Deux femmes et quelques hommes – À la recherche du désir perdu !

Deux femmes et quelques hommes – À la recherche du désir perdu !

DEUX FEMMES ET QUELQUES HOMMES

Un film de Chloé Robichaud
Scénario de Catherine Léger
Avec Laurence Leboeuf, Karine Gonthier-Hyndman, Félix Moati, Mani Soleymanlou, Sophie Nélisse, Juliette Gariepy
Comédie – Québec – 2025 – 1h40
Sortie en salles le 4 mars 2026

L’histoire
Violette et Florence sont voisines de palier et s’observent. L’une, en congé maternité, est à fleur de peau ; l’autre, en arrêt de travail, ne ressent plus rien. Leur rencontre bouscule soudain leur quotidien monotone et leur regard sur les hommes…. Et s’il était temps d’envisager une révolution sexuelle ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Ce fim québécois de Chloé Robichaud (réalisatrice de SARAH PRÉFÈRE LA COURSE, un 1er long remarqué en 2014) est une adaptation par Catherine Léger de sa pièce de théâtre, elle-même relecture contemporaine et féministe de DEUX FEMMES EN OR, film érotique des années 1970, devenu culte au Québec avec le temps.

Cette comédie de mœurs débridée est le récit de la réappropriation de leur désir par deux femmes minées par la charge mentale imposée par leur quotidien.
DEUX FEMMES ET QUELQUES HOMMES emprunte la voie de l’humour et un ton pince sans rire pour évoquer frontalement des questions très actuelles autour du couple et de la solitude urbaine.

“je trouve que notre couple va mieux quand au moins l’un des deux est sous antidépresseurs…”

Le prétexte idéal pour la réalisatrice de mettre en scène quelques séquences mémorables et souvent burlesques entre ces deux femmes, en quête de plaisirs, et quelques hommes de passage…

Si l’ensemble des interprètes apportent véracité et fantaisie au propos, on retiendra surtout les généreuses prestations de Laurence Lebeouf, déjà enthousiasmante dans LA PETITE REINE d’Alexis Durand-Brault en 2015 (malheureusement resté inédit dans nos salles) et de Karine Gonthier-Hyndman que l’on avait remarqué dans le 1er long métrage de Charlotte Le Bon FALCON LAKE en 2022. Deux actrices pour lesquelles on est en droit de tomber en amour et que l’on aimerait voir plus souvent de ce côté-ci de l’Atlantique.

Signalons enfin des choix esthétiques très inspirés des années 60/70 qui créent un contraste visuel fort avec le propos de cette chronique féministe, tragi-comique, qui a value à Chloé Robichaud de remporter le Prix spécial du jury au Festival de Sundance 2025.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Alter Ego – C’est pas moi, c’est lui !

Alter Ego – C’est pas moi, c’est lui !

ALTER EGO

Un film de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine
Scénario de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine
Avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, Zabou Breitman
Comédie – France – 2025 – 1h40
Sortie en salles le 4 mars 2026

L’histoire
Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Il aura fallu patienter près de 13 ans après LE GRAND MÉCHANT LOUP pour retrouver sur grand écran le mauvais (mais réjouissant) esprit de Nicolas Charlet & Bruno Lavaine.   
Le jeu en valait la chandelle tant on retrouve dans ce 3eme long métrage, la patte si singulière des créateurs de la fameuse série TV « Message à caractère informatif ».
LA COGIP est de retour et on s’en réjouit !

Si ALTER EGO évoque par moment le cinéma de Quentin Dupieux ou dans une moindre mesure à celui de Kervern/Delépine, le film de Nicolas & Bruno (leur pseudo, époque Canal+) affirme néanmoins un ton très personnel.
Nous sommes loin ici d’une comédie formatée et bien-pensante. Les deux réalisateurs-scénaristes confirment avec ALTER EGO, un réjouissant sens du détail, d’un goût très sûr pour les situations incongrues et les dialogues qui font mouche, tout en cultivant un art très personnel du (faux) rythme.
Il faut dire qu’ils sont particulièrement bien servis par leur excellent casting avec, entre autres, Blanche Gardin, Olga Kurylenko, Marc Fraize, sans oublier la participation de l’inénarrable et duveteuse Zabou Breitman !
Et bien sûr, il y a l’incontournable (on ne s’en plaindra pas !) Laurent Lafitte.

Quelques mois après avoir incarné un flamboyant photographe mondain dans LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE de Thierry Klifa qui vient de lui valoir le très mérité César 2026 du meilleur acteur, Laurent Lafitte continue de s’éclater sur grand écran.
Le comédien nous réjouit une nouvelle fois en composant avec un évident plaisir le personnage coincé d’Alex et celui de son alter ego, l’encombrant et (trop) brillant Axel.
Vous n’êtes pas près d’oublier, entre autres, la séquence d’affrontement final et totalement schizophrénique dans un jardin…  
Cette formidable double composition lui a d’ailleurs permis de recevoir le Prix d’interprétation masculine au Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez 2026.

Avec ALTER EGO, les réalisateurs de LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES (remember Gilles Gabriel en 2008) nous régalent d’une comédie, paranoïaque, absurde et grinçante à souhait mais non dénuée de fond en proposant une réflexion originale autour de la jalousie sociale, du sentiment de déclassement et de l’obsession de son image.

Le nouveau film de Nicolas Charlet & Bruno Lavaine qui ne prend jamais la direction supposée, ne plaira sans doute pas à tout le monde. Mais étais-ce vraiment le but ? Nous n’en sommes par certains !
À chacun son mauvais goût…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Rue Málaga – Espiègle et sensuel

Rue Málaga – Espiègle et sensuel

RUE MÁLAGA (Calle Málaga)

Un film de Maryam Touzani
Scénario de Maryam Touzani & Nabil Ayouch
Avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane…
Comédie dramatique – Maroc – 2025 – 1h54
Sortie en salles le 25 février 2026

L’histoire
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d’une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Avec son troisième long métrage après ADAM et le magnifique LE BLEU DU CAFTAN, la scénariste-réalisatrice marocaine Maryam Touzani confirme tout le bien que l’on pense de son cinéma profondément humaniste.
RUE MÁLAGA dresse avec fougue et générosité, le portrait d’une femme bien décidée à ne pas s’en laisser compter, refusant la fatalité de la vieillesse et de décisions prises contre son gré.

On retrouve dans ce long-métrage coécrit avec son compagnon cinéaste Nabil Ayouch, toute la sensibilité déjà à l’œuvre dans les précédents films de Maryam Touzani.

Rares sont les films à avoir célébré de manière aussi belle, joyeuse et sensuelle, la renaissance de l’amour et du désir chez des personnes âgées.
Il convient d’ailleurs de saluer l’intelligence et la délicatesse avec laquelle, Maryam Touzani filme l’intimité charnelle des octogénaires, avec la complicité de ses généreux interprètes. Il n’y a pas une once de voyeurisme ou de vulgarité, bien au contraire dans ce que dévoile la réalisatrice.

Nul doute que le charme fou distillé par RUE MÁLAGA doit beaucoup à son interprète principale, la géniale Carmen Maura à qui Maryam Touzani a eu la judicieuse idée de proposer ce rôle de femme déterminée, au caractère bien trempé, et imprévisible.

On ressort de cette chatoyante comédie, heureux et ravi d’avoir partagé, durant près de deux heures, le quotidien d’une femme libre que chacun.e aimerait avoir comme grand-mère.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le rêve américain – Feel gooooooood !

Le rêve américain – Feel gooooooood !

LE RÊVE AMÉRICAIN

Un film d’Anthony Marciano
Scénario d’Anthony Marciano
Avec Jean-Pascal Zadi, Raphaël Quenard, Olga Mouak, Tracy Gotoas…
Comédie – France– 2026 – 2h01
Sortie en salles le 18 février 2026

L’histoire
Personne n’aurait parié sur Jérémy, coincé derrière le comptoir d’un vidéo club à Amiens, ou sur Bouna, lorsqu’il faisait des ménages à l’aéroport d’Orly. Sans contacts, sans argent et avec un niveau d’anglais plus qu’approximatif, rien ne les prédestinait à devenir des agents qui comptent en NBA.

Inspiré d’une histoire vraie, ce film raconte le parcours de deux outsiders qui, grâce à leur passion absolue pour le basket et leur amitié indéfectible, ont bravé tous les obstacles pour réaliser leur Rêve Américain.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

N’y allons pas par quatre chemins, même s’ils mènent aux Etats-Unis. Ce RÊVE AMÉRICAIN, d’Anthony Marciano est une belle réussite, un film ouvertement positif, sans jamais être niais et qui fait un bien fou, d’autant plus par les temps qui courent !
Il faut dire que le réalisateur de PLAY et LES GAMINS a été très inspiré en choisissant de nous raconter l’incroyable success story de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana qui vont devenir, grâce à leur pugnacité, deux agents très influents de la NBA.

Vous n’y connaissez pas grand-chose aux arcanes du basket professionnel et à priori, cela ne vous passionne pas ?
Rassurez-vous Anthony Marciano n’a pas réalisé un film de sport pour les fans, les joueurs ou les spécialistes, même si les séquences de basket sont extrêmement bien filmées et qu’il a su reconstituer avec soin l’ambiance fiévreuse de la draft, une étonnante bourse aux joueurs où se décident les transferts qui changent une carrière.

Si grâce à ce soin apporté au fond, on comprend parfaitement ce qui se joue entre les agents et les joueurs, c’est la formidable aventure humaine et l’amitié hors du commun qui lient Jérémy et Bouna que raconte principalement le réalisateur et qui nous touche en plein cœur.
Deux hommes que tout semblait opposer et qui ont su trouver leur force et une incroyable complémentarité dans leurs différences.

Pour donner vie à ce duo choc et atypique sur grand écran, Anthony Marciano a eu l’idée géniale de faire appel à Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard. Deux interprètes au tempérament fougueux qui ont déjà tourné 5 fois ensemble (de FUMER FAIT TOUSSER en 2022 à I LOVE PERU en 2025) et qu’il a su emmener sur un terrain de jeu qu’on ne leur connaissait pas vraiment.
Le pari est pleinement réussi, d’autant plus que l’évidente complicité des deux comédiens dans la vie a su nourrir leurs compositions. S’ils sont toujours aussi vifs et drôles, ils n’ont jamais été aussi touchants.

Certes on rit volontiers avec Jérémy et Bouna de leurs mésaventures, mais grâce à leurs interprètes on est en totale empathie avec ces très attachantes personnalités qui font le choix d’aller de l’avant, malgré les doutes et les nombreux obstacles.
Nul doute que ce bel exemple d’opiniâtreté, mêlé à un certain opportunisme, mettra du baume au cœur à toutes celles et ceux que l’on bride parfois dans leur ambition.

Ne jamais abandonner ses rêves !  C’est ce que prône ce RÊVE AMÉRICAIN, réjouissant feel good movie dont l’énergie, la générosité et la sensibilité ne sont pas sans rappeler le cinéma d’Éric Toledano & Olivier Nakache.

Un bon conseil, ne jouez pas votre déplacement en salles à pile ou face. Courez-y. Vous verrez, ça fait un bien fou !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Aucun autre choix – Jeu de massacre social

Aucun autre choix – Jeu de massacre social

AUCUN AUTRE CHOIX (Eojjeolsuga eobsda)

Un film de Park Chan-Wook
Scénario de Park Chan-Wook & Kyoung-mi Lee
Avec Lee Byung-Hun, Ye-jin Son, Park Hee-Soon
Comédie – Drame – Thriller – Corée du sud – 2025 – 2h19
Sortie en salles le 11 février 2026

L’histoire
Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…
Film interdit en salles aux moins de 12 ans

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

AUCUN AUTRE CHOIX, le nouveau long-métrage de Park Chan-Wook est très librement adapté du roman de Donald Westlake LE COUPERET, qui avait déjà inspiré en 2005 le film homonyme de Costa Gavras avec José Garcia.

20 ans après, il est quasiment impossible de jouer au jeu des différences, tant elles sont nombreuses, même si le film coréen est coproduit par KG Productions, la société de Michèle et Costa Gavras, à qui Park Chan-Wook dédie d’ailleurs son film.

Avec AUCUN AUTRE CHOIX, le réalisateur manie le mélange des genres avec brio, entre drame social, thriller et comédie noire baroque.
Mais surtout, il règle son sort au capitalisme et ses dérives, avec ce sens de la cruauté qu’on lui connait bien maintenant.

Park Chan-Wook
prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs en faisant emprunter à son personnage principal, You Man-Su, des chemins de traverse, extrêmement stimulants pour le spectateur.
Difficile, en effet, de deviner au fil des séquences quelle direction va emprunter You Man Su et donc ce film en forme d’un jeu de massacre, cynique à souhait. D’autant que le cinéaste distord le temps à travers des choix de mise en scène brillants et toujours inventifs.

Saluons pour terminer la formidable composition, aux confins du burlesque de l’excellent Lee Byung-Hun (A BITTERSWEET LIFE – LE BON, LA BRUTE ET LE CINGLÉ…) qui participe pleinement au plaisir pris à la découverte de ce réjouissant nouveau film de Park Chan-Wook.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans