Pas de vagues – François Civil, prof sous haute tension

Pas de vagues – François Civil, prof sous haute tension

PAS DE VAGUES

Un film de Teddy Lussi-Modeste
Scénario de Teddy Lussi-Modeste & Audrey Diwan
Avec François Civil, Shaïn Boumedine, Bakary Kebe, Toscane Duquesne, Luna Ho Poumey, Marianna Ehoumann Mallory Wanecque, Emma Boumali, Agnès Hurstel…
Drame – 1h32 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire
Julien est professeur au collège. Jeune et volontaire, il essaie de créer du lien avec sa classe en prenant sous son aile quelques élèves, dont la timide Leslie.
Ce traitement de faveur est mal perçu par certains camarades qui prêtent au professeur d’autres intentions. Julien est accusé de harcèlement.
La rumeur se propage. Le professeur et son élève se retrouvent pris chacun dans un engrenage.
Mais devant un collège qui risque de s’embraser, un seul mot d’ordre : pas de vagues…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec PAS DE VAGUES, son troisième long-métrage après JIMMY RIVIÈRE et LE PRIX DU SUCCÈS, Teddy Lussi-Modeste signe, sans aucun doute son film le plus personnel. Une histoire inspirée par des faits subis par le cinéaste lorsqu’il exerçait comme enseignant au sein d’un collège.

Sobrement mais efficacement mis en scène, PAS DE VAGUES est un film sous tension permanente qui doit beaucoup à la finesse de son scénario et au jeu subtil de son interprète principal François Civil.

2 / Le monde de l’enseignement a souvent été au cœur de nombreux documentaires ou fictions au fil du temps. Rien que pour ces derniers mois on peut citer, entre autres, UN MÉTIER SÉRIEUX de Thomas Lilti, BIS REPETITA d’Émilie Noblet ou bien encore LA SALLE DES PROFS d’Ilker Çatak, sans compter AMAL, UN ESPRIT LIBRE de Jawad Rhalib annoncé pour le 17 avril.

Avec PAS DE VAGUES, Teddy Lussi-Modeste et sa coscénariste Audrey Diwan* ont fait le choix judicieux de mettre en scène le terrible engrenage dans lequel est pris Julien, professeur idéaliste qui veut changer la vie de ses élèves, mais aussi celui dans lequel se trouve entraînée l’élève qui a dénoncé son professeur. Une adolescente qui n’est jamais présentée comme une menteuse mais comme une jeune fille qui dit son sentiment, sa vérité et qui ne sait plus comment faire machine arrière lorsqu’elle prend conscience des conséquences terribles de ses accusations …

PAS DE VAGUES nous plonge au cœur d’un engrenage implacable et terrifiant, celui de la rumeur, dans lequel chacun peut se projeter sans peine grâce à un scénario très affuté.

3/ Pour incarner Julien, professeur dans la tourmente, Teddy Lussi-Modeste a fait le choix d’un acteur lumineux et charismatique que l’on n’avait pas encore vu dans ce registre. Le pari est parfaitement réussi, tant François Civil fait preuve d’une remarquable justesse.
On attend avec impatience de le voir en octobre prochain dans L’AMOUR OUF de Gilles Lellouche dont il partage le haut de l’affiche avec Adèle Exarchopoulos et la jeune Mallory Wanecque révélée par LES PIRES et interprète d’Océane dans PAS DE VAGUES.

*Audrey Diwan, réalisatrice, entre autres, de L’ÉVÉNEMENT collabore régulièrement à l’écriture de scénarios avec d’autres cinéastes. Elle a reçu en février dernier, avec sa coscénariste et réalisatrice Valérie Donzelli, le César du meilleur scénario adapté pour L’AMOUR ET LES FORÊTS, adaptation du roman éponyme de Éric Reinhardt.

La promesse verte… Au nom de la (planète) terre

La promesse verte… Au nom de la (planète) terre

LA PROMESSE VERTE

Un film d’Édouard Bergeon
Scénario d’Édouard Bergeon, Emmanuel Courcol et Luc Golfin
Avec Alexandra Lamy, Félix Moati, Sofian Khammes, Julie Chen, Antoine Bertrand, Philippe Torreton…
Drame – 2h04 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire 
Pour tenter de sauver son fils Martin injustement condamné à mort en Indonésie, Carole se lance dans un combat inégal contre les exploitants d’huile de palme responsables de la déforestation et contre les puissants lobbies industriels.

L’avis Cin’Écrans ***
Près de 5 ans après la sortie d’AU NOM DE LA TERRE, son premier long-métrage de fiction, le documentariste Édouard Bergeon est de retour avec LA PROMESSE VERTE.

Après avoir signé une chronique familiale poignante autour de la détresse du monde paysan, c’est un réquisitoire contre le scandale de la déforestation au profit de lobbies industriels que dresse le réalisateur.

« Le monde ne se laisse pas faire quand on veut faire changer les choses… » Édouard Bergeon

Et c’est à nouveau par le biais d’une histoire familiale (le combat d’une mère pour sauver son fils) qu’Édouard Bergeon pose les enjeux de son récit.   
Si la démonstration est parfois un peu appuyée, LA PROMESSE VERTE se révèle néanmoins être un très efficace thriller écologiste porté par son beau casting.
Le film nous permet évidemment de vanter à nouveau le talent d’Alexandra Lamy et Félix Moati mais il est aussi l’occasion de saluer la justesse du reste de la distribution de Sofian Khammes à Philippe Torreton, en passant par Julie Chen et l’acteur Québécois Antoine Bertrand (DEMAIN TOUT COMMENCETROIS FOIS RIEN…)

« La musique… participe à l’éco-thriller, à la mise sous tension du spectateur !» Édouard Bergeon

Pour donner à ce film de fiction, très documenté, toute sa puissance Édouard Bergeon a fait appel à Éric Dumont, son directeur de la photographie qui a réalisé un très beau travail, notamment sur la lumière du film. Il s’est également adjoint les services d’un fidèle complice, Thomas Dappelo qui signe une bande originale inspirée et très présente tout au long de ce film au message écologique essentiel.

Le + Cin’Écrans
C’est lors d’une avant-première de LA PROMESSE VERTE au cinéma Le Lido à Royan, que j’ai eu le plaisir de retrouver Édouard Bergeon mais aussi son fidèle producteur et ami (également comédien dans les films de ses réalisateurs) Christophe Rossignon.
L’occasion d’échanger avec eux à propos de ce projet qui aura mis près de 5 ans à voir le jour, depuis le succès de leur premier film en commun AU NOM DE LA TERRE qui avait touché près de deux millions de spectateurs en France.  

INTERVIEW ÉDOUARD BERGEON & CHRISTOPHE ROSSIGNON

Paternel – La force tranquille de Grégory Gadebois

Paternel – La force tranquille de Grégory Gadebois

PATERNEL

Un film de Ronan Tronchot
Scénario Ludovic du Clary
Avec Grégory Gadebois, Géraldine Nakache, Lyes Salem, Anton Alluin, Sarah Pachoud, Noam Morgensztern, Jacques Boudet, Françoise Lebrun
Drame – 1h33 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire 
Simon est un prêtre dévoué à sa paroisse. Au cours d’une messe, Louise, qu’il n’avait pas revue depuis son séminaire, il y a des années, refait surface. Elle lui présente Aloé, enfant de 11 ans, dont il est le père.

L’avis Cin’Écrans ***
A travers ses deux courts-métrages NOVEMBRE (2012) et DANS LA FORÊT LOINTAINE (2014), Ronan Tronchot abordait déjà la question de la paternité.
Un thème fort et important qui est au cœur de ce premier long métrage.

Avec PATERNEL, le cinéaste signe une œuvre humaine et sensible autour de la question délicate des difficultés de l’église à se moderniser et de la responsabilité paternelle, à travers le portrait touchant d’un prête confronté à une situation à laquelle il n’était pas préparé mais dont il veut assumer la responsabilité.

« Je voulais que ce soit un film qui se regarde facilement et qui continue après à nous questionner » Ronan Tronchot

Si le film est un peu sage dans sa réalisation, jamais la caméra et le regard de Ronan Tronchot ne se posent en juge d’une situation.
Le propos du réalisateur ne se veut jamais cynique ou moralisateur.
Il faut lui rendre grâce d’avoir eu l’humilité de mettre son film au service de ses protagonistes et de montrer de manière très réaliste, sans caricature, le quotidien de ces hommes d’église, aujourd’hui.

« Forcément, ce quotidien est marqué par l’époque… bien que ce ne soit pas le sujet du film » Ronan Tronchot

C’est Grégory Gadebois qui incarne Simon, ce prêtre confronté à cette inattendue paternité. Toujours remarquable, le comédien apporte une belle humanité et beaucoup de justesse à son personnage.
Saluons également l’excellence du casting des rôles secondaires qui parviennent à exister fortement, de Géraldine Nakache (Louise, la mère d’Aloé) à Jacques Boudet (Monseigneur Guillaume) en passant par le jeune Anton Alluin (l’enfant par qui tout arrive) et le trop rare Lyes Salem qui apporte sa générosité et sa bonhommie à Amine, le prêtre qui partage le quotidien de Simon.

Le + Cin’Écrans
En octobre dernier, Ronan Tronchot présentait son tout premier long-métrage, PATERNEL dans le cadre du Festival International du film de Saint-Jean-de-Luz.
L’occasion pour nous d’une rencontre chaleureuse avec le réalisateur, en attente de la réaction des premiers spectateurs de PATERNEL.

INTERVIEW RONAN TRONCHOT

Réjouissant Jour de merde…

Réjouissant Jour de merde…

JOUR DE MERDE

Un film de Kevin T.Landry
Scénario de Kevin T.Landry
Avec Eve Ringuette, Réal Bossé, Valérie Blais, Isabelle Giroux, Louka Amadeo Bélanger-Leos…
Comédie – Thriller – 1h31 – Québec

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire
Accumulant les abus d’un ex-copain pervers narcissique et d’une supérieure condescendante, une jeune mère monoparentale travaillant pour Loto-Gold est envoyée au fin fond de nulle part pour interviewer un étrange ermite.
L’intransigeant nouveau millionnaire sera celui qui la poussera finalement à bout de manière spectaculaire

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec des films récents comme NOÉMIE DIT OUI de Geneviève Albert, BUNGALOW de Lawrence Côté-Collins, LE PLONGEUR de Francis Leclerc ou bien encore VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT d’Ariane Louis-Seize, le cinéma Québécois prouve qu’il faut désormais à nouveau compter sur lui, à travers le regard acéré et souvent décalé de ses cinéastes.

Pour preuve de cette belle vitalité retrouvée, nous vous conseillons chaleureusement de vous aventurer à la découverte de ce JOUR DE MERDE.

Lauréat du Prix Gilles Carles aux Rendez-vous Québec Cinéma 2023, JOUR DE MERDE est le premier long-métrage de Kevin T.Landry, scénariste, réalisateur et monteur qui a signé auparavant plus d’une vingtaine de courts-métrages.

JOUR DE MERDE est un film réjouissant, à la croisée des genres entre comédie absurde, humour noir (très noir) et thriller. Un univers dont on peut aisément imaginer qu’il s’est nourri de films comme FARGO des Frères Coen, LES HUIT SALOPARDS de Quentin Tarantino ou MISERY de Rob Reiner.

2 / Outre son scénario qui aborde de manière originale des thématiques fortes autour de la solitude et de la position de la femme dans notre société, il convient de saluer la belle direction artistique du film.
On soulignera notamment un beau travail sur la photographie, le son, le montage (assuré par le réalisateur lui-même) sans oublier un générique original ainsi qu’une belle et parcimonieuse bande originale signée par le compositeur français Eloi Ragot.

Saluons également le choix de Kevin T.Landry d’avoir choisi pour illustrer le début de son histoire, « Cerveau ramolli », un titre de 2012 interprété par la chanteuse canadienne Lisa Leblanc qui donne parfaitement le ton de ce JOUR DE MERDE !

3 / JOUR DE MERDE est porté par l’excellente prestation de son interprète principale, l’actrice innue, Eve Ringuette.
Méconnue en France, la comédienne incarne avec conviction Maude, jeune mère qui à force d’injonctions en tous sens, familiales et professionnelles, ploie, mais sans jamais craquer totalement afin de protéger son fils…

Inconnus également chez nous, les autres interprètes du film (et en particulier Réal Bossé qui incarne le fameux gagnant, psychopathe, du Loto-Gold) apportent au film toute sa singularité.

Vampire humaniste… – Bon sang ne saurait mentir !

Vampire humaniste… – Bon sang ne saurait mentir !

VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT

Un film d’Ariane Louis-Seize
Scénario d’Ariane Louis-Seize, Christine Doyon
Avec Sara Montpetit, Félix-Antoine Bénard, Steve Laplante, Sophie Cadieux, Noémie O’Farrell, Marie Brassard…
Comédie-Epouvante-Horreur – 1h32 – Québec
Sortie en salles le 20 mars 2024

L’histoire
Sasha est une jeune vampire avec un grave problème : elle est trop humaniste pour mordre ! Lorsque ses parents, exaspérés, décident de lui couper les vivres, sa survie est menacée. Heureusement pour elle, Sasha fait la rencontre de Paul, un adolescent solitaire aux comportements suicidaires qui consent à lui offrir sa vie. Ce qui devait être un échange de bons procédés se transforme alors en épopée nocturne durant laquelle les deux nouveaux amis chercheront à réaliser les dernières volontés de Paul avant le lever du soleil.

3 bonnes raisons de voir ce film

1 / Après avoir réalisé de nombreux courts métrages, la réalisatrice québécoise Ariane Louis-Seize passe au long avec ce film étonnant à plus d’un titre. Celui à rallonge tout d’abord qui sert d’accroche idéale et intrigante pour s’intéresser de plus près à un long métrage que nous n’attendions pas spécialement.

« C’est pas vrai que c’est moi qui vais chasser pour tout le monde, pendant 200 ans » Georgette, la mère de Sasha

Promesse d’une comédie noire, le résultat final s’avère franchement convaincant et plus riche que soupçonné.
On rit franchement de quelques punch line bien senties et devant le spectacle de cette famille de vampires qui se déchire sur la marche à suivre pour convaincre Sasha de passer à l’acte, tout en se débattant avec des problèmes très quotidiens, presque comme « monsieur et madame Tout-le-monde ».

Mais on est aussi surpris et touché par la sincérité et le désarroi de la jeune fille, face aux injonctions familiales. Le ton de ce film d’apprentissage oscille pour notre plus grand plaisir entre la comédie teenage horrifique et le drame psychologique à travers le parcours d’adolescents désabusés en pleine quête identitaire. Il s’en dégage une très plaisante et surprenante touche de mélancolie.

« Moi, j’aime pas la vie. Ça me ferait plaisir de la donner pour une bonne cause. » Paul

2 / Outre un scénario plutôt malin et original, il convient de saluer la cohérence de la direction artistique du film qui joue à merveille des décors, des couleurs et de la lumière (beau travail du chef op Shawn Pavlin) pour imprimer au film une ambiance séduisante et très singulière.

A noter que VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT a reçu en septembre dernier le Prix de la mise en scène dans la section Venice Days (l’équivalent de la Quinzaine des cinéastes cannoise) de la Mostra de Venise 2023.

3 / Mais évidemment, toutes ces qualités avaient besoin d’interprètes au diapason pour que le pari du film soit pleinement tenu. Là encore, la réalisatrice a fait preuve de talent pour composer sa réjouissante famille de vampires (qui n’est pas sans évoquer la célèbre Famille Addams) avec notamment la jeune Sara Montpetit dont on avait déjà repéré le talent naissant dans FALCON LAKE, de Charlotte Le Bon.
L’actrice excelle dans ce personnage de jeune fille âgée de… 68 ans !

Il serait injuste de ne pas citer également Félix-Antoine Bénard, le jeune acteur qui incarne avec talent Paul, le fameux suicidaire consentant qui, lui, à l’âge de ses artères…