La vallée des fous – C’est pas l’homme qui prend la mer…

La vallée des fous – C’est pas l’homme qui prend la mer…

LA VALLÉE DES FOUS

Un film de Xavier Beauvois
Scénario de Xavier Beauvois, Marie-Julie Maille, Gioacchino Campanella
avec Jean-Paul Rouve, Pierre Richard, Madeleine Beauvois, Joseph Olivennes, Xavier Maly, Abbes Zahmani, Sophie Cattani, Hugues Delamarliere…

Drame– 2024 – France – 2h00
Sorti en salles le 13 novembre 2024

Disponible depuis le 19 mars 2025 en DVD et VOD – Pathé

Audio : Français Dolby Digital  5.1 et 2.0
Sous titres pour sourds et malentendants
Audiodescription pour aveugles et malvoyants

L’histoire
Passionné de voile, Jean-Paul traverse une passe difficile. Il accumule les dettes et s’éloigne des siens. Bien décidé à reprendre sa vie en main, il s’inscrit à Virtual Regatta, la course virtuelle du Vendée Globe. Il se met dans les conditions d’un vrai skipper en s’isolant pendant 3 mois sur son bateau dans son jardin… Ce voyage pas comme les autres, lui permettra de renouer avec sa famille mais surtout avec lui-même.

Le film ****

Avec son neuvième long-métrage, Xavier Beauvois touche au cœur et signe une œuvre dont le propos très original est né pendant le confinement.
Le réalisateur nous invite à participer à l’aventure intérieure de son personnage principal, Jean-Paul, qui a besoin de ce voyage intime et immobile pour se reconnecter à la vie et pour mieux retrouver ses proches.

Sous son apparente simplicité narrative, LA VALLÉE DES FOUS développe un propos judicieux très personnel mais qui tend à l’universel sur la reconstruction d’un homme en crise. Chacun.e pouvant se retrouver dans ce besoin de prendre le temps nécessaire pour identifier et recentrer son quotidien sur l’essentiel…
Le résultat est un film lumineux, généreux et positif dont l’humanité fait un bien fou.

Jean-Paul Rouve est un acteur caméléon. Pour preuve, il y a un peu plus d’un an, il nous terrifiait avec son incarnation impressionnante de Gabriel Matzneff, véritable monstre de perversité dans LE CONSENTEMENT de Vanessa Filho. Et il y a quelques semaines, c’est sous les traits du fantasque Jeff Tuche qu’il réapparaissait dans GOD SAVE THE TUCHE, 5eme volet des aventures de la famille Tuche dont il signe aussi la réalisation.

Aujourd’hui, c’est une autre et singulière composition qu’il nous propose avec ce personnage de Jean-Paul, un homme à la dérive, obligé de se couper de son monde pour mieux se retrouver. Et une nouvelle fois, sa performance subtile éblouit, tant ce personnage oblige le comédien à explorer une riche palette de jeu (rares, notamment, sont les comédiens à jouer aussi justement l’ivresse). 

Pour accompagner Jean-Paul Rouve au cœur de cette vallée des fous et dans cette exaltante aventure humaine, Xavier Beauvois a fait appel à un casting judicieux à commencer par Pierre Richard que l’on a toujours un immense plaisir à retrouver d’autant que la variété et la fantaisie de son jeu trouve un véritable écho dans celui de Jean-Paul Rouve.

Pour incarner la fille de Jean-Paul, le réalisateur n’est pas allé bien loin puisqu’il a fait appel à sa propre fille Madeleine Beauvois qu’il avait déjà fait tourner dans ALBATROS et LES GARDIENNES. Nul doute que son beau tempérament et sa prestation dans LA VALLÉE DES FOUS inspirera d’autres metteurs en scène ces prochaines années.

On retrouve également avec plaisir la trop rare (au cinéma) Sophie Cattani (TOMBOY ou POLISSE, entre autres), tandis que Joseph Olivennes révèle un beau tempérament sur grand écran en incarnant Ferdinand, fils de Jean-Paul Rouve et petit fils de Pierre Richard. Une belle filiation pour cet acteur qui dans la vraie vie n’est autre que le fils de Kristin Scott Thomas. Bon sang ne saurait mentir !

Notons enfin la présence dans cette aventure au long cours, de deux skippers et navigateurs émérites, Jean Le Cam et Michel Desjoyeaux. L’occasion pour Xavier Beauvois d’une belle séquence de fin en forme de malicieux clin d’œil au monde de la mer.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Bonus **

Entretien avec l’équipe du film (8mn12)

Wet Monday – Blessures invisibles…

Wet Monday – Blessures invisibles…

WET MONDAY (Lany poniedzialek)

Un film de Justyna Mytnik
Scénario de Monika Dembinska, Rosanna Hall & Justyna Mytnik
Avec Julia Polaczek, Nel Kaczmarek, Weronika Kozakowska…
Drame – 2024 – Pologne – 1h27

Sortie en salles le 2 avril 2025

L’histoire
Klara, 15 ans, doit faire face à un traumatisme qui s’exprime par une soudaine phobie de l’eau. Elle peut compter sur le soutien de Diana, sa nouvelle amie. Une histoire teintée de magie sur la puissance de l’empathie et de la sororité, au cœur des célébrations colorées de Pâques en Pologne.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***

Premier long-métrage de la réalisatrice polonaise Justyna Mytnik, WET MONDAY dresse le portrait d’adolescentes coincées entre la foi chrétienne de leurs familles, les traditions polonaises de Pâques, et leur quête éperdue de liberté et d’émancipation.

Au cœur de ce récit initiatique poignant et intrigant se trouve Klara, une jeune fille qui décide de se battre pour se débarrasser d’un violent traumatisme passé mais encore terriblement présent qui l’empêche de vivre pleinement et de s’épanouir.

Si la réalisatrice abuse de séquences métaphoriques qui finissent par étouffer un peu son récit, on reste néanmoins captivé par le destin de Klara qui trouve, dans sa relation complexe avec sa sœur Martha et sa nouvelle amie Diana, le chemin vers la lumière.
Il convient ici de saluer la remarquable composition de la jeune interprète de Klara, l’étonnante Julia Polaczek. Une comédienne, à l’air parfois buté, dont le jeu n’est pas sans rappeler celui de l’excellente Céleste Brunnquell (LES ÉBLOUIS, EN THÉRAPIE, FIFI…)

WET MONDAY n’est certes pas un film parfait mais la proposition de Justyna Mytnik, tant dans la forme que sur le fond, est suffisamment sincère et singulière pour qu’elle suscite curiosité et bienveillance.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Sauvages « S.O.S de terriens en détresse »

Sauvages « S.O.S de terriens en détresse »

SAUVAGES

Un film de Claude Barras
Scénario de Catherine Paillé, Claude Barras, Nancy Huston & Morgan Navarro
avec les voix de Babette De Coster, Martin Verset, Laetitia Dosch, Benoit Poelvoorde, Pierre-Isaie Duc, Michel Vuillermoz, Gaël Faye, Sailyvia Paysan

Animation – 2024 – Suisse/France/Belgique – 1h27
Sorti en salles le 16 octobre 2024

Disponible depuis le 18 mars 2025 en BLU RAY, DVD et VOD – Blaq out

Audio : Français DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous titres pour sourds et malentendants
Audiodescription pour aveugles et malvoyants

L’histoire
À Bornéo, en bordure de la forêt tropicale, Kéria recueille un bébé orang-outan trouvé dans la plantation de palmiers à huile où travaille son père. Au même moment Selaï, son jeune cousin, vient trouver refuge chez eux pour échapper au conflit qui oppose sa famille nomade aux compagnies forestières. Ensemble, Kéria, Selaï et le bébé singe baptisé Oshi vont braver tous les obstacles pour lutter contre la destruction de la forêt ancestrale, plus que jamais menacée.

Le film ****1/2

Si vous avez aimé MA VIE DE COURGETTE, il y a maintenant 8 ans, vous allez adorer SAUVAGES, le dernier long-métrage de Claude Barras intégralement et remarquablement réalisé, lui aussi, en Stop motion.
Un film enthousiasmant qui n’a malheureusement pas trouvé son public en salles, contrairement à son illustre prédécesseur. Une séance de rattrapage s’impose donc…

Avec cette fable écolo vibrante, véritable plaidoyer contre la déforestation, le scénariste-réalisateur suisse nous régale d’une nouvelle pépite animée.

L’humour véhiculé par le film et le message humaniste, mais jamais donneur de leçon, délivré par son réalisateur font que SAUVAGES passionnera sans aucun doute les enfants.

Ajoutez à cela un univers visuel chatoyant, des personnages hauts en couleurs au langage moderne, et vous obtenez une œuvre formidablement séduisante pour toutes les générations.

Très (trop) souvent, les films d’animations s’offrent un casting de voix « stars » qui facilite évidemment leur promotion.

Si le résultat est souvent probant, il s’avère parfois anecdotique. Il convient donc de saluer ici l’excellente idée d’avoir confié certains personnages clés et adultes du film à des personnalités vocales fortes et très identifiables. Laetitia Dosch, Benoît Poelvoorde, Michel Vuillermoz (déjà présent sur MA VIE DE COURGETTE) et Gaël Faye.

Jamais leur signature vocale ne vient parasiter un propos qui pourrait se suffire à lui-même, bien au contraire.
Chacun.e offre à son personnage, une véritable personnalité et un timbre singulier qui participent grandement, aussi, au charme du film.

On connait le « bon » goût de Claude Barras pour la musique avec notamment l’utilisation d’une sublime version de la chanson de Noir Désir « Le vent nous portera » par Sophie Hunger dans MA VIE DE COURGETTE.

Dans SAUVAGES, c’est « Tous les cris, les S.O.S. », un des derniers et très beau titres de Daniel Balavoine que le réalisateur a choisi pour illustrer, notamment, son générique de fin. Un choix musical judicieux qui touche au cœur, tant les paroles de ce tube des années 80 résonnent avec le propos du film, quelque part entre espoir et désespoir.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Bonus ***

Les coulisses de Sauvages ! d’Ulrich Teiger et Claire Braillard (une production de la RTS – Radio télévision Suisse, 22mn)

Le garçon – Se souvenir des belles choses…

Le garçon – Se souvenir des belles choses…

LE GARÇON

Un film de Zabou Breitman & Florent Vassault
Scénario : Zabou Breitman & Florent Vassault
Avec Damien Sobieraff, Nicolas Avinée, Isabelle Nanty, François Berléand, Florence Muller, Jean-Paul Bordes, Sarah Thiery
Documentaire – Comédie dramatique – 2024 – France – 1h37

Sortie en salles le 26 mars 2025

L’histoire 
Tout débute avec les photos d’une famille. Une famille inconnue, qu’on a l’impression pourtant de connaître. Au centre : ce garçon. Qui est-il ? Quelle est son histoire ? Et si chaque individu était aussi le héros involontaire d’un conte ? Une enquête familiale vertigineuse, où réalité et fiction se mêlent jusqu’à̀ se confondre parfois.

L’avis Cin’Écrans ****1/2

C’est à un jeu de piste original et ludique que nous convient Zabou Breitman et Florent Vassault avec LE GARÇON, un long-métrage entre documentaire et fiction.
Ce projet atypique est né de l’envie pour Zabou Breitman d’un projet qui trouverait son inspiration dans les photos d’une personne anonyme. Un.e inconnu.e dont la réalisatrice tenterait, avec la complicité de Florent Vassault, de raconter le chemin de vie.

Un parcours dont, forcément, l’issue leur échapperait et dont l’équilibre du récit ne pourrait se trouver qu’au montage. Il convient d’ailleurs de saluer à ce titre le magnifique travail effectué sur ce poste par les deux coréalisateurs pour donner au film son rythme et sa fluidité.

Autant dire que monter un projet aussi casse-gueule n’a pas été chose facile, même si la réalisatrice dont on connait la force de conviction et de persuasion s’était déjà essayée avec succès, à l’exercice au théâtre avec « Des gens », d’après les documentaires de Raymond Depardon et « Logiquimperturbabledufou », d’après Ilan Kipper.

Vous l’aurez compris, si vous aimez les œuvres qui osent sortir des sentiers battus, les films qui invoquent le temps qui passe, les traces qu’on laisse, le rapport aux images et à leurs interprétations, LE GARÇON est fait pour vous.

Ce film profondément original et émouvant provoque l’envie immédiate de se replonger dans les albums de famille pour y retrouver ses souvenirs mais aussi en imaginer d’autres, jusqu’au vertige.
LE GARÇON est une plongée palpitante au cœur de l’intime et dont le propos universel résonne puissamment en chacun.e d’entre nous. À découvrir sans faute.   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le + Cin’Écrans

C’est à l’occasion du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, dont elle présidait le jury en octobre dernier, que nous avons découvert avec bonheur le nouveau film (sans distributeur à l’époque) de Zabou Breitman.

Même si elle regrettait l’absence de son complice réalisateur et monteur, Zabou Breitman a accepté, avec son enthousiasme habituel, de répondre à nos interrogations sur ce mystérieux GARÇON

INTERVIEW ZABOU BREITMAN

Retour gagnant au conservatoire pour Valérie Donzelli

Retour gagnant au conservatoire pour Valérie Donzelli

RUE DU CONSERVATOIRE

Un film de Valérie Donzelli
Avec Clémence Coullon, Alexandre Auvergne, Hélène Gigou, Léna Tournier, Basile Sommermeyer…
Documentaire – 1h20 – France

Sorti en salles le 18 septembre 2024

Disponible en VOD et DVD depuis le 21 janvier – Diaphana

Audio : Français Dolby Digital 5.1 & 2.0
Sous titres français

L’histoire
” En 1996 j’ai passé le concours du conservatoire. Je l’ai raté. Il y a un an on m’a demandé d’y faire une masterclass sur le jeu d’acteur au cinéma. J’y suis allée. J’ai rencontré une jeunesse vivante, joyeuse et passionnée. Parmi mes élèves il y avait Clémence. L’année d’après, elle m’a demandé de filmer leur dernier spectacle. J’ai ressenti son urgence et la peur qu’elle avait de quitter ce lieu mythique. Alors j’ai accepté. En filmant cette jeunesse, j’ai revisité la mienne. ” Valérie Donzelli

Le film ****1/2

Né de la rencontre entre l’actrice, réalisatrice Valérie Donzelli et Clémence Coullon, une jeune comédienne qui s’essaie avec énergie et talent à la mise en scène à travers une version revisitée d’Hamlet, RUE DU CONSERVATOIRE est un formidable documentaire.

Un film généreux et passionnant sur le jeu et qui raconte avec malice le travail de création.

Après avoir réalisé, entre autres, 6 longs-métrages de fiction pour le cinéma et une série (l’inspirée NONA ET SES FILLES), Valérie Donzelli s’essaie pour la première fois au documentaire, mais un doc façon « Donzelli !

RUE DU CONSERVATOIRE est comme un film miroir dans lequel elle plonge avec générosité et sans retenue, n’hésitant pas à se mettre en scène dans cette ode joyeuse et galvanisante à la jeunesse et au collectif.

Le spectateur, lui, est en totale empathie avec l’actrice-réalisatrice, quand elle prodigue ses encouragements sincères et puissants à Clémence et certain.e. s élèves. 

RUE DU CONSERVATOIRE est un film joyeux qui (re)donne foi en l’avenir et dans la jeunesse, à travers la fougue, l’énergie et la magnifique croyance dans le jeu (malgré certains moments de doute) de ces apprentis comédiens et comédiennes.

Valérie Donzelli proclame haut et fort qu’ils feront le théâtre et le cinéma de demain. On la croit volontiers et c’est tout le bien qu’on leur souhaite !

En attendant, (re) découvrez au plus vite RUE DU CONSERVATOIRE pour y découvrir une jeunesse qui se bat, pour vivre de sa passion. C’est beau et ça fait un bien fou ! 

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Pas de bonus

Le + Cin’Écrans

Le Festival du film francophone d’Angoulême a consacré son focus 2024 à Valérie Donzelli à travers la diffusion de tous ses longs métrages et de sa série NONA ET SES FILLES. C’est à cette (belle) occasion que nous avons pu découvrir avec bonheur et quelques jours avant sa sortie en salles cet excellent RUE DU CONSERVARTOIRE, désormais disponible en VOD et DVD.

« C’est un film qui s’est fait de façon spontanée et artisanale » Valérie Donzelli

Impossible évidemment de laisser filer la géniale Valérie Donzelli, sans lui dire combien ce nouveau film nous avait touché. C’est donc avec grand plaisir que nous avons retrouvé une actrice réalisatrice dont la curiosité et l’envie ne faiblissent pas au fil des ans, sans parler de son enthousiasme si communicatif…

INTERVIEW VALÉRIE DONZELLI