Aucun autre choix – Jeu de massacre social

Aucun autre choix – Jeu de massacre social

AUCUN AUTRE CHOIX (Eojjeolsuga eobsda)

Un film de Park Chan-Wook
Scénario de Park Chan-Wook & Kyoung-mi Lee
Avec Lee Byung-Hun, Ye-jin Son, Park Hee-Soon
Comédie – Drame – Thriller – Corée du sud – 2025 – 2h19
Sortie en salles le 11 février 2026

L’histoire
Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…
Film interdit en salles aux moins de 12 ans

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

AUCUN AUTRE CHOIX, le nouveau long-métrage de Park Chan-Wook est très librement adapté du roman de Donald Westlake LE COUPERET, qui avait déjà inspiré en 2005 le film homonyme de Costa Gavras avec José Garcia.

20 ans après, il est quasiment impossible de jouer au jeu des différences, tant elles sont nombreuses, même si le film coréen est coproduit par KG Productions, la société de Michèle et Costa Gavras, à qui Park Chan-Wook dédie d’ailleurs son film.

Avec AUCUN AUTRE CHOIX, le réalisateur manie le mélange des genres avec brio, entre drame social, thriller et comédie noire baroque.
Mais surtout, il règle son sort au capitalisme et ses dérives, avec ce sens de la cruauté qu’on lui connait bien maintenant.

Park Chan-Wook
prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs en faisant emprunter à son personnage principal, You Man-Su, des chemins de traverse, extrêmement stimulants pour le spectateur.
Difficile, en effet, de deviner au fil des séquences quelle direction va emprunter You Man Su et donc ce film en forme d’un jeu de massacre, cynique à souhait. D’autant que le cinéaste distord le temps à travers des choix de mise en scène brillants et toujours inventifs.

Saluons pour terminer la formidable composition, aux confins du burlesque de l’excellent Lee Byung-Hun (A BITTERSWEET LIFE – LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLÉ…) qui participe pleinement au plaisir pris à la découverte de ce réjouissant nouveau film de Park Chan-Wook.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Stand by me – Émotions intactes 40 ans après

Stand by me – Émotions intactes 40 ans après

STAND BY ME

Un film de Rob Reiner
Scénario de Raynold Gideon, Bruce A.Evans & Stephen King d’après l’œuvre de Stephen King
Avec River Phoenix, Richard Dreyfuss, Corey Feldman, Jerry O’Connell, Kiefer Sutherland, John Cusack, Wil Wheaton…
Drame – 1986 – États-Unis – 1h29
Sortie en salles le 25 février 1987
Ressortie en salles pour son 40em anniversaire le 11 février 2026

L’histoire
Au cours de l’été 1959, un adolescent a disparu mystérieusement dans l’Oregon. Gordie et ses inséparables copains, Chris, Teddy et Vern savent qu’il est mort pour avoir approché de trop près la voie ferrée. Son corps git au fond des bois. Les enfants décident de s’attribuer le scoop et partent pour la grande foret de Castle Rock. Cette aventure va rester pour Gordie et ses trois amis la plus étrange et la plus exaltante de leur vie.

L’AVIS CIN’ÉCRANS *****

STAND BY ME est librement adapté de The body, roman de Stephen King qui cette fois ne fait pas dans l’épouvante mais dans l’analyse des affres de l’enfance à travers le parcours semé d’embuches de Gordie, Chris, Teddy & Vern.

Ces quatre jeunes garçons ont une douzaine d’années, l’âge des possibles, de tous les possibles…  
Leur folle expédition au milieu de la nature sauvage mais sublime de l’Oregon touche au cœur, quel que soit son âge, son milieu, son parcours, tant ce récit initiatique autour de l’amitié et de la vie est universel.

Très dépaysant, le périple de ces enfants ne serait pas le même sans l’excellence de son interprétation. Si Kiefer Sutherland, John Cusack ou Richard Dreyfuss sont au générique, ce sont les noms des quatre jeunes interprètes principaux qu’il convient de citer, Will Wheaton (Gordie Lachance), Corey Feldman ( Teddy Duchamp) Jerry O’Connell (Vern Lessio) & surtout le regretté River Phoenix (frère ainé de Joaquin) alias Chris Chambers qui, avec ce 1er grand rôle, marquait durablement de son empreinte et de sa sensibilité le 7ème art.

Depuis, le souvenir de ce film dont on célèbre cette année le 40em anniversaire est régulièrement ravivé, notamment dès que résonnent les premières notes du fameux Stand by me de Ben E.King, qui a donné son titre au film, ou celles de l’entêtant Lollipop du groupe 60’s The Chordettes.

Ce très beau long métrage, l’un des plus justes et réussis sur l’enfance, le deuil et l’amitié, est signé par le très regretté Rob Reiner, tragiquement disparu en fin d’année.
Le cinéaste américain était sans aucun doute l’une des personnalités les plus attachantes du cinéma américain. Acteur, scénariste et réalisateur parfois inégal, on lui doit néanmoins quelques autres très belles réussites, notamment en début de carrière, avec des films aussi différents que PRINCESS BRIDE (1987) QUAND HARRY RENCONTRE SALLY (1987) MISERY (1990) ou bien encore DES HOMMES D’HONNEUR (1992).

Comble de l’ironie, son dernier long métrage, débarqué directement chez nous le mois dernier en 4K, BR et DVD, restera SPINAL TAP II, la suite de son tout premier long métrage, le mockumentaire culte SPINAL TAP, sorti en 1984.

Ne loupez donc pas cette belle opportunité de rendre hommage au cinéaste en vous rendant dans une salle obscure pour y (re)découvrir son envoutant STAND BY ME.
Un film dont le souvenir reste très présent une fois que vous l’avez découvert, avec une seule envie : le partager avec le plus grand nombre.

Autant vous dire que je me réjouis à l’avance de l’immense plaisir qu’il procurera, je n’en doute pas un instant, à celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Gourou… Spectateur sous emprise !

Gourou… Spectateur sous emprise !

GOUROU

Un film de Yann Gozlan
Scénario de Jean-Baptiste Delafon et Yann Gozlan
Avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Christophe Montenez, Holt McCallany, Jonathan Turnbull, Raphaëlle Simon, Tracy Gotoas…
Drame – Thriller – 2025 – France – 2h06
Sortie en salles le 28 janvier 2026

L’histoire
Matt est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu’elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s’engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

GOUROU, le 7em long-métrage de Yann Gozlan marque ses retrouvailles avec Pierre Niney après UN HOMME IDÉAL (2015) et l’excellent BOITE NOIRE (2021).
C’est d’ailleurs l’interprète magistral du COMTE DE MONTE CRISTO qui est à l’initiative de ce projet (qu’il a d’ailleurs coproduit) en forme d’immersion dans un univers peu exploré à ce jour par le cinéma, celui du coaching à grande échelle, véritable symptôme des dérives de notre société en crise.
GOUROU pose ainsi de nombreuses questions terriblement dans l’air du temps autour de la perte de repères, du culte de la performance et des injonctions au bonheur et à la réussite…

Pierre Niney incarne parfaitement ce personnage de Mathieu Vasseur (Matt), tout à la fois charmeur, manipulateur et ambigu à souhait, au bord de la rupture, quand sa belle mécanique de prédicateur s’enraye …
Le comédien/coach qui est pratiquement de tous les plans du film, magnétise littéralement l’écran et les adeptes de ses grands messes. Il nous livre l’une de ses plus inquiétantes et impressionnantes prestations, à l’instar des séquences d’échanges entre Matt et son frère Christophe, interprété par Christophe Montenez…  

La mise en scène énergique et maitrisée de Yann Gozlan se focalise presque exclusivement sur ce personnage charismatique au détriment, il faut le dire, de son entourage proche. Des seconds rôles un peu sous exploités, comme celui de sa compagne interprétée par Marion Barbeau (EN CORPS, DRONE).

Seul le personnage de Julien bénéficie d’une véritable attention et possède une réelle épaisseur. Magnifiquement incarné par l’excellent et trop rare Anthony Bajon, Julien va littéralement basculer du côté obscur, passant d’un amour inconditionnel pour son mentor à la plus cruelle désillusion…
C’est par son intermédiaire que le spectateur perçoit à quel point ces entreprises de coaching de masse peuvent être toxiques pour des êtres humains fragiles dont elles exploitent, parfois sans vergogne, la détresse émotionnelle.

Même s’il manque parfois de subtilité dans son portrait d’une société en pleine mutation, GOUROU s’impose comme un thriller paranoïaque ultra efficace et glaçant, traversé par ses impressionnantes et malaisantes séances de coaching de groupe.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Amour apocalypse… une comédie qui a du chien !

Amour apocalypse… une comédie qui a du chien !

AMOUR APOCALYPSE (Peak everything)

Un film d’Anne Émond
Scénario d’Anne Émond
Avec Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup
Comédie dramatique – 2025 – Canada – 1h40
Sortie en salles le 21 janvier 2026

L’histoire
Propriétaire d’un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent… c’est l’amour !

AMOUR APOCALYPSE a été présenté à La Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***

Le film d’Anne Émond est librement inspiré du propre vécu de la réalisatrice et de celui de quelques hommes de son entourage qui se sont effondrés ces dernières années, victimes d’une santé mentale défaillante.
Contrairement aux apparences et à ce que peut laisser craindre ce préambule quelque peu anxiogène, AMOUR APOCALYPSE n’est pas un fim déprimant. Bien au contraire. Il s’agit en réalité d’une comédie sentimentale, mélancolique et décalée sur fond d’éco-anxiété.
Un film saugrenu porté par la composition parfois lunaire de Patrick Hivon, parfait dans son rôle de propriétaire d’un chenil affable et dépressif.
Dommage en revanche que les personnages secondaires n’aient pas bénéficié de la même attention de la part de la scénariste réalisatrice.

Que cette petite réserve, néanmoins, ne vous empêche pas d’aller découvrir en salles cette attachante comédie québécoise, parfois bordélique, comme le reflet du chaos intérieur de son personnage principal.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le pays d’Arto, 1er long sensible et viscéral   

Le pays d’Arto, 1er long sensible et viscéral   

LE PAYS D'ARTO

Un film de Tamara Stepanyan
Scénario de Tamara Stepanyan, Jean-Christophe Ferrari, Jean Breschand, Jihane Chouaib, Romy Coccia Di Ferro
Avec Camille Cottin, Zar Amir Ebrahimi, Shant Hovhannisyan
Drame – 2025 – France-Arménie – 1h44
Sortie en salles le 24 décembre 2025

L’histoire

Céline arrive pour la première fois en Arménie afin de régulariser la mort d’Arto, son mari. Elle découvre qu’il lui a menti sur son identité, son passé et son implication dans une guerre qui n’en finit plus.
Commence pour elle un nouveau voyage, à la rencontre du passé d’Arto. Une femme court après un fantôme.
Peut-on sauver les morts ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***

Malgré une petite faiblesse narrative à mi-parcours, ce premier long-métrage de fiction de la documentariste Tamara Stepanyan captive par la teneur de son propos autour de l’absurdité et des conséquences d’une guerre sans fin.

Cette plongée, parfois contemplative et onirique au cœur d’un pays aux multiples fractures s’avère poignante à travers ce qu’elle raconte d’un peuple meurtri, dont le sort ne bénéficie, bien souvent et depuis trop longtemps, que d’une indifférence polie à travers le monde.

C’est ce que nous raconte en grande partie, cette histoire de quête identitaire. Celle d’une femme qui apprend très rapidement, en début de périple, que son mari n’était pas en réalité celui qu’elle croyait bien connaître, après 20 ans de vie commune.
Un homme dont le tragique destin se juxtapose aux traumatismes enfouis de son pays d’origine.

À travers le récit des mésaventures de Céline en forme de road-movie, la réalisatrice nous livre un film, certes imparfait mais profondément attachant, qui joue subtilement de réminiscences fantomatiques qui viennent hanter les jours et les nuits de Céline.
Saluons à ce titre le formidable travail de la cheffe-opératrice Claire Mathon (César 2020 pour PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU de Céline Sciamma) dont le travail impressionne tout autant sur les scènes intimistes que sur celles qui mettent en scène les fascinants décors naturels arméniens.  

Impossible enfin de faire l’impasse sur la prestation très incarnée de la trop rare Zar Amir Ebrahimi et sur le jeu toujours très intense et subtil de l’excellente Camille Cottin.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans