Interview – En attendant Bojangles – Régis Roinsard

Interview – En attendant Bojangles – Régis Roinsard

"Romain... Au-delà de l'acteur qu'il est, c'est l'homme que j'aimerais être "

3 films en 10 ans, POPULAIRE en 2012, LES TRADUCTEURS en 2020, EN ATTENDANT BOJANGLES en ce mois de janvier 2022. Régis Roinsard prend son temps. Et il a bien raison, tant le scénariste – réalisateur soigne à la fois le fond et la forme de ses films.

Son petit dernier, coécrit avec son fidèle complice Régis Compingt, est librement adapté du roman éponyme d’Olivier Bourdeaut, énorme succès depuis sa sortie en librairie en 2016.

L’histoire est celle de la folle histoire d’amour fou qui lie Camille et Georges. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où Camille va trop loin, contraignant Georges et leur fils Gary à tout faire pour éviter l’inéluctable…

C’est dans le cadre du Festival du film de société de Royan, où EN ATTENDANT BOJANGLES a remporté le Prix de la meilleure mise en scène et le Prix des lycéens, que j’ai eu le grand plaisir d’échanger avec son heureux réalisateur.

Cin’Ecrans : Comme POPULAIRE, votre premier long-métrage, EN ATTENDANT BOJANGLES est ancré au cœur des années 50-60. Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans cette époque ?
Régis Roinsard : Je crois que je préfère les films en costumes ou d’époque, parce que c’est comme un prisme. Je peux traverser le costume, traverser le décor pour dire des choses personnelles, alors que frontalement et de manière naturaliste, je pense que ce serait plus difficile pour moi. C’est un peu un masque, mais je tente de le percer pour trouver des choses plus intimes et peut être plus fortes.

Je me suis aperçu très récemment et c’est très bizarre en fait, même s’il y a une sorte d’évidence, que la plupart des réalisateurs qui m’ont marqué sont des gens qui n’ont fait quasiment que des films en costumes. J’adore Sergio Leone et il n’a fait que des westerns, ou un péplum au tout début. Les frères Coen n’ont fait qu’un film contemporain. Ce ne sont que des exemples et il y en a bien d’autres, mais je me suis dit « Ah, c’est marrant, je n’y avais pas pensé ».
Et là, pourquoi cette période-là ? Parce que ça se passe un peu dans les années 50, mais surtout dans les années 60 que je vénère, que j’avais envie de filmer cette époque et cette période de cinéma avec en particulier le cinéma italien, et ce que ça peut dégager esthétiquement comme couleur.  Il y a aussi la musique et beaucoup d’autres éléments comme ça.

J’avais envie d’un film flamboyant et avec du souffle mais j’aurais pu aussi l’ancrer dans les années 80 parce que c’est une période un peu folle, en France en particulier. Le film se déroule dans les années 60 mais pour les fêtes, on avait en références plus des choses comme ce qui s’est passé à Paris, au Palace dans les années 80, où tout le monde, toutes les classes se mélangeaient. Et il y avait aussi la dimension psychiatrique car c’est une époque où les traitements psychiatriques ont meurtri les corps pour guérir l’esprit et ça m’intéressait aussi de traiter le film de cette manière.

Comment est née l’envie d’adapter le roman d’Olivier Bourdeaut et de réaliser ce film sur l’amour fou, la folie de l’amour… ?
Régis Roinsard :  En fait, ce qui s’est passé, c’est que plein de gens m’ont dit « Je viens de lire En attendant Bojangles, c’est génial, très émouvant et c’est toi qui dois en faire l’adaptation ! » Ça n’a pas arrêté pendant dix, quinze jours et j’ai donc regardé sur Internet quel était ce livre. J’ai vu qu’il se vendait très bien et que les critiques étaient dithyrambiques, de Télé Star à Libération, ce qui était quand même assez fou.
Ma première réaction a été de dire « non, non, non, ça ne m’intéresse pas, c’est too much ! ». C’est un peu comme quand on vous dit qu’un film, est génial et qu’on n’a pas envie de le voir. Et donc, moi, je n’avais pas envie de le faire.
Ensuite, je ne me sentais pas prêt à adapter un livre car je n’ai écrit pour l’instant que des œuvres originales et travaillé que sur des projets de scénarios originaux.

Même si c’était vraiment anecdotique dans la conversation, je finis par raconter cette histoire à un jeune producteur que je n’appelais pas du tout pour ça. Je lui dis « c’est bizarre, tout le monde m’appelle pour me dire que je dois adapter En attendant Bojangles ! ». Et là, il me dit « Ecoute, je suis à une terrasse de café, je viens de le finir, je suis en larmes. C’est toi qui dois le faire et on le fait ensemble ! » Et ça s’est fait comme ça.
Après, il y a encore eu beaucoup de choses. Je l’ai notamment fait lire à ma femme qui m’a dit « Si tu ne le fais pas, je te quitte » (rire). Il y avait un truc d’alignement des planètes qui était un peu bizarre quand même.

Comme je suis un féru de cinéma, je me souviens d’anecdotes à propos de réalisateurs, et attention, je ne me compare pas du tout à eux évidemment, mais par exemple Francis Ford Coppola ne voulait absolument pas faire LE PARRAIN parce qu’il détestait le roman. Tout le monde l’a poussé et finalement, il en a fait un film formidable. La famille de Steven Spielberg l’a poussé à faire CATCH ME IF YOU CAN (NDLR ; ARRÊTE-MOI SI TU PEUX) donc, parfois, on se dit que quand il y a des trucs comme ça, il faut les entendre et j’ai entendu ! Il ne faut pas avoir de regrets.

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Comment s’approprier l’histoire d’un autre, comment avez-vous procédé avec votre fidèle coscénariste Romain Compingt pour adapter le roman d’Olivier Bourdeaut ?  
Régis Roinsard : Le point de départ et la chose la plus importante est que j’ai rencontré l’auteur, je lui ai dit que j’allais le trahir et que je pouvais même le trahir énormément…
Et il a souri. Là, je me suis dit « c’est bon ! ». C’est-à-dire que je pouvais être libre dans tout, je n’avais pas à me poser la question « Est-ce que je dois lui plaire ? Est-ce que je dois plaire à la maison d’édition ? Est-ce que je dois plaire au lecteur ? » car c’est quand même 900 000 exemplaires vendus…
Donc, je me suis dit « Je fais le film que j’ai envie de faire ». Mais il y a un double regard sur ce récit parce que d’abord il y a le scénario et l’adaptation faite avec Romain Compingt, avec qui j’avais écrit mes deux précédents films. J’étais sûr que ça allait lui plaire parce que je sais qu’il adore les personnages féminins comme ça, fantasques.
Avec Romain, on a construit la base de cette adaptation, à travers le style qu’on voulait y mettre, à travers une structure qui est différente de celle du livre et puis à travers les points de vue aussi. Une fois qu’on s’était mis d’accord sur ces points, on s’est dit que c’était Romain qui allait écrire tous les dialogues et leur adaptation.
Ça peut paraitre étrange, mais en ayant ce recul-là, je pouvais m’accaparer ces dialogues et les rendre encore plus personnels. Parfois quand on écrit des choses, au fond c’est trop proche de soi, on peut donc s’autocensurer et ne pas dire les choses. Pour ma part, j’ai un centre de relation fluctuant entre ce que je peux dire personnellement et ce que je ne peux pas dire. J’essaie de débloquer ça et là, ça me permettait de le faire.

Bizarrement, alors que je peux me retrouver, très, très intimement dans les personnages de POPULAIRE ou des TRADUCTEURS, là ce n’était pas le cas, ce n’est pas moi. Et donc, d’un seul coup, je me battais encore plus pour ces personnages.  
Récemment mon mixeur, Cyril Holtz qui est un grand mixeur, m’a dit en voyant le film « Qu’est-ce que c’est courageux de faire un film qui raconte une telle histoire d’amour dans le paysage cinématographique actuel ». Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte parce que c’était assez naturel mais c’est vrai que c’est complètement anachronique, presque de raconter une telle histoire d’amour à l’écran. Et puis, c’est quelque chose d’hybride parce que c’est une comédie mais aussi un drame, mais pas que…
Le terme exact, peut-être, mais je n’en suis pas certain, ce serait comédie mélodramatique musicale, mais c’est un peu long (sourire). En même temps, on ne raconte pas 1 milliard de choses parce qu’il vaut mieux raconter précisément une ou deux choses que d’en raconter 10 000 dans un film !

Comment avez-vous composé votre casting ?
Régis Roinsard :
Pour les personnages de Camille et Georges, je ne les ai pas choisis individuellement. Je me suis dit « Choisissons un couple ». Donc j’ai mis des photos d’acteurs français et le choix a été très, très rapide. Au final, j’ai dit « Wow !  Je ne les ai jamais vus ensemble à l’écran et j’en ai trop envie ». J’adore Virginie depuis le début, même dans des trucs pourris, et que les autres réalisateurs ne m’en veuillent pas, mais je la trouvais toujours très bien. Quant à Romain, j’ai déjà travaillé avec lui sur POPULAIRE et au-delà de l’acteur qu’il est, c’est l’homme que j’aimerais être parce que je le connais un peu personnellement. Il est tellement généreux, tellement pas calculateur…
Donc on leur a envoyé le scénario en même temps. Ils savaient, tous les deux, que l’autre lisait et ils ont accepté en même temps.
Pour un film assez lourd, comme celui-ci, avec notamment des costumes et un enfant très présent et brillant comme Solan Machado-Graner … il vaut mieux avoir des Stradivarius comme eux.
Avant de commencer le film, j’ai rencontré Mikhaël Hers, le réalisateur d’AMANDA, parce que je trouvais la petite fille de son film formidable. Je lui ai demandé comment travailler avec les enfants, avec notamment la contrainte du temps légal de tournage réduit. Il m’a dit « Il faut que les acteurs adultes soient hyper bons tout de suite pour que ça fonctionne. Et donc avec Romain, Virginie plus Grégory (NDLR, Gadebois), autre Stradivarius, c’était plus simple en fait.  Ça nous permettait également de gagner du temps et donc de changer un peu des choses du scénario, d’improviser et d’être plus libre…

Que pouvez-vous nous dire à propos de votre mise en scène qui ose beaucoup. Elle assume aussi certains partis-pris qui nous ramènent à un cinéma qu’on ne voit pratiquement plus, un peu à la manière d’Hitchcock. Je pense notamment à la séquence en voiture au début du film ?
Régis Roinsard : 
Le procédé que j’utilise est complètement hitchcockien, pour le coup, parce qu’Hitchcock ne faisait pas ses écrans projetés juste parce que, techniquement, c’était la méthode qu’il fallait employer à l’époque. Non, il y a plein de plans qui peuvent se faire de manière naturelle, mais en faisant un écran projeté d’un seul coup, ça crée du rêve et de l’étrangeté.
Et dans ce film, comme les deux personnages commencent à vivre dans le rêve, je me suis dit que j’allais employer la même technique pour obtenir la même sensation. Et le truc assez marrant, c’est que d’un seul coup, je peux faire un mouvement de caméra impossible à réaliser à cette époque puisqu’on contourne complètement l’écran. Donc, l’idée c’est aussi de s’amuser avec ça. Et surtout, j’ai voulu beaucoup de mouvement avec du sens, mais aussi beaucoup de souffle. Je voulais, que ce soit fougueux, le plus souvent possible.

Comme dans les scènes de danse dont celle, assez magique, qui se déroule à l’extérieur du château… Comment avez-vous préparé et imaginé leurs mises en images ?
Régis Roinsard :
La mise en images, elle est déjà à l’écriture du scénario avec Romain, avec qui on en a beaucoup parlé. Comme je le disais, je voulais que ce soit fougueux. C’est vrai aussi que, maintenant, j’ai quand même un peu d’expérience après avoir réalisé de nombreux courts métrages et des clips musicaux, ça commence à venir très naturellement. Je ne me pose pas trop de questions et le sens, finalement, arrive. J’aime beaucoup l’aspect collaboratif d’un film, donc avec mon chef op, on travaille beaucoup ensemble, on établit des plans, on reconstruit par rapport aux repérages effectués.

Pour les séquences de danse, comme celle du tango au début du film où on avait une fenêtre de tir très petite pour tourner, on est resté deux ou trois jours à l’hôtel pour découper tous les plans en faisant des photos et en se servant d’un outil très pratique sur iPhone, où on peut simuler les bonnes optiques, les styles de caméra… Donc, on a préparé tous les plans comme ça. Et concrètement pour la danse, c’est Marion Motin qui a travaillé, entre autres, avec Stromae ou Christine and the Queens, qui a fait les chorégraphies. L’important était de donner du sens dramatique à la danse, sans forcer la technique. Il fallait surtout laisser beaucoup de place à l’interprétation et à l’intensité de l’incarnation. Et je dois dire que je suis relativement fier de cette séquence dont vous parlez.

Propos recueillis par Jean-Luc Brunet.
Remerciements à Audrey Grimaud, au cinéma Le Lido de Royan et à son directeur Guillaume Mousset pour l’organisation de cet entretien.

Interview – Jérôme Bonnel – Les hautes herbes

Interview – Jérôme Bonnel – Les hautes herbes

"Je ne me suis pas tellement posé la question des codes télévisuels..."

Après avoir signé 7 longs métrages en un peu moins de 20 ans, du CHIGNON D’OLGA à CHERE LEA (actuellement en salles), Jérôme Bonnell s’essaie, avec une belle réussite pour sa première incursion télévisuelle, à l’exercice de la mini-série avec LES HAUTES HERBES.

 
Antonin Chaussoy (Jules), épisode 2 des “Hautes Herbes” de Jérôme Bonnell

On retrouve dans LES HAUTES HERBES tout ce qui rend incontournable l’œuvre du cinéaste ; un sens affuté du récit et de l’atmosphère, une élégance dans l’écriture, son amour des acteurs/actrices  et une grande confiance dans le spectateur auquel il ne donne pas forcément toutes les clés d’entrée…
Et pour la première fois, depuis ses débuts, Jérôme Bonnell fait la part belle à l’enfance, à travers l’histoire de Jules hébergé à la campagne chez un jeune couple. Le jeune garçon découvre un monde où les tensions sourdent, entre colère sociale et drame passionnel…


Emmanuelle Devos (Eve Merrieu), épisode 1 des “Hautes Herbes” de Jérôme Bonnell

Résultat, on est tour à tour, séduit, intrigué et bousculé par les HAUTES HERBES, thriller rural intimiste, que je vous conseille vivement, d’autant que le réalisateur y retrouve pour la troisième fois, et avec un égal bonheur, l’immense Emmanuelle Devos. L’actrice qu’il a déjà dirigée dans J’ATTENDS QUELQU’UN et LE TEMPS DE L’AVENTURE, partage l’affiche avec Louise Chevillotte, Jonathan Couzinié, India Hair et le jeune Antonin Chaussoy.


Jonathan Couzinié (Glenn) et Louise Chevillotte (Lucille), épisode 2 des “Hautes Herbes” de Jérôme Bonnell

C’est à l’occasion de la présentation des HAUTES HERBES lors du Festival Fiction TV de La Rochelle que j’ai eu l’immense plaisir de retrouver le passionnant Jérôme Bonnell pour évoquer cette nouvelle étape de sa carrière…

LES HAUTES HERBES, de Jérôme Bonnell avec Emmanuelle Devos, Louise Chevillotte, India Hair, Antonin Chaussoy, Jonathan Couzinié…
Mini-série en 3 épisodes de 52 minutes. Diffusion le jeudi 6 janvier à 20H55 sur Arte. Déjà disponible pour tous, et jusqu’au 4 février 2022 sur Arte.tv

Interview – Mes frères et moi –  Yohan Manca & Sofian Khammes

Interview – Mes frères et moi – Yohan Manca & Sofian Khammes

« C'est un métier qui rend un peu dingo quand même ! » Yohan Manca

1er et immense coup de cœur 2022 pour ce film de Yohan Manca, présenté pour la première fois en juillet dernier au cœur de la sélection officielle « Un certain regard » au Festival de Cannes.

C’est à l’occasion d’un autre festival international, celui du film de Saint Jean de Luz au mois d’octobre que j’ai eu le bonheur de découvrir ce film qui place l’art (et en l’occurrence le chant) au cœur des préoccupations de son jeune héros qui tente de trouver sa place au sein de sa fratrie.

L’histoire est celle Nour (magnifiquement incarné par le jeune Maël Rouin Berrandou), 14 ans qui vit dans un quartier populaire en bord de mer. Le jeune garçon s’apprête à passer un été rythmé par les mésaventures de ses grands frères, la maladie de sa mère et des travaux d’intérêt général. Mais sa rencontre avec une chanteuse lyrique (la toujours formidable Judith Chemla) qui anime un cours d’été va lui ouvrir de nouveaux horizons…

Acteur, réalisateur et scénariste Yohan Manca signe avec ce 1er long métrage, une œuvre lumineuse et bouleversante dont le souvenir ne va pas vous lâcher de sitôt.
MES FRERES ET MOI qui évoque souvent le meilleur du cinéma italien des années 70 (de Risi à Fellini en passant par Comencini ou Scola) et dans un autre registre BILLY ELLIOTT, est typique de ces films trop rares dont vous avez envie de partager l’enthousiasme de la découverte avec le plus grand nombre…
Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire… Direction les salles obscures 😊
Et si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à partager également ma rencontre avec Yohan Manca et l’excellent Sofian Khammes.

Interview – Le test – Emmanuel Poulain-Arnaud, Chloé Barkoff-Gaillard & Matteo Perez

Interview – Le test – Emmanuel Poulain-Arnaud, Chloé Barkoff-Gaillard & Matteo Perez

« Avec Noé Debré, on a beaucoup pensé à La Crise de Coline Sereau… » Emmanuel Poulain-Arnaud

Emmanuel Poulain-Arnaud signe avec Le test, une comédie familiale trépidante, particulièrement bien écrite. L’ensemble de son excellent casting est porté par l’énergie et la fougue d’Alexandra Lamy, géniale en mère débordée qui redécouvre, en même temps que les petits secrets de ses enfants, le sens de sa vie…

C’est en novembre dernier, lors du Festival du film de Sarlat, au cours duquel LE TEST a reçu le Prix des lycéens, que j’ai eu le plaisir de rencontrer le réalisateur et deux des jeunes comédiens du film Chloé Barkoff-Gaillard et Matteo Perez.

Interview Juliette Tresanini, Présidente de jury du Festival du film de société

Interview Juliette Tresanini, Présidente de jury du Festival du film de société

"C’est la première fois, il faut que j’en profite..." Juliette Tresanini

Actrice, mais aussi scénariste, réalisatrice, youtubeuse… le nom de Juliette Tresanini est aussi associé très fortement à son personnage de Sandrine Lazzari dans la série DEMAIN NOUS APPARTIENT.
Cette semaine, Juliette Tresanini ajoute une nouvelle ligne à son riche CV en devenant Présidente de jury de la première édition du Festival du film de société.
Avec les membres de son jury, Christian Gerin, Jérémy Banster, Paul Ghezi, Coline Crance Philouze et Christophe Favre, Juliette Tresanini aura le plaisir d’attribuer trois prix, meilleur film, meilleure mise en scène et interprétation.

C’est à la sortie de la projection du film COMPAGNONS au cinéma Le Lido à Royan, que nous avons cueilli la présidente du jury pour prendre le pouls de cette première édition du Festival du film de société.

Juliette Tresanini: C’est toujours compliqué pour moi de parler dès la sortie d’un film d’autant plus quand l’émotion est forte ce qui a été le cas avec ce film qui m’a beaucoup touché.

Je peux vous appeler madame la présidente ?
Juliette Tresanini: (éclat de rire), je vous en prie… c’est la première fois, il faut que j’en profite. Plus sérieusement, c’est ma première présidence même si j’ai déjà fait partie d’un jury, notamment au Festival de Luchon (ndlr ; Festival des créations TV).
Je tiens vraiment à remercier l’organisation du festival car c’est un véritable honneur d’être ici pour la première édition d’un festival consacré à des films de société qui rejoignent bon nombre de mes préoccupations. C’est un immense plaisir mais aussi une vraie responsabilité (rire). Nous nous parlons beaucoup avec le reste du jury et c’est passionnant car nous avons des personnalités et des parcours différents. Après avoir déjà vu une partie des films en compétition, je peux déjà vous dire que les choix vont être difficiles car nous n’avons que 3 prix à remettre et nous avons déjà l’embarras du choix, mais nous allons y arriver !

Comment vous êtes-vous préparée à ce festival ? Vouliez-vous en savoir le moins possible sur la sélection ou avez-vous cherché des infos sur les films, leurs réalisateurs, réalisatrices … ?
Juliette Tresanini: J’avoue que dès que j’ai connu la sélection, j’ai cherché à en savoir plus, notamment sur le parcours des réalisateurs, savoir ce qu’ils avaient fait avant, regardé leur travail quand il était disponible. Ça m’intéresse énormément de comprendre les motivations d’un film, d’un projet.
Je suis très curieuse du travail des autres et je dois bien dire que pour le moment, je n’ai pas été déçue. Comme je vous le disais, je sors tout juste du film COMPAGNONS (ndlr ; de François Favrat) qui m’a beaucoup touché mais ça a aussi été le cas hier soir avec LA VRAIE FAMILLE qui m’a profondément émue.

Actrice, scénariste, créatrice, youtubeuse… comment vous définiriez-vous ?
Juliette Tresanini: Tout ça à la fois en fait ! j’adore mon métier d’actrice mais j’ai besoin de plus. C’est pour ça que j’écris et que j’adore travailler sur des idées de courts métrages, notamment. J’ai aussi fait une vraie pause de deux mois pour écrire un livre qui devrait sortir en mars prochain autour des « phrases qui ont changé nos vie » (ndlr ; série de vidéos, sur la chaine Youtube de Juliette où des personnalités évoquent une phrase importante dans leur vie).

Votre relation au public a-t-elle beaucoup changé avec le formidable succès de « DEMAIN NOUS APPARTIENT » ? Et comment avez-vous vécu la fin de cette aventure… ?
Juliette Tresanini: Elle n’est pas totalement terminée (sourire). Tant qu’un personnage n’est pas mort, il y a toujours de l’espoir… d’autant que tout va parfaitement bien avec mes partenaires et avec la production… Evidemment j’étais triste de quitter cette famille et ce personnage très riche de Sandrine Lazzari qui n’était pas forcément si évident que ça au départ. Et puis ma vie a beaucoup changé avec cette aventure, puisque je me suis notamment installé avec ma famille à Sète où avaient lieu les tournages. Une grande partie de ma vie était là-bas.
Mais, au final, je ne garde qu’un souvenir formidable de cette aventure, d’autant que la réaction du public a été formidable. J’ai reçu de très nombreux témoignages de remerciements et me demandant aussi de revenir… (sourire)
Cet arrêt m’a donné du temps pour développer d’autres projets et je continue de travailler avec TF1 qui ne m’a pas abandonné (ndlr ; on a pu la voir récemment dans LE FURET).
Sinon, en dehors du livre, je suis aussi en train d’écrire un long métrage avec Laurent Firode (ndlr ; avec qui l’actrice a tourné cette année LA CICATRICE, un court métrage dont elle est l’initiatrice) et que nous allons sans doute coréaliser…

Vous ne vous ennuyez donc pas ! D’autant qu’il y a toujours votre goût pour le court métrage qu’on peut partager avec vous sur votre riche chaine Youtube… Je pense notamment au très beau PROMO 2000 (à découvrir ci dessous), réalisé par Paul Lapierre, un film dont je trouve qu’il a une réelle ambition de cinéma sur le fond, comme sur la forme …
Juliette Tresanini:
Oh merci beaucoup, ça me fait très plaisir ! Avec Paul, nous sommes effectivement très contents de ce film. Il raconte l’histoire d’une jeune femme qui fait tout pour qu’on l’oublie et qui à l’occasion d’une soirée retrouve ses camarades de lycée… Mais eux ne la reconnaissent pas !
Nous sommes d’autant plus heureux que le film vient d’être sélectionné avec quatre autres pour le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand dans une toute nouvelle section (ndlr; la sélection POP-UP dédiée à des courts métrages produits sur le web).

Avant de vous retrouver à Clermont-Ferrand en février, il ne me reste donc plus qu’à vous souhaiter une bonne fin de festival ici à Royan et de faire les bons choix avec votre jury…
Juliette Tresanini: Merci beaucoup, il nous reste encore 2-3 films à voir en compétition et je vais sans doute rester après la cérémonie de clôture pour découvrir ZAÏ, ZAÏ, ZAÏ, ZAÏ présenté hors compétition. Je ne repartirai que lundi matin, je vais profiter jusqu’au bout de ce beau festival.

Propos recueillis par Jean-Luc Brunet au Cinéma Le Lido de Royan dans le cadre du Festival du film de société de Royan. Un grand merci à Guillaume Mousset, directeur du cinéma et du Festival ainsi qu’à Audrey Grimaud (Agence Valeur absolue).