde-frontières, activistes humanitaires, population locale – tente de jouer sa partition…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Dans GREEN BORDER, Agnieszka Holland décrit froidement l’horreur vécue par des migrants face à des hordes de militaires aux ordres d’un régime cynique et corrompu. La réalisatrice d’EUROPA EUROPA interroge ainsi judicieusement le poids de la responsabilité collective.

2 / Si la révolte suinte de chaque image de ce film choc en forme de témoignage sur la réalité terrifiante d’une catastrophe humanitaire, la cinéaste polonaise fait également le choix de montrer l’envers de ce décor nauséeux.

Agnieszka Holland pose avec force les questions cruciales de l’accueil et de la solidarité face aux crises migratoires, à travers le combat d’une partie de la population qui œuvre dans l’ombre, avec courage et abnégation pour aider et sauver des hommes, des femmes et des enfants abandonnés par des autorités cruelles et sans états d’âme.

3 / Après 2h32, on sort totalement sonnés de cette œuvre intense dont la force tient aussi dans le remarquable travail de son directeur photo, Tomasz Naumiuk qui a fait le choix avec la réalisatrice d’un noir et blanc profond et très contrasté qui donne encore plus de relief à ce tragique récit. Certaines de leurs images resteront gravées longtemps dans nos mémoires…

Avec GREEN BORDER qui lui a valu un très mérité Prix spécial du jury lors de la dernière Mostra de Venise, Agnieszka Holland signe un véritable manifeste politique. Un film qui ne transige pas avec une réalité sordide et qui appelle à lutter face aux idéologies d’extrême-droite qui progressent aujourd’hui quasiment partout en Europe.
Impossible de rester de marbre devant la puissance du propos de cette fiction très documentée, à voir sans plus tarder.

Daaaaaali ! Entre rêves et « Réalité », la comédie cosmique de Dupieux !

Daaaaaali ! Entre rêves et « Réalité », la comédie cosmique de Dupieux !

DAAAAAALI !

Un film de Quentin Dupieux
Scénario Quentin Dupieux
Avec Anaïs Demoustier, Jonathan Cohen, Edouard Baer, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Didier Flamand, Romain Duris, Agnès Hurstel, Marc Fraize, Johan Dionnet, Jérôme Niel…
Comédie – 1h17 – France
Sortie en salles le 7 février 2024

L’histoire
Une journaliste française rencontre Salvador Dali à plusieurs reprises pour un projet de documentaire.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Inutile d’être un.e aficionado de l’œuvre de Salvador Dali pour prendre du plaisir avec DAAAAAALI !
Si à travers son film, un sens du détail et une direction artistique forte, Quentin Dupieux rend un hommage réel mais non appuyé à l’univers surréaliste de Salvador Dali, c’est plus à sa personnalité publique, hors-normes, qu’à son œuvre que le film est dédié.  

2 / Comme à son habitude, et par peur d’ennuyer le spectateur, le cinéaste délivre un film rythmé et court (1h17) même s’il ose étirer certains gags et quelques scènes, comme ses géniales séquences de fin et d’ouverture. Avec cette séquence du couloir d’hôtel, Quentin Dupieux pose très clairement le ton et les intentions de son film. Inutile d’aller plus loin si vous n’adhérez pas à cette proposition, à ce délire, semble nous dire le cinéaste.

Certes, la totalité du film n’est pas de cet acabit mais la proposition est suffisamment singulière et traversée d’idées baroques, originales pour y prendre un plaisir souvent jubilatoire. Si vous avez été sensibles à l’humour de comédies surréalistes comme RÉALITÉ ou INCROYABLE MAIS VRAI, vous devriez y trouver votre compte.

3 / Si les six interprètes de Salvador Dali ne bénéficient pas tous de la même attention ou ampleur scénaristique, les partitions d’Édouard Baer & Jonathan Cohen suffisent à notre bonheur. Les deux acteurs s’en donnent à cœur joie et composent à eux seuls de multiples facettes du fantasque artiste catalan.

Dirigée pour la quatrième fois par Quentin Dupieux (après AU POSTE !, INCROYABLE MAIS VRAI et FUMER FAIT TOUSSER), Anaïs Demoustier, quant à elle, se fond une nouvelle fois et avec un plaisir non dissimulé dans l’univers si singulier du cinéaste.
Elle incarne dans DAAAAAALI ! une journaliste malmenée par les humeurs et la folie douce de Dali.  Leurs multiples confrontations sont autant de raisons de nous ravir, tant la comédie réussit à cette remarquable actrice, décidemment à l’aise dans tous les registres.   

 

Les lueurs d’Aden – Conviction(s) intime(s)

Les lueurs d’Aden – Conviction(s) intime(s)

LES LUEURS D'ADEN

Un film de Amr Gamal
Scénario Amr Gamal & Mazen Refaat
Avec Khaled Hamdan, Abeer Mohammed, Samah Alamrani
Drame – 1h31 – Yemen – Soudan – Arabie saoudite
Sortie en salles le 31 janvier 2024

L’histoire
Isra’a vit avec son mari Ahmed et ses trois enfants dans le vieux port de la ville d’Aden, au sud du Yémen. Leur vie quotidienne est rythmée par les effets de la guerre civile : contrôles militaires dans les rues, pannes de courant fréquentes, et rationnement de l’eau. Ahmed, qui travaillait pour la télévision, a dû quitter son poste à la suite de nombreux salaires impayés, pour devenir chauffeur. Ils ont à peine de quoi offrir à leurs enfants une vie normale et une bonne éducation.

Quand Isra’a apprend qu’elle est à nouveau enceinte, le couple doit faire face à une nouvelle crise. Ils savent tous les deux qu’ils ne peuvent pas se permettre un quatrième enfant, d’autant qu’ils doivent déménager dans un logement moins cher et qu’il faut payer les frais d’inscription d’école. Ensemble, ils décident d’avorter. Une amie médecin va peut-être les aider….

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec LES LUEURS D’ADEN, son second long métrage, inspiré de faits réels, le cinéaste yéménite Amr Gamal s’attaque de front au sujet tabou de l’avortement et nous livre une remarquable chronique sociale et politique.
Sur un rythme très posé, qui aurait pu confiner à l’ennui, le réalisateur parvient à capter toute notre attention et à nous captiver avec ce récit poignant autour de la question de l’interruption volontaire de grossesse quand elle se confronte aux instances et aux principes religieux. Saluons aussi sa volonté de traiter ce sujet de l’avortement, souvent évoqué du seul point de vue féminin, à travers celui d’une famille entière.

2 / Pour la dimension quasi documentaire avec laquelle le cinéaste filme la ville d’Aden dans un pays, le Yémen, qui sort tout juste de huit années d’une terrible guerre civile. Conséquence, la vie quotidienne y est encore très compliquée avec, entre autres, une inflation folle, le rationnement de l’eau, des abus de pouvoir, des services médicaux et hospitaliers soumis à l’arbitraire…
On sent dans le regard que pose le cinéaste sur Aden, sa volonté de témoigner pour les générations futures du quotidien d’un pays et de l’intense fragilité d’une ville en plein chaos.

3 / Pour le regard jamais manichéen et toujours à juste distance que le cinéaste pose sur ses personnages principaux, à commencer évidement par ce couple qui affronte un véritable parcours du combattant pour aboutir à ses fins.
Un autre personnage s’avère complexe et passionnant à suivre, c’est celui de Muna, leur amie médecin tiraillée entre sa conviction intime et son désir d’aider le couple dont elle désapprouve la démarche.  

LES LUEURS D’ADEN est le premier film de fiction yéménite à être distribué en France. Ne le laissez pas passer.