Une âme perdue… Sous emprise(s)

Une âme perdue… Sous emprise(s)

UNE ÂME PERDUE

UNE ÂME PERDUE (So evil, my love)
Un film réalisé par Lewis Allen
Scénario : Ronald Millar et Leonard Spigelgass d’après l’œuvre de Joseph Shearing

Drame – Policier – Romance – 1949 – 1h52- Etats-Unis – Grande Bretagne
Distribution : Ray Milland, Ann Todd, Geraldine Fitzgerald

Sorti en salles le 21 mars 1949
Disponible en combo Blu ray / DVD chez Rimini Editions
Langue : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0. Sous-titres Français
Image : 1.37:1

Le pitch
Londres, à la fin du XIXe siècle. Olivia Harwood rencontre le charmant Mark Bellis, qui ne tarde pas à louer une chambre dans la pension de famille que vient d’ouvrir la jeune femme. Très vite, ils deviennent amants. Mais Mark est un escroc et Olivia, à son corps défendant, va participer à un ambitieux vol mis au point par Mark. Une situation qui pourrait l’entraîner sur la voie du chantage et du meurtre…

L’avis Cin’Ecrans
UNE ÂME PERDUE
est un film curieux, à la croisée des genres, tout à la fois film noir, thriller psychologique autour de l’emprise et drame victorien, le tout sur fond de romance contrariée.
Lewis Allen prend son temps pour nous présenter ses personnages et tisser le lien avec les spectateurs. Il parvient tout au long du film à maintenir notre intérêt grâce à son sens du suspens, des rebondissements bien sentis et quelques touches d’humour noir bienvenues. Le réalisateur est accompagné par un beau duo de comédiens. Ann Todd est parfaite dans le rôle d’une femme désorientée qui se laisse embobiner par l’escroc beau parleur incarné à merveille par Ray Milland (sorte de James Stewart british).
L’acteur dont on a récemment redécouvert les qualités de réalisateur avec la sortie numérique de PANIQUE ANNÉE ZÉRO (lui aussi chez Rimini Editions) joue tout au long du film de son élégance et de son flegme tout britanniques.
Outre les qualités scénaristiques et d’interprétation du film, il convient aussi de saluer le très beau travail sur la lumière du chef opérateur Mutz Greenbaum (LES FORBANS DE LA NUIT) et celui du compositeur William Alwyn qui nous livre une bande originale obsédante à souhait.

Bonus
Un seul et unique bonus vient compléter ce combo blu-ray / DVD. Il s’agit d’un entretien avec Florent Fourcart.
Historien de formation, spécialisé dans l’étude de la représentation de l’Histoire au Cinéma, Florent Fourcart nous livre en 23 minutes, une vision érudite et très éclairante sur la place du film dans son époque.

Little Palestine « Ressens la douleur et pleure avec les autres autant que tu peux »…

Little Palestine « Ressens la douleur et pleure avec les autres autant que tu peux »…

LITTLE PALESTINE, JOURNAL D'UN SIÈGE

LITTLE PALESTINE (Little Palestine – Diary of a Siege)
Un film écrit et réalisé par Abdallah Al-Khatib

Documentaire – 2021 – 1h29 – Liban, France, Qatar
Sorti en salles le 12 janvier 2022

Disponible en VOD & DVD chez Blaq Out
Langue: Dolby audio – DD Arabe 2.0. Sous titres français. Image: 16/9

Le pitch
Entre 2013 et 2015, suite à la révolution syrienne, le régime de Bachar Al-Assad assiège le quartier de Yarmouk (banlieue de Damas en Syrie), plus grand camp de réfugiés palestiniens au monde. Yarmouk se retrouve alors isolé. Abdallah Al-Khatib le réalisateur témoigne des privations quotidiennes, tout en rendant hommage au courage des enfants et des habitants du quartier.

L’avis Cin’Ecrans
« En état de siège, marcher est un acte de survie »
Si quelques reportages et documentaires ont pu alerter, à l’époque, sur la terrible situation vécue par les réfugiés de Yarmouk, LITTLE PALESTINE, JOURNAL D’UN SIÈGE, possède une force unique. Cette puissance est due, en grande partie, au fait que tout est filmé, raconté « de l’intérieur ».
Abdallah Al-Khatib et ses amis ont décidé de documenter cette guerre de l’usure portée à des habitants souvent désorientés mais combattifs. Des hommes et des femmes qui ne veulent pas perdre leur dignité, malgré le sentiment d’humiliation permanente qu’ils subissent. L’apprenti réalisateur prend pour la première fois de sa vie une caméra, début 2011, pour décrire la vie au jour le jour de Yarmouk. Un quotidien qui se détériore, au début, de manière quasi imperceptible, avant de sombrer dans une sorte de chaos et de famine généralisée, orchestrée par le régime de Bachar al-Assad.

Le film souvent très oppressant se révèle poignant quand il donne la parole aux enfants comme Tasmin qui cueille des mauvaises herbes pour nourrir sa famille et qui n’a jamais eu de rêve, autre que de nourriture, mais qui déclare néanmoins « J’adore la vie, mais pas ici ».

On est bouleversé aussi par la propre mère du cinéaste qui s’est improvisée infirmière durant le siège pour venir en aide aux plus démunis et notamment aux personnes âgées.  

On retiendra également quelques images très fortes comme celle de cet homme qui reconstruit pierre par pierre un appartement au milieu d’un champ de ruines ou celles de ce chœur d’hommes réunis autour d’un piano et d’une chanson pour un moment plein d’émotions et de douleur.

Le réalisateur donne une force encore plus grande à son récit par son choix de laisser la place aux images, aux sons et aux visages quand les mots semblent vains.

Lorsque le film, dédié aux 181 victimes de Yarmouk mortes de la faim, se termine, c’est un immense sentiment d’injustice et d’impuissance qui nous prend à la gorge.
Même si la situation et le contexte ne sont évidemment pas les mêmes, impossible de ne pas faire le lien avec la guerre qui se déroule aujourd’hui en Ukraine. Des images et des témoignages comme celui de Abdallah Al-Khatib sont plus qu’indispensables pour ne jamais oublier et tenter d’éviter que de tels drames ne se reproduisent à l’infini…

Bonus DVD
« Siège – quatre histoires de Yarmouk » est un programme de 4 courts métrages réalisés à l’occasion d’un atelier collaboratif organisé par Bidayyat pendant le siège.  Des films de qualité inégales mais qui ont le puissant mérite d’exister et de témoigner aux aussi, à leur façon de cette tragique situation de Yarmouk.

Les meilleures – Amours naissant(e)s

Les meilleures – Amours naissant(e)s

LES MEILLEURES

Un film écrit et réalisé par Marion Desseigne-Ravel
Drame / Romance – 2021 – 1h17- France
Distribution : Lina El Arabi, Esther Bernet-Rollande, Mahia Zrouki…

Sorti en salles le 9 mars 2022
Disponible en VOD Blu Ray & DVD chez Le Pacte
Son : Français Dolby 5.1. Image : 16 :9 – 2.10 :1

Le pitch
Sur un mur de mon quartier, on a tagué : Le premier qui tombe amoureux a perdu.
C’est vrai. Parce qu’après, tout le monde parle sur toi et t’es à la merci.
J’ai perdu. Je suis amoureuse d’une fille, je ne sais pas quoi faire…

L’avis Cin’Ecrans
LES MEILLEURES, premier long-métrage de Marion Desseigne-Ravel raconte l’histoire d’amour compliquée entre deux jeunes filles de banlieue.

Le film, porté par la fougue de son beau duo d’actrices Lina El Arabi (NOCES, de Stephan Streker) et Esther Bernet Rollande, interroge sur le désarroi amoureux, le regard des autres et ses conséquences ainsi que sur l’omniprésence et la toute-puissance des réseaux sociaux.
La mise en scène de Marion Desseigne-Ravel (et notamment celle autour de la communication sur les réseaux) est en parfaite adéquation avec la belle énergie des bandes de filles qui sont au cœur du propos. Nul doute que LES MEILLEURES saura trouver, au fil du temps (espérons-le déjà avec cette sortie numérique), un public qui lui a malheureusement fait un peu défaut lors de sa sortie en salles, il y a quelques mois.

Bonus
Entretien avec Marion Desseigne-Ravel pour la Fondation Gan
2 courts métrages de Marion Desseigne Ravel :  LES ORMES (2017 – 16 mn) et FATIYA (2019 – 19 mn)

3 bonus figurent en supplément du film : Un rapide entretien avec la réalisatrice qui se confie sur la genèse de ce film dont FATIYA (son excellent court métrage de 2019, proposé ici en bonus) faisait figure de galop d’essai pour ce premier long. On retrouve également dans ce module d’interview, deux (trop) courtes interventions de Lina El Arabi & Esther Bernet-Rollande, les principales protagonistes du film, à propos de leurs rôles respectifs.

Outre le très réussi FATIYA (avec la formidable Lyna Khoudri et Mahia Zrouki, très remarquée LES MEILLEURES), Le Pacte, éditeur de ces BR/DVD LES MEILLEURES a la judicieuse idée de nous proposer LES ORMES, autre court-métrage de la réalisatrice réalisé deux ans plus tôt dans une veine poético réaliste. Le portrait d’un homme (bouleversant Miglen Mirtchev) venu d’un pays de l’est qui tente de survivre comme il peut à Paris. Sa rencontre fortuite dans le métro avec homme de sa ville natale va faire ressurgir des sentiments profondément enfouis.  
A noter que ces deux courts-métrages bénéficient en plus de leurs qualités scénaristiques, de réalisation et d’interprétation de deux bandes originales particulièrement belles, signées de la prolifique Julie Roué (moitié du groupe Carte Contact et compositrice, entre autres, des BOF de FRAGILE, UNE FEMME DU MONDE ou des séries HP et PARLEMENT).

Le + Cin’Ecrans
C’est en octobre 2021, dans le cadre du Festival International du film de Saint-Jean-de-Luz, que nous avons évoqué avec Marion Desseigne-Ravel, la genèse de ce film dans l’air du temps qui malgré sa belle ambition n’a pas été simple à concrétiser…
Un film dont la réalisatrice déclare qu’il est celui qu’elle aurait aimé voir à l’âge de 14 ans.

INTERVIEW MARION DESSEIGNE – RAVEL

Pourquoi ce film choc va changer votre regard…

Pourquoi ce film choc va changer votre regard…

SAIS-TU POURQUOI JE SAUTE ?

Titre original : The Reason I Jump
Un film réalisé par Jerry Rothwell

Documentaire – 2020 – 1h22- Etats-Unis/Grande-Bretagne
Sorti en salles le 6 avril 2022

Disponible en Blu ray et DVD chez L’Atelier d’Images
Langue : Anglais – Sous-titres : Français.  Image : 2.35 – Son : 5.1

Le pitch
Quand il écrit à l’âge de 13 ans ” Sais-tu pourquoi je saute ? “, Naoki Higashida, un adolescent atteint d’autisme non-verbal ne sait pas qu’il va provoquer une véritable révolution pour la compréhension de cette maladie et devenir le porte-parole de tous ceux qui, comme lui, sont incompris. Pour la première fois, le monde découvre que l’esprit enfermé dans un corps d’autiste est en fait aussi curieux, subtil et complexe que celui de n’importe qui.

L’avis Cin’Ecrans
Si la forme de ce passionnant documentaire déstabilise quelques courts instants, on se laisse rapidement emporter par la puissance des mots de Naoki Higashida, qui servent de fil conducteur aux récits de vies de cinq jeunes autistes vivant aux quatre coins du globe. Des jeunes gens qui s’expriment tous à leur manière et souvent de façon poétique ou artistique, comme Amrit, jeune indienne devenue peintre et qui expose ses remarquables toiles dans son pays.

En confrontant le texte du jeune Naoki Higashida, lu en voix off, aux comportements très différents et parfois déstabilisant de ces cinq protagonistes, le documentariste permet au spectateur de pénétrer l’univers mental des autistes et de mieux appréhender des réalités qu’il ne fait, bien souvent, que soupçonner.
Saluons l’impressionnant travail réalisé à la fois sur le montage, l’image et la bande sonore du film qui lui donne une intense force d’immersion.   

Bonus DVD
Le très rapide entretien de 2 minutes avec Jerry Rothwell consiste en une simple mais utile note d’intention du réalisateur par rapport au livre de Naoki Higashida.

Le second supplément est plus conséquent puisqu’il s’agit de la captation intégrale (58 minutes), au Festival Atmosphères, d’une rencontre entre le public, le distributeur du film, Daoud Tatou et une modératrice parfois très insistante (notamment sur la question de la toute puissance des lobby pharmaceutiques) au point de détourner notre attention sur l’intérêt de la parole des deux invités.
Ancien éducateur et fondateur du Relais Île de France avec Stéphane Benhamou, Daoud Tatou est aussi connu pour avoir inspiré le scénario du film HORS NORMES d’Olivier Nakache et Eric Toledano, consacré à l’accueil des autistes en France.
Lors de cet échange, Daoud Tatou revient notamment sur certaines idées reçues à propos de l’autisme et évoque bien sûr son travail aux côtés des enfants avec quelques anecdotes bienvenues.
Ce bonus s’avère passionnant et très complémentaire du film, même s’il est pauvrement filmé (un plan fixe de 58 minutes sur fond rouge, un peu fatigant pour les yeux !)

A propos
Le film a été récompensé dans 6 festivals dont celui de Sundance. Quant au livre de Naoki Higashida à l’origine du film, il a été traduit dans plus de 30 langues.

Swann Arlaud du côté de chez Duras….

Swann Arlaud du côté de chez Duras….

VOUS NE DÉSIREZ QUE MOI

Un film écrit et réalisé par Claire Simon, d’après « Je voudrais parler de Duras » de Yann Andréa

Drame – Romance 2021 – 1h31- France
Distribution : Swann Arlaud, Emmanuelle Devos, Christophe Paou, Philippe Minyana

Sortie en salles le 9 février 2021
Disponible en VOD & DVD chez Blaq Out
Audio : Français Dolby 2.0 – 5.1 – Audio description
Image : 16/9 – Sous titrage français pour sourds et malentendants.

Le pitch
Compagnon de Marguerite Duras depuis deux ans, Yann Andréa éprouve le besoin de parler : sa relation passionnelle avec l’écrivaine ne lui laisse plus aucune liberté, il doit mettre les mots sur ce qui l’enchante et le torture. Il demande à une amie journaliste de l’interviewer pour y voir plus clair. Il va décrire, avec lucidité et sincérité, la complexité de son histoire, leur amour et les injonctions auxquelles il est soumis, celles que les femmes endurent depuis des millénaires…

L’avis Cin’Ecrans
Adapté du livre « Je voudrais parler de Duras », de Yann Andréa, VOUS NE DÉSIREZ QUE MOI est une œuvre très atypique. Certains diront que ce nouveau film de Claire Simon est bavard, ce n’est pas totalement faux, tant la parole et son écoute sont au cœur du dispositif mis en place par la réalisatrice. Le film étonne par son parti pris de réalisation sous forme de huis clos en temps réel et en longs plans-séquences. Le fantôme de Marguerite Duras irrigue en permanence le film avec d’étonnantes images d’archives, mais aussi à travers une présence que l’on devine à l’étage inférieur de cette pièce unique où se déroule le récit.

C’est Swann Arlaud qui incarne Yann Andréa face à la toujours excellente Emmanuelle Devos, remarquable ici dans l’écoute. Et la composition du comédien fascine, tant il donne le sentiment qu’il invente les mots, le texte, au moment même où il les prononce…

Bonus 
Quatre suppléments conséquents apportent un éclairage particulier sur le film de Claire Simon avec pour commencer un quart d’heure d’entretiens avec la réalisatrice et avec Swann Arlaud autour de la genèse et de la réalisation de cet ambitieux projet. On y apprend notamment que Swann Arlaud a été très agréablement surpris par les partis pris de mise en scène de Claire Simon dont il avait du mal à imaginer la teneur avant le tournage.   

L’échange entre Claire Simon et Judith Fraggi, auteur des très beaux dessins (à revoir dans un bonus indépendant «Les dessins de Judith Fraggi») qui illustrent la passion amoureuse et sexuelle entre Marguerite Duras et Yann Andréa aurait sans doute mérité plus de fluidité dans la manière dont l’entretien croisé est mené. Malgré les hésitations, on trouve néanmoins un certain intérêt à percevoir les difficultés qui ont présidé à la création de ces dessins.
S’il est mené, lui aussi, sous forme d’un entretien croisé, l’échange entre Claire Simon et sa directrice de la photo Céline Bozon s’avère, lui, véritablement passionnant. Le travail sur le cadre et la lumière y est très clairement expliqué, un questionnement renvoie sur un souvenir de tournage et un souvenir ravive une anecdote ou amène à une autre question. Bref, on ressent parfaitement l’admiration mutuelle des deux femmes et le plaisir qu’elles ont pris à imaginer un dispositif original de tournage.   

A propos du film 
Pour Claire Simon, l’envie de ce film est née en relisant le texte de Yann Andréa. « Ce qui paraît évident, c’est de le faire au théâtre mais je me suis dit : faisons-le au cinéma, montrons qu’une conversation peut être une vraie histoire, avoir une structure narrative totale »

Concernant le choix de Swann Arlaud pour incarner Yann Andréa, la réalisatrice précise « Je ne voulais pas faire un biopic où Swann serait obligé de ressembler à Yann Andréa. L’idée, c’était de trouver quelque chose qui soit commun, de trouver son énergie, son sentiment, ce n’était pas de lui ressembler »

Le + Cin’Ecrans
Retrouvez l’interview de Claire Simon réalisée à l’occasion de la présentation de son film dans le cadre de la première édition du Festival du film de société de Royan, en décembre 2021.

VOIR L’INTERVIEW DE CLAIRE SIMON