Le (succulent) goût des autres !

Le (succulent) goût des autres !

LE GOÛT DES AUTRES

Un film d’Agnès Jaoui
Scénario d’Agnès Jaoui & Jean-Pierre Bacri
Avec Jean-Pierre Bacri, Gérard Lanvin, Anne Alvaro, Alain Chabat, Agnès Jaoui, Anne Le Ny, Sam Karmann, Wladimir Yordanoff, Jean-Pierre Darroussin.
Comédie dramatique – 2000 – France – 1h52
(re) sortie en salles, en version restaurée 4K, le 1er avril 2026

L’histoire
C’est l’histoire d’un chef d’entreprise qui rencontre une actrice qui est amie avec une serveuse qui rencontre un garde du corps qui travaille avec un chauffeur qui conduit une décoratrice qui est la femme du chef d’entreprise qui voudrait être ami avec des artistes qui… C’est l’histoire des goûts des uns et des couleurs des autres. C’est l’histoire de personnages et de milieux qui n’auraient pas dû se rencontrer car on ne bouscule pas les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d’histoires.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

C’est au printemps 2000 que nous avons découvert avec bonheur qu’Agnès Jaoui était non seulement une excellente actrice et scénariste mais aussi une formidable réalisatrice avec ce GOÛT DES AUTRES qui marquait brillamment ses débuts derrière la caméra.  

C’est avec son très fidèle complice Jean-Pierre Bacri, qu’Agnès Jaoui a coécrit ce formidable long-métrage récompensé de quatre César *, dont celui du meilleur film et du meilleur scénario en 2001.

Les « Jabac » y dénoncent, entre autres, un certain entre-soi des “élites” culturelles qui rejettent ceux qui n’ont pas les codes, mais aussi l’esprit de ceux qui refusent l’ouverture ou de plonger dans l’inconnu.
La question de l’appartenance sociale a rarement été aussi bien traitée au cinéma.

LE GOÛT DES AUTRES, titre qui correspond si bien à  la personnalité de la généreuse Agnès Jaoui, est porté par des dialogues fins et percutants.
Des dialogues qui prennent une tournure incomparables quand ils sont dits avec un talent inouï par des comédiens tels que Gérard Lanvin, Alain Chabat, Wladimir Yordanoff, Agnès Jaoui, elle-même ou bien encore les remarquables Anne Alvaro et Jean-Pierre Bacri (une de ses meilleures compositions) dont les incarnations sont à la fois irrésistibles de drôlerie et bouleversantes d’émotion. Du grand art !  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

* LE GOÛT DES AUTRES  a obtenu quatre César en 2001 : meilleur film, meilleur scénario, meilleur acteur dans un second rôle – Gérard Lanvin, meilleure actrice dans un second rôle – Anne Alvaro

Derrière les palmiers – Désirs, désirs…

Derrière les palmiers – Désirs, désirs…

DERRIÈRE LES PALMIERS (Behind the Palm Trees)

Un film de Meryem Benm’Barek
Scénario de Meryem Benm’Barek & Fyzal Boulifa
Avec Sara Giraudeau, Driss Ramdi, Nadia Kounda, Carole Bouquet, Olivier Rabourdin…
Drame – 2026 – Maroc – 1h40
Sortie en salles le 1er avril 2026

L’histoire
A Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Remarquée avec SOFIA , Prix du scénario – Un Certain Regard à Cannes en 2018, Meryem Benm’Barek est de retour avec un second long-métrage dont le titre résume parfaitement le propos.
Que se cache-t-il derrière les façades éclatantes d’une partie du Maroc, celui de riches expatriés ?

DERRIÈRE LES PALMIERS est le regard que pose la scénariste – réalisatrice marocaine sur son pays mais aussi sur le reste du monde.
Un regard qui passe à travers un récit dans lequel la tension et le désir circulant entre ses trois principaux personnages sont poussés à leur paroxysme.  

Drame intime, sur fond de fracture sociale, DERRIÈRE LES PALMIERS emprunte habilement les chemins du thriller.
La cinéaste y explore subtilement l’attraction destructrice de Mehdi pour un monde de privilèges et de liberté apparente, au risque de sacrifier sa propre identité, ses proches et ses attaches. Le spectateur suit impuissant le parcours du jeune homme, à travers des décisions qui semblent le rapprocher inexorablement d’un point de non-retour.

La force du film tient en grande partie à son passionnant propos mais aussi à la belle incarnation de son triangle amoureux par trois formidables interprètes, Sara Giraudeau (Marie), Nadia Kounda (Selma) et Driss Ramdi, alias Mehdi, un personnage ambigu, manipulateur et largué, dont le film adopte le point de vue.
Quelques réserves en revanche sur l’interprétation plus appuyée (voire caricaturale) de Carole Bouquet et Olivier Rabourdin qui incarnent les parents faussement généreux et empathiques de Marie.   

Reste que DERRIÈRE LES PALMIERS confirme l’acuité du regard de Meryem Benm’Barek et sa faculté d’analyse des fractures de la société marocaine. Son second long-métrage dresse le portrait captivant d’une jeunesse marocaine tiraillée entre ses racines et une forme de mirage occidental.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Ceux qui comptent – Tragicomédie pleine de fantaisie

Ceux qui comptent – Tragicomédie pleine de fantaisie

CEUX QUI COMPTENT

Un film de Jean-Baptiste Leonetti
Scénario de Jean-Baptiste Leonetti
Avec Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labeque, Alexis Rosenstiehl, Alma Ngoc, Melissa Izquierdo
Comédie dramatique – 2026 – France – 1h38
Sortie en salles le 25 mars 2026

L’histoire
Rose et Jean n’ont rien en commun. Rose est une force de la nature qui affronte tous ses problèmes avec une désarmante joie de vivre. Elle campe avec ses 3 enfants à l’étage de l’hôtel de famille qui ne leur appartient plus, et non, ils ne sont pas pauvres, ils sont fauchés. C’est temporaire. Jean est un homme solitaire et taciturne qui a fini par enfouir son grand cœur sous des couches de pudeur et de résignation. Quand il arrive malgré lui dans cette famille hors norme, il va très vite devenir indispensable. Qu’attendaient-ils avant de se rencontrer ? Sans doute plus rien. Et pourtant, ensemble, tout va devenir possible.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Jolie surprise que la découverte de CEUX QUI COMPTENT, 3e long-métrage de Jean-Baptiste Leonetti, d’autant que ses deux premiers films CARRÉ BLANC et HORS DE PORTÉE (sorti directement en streaming chez nous en 2015) n’ont pas laissé un souvenir impérissable.

11 ans donc après son aventure américaine avec Michael Douglas, le cinéaste est de retour en France avec cette très touchante et singulière comédie dramatique.

CEUX QUI COMPTENT
est une chronique familiale sur fond de résilience qui ose les ruptures de ton, passant avec audace du rire aux larmes, sans jamais verser dans le pathos. Son réalisateur préférant s’attarder sur la délicatesse d’un geste, d’un silence ou d’un regard… Il a, par ailleurs, fait le choix de décors judicieux qui servent particulièrement bien son propos, que ce soit celui d’un hypermarché, d’un appartement bourgeois ou de cet hôtel aux papiers peints improbables, tombé en totale désuétude et squatté par Rose et ses enfants.

Avant d’évoquer Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin, le ticket gagnant de CEUX QUI COMPTENT, saluons la parfaite justesse de son casting des enfants qui sont tous absolument formidables. On connaissait déjà la fougue de Louise Labèque, découverte en 2017 dans ROULEZ JEUNESSE de Julien Guetta et dont la singularité du talent s’est confirmée en 2023 dans l’excellent TONI EN FAMILLE de Nathan Ambrosioni.

Le tempérament impétueux de la jeune Emily a trouvé l’interprète idéale avec Alma Ngoc dont c’est la toute première apparition au cinéma. Quant au personnage complexe de Simon, il est remarquablement incarné par Alexis Rosenstiehl, un jeune comédien dont on n’a pas fini d’entendre parler tant il impressionne par la justesse et la variété de son jeu. Confirmation à venir très vite, puisqu’il sera à l’affiche ce 15 avril de JUSTE UNE ILLUSION, le très attendu nouveau long métrage d’Éric Toledano et Olivier Nakache aux côtés de Camille Cottin, Louis Garrell et d’un certain… Pierre Lottin.

Pierre Lottin, justement, qui vient de recevoir le César du second rôle masculin pour L’ÉTRANGER de François Ozon, il trouve ici un rôle qui lui permet d’élargir encore sa remarquable palette de jeu.
On se souviendra longtemps de la belle alchimie du duo qu’il forme avec la toujours géniale Sandrine Kiberlain. Il va sans dire qu’ils sont pour beaucoup dans le charme que procure cette comédie dramatique inattendu mais ô combien attachante et bienvenue.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Projet dernière chance – Magique rencontre du troisième type !

Projet dernière chance – Magique rencontre du troisième type !

PROJET DERNIÈRE CHANCE (Project Hail Mary)

Un film de Phil Lord & Christopher Miller
Scénario de Drew Goddard d’après l’œuvre d’Andy Weir
Avec Ryan Gosling, Sandra Hüller, James Ortiz, Milana Vayntrub, Lionel Boyce, Ken Leung, Liz Kingsman…
Science-Fiction, Aventure, Action – 2025 – États-Unis – 2h37
Sortie en salles le 18 mars 2026

L’histoire
Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l’énigme de la mystérieuse substance qui cause l’extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles … Mais une amitié inattendue pourrait bien l’aider à ne pas affronter cette mission tout seul.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

Excellente surprise que 5em long du tandem Phil Lord/Christopher Miller qui avait disparu des radars ciné depuis LA GRANDE AVENTURE LEGO, que je n’avais pas, je le reconnais volontiers, eu la curiosité d’aller voir en 2014.
La réussite de PROJET DERNIÈRE CHANCE est telle qu’il me tarde désormais de m’offrir une séance de rattrapage de leur film d’animation…

Les deux réalisateurs ont laissé le soin à Drew Goddard d’adapter le roman homonyme de l’écrivain américain Andy Weir, également auteur de Seul sur mars, porté à l’écran par Ridley Scott en 2015.
Ils ont ainsi pu se consacrer totalement à l’ambitieuse et délicate mise en scène de PROJET DERNIÈRE CHANCE. Et, autant le dire, le résultat dépasse les espérances.

Voilà enfin un blockbuster quasi parfait, à la fois très spectaculaire et profondément intime, sur fond de questionnements politiques et existentiels.
PROJET DERNIÈRE CHANCE est un film qui mêle les genres avec maestria, science-fiction, comédie, émotion et merveilleux. Le tout avec une inventivité de tous les instants dans sa direction artistique.

On croyait pourtant avoir déjà tout vu en matière de vaisseaux spatiaux et d’exploitation de l’univers (de STAR WARS à GRAVITY, en passant par ALIEN ou INTERSTELLAR).
Ici, par la grâce d’un scénario original et malin, les cinéastes nous convient à magnifique voyage dans l’espace-temps, sur fond de décors magiques et d’une somptueuse et très inattendue bande originale signée du compositeur britannique Daniel Pemberton. Une BO qui ne surligne en aucun cas l’action mais qui transcende magistralement certaines séquences à haute teneur en émotion.     

Ryan Gosling livre ici une remarquable performance en étant seul à l’écran une grande partie du temps, même si l’on a grand plaisir à y retrouver également pour quelques séquences marquantes, l’excellente interprète d’ANATOMIE D’UNE CHUTE, Sandra Hüller.
Le jeu tout en nuance et en distance ironique de Ryan Gosling sied à merveille le propos de ce film porté par un humour surprenant et bienvenu avec ses références et nombreux clins d’œil, entre autres à E.T ou même Meryl Streep.

Mais surtout, le film nous procure de réelles et belles émotions à travers la relation puissante qui nait entre Ryland Grace & Rocky, la bouleversante et très déterminée entité extraterrestre.

Rares sont les films de plus de 2h30 que l’on a envie de revoir au plus vite. C’est le cas de ce PROJET DERNIÈRE CHANCE que je conseille plus que chaleureusement à toutes celles et tous ceux qui ont gardé, en eux, une part de leur enfance et de leur capacité à s’émerveiller.   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Police Flash 80, une comédie qui envoie du pâté !

Police Flash 80, une comédie qui envoie du pâté !

POLICE FLASH 80

Un film de Jean-Baptiste Saurel
Scénario de Thomas Ngijol, Giulio Callegari, Yohan Zaoui sur une idée de Thomas Ngijol
Avec François Damiens, Audrey Lamy, Xavier Lacaille, Brahim Bouhlel, Thomas Ngijol, Yan Tual, Guillaume Bouttemy, Philippe Rebbot,
Comédie policière – 2025 – France– 1h26
Sortie en salles le 18 mars 2026

L’histoire
1984. Yvon Kastendeuch, flic à l’ancienne et fan de Michel Sardou est propulsé malgré lui à la tête d’une « unité d’élite » : la Police Flash 80. Il doit désormais faire équipe avec Guilaine, maman surmenée et cerveau du groupe, Marfoud, geek du Minitel et Roberto, l’infiltré à la coupe mulet. Ensemble, ils vont tenter de démanteler un trafic de drogue en devenant une brigade si improbable, que même les années 80 n’étaient pas prêtes.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Il faut bien l’avouer, on craignait le pire en découvrant le pitch et les premières images de POLICE FLASH 80 ! Déjà ce titre…

Eh bien, mea culpa, ce second long-métrage de Jean-Baptiste Saurel, après le déroutant et très inégal ZÉNITHAL, est une belle réussite du genre. Un vrai plaisir de cinoche à l’ancienne !

Avec la belle complicité de Thomas Ngijol, non seulement acteur mais aussi initiateur et coscénariste du film, le réalisateur nous régale d’une réjouissante comédie policière. Un film sans temps morts, truffé de références visuelles et musicales, qui revisite avec gourmandise et une folle énergie le meilleur et souvent le pire des années 80.
Saluons à ce titre la joyeuse direction artistique du film qui, avec un sens du détail absolument irrésistible, devrait ravir toutes celles et tous ceux qui ont traversé cette époque.

Dès les premières secondes, on se laisse, plus que volontiers, embarquer aux côtés d’Yvon Kastendeuch et de sa brigade de bras cassés. Il faut dire que ce flic, bas de plafond, est incarné avec une délectation non feinte par l’immense François Damiens qui ne nous avait sans doute pas autant fait rire depuis DIKKENEK. C’est dire…

Et ses partenaires ne sont pas en reste, d’Audrey Lamy à Brahim Bouhlel en passant par Xavier Lacaille et Thomas Ngijol, chaque interprète paye de sa personne et vit cette aventure à fond la caisse (expression « So 80’s ! »).

Ce que l’on n’avait pas vu venir en revanche, c’est que sous le vernis de la comédie décomplexée qui joue à fond le jeu des anachronismes, se planque, un vrai fond de tendresse pour chacun de ces personnages qui font comme ils peuvent avec ce qu’ils ont et ce qu’ils sont dans l’époque.

Et surtout, en assumant à fond l’aspect film d’époque, POLICE FLASH 80 pratique cet humour politiquement incorrect qui caractérise bien les décennies passées et notamment les 80’s.
Mais loin de cultiver une sorte de nostalgie douteuse, les scénaristes dénoncent, à travers des personnages plus que souvent « borderline »,  la complaisante tolérance d’alors pour des propos rétrogrades et des blagues douteuses qui ne passeraient plus du tout aujourd’hui ! Et on s’en réjouit.
Malin et efficace !

Bref, on n’avait pas vraiment vu venir POLICE FLASH 80, le plaisir que l’on y prend n’en est que plus grand. Alors, un seul conseil, ne boudez pas votre plaisir et précipitez-vous en salles. Vous verrez, ça fait un bien fou !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans