Les silences de Ryad – Seule contre tous…

Les silences de Ryad – Seule contre tous…

LES SILENCES DE RYAD (Unidentified)

Un film d’Haifaa Al Mansour
Scénario d’Haifaa Al Mansour et Brad Niemann
Avec Abdullah Al-Qahtani, Mila Alzahrani, Aziz Gharbawi…
Thriller – Arabie saoudite – 2025 – 1h41
Sortie en salles le 5 août 2026

L’histoire
Dans le désert saoudien, le corps d’une adolescente est retrouvé, sans qu’elle puisse être identifiée. Personne ne signale sa disparition et l’affaire est rapidement classée. Mais à Riyad, Nawal, une jeune employée du commissariat, refuse de lâcher ce dossier. En enquêtant sur la victime, elle met au jour des éléments qu’elle n’aurait jamais dû découvrir et se retrouve bientôt entraînée dans une affaire qui la dépasse.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

13 ans se sont écoulés depuis la sortie de WADJDA, le remarquable premier long-métrage d’Haifaa Al Mansour. Un film choc suivi de quelques autres plus oubliables (excepté THE PERFECT CANDIDATE en 2019) et de la réalisation d’épisodes pour des séries américaines.
Cet été la cinéaste saoudienne est de retour avec un drame social en forme de polar que l’on a plaisir à vous recommander.

L’occasion pour d’Haifaa Al Mansour de montrer et dénoncer, une nouvelle fois, les travers de la société contemporaine saoudienne, dont notamment les inégalités de genre qui frappent les femmes de ce pays.
LES SILENCES DE RYAD est rythmé par un scénario malin qui multiplie les fausses pistes jusqu’à son surprenant et déroutant retournement final qui permet au spectateur une relecture mentale de ce qu’il pu imaginer au fil d’un palpitant récit.

À ce titre, que ce soit sur le fond ou sur la forme, LES SILENCES DE RYAD n’est pas sans évoquer un autre thriller social sorti l’an passé, AÏCHA de Mehdi M. Barsaoui.
Les deux films possèdent en commun d’installer leurs spectateurs dans une grandissante tension en jouant habilement avec les codes du thriller. Une façon de mieux raconter, entre autres, la condition féminine dans leurs pays respectifs, l’Arabie Saoudite et la Tunisie.

Si on est en droit de tiquer par moments, face à certaines réactions de Nawal (Mila Al-Zahrani très impliquée) et quelques raccourcis scénaristiques, on se laisse néanmoins emporter par l’efficacité de ce polar en terre méconnue qui confirme le talent certain de sa réalisatrice.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Sur la route d’Omaha – Road trip déchirant

Sur la route d’Omaha – Road trip déchirant

SUR LA ROUTE D’OMAHA (Omaha)

Un film de Cole Webley
Scénario de Robert Machoian
Avec John Magaro, Molly Belle Wright, Wyatt Solis
Drame – États-Unis – 2025 – 1h23
Sortie en salles le 22 juillet 2026

L’histoire
Ella et son frère Charlie sont réveillés en pleine nuit par leur père. Sans explication, il les embarque pour un long voyage sur les routes du Midwest. Alors que les deux jeunes enfants découvrent un monde qu’ils n’ont jamais vu, leur père demeure mutique et soucieux. Ella commence alors à entrevoir la vérité derrière ce voyage improvisé…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

À l’instar de longs-métrages comme AFTERSUN ou REBUILDING, SUR LA ROUTE D’OMAHA s’inscrit dans la grande tradition du cinéma américain indépendant qui se fait malheureusement de plus en plus rare.
Avec ce premier long-métrage couronné du Prix du Jury au Festival de Deauville 2025, Cole Webley nous offre l’un des films les plus bouleversants vus ces derniers mois sur grand écran.

Ce qui frappe dès les premières minutes de ce film d’une remarquable sensibilité, c’est l’extrême douceur qui se dégage du personnage de ce père que l’on suit avec ses enfants SUR LA ROUTE D’OMAHA, 1h33 durant.
À travers ce récit, en forme de road movie, d’un homme rongé par la culpabilité de décisions qu’il prend à contre cœur, le réalisateur dresse le portrait triste mais digne d’une Amérique en marge, victime du déclassement social.

Au fil de séquences, tour à tour,  âpres, tendres et parfois lumineuses (la parenthèse enchantée du cerf-volant dans le désert de sel), ce premier long métrage affiche une formidable cohérence avant de nous délivrer sa bouleversante révélation finale.

Nous ne sommes pas près d’oublier la prestation de John Magaro qui oscille entre douceur protectrice et dureté contrainte. Son jeu, tout en retenue et en intériorité n’est pas sans rappeler celui de Casey Affleck dans MANCHESTER BY THE SEA. Un acteur dont John Magaro partage également un ton de voix très singulier (à la limite de l’atone) qui sert magnifiquement son personnage. Face à lui, la jeune Molly Belle Wright impressionne par l’intensité et la variété de son jeu face à son petit frère et à ce père démuni, dont elle tente de décrypter les pensées et les émotions.

En dehors de l’interprétation du film qui lui apporte toute sa puissance émotionnelle, il convient de saluer le soin apporté à son image avec un beau travail sur la lumière du directeur photo Paul Meyers, sans oublier la très belle et mélancolique bande originale du film signée Christopher Bear (PAST LIVES – NOS VIES D’AVANT, dans lequel jouait d’ailleurs John Magaro).

D’une sincérité poignante, SUR LA ROUTE D’OMAHA touche en plein cœur avec une belle économie de mots et sans jamais céder aux sirènes du mélo.
Cet intimiste mais puissant drame social impressionne par sa tenue et son exigence. On en ressort bouleversé et révolté par une situation qu’aucune famille ne devrait jamais subir.
Sans conteste, l’un des énormes coups de cœur de l’été (découvert l’hiver dernier lors du Festival du film de société de Royan). À découvrir absolument !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

The last viking – Loufoque mais terriblement humain !

The last viking – Loufoque mais terriblement humain !

THE LAST VIKING (Den Sidste Viking)

Un film de Anders Thomas Jensen
Scénario de Anders Thomas Jensen
Avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Lars Brygmann…
Comédie noire – Danemark – Suède – 2025 – 1h56
Sortie en salles le 15 juillet 2026

L’histoire
Interdit en salles aux – de 12 ans

Après quinze ans derrière les barreaux, un braqueur de banque sort de prison et veut récupérer le butin qu’il avait confié à son frère avant son arrestation. Mais ce dernier, convaincu d’être la réincarnation de John Lennon, l’entraîne dans un voyage aussi inattendu qu’improbable…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

La séquence d’ouverture animée de THE LAST VIKING (l’histoire d’un chef viking obsédé par l’égalité absolue de son clan) donne parfaitement le ton d’une fable noire et cruelle, mais qui est surtout très drôle.

THE LAST VIKING marque la sixième collaboration entre le réalisateur Anders Thomas Jensen et son duo d’acteurs fétiches, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas.

Avec son look totalement improbable et son goût pour les défenestrations intempestives, Mads Mikkelsen compose un personnage beaucoup plus subtil qu’il n’en a l’air au premier abord. Son jeu oscille en permanence entre une forme de comique absurde et une immense vulnérabilité, face à Nikolaj Lie Kaas. Ce dernier incarne à merveille un personnage fermé et violent qui se laisse peu à peu attendrir par son frère, pas vraiment comme les autres.

Comme dans ses précédents films LES BOUCHERS VERTS ou ADAM’S APPLE, Anders Thomas Jensen excelle dans l’art de marier une violence cartoonesque à des dialogues ciselés à l’humour noir. À travers le portrait de personnages fantasques (on est fan du groupe qui réinvente Abba & The Beatles !), le réalisateur danois nous invite à une juste réflexion autour de la bienveillance nécessaire vis-à-vis de celles et ceux qui vivent différemment de la plupart d’entre nous.

Sous ses airs de comédie loufoque dont l’univers peut évoquer le cinéma des frères Coen,  THE LAST VIKING s’avère être une formidable réflexion sur la quête d’identité, la reconstruction d’êtres brisés et la loyauté fraternelle.
Un film original, déjanté et rafraichissant que l’on vous conseille très chaleureusement.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Les caprices de l’enfant Roi – Une histoire vraie… ou presque !

Les caprices de l’enfant Roi – Une histoire vraie… ou presque !

LES CAPRICES DE L’ENFANT ROI

Un film de Michel Leclerc
Scénario de Michel Leclerc & Baya Kasmi, sur une idée d’Alexandre Castagnetti
Avec Artus, Julia Piaton, Nemo Schiffman, Niels Hamel-Brochen, Franck Dubosc, Doria Tillier, Suzanne de Baecque, Xavier Robic…
Comédie – Aventure – France – 2026 – 1h54
Sortie en salles le 24 juin 2026

L’histoire
1651. Louis (pas encore XIV) est un jeune adolescent. Alors que la Fronde menace, sa mère Anne d’Autriche décide d’exfiltrer son fils pour le mettre à l’abri et le remplace par un sosie. Louis est confié par D’Artagnan à Cyrano de Bergerac qui le cache au sein de la troupe de théâtre de Madeleine Béjart et Molière. Tandis que Madeleine et Cyrano se découvrent une passion commune pour le jeune Molière, Louis découvre la vie et ses plaisirs, l’art et le travail, le courage et la stratégie, tout ce qui fera de lui le Roi Soleil.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

« Cette histoire est rigoureusement vraie sauf pour les historiens » C’est par cet avertissement amusé que s’ouvre le nouveau film de Michel Leclerc, présenté au Cinéma de la plage lors de la dernière édition du Festival de Cannes. Et pour cause, LES CAPRICES DE L’ENFANT ROI joue le jeu délibéré de l’anachronisme littéraire et de la pure fantaisie historique.

Avec ce 8eme long métrage de fiction pour le cinéma, le réalisateur de LA LUTTE DES CLASSES et LE NOM DES GENS, s’essaie donc pour la première fois, et avec un certain succès au film de cape et d’épée, à la manière des comédies d’aventures réalisées par des cinéastes comme Philippe de Broca (CARTOUCHE, LE BOSSU) ou Jean-Paul Rappeneau (LES MARIÉS DE L’AN DEUX).

Si l’on est loin dans la forme de ses comédies contemporaines, on retrouve dans LES CAPRICES DE L’ENFANT ROI, l’intérêt de Michel Leclerc à ausculter les rapports de classe et son goût du collectif qu’il célèbre cette fois ci à travers le quotidien d’une joyeuse troupe de théâtre itinérante.
C’est d’ailleurs à travers l’art et la vie de cette troupe que le jeune futur souverain hautain et capricieux fait son apprentissage de la vie, du travail et de l’empathie.    

Comme toujours, on soulignera le talent d’écriture du réalisateur et de sa fidèle et talentueuse complice Baya Kasmi, ainsi qu’un sens affuté des dialogues qui claquent.
Des dialogues truffés de références contemporaines qui sont défendus avec fougue par des interprètes tous convaincants.

Artus apporte sa bonhommie et sa verve au personnage de Cyrano. L’excellente Julia Piaton et le trop rare Nemo Schiffman nous régalent de leur belle énergie et d’une complicité amoureuse contrariée. De son côté, le jeune Niels Hamel-Brochen se sort avec les honneurs du rôle de l’enfant roi Louis XIV, adolescent arrogant qui va s’humaniser en découvrant la « vraie vie » auprès de sa famille de théâtre.
Quant à Franck Dubosc, il s’amuse comme un fou en composant un d’Artagnan fourbe et quelque peu usé.  

Vous l’aurez compris, il n’est pas interdit, bien au contraire, de prendre du plaisir à cette comédie historique à condition de ne pas jouer les puristes de la grande histoire.
Alors, certes, les 1h54 du film peuvent paraître un peu excessives, mais saluons le pari réussi de Michel Leclerc de nous offrir une fable d’apprentissage joyeuse, colorée et un pur divertissement familial.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Jim Queen – Déjà cul(te) et réjouissant…

Jim Queen – Déjà cul(te) et réjouissant…

JIM QUEEN

Un film de Marco Nguyen, Nicolas Athane
Scénario de Simon Balteaux, Brice Chevillard
Avec les voix d’Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon…
Animation – Comédie – France – 2026 – 1h25
Sortie en salles le 17 juin 2026

L’histoire
Interdit – 12 ans
Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

Très remarquée à l’occasion de sa présentation en Séance de Minuit au Festival de Cannes en mai dernier, JIM QUEEN fait désormais grimper (si besoin était !) la température dans les salles obscures.

Avec son pitch satirique, politique et corrosif à souhait, JIM QUEEN, s’affirme en parfait outsider pour tous les amateurs d’animation adulte, face à des divertissements plus classiques et familiaux.
On a rarement vu d’animé aussi audacieux et subversif depuis les films du cinéaste belge Picha, TARZOON, LA HONTE DE LA JUNGLE (1975) et LE CHAINON MANQUANT (1980) C’est dire !

Marco Nguyen, Nicolas Athane souhaitaient, avec ce premier long-métrage, critiquer “l’hétéronormativité” et un modèle de vie standardisé (maison, enfants, voiture…).
JIM QUEEN joue ainsi, avec beaucoup d’aplomb et de folie créative sur l’inversion des normes pour mieux les questionner…

Ce film que l’on n’attendait pas forcément est une formidable surprise, un ébouriffant tourbillon d’énergie qui fonctionne comme un miroir tendu à l’homophobie systémique et aux discours normatifs ambiants.
Mais la grande intelligence du film qui dresse un constat amer sur la fragilité des droits acquis est de ne pas jouer la carte du manichéisme, égratignant aussi, entre autres, le culte de l’image et la dictature de l’apparence d’une partie de la communauté queer.

Coloré, pop, volontairement outrancier et provocateur, JIM QUEEN est une véritable réussite dans son genre, même s’il est certain qu’il ne sera pas au goût des rétrogrades de tous poils.
Imaginez un peu que Philippe Katerine prête sa voix à une… prostate, ça ne s’invente pas !
C’est bien connu, les goûts et les couleurs…

Donc, si le cœur vous en dit, ne vous privez pas de ce plaisir joyeusement trash.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans