A la recherche du film perdu… Au cimetière de la pellicule

A la recherche du film perdu… Au cimetière de la pellicule

AU CIMETIÈRE DE LA PELLICULE

Un film de Thierno Souleymane Diallo
Documentaire – 1h30 – Guinée
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
En 1953, Mamadou Touré réalise “Mouramani”, le tout premier film réalisé par un cinéaste d’Afrique francophone noire. Mais personne ne sait où le trouver. Thierno Souleymane Diallo parcourt la Guinée à la recherche de cette œuvre perdue, utilisant sa caméra pour se confronter à l’Histoire et au cinéma, celui que l’on regarde et celui que l’on fait.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour le plaisir de suivre le périple empreint de nostalgie de Thierno Souleymane Diallo. Un cinéaste qui en guise de profession de foi, dit à sa mère lors de son départ « Aujourd’hui, j’ai très envie de perdre mon temps et de partir à la recherche d’un film perdu… »

On suit alors le réalisateur aux pieds nus dans une enquête qui va le mener de Guinée en France, de villes en villages et de salles de cinéma abandonnées aux archives de la Cinémathèque française, en passant par le cinéma La Clef à Paris, véritable symbole de la lutte d’un certain cinéma pour sa survie.

2/ On comprend très vite que la quête du cinéaste pour retrouver le film de Mamadou Touré est en fait un prétexte pour interroger la question de la mémoire du cinéma et de sa préservation, face à des pouvoirs en place dont ce n’est que trop rarement la priorité. Comme le déclare attristé l’un de ses interlocuteurs guinéens « On n’a pas la culture des archives »

3/ Cette aventure au long terme pour tenter de retrouver MOURAMANI est ponctuée de moments forts et très émouvants pour tout cinéphile qui se respecte. On peut notamment citer la visite de cinémas laissés aux fantômes du passé, ce moment ou Thierno Souleymane Diallo retrouve de vieilles bobines de pellicules abandonnées depuis plus de 20 ans ou quand il visite les vestiges d’un ancien studio de cinéma dont on apprend, qu’au fil du temps, les caméras ont été volées pour être transformées en… marmites !

D’autres instants sont, eux, empreints de poésie et de fantaisie, comme lorsque le réalisateur rend hommage à son illustre aîné, Jori Ivens et donne un cours à des apprentis cinéastes avec des caméras… en bois. Avec un conseil à la clé « Filmez avec vos yeux et montez avec la tête… »   

Quand le réalisateur poursuit son improbable quête à Paris, un projectionniste du cinéma La Clef lui dit « Sans espace de diffusion collectif il n’y a plus de cinéma il y a des films… »
Espérons que notre monde (re)trouve le goût et la culture de préservation des films, tous les films, et celle des cinémas pour que la mémoire perdure et que le savoir se transmette …

Fifi, entre charme et singularité

Fifi, entre charme et singularité

«C’est ça qui est bien au cinéma, c’est quand il y a un peu de magie ! » Jeanne Aslan

FIFI

Nancy, début de l’été… et Sophie, dite Fifi, 15 ans, est coincée dans son HLM dans une ambiance familiale chaotique. Quand elle croise par hasard son ancienne amie Jade, sur le point de partir en vacances, Fifi prend en douce les clefs de sa jolie maison du centre-ville désertée pour l’été.

FIFI est le récit de la rencontre entre deux êtres solitaires mais terriblement attachants, mais aussi un film sur la difficulté de cohabitation entre deux univers socioculturels très différents, pour ne pas dire opposés.
A mi-chemin entre comédie et chronique sociale, ce premier film doux et plein de charme n’impose rien à ses spectateurs. A chacun de faire, ou non, une partie du chemin avec Fifi & Stéphane qui se cherchent sans forcément toujours se trouver.

«Quand on a des comédiens comme ça, c’est hyper rassurant ! » Jeanne Aslan

Ces deux très beaux et fragiles personnages sont incarnés par les remarquables Céleste Brunnquell  (LES ÉBLOUIS, EN THÉRAPIE…) & Quentin Dolmaire (TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE, OVNI((s)…) à qui le film doit beaucoup de sa singularité.
Vous l’aurez compris FIFI est un très joli 1er long métrage, délicat, lumineux et parfois mélancolique que l’on vous conseille de ne pas laisser passer.  

Quelques semaines après avoir remporté le prix du meilleur film dans la sélection « Nouveaux réalisateurs » Jeanne Aslan était au Festival international du film de Saint Jean de Luz, en octobre dernier pour y présenter ce premier long métrage qu’elle a coréalisé avec Paul Saintillan.
L’occasion de questionner la cinéaste sur la genèse de ce film si personnel et sur les difficultés pour elle et son compagnon de jeu  à imposer leur vision, leurs envies…

FIFI
Un film de Jeanne Aslan, Paul Saintillan
Scénario de Jeanne Aslan, Paul Saintillan
Avec Céleste Brunnquell, Quentin Dolmaire, Ilan Schermann…
Comédie dramatique – 1h48 – France
Sortie en salles le 14 juin 2023

INTERVIEW JEANNE ASLAN

La nuit du verre d’eau, intime et sensible

La nuit du verre d’eau, intime et sensible

« Ce film est absolument viscéral et organique pour moi ! » Carlos Chahine

LA NUIT DU VERRE D’EAU

Liban, été 1958. Trois sœurs de la bonne société chrétienne sont en villégiature dans la montagne libanaise. La vie tranquille du village est bousculée par les échos d’une révolution grondant à Beyrouth et par l’arrivée de deux estivants français. Mais c’est de l’intérieur de la famille que viendra le bouleversement.

« Lâcher le pouvoir, c’est toujours très compliqué ! » Carlos Chahine

Né au Liban, Carlos Chahine quitte son pays natal en 1975, à cause de la guerre.
Vivant en France, mais retournant régulièrement au Liban, il travaille comme acteur mais aussi comme metteur en scène de théâtre.
C’est plus de 15 ans après avoir signé un court métrage intitulé LA ROUTE DU NORD que Carlos Chahine nous offre son premier long-métrage LA NUIT DU VERRE D’EAU. Un film très personnel, très intime sur la terre de son enfance et autour de l’amour fusionnel entre un jeune garçon et sa maman, Layla.

Le réalisateur observe avec sensibilité un pays et une époque trouble, à travers le portrait d’une jeune femme en quête de liberté, au cœur d’une société patriarcale.
Ce personnage de Layla est incarné avec beaucoup de grâce et de talent par l’actrice et chanteuse Marilyne Naaman (elle a été candidate de The voice, cette année) qui partage l’affiche avec le tout jeune Antoine Merheb Harb, mais aussi Nathalie Baye et Pierre Rochefort.

« Ce système patriarcal est terrible pour les femmes, bien sûr, mais terrible pour les hommes aussi… » Carlos Chahine

C’est à l’occasion du Festival du film de demain à Vierzon où LA NUIT DU VERRE D’EAU était présenté en compétition que nous avons pu échanger avec Carlos Chahine sur ce film et sur ce pays auquel il est viscéralement attaché.

Deux jours plus tard, c’est un réalisateur heureux que nous avons retrouvé. En effet, si le public a réservé un accueil très attentif à son premier film, le jury du festival a salué LA NUIT DU VERRE D’EAU par deux récompenses. Le prix d’interprétation a été attribué à Marilyne Naaman pour sa belle incarnation du personnage de Layla, tandis qu’Antonin Tardy était couronné par le prix de la meilleure musique originale.  

LA NUIT DU VERRE D’EAU
Un film de Carlos Chahine
Scénario de Carlos Chahine
Avec Marilyne Naaman, Antoine Merheb Harb, Nathalie Baye, Pierre Rochefort…
Comédie dramatique – 1h23 – France
Sortie en salles le 14 juin 2023

INTERVIEW CARLOS CHAHINE

Love life, humanisme universel…

Love life, humanisme universel…

LOVE LIFE

Un film de Kôji Fukada
Scénario de Kôji Fukada
Avec Fumino Kimura, Tomorowo Taguchi, Tetta Shimada
Drame – 2h04 – Japon
Sortie en salles le 14 juin 2023

L’histoire
Taeko vit avec son époux Jiro et son fils Keita en face de chez ses beaux-parents. Tandis qu’elle découvre l’existence d’une ancienne fiancée de son mari, le père biologique de Keita refait surface. C’est le début d’un cruel jeu de chaises musicales, dont personne ne sortira indemne.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Réalisateur des très remarqués L’INFIRMIÈRE, SUIS-MOI JE TE FUIS et FUIS-MOI JE TE SUIS, le cinéaste japonais Kôji Fukada confirme avec LOVE LIFE tout le bien qu’inspire son travail.
Ce nouveau film, dans la droite lignée de l’œuvre de Hirokazu Kore-Eda (NOBODY KNOWS, TEL PÈRE, TEL FILS) par sa manière de décrire la famille, est un très beau moment de cinéma. Un film intense et délicat dont le souvenir nous hante bien après l’avoir découvert.
Il faut dire que le réalisateur n’a pas son pareil pour nous présenter avec force détail ses personnages principaux et leurs conditions de vie presque idylliques. Seulement voilà, le destin s’en mêle et le quotidien de Taeko & Jiro s’en trouve totalement bouleversé. Impossible d’en dire beaucoup plus sur ce moment dramatique qui fait basculer le film, sans gâcher votre plaisir de cinéphile. Toujours est-il que vous vous trouvez alors embarqué dans une aventure humaine bien plus originale et passionnante qu’il n’y parait au premier abord.

2/ LOVE LIFE qui ose avec bonheur les ruptures de ton, passant d’une grande douceur au déchirement intime, provoque des sentiments souvent contradictoires envers des personnages complexes et aux comportements parfois ambigus. Le réalisateur en profite pour aborder de nombreux sujets tels que le manque, la solidarité, le besoin d’autrui, l’entraide, l’aveuglement amoureux, le rapport de classe et de générations…
En effet, à travers un récit très contemporain, Kôji Fukada laisse entendre que les rapports inter générationnels n’ont finalement pas tant évolué que ça entre le japon d’hier et celui d’aujourd’hui. Le respect et une forme de soumission aux anciens est montrée comme pratiquement plus importante que la relation entre époux. C’est d’autant plus vrai que LOVE LIFE pointe également la question de la différence de classe sociale entre Taeko et la famille de son mari.  Le film dénonce ainsi une forme de carcans dans lequel Taeko & Jiro sont emprisonnés et dont ils tentent de s’affranchir, non sans faire de dégâts autour d’eux…  

3/ Kôji Fukada joue avec beaucoup d’intelligence sur la notion de distance, géographique, physique et émotionnelle entre ses personnages principaux. On s’y perd parfois mais toujours avec plaisir tant le cinéaste sait nous ramener à l’essentiel. Avec LOVE LIFE, présenté à la Biennale de Venise en 2022, le réalisateur signe une nouvelle pièce maitresse de son cinéma et surtout un très beau et subtil mélodrame familial que l’on vous conseille chaleureusement.

Invincible été. La magistrale leçon de vie d’Olivier Goy

Invincible été. La magistrale leçon de vie d’Olivier Goy

INVINCIBLE ÉTÉ

Un film de Stéphanie Pillonca
avec Olivier Goy
Documentaire – 1h45 – France
Sortie en salles le 31 mai 2023

Imaginez une mauvaise nouvelle. Le genre de nouvelle qui remet tout en cause. C’est ce qui est arrivé à Olivier Goy un matin de décembre 2020. En une phrase, le diagnostic tombe : il ne lui reste probablement plus que trois ans à vivre et aucun traitement. Mais Olivier a décidé d’ignorer ce compte à rebours. Il compte bien vivre à fond et profiter de chaque seconde.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Passée la légitime appréhension de se confronter à un sujet qui questionne aussi intimement son rapport à la maladie, le film de Stéphanie Pillonca nous cueille littéralement par la force qui s’en dégage.
Impossible évidemment de rester insensible face au combat quotidien d’Olivier Goy frappé de plein fouet par une sclérose latérale amyotrophique dite maladie de Charcot, une maladie neurodégénérative rare (1500 cas par an) incurable.
Mais paradoxalement, ce qui reste après 1H45 de film, c’est sa volonté de profiter de chaque instant, de ne surtout pas abdiquer et de livrer un combat pour les autres, pour tous ceux qui souffrent de handicap.

Olivier, sa famille et ses proches vont vous faire passer par toute la palette des émotions. On est bouleversé par la dignité du père de famille mais également par la bienveillance des associés du chef d’entreprise et par l’amour magnifique qui traverse toutes les séquences mettant en scène ses proches.

INVINCIBLE ÉTÉ
montre à quel point, sa femme, ses deux fils, son père mais aussi ses plus proches collaborateurs sont là au quotidien pour l’accompagner dans son combat pour la vie, même si toutes et tous sont parfaitement conscients de l’issue…
Mais en attendant… Quelle leçon de vie !

« Quand je ne serai plus là, vous serez gentils de passer à autre chose » Olivier Goy

Ce puissant témoignage d’Olivier Goy et sa volonté de vivre le moment présent interroge évidemment sur la manière dont on réagirait dans une situation semblable.

2/ Le film est ponctué de magnifiques et très marquantes rencontres. On se souviendra ainsi longtemps des échanges intenses et bouleversants avec entre autres, Axel Allétru, pilote automobile et de motocross devenu paraplégique à 20 ans, suite à un accident, ou avec Delphine Horvilleur, femme rabbin et écrivaine, auteure de Vivre avec nos morts : Petit traité de consolation.

3/ La talentueuse Stéphanie Pillonca qui a déjà signé plusieurs fictions et documentaires pour le grand et petit écran a choisi d’offrir l’écrin de la salle de cinéma au récit de vie d’Olivier Goy et d’aider à sa manière la recherche médicale dans ce combat contre la maladie. Nul doute que la volonté farouche et l’intelligence du chef d’entreprise y contribueront fortement. Merci à la réalisatrice et à Olivier Goy pour son témoignage et sa générosité. Nous ne sommes pas prêt d’oublier sa volonté, son humour, son sourire et ses mots pleins de bon sens et de sagesse.

A savoir !

Les bénéfices du film seront reversés à L’institut du cerveau. Il est évidemment possible, en dehors de l’achat de sa place de cinéma, de faire un don à l’institut du cerveau pour aider la recherche…