Police Flash 80, une comédie qui envoie du pâté !

Police Flash 80, une comédie qui envoie du pâté !

POLICE FLASH 80

Un film de Jean-Baptiste Saurel
Scénario de Thomas Ngijol, Giulio Callegari, Yohan Zaoui sur une idée de Thomas Ngijol
Avec François Damiens, Audrey Lamy, Xavier Lacaille, Brahim Bouhlel, Thomas Ngijol, Yan Tual, Guillaume Bouttemy, Philippe Rebbot,
Comédie policière – 2025 – France– 1h26
Sortie en salles le 18 mars 2026

L’histoire
1984. Yvon Kastendeuch, flic à l’ancienne et fan de Michel Sardou est propulsé malgré lui à la tête d’une « unité d’élite » : la Police Flash 80. Il doit désormais faire équipe avec Guilaine, maman surmenée et cerveau du groupe, Marfoud, geek du Minitel et Roberto, l’infiltré à la coupe mulet. Ensemble, ils vont tenter de démanteler un trafic de drogue en devenant une brigade si improbable, que même les années 80 n’étaient pas prêtes.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Il faut bien l’avouer, on craignait le pire en découvrant le pitch et les premières images de POLICE FLASH 80 ! Déjà ce titre…

Eh bien, mea culpa, ce second long-métrage de Jean-Baptiste Saurel, après le déroutant et très inégal ZÉNITHAL, est une belle réussite du genre. Un vrai plaisir de cinoche à l’ancienne !

Avec la belle complicité de Thomas Ngijol, non seulement acteur mais aussi initiateur et coscénariste du film, le réalisateur nous régale d’une réjouissante comédie policière. Un film sans temps morts, truffé de références visuelles et musicales, qui revisite avec gourmandise et une folle énergie le meilleur et souvent le pire des années 80.
Saluons à ce titre la joyeuse direction artistique du film qui, avec un sens du détail absolument irrésistible, devrait ravir toutes celles et tous ceux qui ont traversé cette époque.

Dès les premières secondes, on se laisse, plus que volontiers, embarquer aux côtés d’Yvon Kastendeuch et de sa brigade de bras cassés. Il faut dire que ce flic, bas de plafond, est incarné avec une délectation non feinte par l’immense François Damiens qui ne nous avait sans doute pas autant fait rire depuis DIKKENEK. C’est dire…

Et ses partenaires ne sont pas en reste, d’Audrey Lamy à Brahim Bouhlel en passant par Xavier Lacaille et Thomas Ngijol, chaque interprète paye de sa personne et vit cette aventure à fond la caisse (expression « So 80’s ! »).

Ce que l’on n’avait pas vu venir en revanche, c’est que sous le vernis de la comédie décomplexée qui joue à fond le jeu des anachronismes, se planque, un vrai fond de tendresse pour chacun de ces personnages qui font comme ils peuvent avec ce qu’ils ont et ce qu’ils sont dans l’époque.

Et surtout, en assumant à fond l’aspect film d’époque, POLICE FLASH 80 pratique cet humour politiquement incorrect qui caractérise bien les décennies passées et notamment les 80’s.
Mais loin de cultiver une sorte de nostalgie douteuse, les scénaristes dénoncent, à travers des personnages plus que souvent « borderline »,  la complaisante tolérance d’alors pour des propos rétrogrades et des blagues douteuses qui ne passeraient plus du tout aujourd’hui ! Et on s’en réjouit.
Malin et efficace !

Bref, on n’avait pas vraiment vu venir POLICE FLASH 80, le plaisir que l’on y prend n’en est que plus grand. Alors, un seul conseil, ne boudez pas votre plaisir et précipitez-vous en salles. Vous verrez, ça fait un bien fou !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

La maison des femmes – Travail précieux

La maison des femmes – Travail précieux

LA MAISON DES FEMMES

Un film de Mélisa Godet
Scénario de Mélisa Godet
Avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Pierre Deladonchamps, Juliette Armanet, Jean-Charles Clichet, Laurent Stocker
Drame – France – 2025 – 1h50
Sortie en salles le 4 mars 2026

L’histoire
À la Maison des femmes, entre soin, écoute et solidarité, une équipe se bat chaque jour pour accompagner les femmes victimes de violences dans leur reconstruction. Dans ce lieu unique, Diane, Manon, Inès, Awa et leurs collègues accueillent, soutiennent, redonnent confiance. Ensemble, avec leurs forces, leurs fragilités, leurs convictions et une énergie inépuisable.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

Le premier long métrage de Mélisa Godet est une belle réussite.
Sur un sujet qui pouvait s’avérer casse gueule et/ou plombant la scénariste réalisatrice a su trouver le ton juste et le parfait équilibre entre didactisme et romanesque. LA MAISON DES FEMMES est une fiction chorale précise et très documentée qui met en avant le précieux travail du personnel de cette institution née à Saint-Denis.

Mélisa Godet dresse avec beaucoup d’assurance, le portrait de ces femmes (et quelques hommes aussi), véritables héroïnes du quotidien au service d’autres femmes, victimes de violences.

Si à travers les victimes prises en charge par Diane (Karin Viard, très investie) et ses collègues, la cinéaste décrit de nombreux types de violence, elle évoque aussi les terribles mécanismes de l’emprise et de la culpabilité ressentie par leurs victimes.
Plutôt que de mettre en scène la violence, Mélisa Godet a fait le choix judicieux de capturer avec précision l’instant où la parole se libère. Le tout sans aucun voyeurisme ou pathos mais, bien au contraire, avec une infinie pudeur.
Cette place primordiale accordée à la parole et à sa croyance n’est pas sans rappeler la manière dont elle était mise en avant et en scène dans deux films aux thématiques pourtant foncièrement différentes : LES INVISIBLES de Louis-Julien Petit et JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES de Jeanne Herry.   

L’une des autres grandes forces de ce film généreux tient dans le regard que pose Mélisa Godet sur les intervenantes sociales qui font que cette maison des femmes existe.
La réalisatrice ne les montre jamais comme des héroïnes infaillibles mais comme des femmes très engagées, avec leurs certitudes, leurs doutes mais aussi épuisées par le système. Le scénario qui met l’accent sur manque cruel de moyens et de personnel d’une telle structure n’en est que plus crédible.

Même si le récit peut parfois paraitre éclaté, la variété et la richesse de ses principaux personnages fait que l’on s’attache très vite à chacun d’entre eux, d’autant que Mélisa Godet a su accorder une véritable place à tous les protagonistes (et ils sont nombreux) de son histoire.
Saluons à ce titre, la belle efficacité des dialogues et le remarquable investissement de Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara et Oulaya Amamra mais aussi de l’ensemble des autres interprètes.

S’il ne fallait citer que deux séquence très emblématiques du film, nous retiendrions la séance photo collective, à la fois douloureuse et joyeuse, qui permet aux victimes de retrouver une forme de confiance et de dignité que certaines avaient perdu. Ces femmes sont belles et se reconnectent avec elle-même à travers le regard des autres.

Et puis, il y aussi cette confrontation finale et bouleversante entre le personnage d’Inès (remarquable Oulaya Amamra) et celui de sa mère incarnée avec une grande justesse par Aure Atika.
Ce qui se joue à ce moment là de leur histoire personnelle justifie totalement le combat de ces femmes engagées, contre les violences patriarcales.

LA MAISON DES FEMMES est un premier film vibrant et terriblement attachant, une ode à la compassion et à la solidarité qui célèbre la force du collectif.
Une œuvre généreuse que l’on recommande chaleureusement au plus grand nombre.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Deux femmes et quelques hommes – À la recherche du désir perdu !

Deux femmes et quelques hommes – À la recherche du désir perdu !

DEUX FEMMES ET QUELQUES HOMMES

Un film de Chloé Robichaud
Scénario de Catherine Léger
Avec Laurence Leboeuf, Karine Gonthier-Hyndman, Félix Moati, Mani Soleymanlou, Sophie Nélisse, Juliette Gariepy
Comédie – Québec – 2025 – 1h40
Sortie en salles le 4 mars 2026

L’histoire
Violette et Florence sont voisines de palier et s’observent. L’une, en congé maternité, est à fleur de peau ; l’autre, en arrêt de travail, ne ressent plus rien. Leur rencontre bouscule soudain leur quotidien monotone et leur regard sur les hommes…. Et s’il était temps d’envisager une révolution sexuelle ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Ce fim québécois de Chloé Robichaud (réalisatrice de SARAH PRÉFÈRE LA COURSE, un 1er long remarqué en 2014) est une adaptation par Catherine Léger de sa pièce de théâtre, elle-même relecture contemporaine et féministe de DEUX FEMMES EN OR, film érotique des années 1970, devenu culte au Québec avec le temps.

Cette comédie de mœurs débridée est le récit de la réappropriation de leur désir par deux femmes minées par la charge mentale imposée par leur quotidien.
DEUX FEMMES ET QUELQUES HOMMES emprunte la voie de l’humour et un ton pince sans rire pour évoquer frontalement des questions très actuelles autour du couple et de la solitude urbaine.

“je trouve que notre couple va mieux quand au moins l’un des deux est sous antidépresseurs…”

Le prétexte idéal pour la réalisatrice de mettre en scène quelques séquences mémorables et souvent burlesques entre ces deux femmes, en quête de plaisirs, et quelques hommes de passage…

Si l’ensemble des interprètes apportent véracité et fantaisie au propos, on retiendra surtout les généreuses prestations de Laurence Lebeouf, déjà enthousiasmante dans LA PETITE REINE d’Alexis Durand-Brault en 2015 (malheureusement resté inédit dans nos salles) et de Karine Gonthier-Hyndman que l’on avait remarqué dans le 1er long métrage de Charlotte Le Bon FALCON LAKE en 2022. Deux actrices pour lesquelles on est en droit de tomber en amour et que l’on aimerait voir plus souvent de ce côté-ci de l’Atlantique.

Signalons enfin des choix esthétiques très inspirés des années 60/70 qui créent un contraste visuel fort avec le propos de cette chronique féministe, tragi-comique, qui a value à Chloé Robichaud de remporter le Prix spécial du jury au Festival de Sundance 2025.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Alter Ego – C’est pas moi, c’est lui !

Alter Ego – C’est pas moi, c’est lui !

ALTER EGO

Un film de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine
Scénario de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine
Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, Zabou Breitman
Comédie – France – 2025 – 1h40
Sortie en salles le 4 mars 2026

L’histoire
Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Il aura fallu patienter près de 13 ans après LE GRAND MÉCHANT LOUP pour retrouver sur grand écran le mauvais (mais réjouissant) esprit de Nicolas Charlet & Bruno Lavaine.   
Le jeu en valait la chandelle tant on retrouve dans ce 3eme long métrage, la patte si singulière des créateurs de la fameuse série TV « Message à caractère informatif ».
LA COGIP est de retour et on s’en réjouit !

Si ALTER EGO évoque par moment le cinéma de Quentin Dupieux ou dans une moindre mesure à celui de Kervern/Delépine, le film de Nicolas & Bruno (leur pseudo, époque Canal+) affirme néanmoins un ton très personnel.
Nous sommes loin ici d’une comédie formatée et bien-pensante. Les deux réalisateurs-scénaristes confirment avec ALTER EGO, un réjouissant sens du détail, d’un goût très sûr pour les situations incongrues et les dialogues qui font mouche, tout en cultivant un art très personnel du (faux) rythme.
Il faut dire qu’ils sont particulièrement bien servis par leur excellent casting avec, entre autres, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, sans oublier la participation de l’inénarrable et duveteuse Zabou Breitman !
Et bien sûr, il y a l’incontournable (on ne s’en plaindra pas !) Laurent Lafitte.

Quelques mois après avoir incarné un flamboyant photographe mondain dans LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE de Thierry Klifa qui vient de lui valoir le très mérité César 2026 du meilleur acteur, Laurent Lafitte continue de s’éclater sur grand écran.
Le comédien nous réjouit une nouvelle fois en composant avec un évident plaisir le personnage coincé d’Alex et celui de son alter ego, l’encombrant et (trop) brillant Axel.
Vous n’êtes pas près d’oublier, entre autres, la séquence d’affrontement final et totalement schizophrénique dans un jardin…  
Cette formidable double composition lui a d’ailleurs permis de recevoir le Prix d’interprétation masculine au Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez 2026.

Avec ALTER EGO, les réalisateurs de LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES (remember Gilles Gabriel en 2008) nous régalent d’une comédie, paranoïaque, absurde et grinçante à souhait mais non dénuée de fond en proposant une réflexion originale autour de la jalousie sociale, du sentiment de déclassement et de l’obsession de son image.

Le nouveau film de Nicolas Charlet & Bruno Lavaine qui ne prend jamais la direction supposée, ne plaira sans doute pas à tout le monde. Mais étais-ce vraiment le but ? Nous n’en sommes par certains !
À chacun son mauvais goût…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Rue Málaga – Espiègle et sensuel

Rue Málaga – Espiègle et sensuel

RUE MÁLAGA (Calle Málaga)

Un film de Maryam Touzani
Scénario de Maryam Touzani & Nabil Ayouch
Avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane…
Comédie dramatique – Maroc – 2025 – 1h54
Sortie en salles le 25 février 2026

L’histoire
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d’une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Avec son troisième long métrage après ADAM et le magnifique LE BLEU DU CAFTAN, la scénariste-réalisatrice marocaine Maryam Touzani confirme tout le bien que l’on pense de son cinéma profondément humaniste.
RUE MÁLAGA dresse avec fougue et générosité, le portrait d’une femme bien décidée à ne pas s’en laisser compter, refusant la fatalité de la vieillesse et de décisions prises contre son gré.

On retrouve dans ce long-métrage coécrit avec son compagnon cinéaste Nabil Ayouch, toute la sensibilité déjà à l’œuvre dans les précédents films de Maryam Touzani.

Rares sont les films à avoir célébré de manière aussi belle, joyeuse et sensuelle, la renaissance de l’amour et du désir chez des personnes âgées.
Il convient d’ailleurs de saluer l’intelligence et la délicatesse avec laquelle, Maryam Touzani filme l’intimité charnelle des octogénaires, avec la complicité de ses généreux interprètes. Il n’y a pas une once de voyeurisme ou de vulgarité, bien au contraire dans ce que dévoile la réalisatrice.

Nul doute que le charme fou distillé par RUE MÁLAGA doit beaucoup à son interprète principale, la géniale Carmen Maura à qui Maryam Touzani a eu la judicieuse idée de proposer ce rôle de femme déterminée, au caractère bien trempé, et imprévisible.

On ressort de cette chatoyante comédie, heureux et ravi d’avoir partagé, durant près de deux heures, le quotidien d’une femme libre que chacun.e aimerait avoir comme grand-mère.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans