Haute tension et plaisir(s) coupable(s)

Haute tension et plaisir(s) coupable(s)

HAUTE TENSION

Drame – 1h31 – 2003 – France
Réalisation :  Alexandre Aja
Scénario : Alexandre Aja & Grégory Levasseur
Avec Cécile de France, Maïwenn, Philippe Nahon…


Sorti en salles le 18 juin 2003

Disponible en Combo Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray de bonus + 1 affiche + 5 photos + goodies – 20 mars 2024 – ESC Diffusion

Image : 16/9 2.35 – Son : Français 5.1 DTS HD

L’histoire
Marie, une étudiante de vingt ans, révise ses examens dans la ferme isolée des parents de sa meilleure amie. En l’espace d’une nuit, un tueur, qui ignore son existence, assassine à tour de rôle les membres de cette famille…
Film interdit en salles aux moins de 16 ans

Le film ***1/2
En 2003, 3 ans après FURIA, film d’anticipation politique ambitieux mais non abouti, Alexandre Aja et son coscénariste Grégory Levasseur changent radicalement de registre pour leur 2nd long-métrage en commun HAUTE TENSION.
Nourris dans leur jeunesse par des films comme massacre à la tronçonneuse, maniac ou Shining, les 2 hommes ont incontestablement pris du plaisir à nous terroriser, à leur tour, avec ce long métrage placé sous (très) haute tension.
Pari en grande partie gagnée, tant ce film cruel et saignant se pose comme un véritable hommage à genre qui n’avait jamais vraiment réussi au cinéma français, à l’époque en tous cas.
Haute tension qui démarre plutôt gentiment avec un bon dosage d’effets visuel et sonore propre à nous angoisser, bascule très rapidement dans l’horreur totale.

Dès que le tueur apparaît, Alexandre Aja, tel un pitbull, ne lâche plus sa proie et joue avec toutes les peurs de l’homme : la claustrophobie, le sang, la crainte du noir, de l’inconnu, de la mort…
Le spectateur est alors pris au piège d’un récit ponctué de scènes gores terrifiantes à souhait (difficile de déterminer celle qui provoque le plus de dégoûts).
Les amateurs seront à la fête, d’autant que le réalisateur a eu la judicieuse idée de confier ses personnages principaux à des acteurs remarquables qui se sont fondus avec délectation dans cet effroyable univers : Cécile de France, Maïwenn et Philippe Nahon. Ils participent grandement au plaisir que l’on prend à (re)découvrir aujourd’hui ce film d’horreur particulièrement efficace et techniquement très soigné avec, notamment, un très beau travail sur la lumière, la bande son et la musique.

On pourra seulement regretter une pirouette finale plutôt inattendue, d’autant que le récit avait jusque-là évité toute psychologie superflue. Le film prend alors une autre dimension dont il n’avait peut-être pas besoin mais qui ne gâche en rien le plaisir coupable pris le reste du temps !

Bonus *****
Présents sur l’UHD et le Blu ray :
Présentation du film par Rafik Djoumi (5 mn)
Making-of d’époque (36 mn)
Bande-annonce française
Sur le Blu ray de bonus :
“La nouvelle Vague du French New Horror” : Documentaire avec Rafik Djoumi, Julien Maury, Alexandre Bustillo et Mathieu Turi (37 mn)
“La peur n’a pas de langage” : Entretien avec le réalisateur Alexandre Aja (48 mn)
“Faire monter la tension” : Entretien avec le co-scénariste, Grégory Levasseur (20 mn)
“La tension portée aux détails” : Entretien avec le directeur de la photographie, Maxime Alexandre (20 mn)
“Du sang et des prothèses” : Entretien avec le maquilleur Gianetto De Rossi (18 min)
Interview d’époque avec les acteurs Cécile de France, Maïwenn Le Bosco, Philippe Nahon et le maquilleur de Giannetto De Rossi (40 mn)

Un immense bravo à ESC pour la richesse et la variété des bonus proposés dans cette édition collector de HAUTE TENSION, même s’il faut l’avouer, à l’heure d’écrire ces lignes, je n’ai pas eu le temps de visionner la totalité des (presque) 4 heures de suppléments…

Rosalie, pudique et féministe

Rosalie, pudique et féministe

ROSALIE

Un film de Stéphanie Di Giusto
Scénario Stéphanie Di Giusto & Sandrine Le Coustumer
Avec Nadia Tereszkiewicz, Benoît Magimel, Benjamin Biolay, Guillaume Gouix, Gustave Kervern, Juliette Armanet, Anna Biolay, Lucas Englander…
Drame – Historique – Romance – 1h55 – France

Sortie en salles le 10 avril 2024

L’histoire 
Rosalie est une jeune femme dans la France de 1870 mais ce n’est pas une jeune femme comme les autres, elle cache un secret : depuis sa naissance, son visage et son corps sont recouverts de poils. De peur d’être rejetée, elle a toujours été obligée de se raser. Jusqu’au jour où Abel, un tenancier de café acculé par les dettes, l’épouse pour sa dot sans savoir son secret. Mais Rosalie veut être regardée comme une femme, malgré sa différence qu’elle ne veut plus cacher. En laissant pousser sa barbe, elle va enfin se libérer. Elle veut qu’Abel l’aime comme elle est, alors que les autres vont vouloir la réduire à un monstre. Abel sera-t-il capable de l’aimer ? Survivra-t-elle à la cruauté des autres ?

L’avis Cin’Écrans ***
7 ans après LA DANSEUSE, son 1er long métrage, Stéphanie Di Giusto est de retour avec ROSALIE, un film inspiré de la vie réelle de Clémentine Delait, une femme atteinte d’hirsutisme dans la France du XIXe siècle.
La réalisatrice signe, avec son second long-métrage, un film sur l’amour et la tolérance, le beau portrait d’une femme qui va tout faire pour être accepter des autres malgré le regard cruel que bon nombre de ses contemporains portent sur elle.  
Plutôt classique dans sa forme, le film ne verse jamais dans le voyeurisme ou le sensationnel en concentrant l’essentiel de son propos sur l’évolution de la relation entre son héroïne et Abel, son époux.

« Le regard de Benoit, il modifie mon jeu. Il modifie qui je suis… » Nadia Tereszkiewicz

Rosalie et Abel sont incarnés par un magnifique duo d’interprètes, l’excellente Nadia Tereszkiewicz et le toujours remarquable Benoît Magimel. Ils donnent corps et vie à ce couple que tout semble pourtant opposer et sont pour beaucoup dans le plaisir que l’on prend à découvrir ce récit original et attachant.

Le + Cin’Écrans
C’est en août dernier, à l’occasion du Festival du film francophone d’Angoulême ou le film était présenté en compétition que nous avons rencontré la réalisatrice et l’interprète de Rosalie, Nadia Tereszkiewicz pour parler de ce film très attachant.
Quelques heures après notre entretien, la jeune comédienne était, à juste titre, récompensée du Valois de la meilleure interprétation féminine.

INTERVIEW STÉPHANIE DI GIUSTO & NADIA TERESZKIEWICZ

Le temps d’aimer – Délicat et bouleversant ! Incontournable…

Le temps d’aimer – Délicat et bouleversant ! Incontournable…

LE TEMPS D'AIMER

Drame – Romance – 2h05 (Blu ray) 1h59 (DVD) – 2023 – France
Réalisation :  Katell Quillévéré
Scénario : Katell Quillévéré & Gilles Taurand
Avec Anaïs Demoustier, Vincent Lacoste, Morgan Bailey, Hélios Karyo, Josse Capet, Paul Beaurepaire… 

Sorti en salles le 29 novembre 2023

Disponible en BLU RAY, DVD et VOD – 3 avril 2024 – Gaumont

Image : 16/9 – Son : Français 5.1 et 2.0 DTS HD
Audiodescription pour aveugles et malvoyants
Sous titres français pour sourds et malentendants

L’histoire
1947. Sur une plage, Madeleine, serveuse dans un hôtel-restaurant, mère d’un petit garçon, fait la connaissance de François, étudiant riche et cultivé. Entre eux, c’est comme une évidence. La providence. Si l’on sait ce qu’elle veut laisser derrière elle en suivant ce jeune homme, on découvre avec le temps ce que François tente de fuir en mêlant le destin de Madeleine au sien.

Le film *****
Après un détour remarqué par la série en 2022 avec LE MONDE DE DEMAIN qui racontait brillamment la naissance de NTM et du mouvement hip-hop français, Katell Quillévéré retrouvait l’an passé Gilles Taurand, son coscénariste de RÉPARER LES VIVANTS pour LE TEMPS D’AIMER.

« Je voulais absolument assumer de faire un mélodrame !» Katell Quillévéré

Avec ce quatrième long métrage, Katell Quillévéré se frotte avec aplomb et sensibilité au genre ultra codifié du mélodrame. La scénariste réalisatrice nous livre un récit bouleversant et d’une grande délicatesse.
Avec la magnifique complicité d’Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste, la réalisatrice évite toute complaisance et les pièges du tire-larmes facile, tout en réussissant à nous toucher profondément avec cette réflexion passionnante sur le couple inspirée d’une histoire très personnelle.

Vous l’aurez compris, ne loupez surtout pas LE TEMPS D’AIMER, mélodrame sensible et vibrant porté par des interprètes en état de grâce. Très amis dans la vie, Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste trouvent avec les personnages de Madeleine et François, l’occasion de nous surprendre à nouveau. Ils sont pour beaucoup dans le charme que procure cette œuvre ample et admirablement mise en scène.

Ne passons pas non plus sous silence le magnifique travail du directeur de la photographie Tom Harari et celui non moins remarquable d’Amine Bouhafa (LE SOMMET DES DIEUX, ALMA VIVA, LES FILLES D’OLFA, ou bien encore LE MONDE DE DEMAIN), qui offre un superbe écrin musical au film.

Présenté en compétition au Festival du film francophone d’Angoulême 2023, LE TEMPS D’AIMER y a reçu les très mérités Valois de diamant du meilleur film et Valois de l’acteur pour Vincent Lacoste.

Pas de bonus
Même s’il se suffit parfaitement à lui-même, on reste frustré de n’avoir aucun bonus à découvrir en complément de ce très grand film…

Le + Cin’Écrans
Retrouvez ci-dessous des entretiens avec Katell Quillévéré, Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste, sans oublier une rencontre passionnante avec Amine Bouhafa, brillant compositeur de la BO du film.

Ces interviews ont été réalisées en août dernier lors du Festival du film francophone d’Angoulême.

INTERVIEW KATELL QUILLÉVÉRÉ, ANAÏS DEMOUSTIER & VINCENT LACOSTE

INTERVIEW “À PROPOS DE LA BOF” AMINE BOUHAFA & KATELL QUILLÉVÉRÉ

INTERVIEW LAURÉATS FESTIVAL D’ANGOULÊME

Quitter la nuit – Un 1er long tendu et immersif !

Quitter la nuit – Un 1er long tendu et immersif !

QUITTER LA NUIT

Un film de Delphine Girard
Scénario de Delphine Girard
Avec Selma Alaoui, Veerle Baetens, Guillaume Duhesme, Anne Dorval, Gringe, Adèle Wismes, Erico Salamone, Florence Janas…
Drame– 1h44 – France

Sortie en salles le 10 avril 2024

L’histoire 
Une nuit, une femme en danger appelle la police. Anna prend l’appel. Un homme est arrêté. Les semaines passent, la justice cherche des preuves, Aly, Anna et Dary font face aux échos de cette nuit qu’ils ne parviennent pas à quitter.

L’avis Cin’Écrans ****
Premier long métrage de Delphine Girard, QUITTER LA NUIT est le prolongement direct d’UNE SŒUR, un court métrage déjà avec Veerle Baetens, réalisé par la cinéaste en 2018, qui lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur court-métrage.

Si la réalisatrice a fait le choix, dans QUITTER LA NUIT, de ne pas montrer le viol, elle expose en revanche avec précision comment la situation dérape, afin de ne laisser aucun doute, aucune ambiguïté au spectateur sur la gravité des faits et de leur violence.

« Une des premières questions que je me suis posé, c’est : Comment on dit ça à sa mère ! … J’avais envie que le film contienne cette complexité, donc ça passait par ce personnage-là. » Delphine Girard 

QUITTER LA NUIT explore avec une grande intelligence les conséquences et répercussions d’une agression sexuelle sur ses protagonistes et leur entourage, avec notamment un personnage rarement montré au cinéma, celui d’un parent d’accusé, en l’occurrence ici, la mère de l’agresseur, magistralement incarnée par Anne Dorval.   
Grâce à l’observation minutieuse de la trajectoire de chacun des personnages de ce drame et à cette multiplication de points de vue, le spectateur prend pleinement conscience des enjeux de l’ensemble des partis et sur l’inaptitude chronique du système judiciaire à juger les violences sexuelles.

« La sororité… n’est pas une solution, c’est un pansement, un beau pansement ! » Delphine Girard

Saluons également l’impeccable casting de ce film âpre qui navigue habilement entre drame intime et thriller.
Selma Alaoui, Veerle Baetens, Guillaume Duhesme, Anne Dorval ou bien encore Gringe apporte toute sa véracité à un film dont on retiendra également la beauté de son épilogue qui célèbre sobrement la sororité.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion du festival International du film de Saint-Jean-de-Luz où QUITTER LA NUIT était présenté en octobre dernier que nous avons pu échanger avec Delphine Girard autour de ce projet ambitieux et atypique, parfaitement réussi.  

INTERVIEW DELPHINE GIRARD

Suro, anatomie d’un couple…

Suro, anatomie d’un couple…

SURO

Drame – 1h43 – 2022 – Espagne
Réalisation :  Mikel Gurrea
Scénario : Mikel Gurrea
Avec Vicky Luengo, Pol López, Ilyass el Ouahdani, Vicente Botella, Josep Estragues

Sorti en salles le 2 août 2023
Disponible en DVD & VOD– 12 mars 2024 –  Tamasa Diffusion

Image : 16/9 – Son original : Espagnol, Catalan, Français DTS HD 5.1 & 2.0
Sous-titres : Français

L’histoire
Elena et Ivan s’apprêtent à entrer dans une nouvelle phase de leur vie. Ils quittent Barcelone pour s’installer dans la campagne de Catalogne, où ils reprennent une plantation de chêne-liège. Le commerce du liège, qu’ils veulent équitable et durable, devra permettre d’assurer leur existence. Malgré leurs idéaux, ils doivent faire face à la dure réalité et se retrouvent bientôt dans une crise qui mettra non seulement en danger leur projet commun, mais aussi leur relation.

Le film ***1/2
A l’instar des excellents AS BESTAS de Rodrigo Sorogoyen ou NOS SOLEILS de Carla Simon, SURO (liège ou chêne-liège en français) restitue avec puissance la violence du monde rural à travers le parcours semé d’embûches d’un jeune couple de jeunes architectes en quête de sens et de nouveauté dans leur vie.

SURO aborde de nombreux thèmes contemporains, du réchauffement climatique à l’exploitation de main d’œuvre immigrée attisée par un racisme de classe tristement ordinaire.
Cette situation professionnelle qui se tend au fil du récit, finit par provoquer une véritable crise au sein du couple qui prend pleinement conscience que ses belles idées de justice et de tolérance se heurtent à la dure réalité du terrain. Le film pose ainsi clairement la question de la morale individuelle et des petits ou grands compromis que chacun.e est prêt.e à faire pour arriver à ses fins.
Mikel Gurrea rend habilement compte de cette situation qui dérape à travers une mise en scène qui respire en faisant une belle place à la puissance parfois inquiétante de la nature et au travail compliqué des écorceurs en charge de récolter le précieux liège.

Saluons également la belle direction d’acteurs de Mikel Guerra qui s’est entouré de comédien.ne.s professionnel.le.s comme Vicky Luengo (Elena) et Pol López (Ivan) mais aussi d’un casting de non-acteurs locaux tels que les ouvriers qui sont de vrais écorceurs de liège. Un choix qui concourt à donner au film toute sa véracité.

SURO constitue donc une nouvelle et bonne surprise dans le paysage cinématographique ibérique. Avec son premier long-métrage, Mikel Gurrea vient ajouter son nom à la liste déjà bien fournie des cinéastes espagnols dont on suit désormais, avec beaucoup d’attention, le travail.

Bonus **1/2
Livret 16 pages illustrées : Entretien avec Mikel Gurrea
HELTZEAR,  court-métrage de Mikel Gurrea, (18mn)
Scènes coupées (19mn)
Premiers Plans (6mn)
Film annonce

Outre un intéressant livret de 16 pages dans lequel Mikel Gurrea évoque son inspiration et son travail sur ce premier film, le DVD de SURO est agrémenté de 3 bonus.

HELTZEAR est un court métrage, signé lui aussi Mikel Gurrea, qui faisait partie de la sélection 2021 de la Mostra de Venise.
L’histoire étrange, mystérieuse de Sarah, jeune grimpeuse de 15 ans qui se prépare à l’ascension la plus difficile de sa vie et qui s’adresse, à travers une lettre, à son frère absent.  

Premiers plans est une courte interview du cinéaste réalisée pour le festival angevin où son film était présenté en janvier 2023.

Enfin, l’éditeur du DVD nous invite à découvrir 12 scènes coupées présentées dans l’ordre du récit et précédées d’une courte explication écrite afin de nous éclairer sur leur absence dans le film terminé. Il est néanmoins curieux et dommage que ces séquences soient proposées en version originale non sous-titrée, alors que les panneaux de présentation de chaque extraits, sont eux en français…

C’est malgré tout une belle édition que nous offre Tamasa pour ce film malheureusement passé inaperçu en salles. Séance de rattrapage chaleureusement recommandée.