Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

LE CHAMP DES POSSIBLES (Deserto particular)

Un film de Aly Muritiba
Scénario de Aly Muritiba & Henrique Dos Santos
Avec Antonio Saboia, Pedro Fasanaro, Thomas Aquino
Drame – Thriller – Romance – 2H – Brésil
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
Daniel, 40 ans, a été suspendu de ses fonctions d’agent de police suite à une bavure. Il se focalise alors sur une relation virtuelle avec une personne mystérieuse qu’il n’a encore jamais rencontrée. Lorsqu’elle cesse de répondre à ses SMS, il décide de parcourir des milliers de kilomètres pour la retrouver…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec LE CHAMP DES POSSIBLES, son cinquième long-métrage (mais le premier à être distribué en France), Aly Muribita nous offre une œuvre intimiste autour de la masculinité et fait voler en éclat certains clichés machistes. Le réalisateur brésilien aborde son sujet avec pudeur mais sans faux semblants et sans jamais verser dans le mélo lacrymal qu’il aurait facilement pu se contenter d’être. D’autant que le film débute au moment où Daniel, obsédé par sa relation virtuelle, doit aussi affronter deux problèmes, son procès à venir et les soins quotidiens qu’il doit prodiguer à son vieux père malade.

2/ LE CHAMP DES POSSIBLES est porté par la subtile composition de ses deux principaux comédiens Antonio Saboia (Daniel) et Pedro Fasanaro (Robson/Sara). Des performances qui captent parfaitement toutes les ambiguïtés, les failles, les doutes des personnages avec deux acteurs qui se fondent avec justesse au cœur de la mise en scène discrète mais sensuelle d’Aly Muribita.

3/ Au fil de ce récit sur la rencontre inattendue de deux solitudes, il se dégage une douce et touchante mélancolie. Un CHAMP DES POSSIBLES qui ouvre celui de l’envie de découvrir les autres réalisations du cinéaste brésilien. A bon entendeur…

 

FFA 2023 – Palmarès – Le festival épris d’amour pour le film de Katell Quillévéré

FFA 2023 – Palmarès – Le festival épris d’amour pour le film de Katell Quillévéré

C’est donc un nouveau record de fréquentation que s’est offert en cette fin août, le festival initié par Dominique Besnehard et Marie-France Brière qui marque traditionnellement la rentrée du cinéma.
Pour sa 16eme édition, le festival a donc rassemblé plus de 58 000 personnes dans les salles (souvent combles), contre 52 000 en 2022 avec pas moins de 3400 pass vendus, contre 2950 en 2022.
Rappelons que, comme tous les ans, les spectateurs ont pu faire leur choix parmi plus de 80 longs-métrages (agrémentés de nombreux courts) pour un tarif imbattable de 2,50 euros la place.

Nous reviendrons très vite, ici même, sur un certain nombre des films présentés dans les nombreuses sections du festival, à travers des interviews (plus d’une quarantaine sur 5 jours) et chroniques autour de ces films qui sortiront au cours des prochaines semaines et prochains mois.

En attendant, découvrez ci-dessous le palmarès complet de cette édition, révélé ce dimanche soir au cours de la traditionnelle cérémonie de clôture qui s’est prolongée par la projection en avant-première du film de Géraldine Danon, FLO.

PALMARÈS COMPLET

Le jury présidé par la comédienne Laetitia Casta a décerné les 7 prix suivants :

VALOIS René Laloux du meilleur court métrage d’animation ex aequo

D’UNE PEINTURE À L’AUTRE de Georges Schwizgebel

UN GRAIN DE SABLE DANS L’UNIVERS de Suki

VALOIS de la musique, avec le soutien de la SACEM

Hania Rani, pour ROSALIE de Stéphanie Di Giusto

VALOIS du scénario

– Yolande Moreau et Frédérique Moreau pour LA FIANCÉE DU POÈTE de Yolande Moreau

VALOIS de l’acteur

Vincent Lacoste pour LE TEMPS d’AIMER de Katell Quillévéré

VALOIS de l’actrice, avec le soutien de Mauboussin

Nadia Tereszkiewicz pour ROSALIE de Stéphanie Di Giusto

VALOIS de la mise en scène

Baloji pour son film AUGURE

VALOIS de diamant, avec le soutien de France Télévision

LE TEMPS D’AIMER de Katell Quillévéré

3 autres valois, et non des moindres, ont été attribués à l’occasion de cette remise de clôture…

VALOIS du Public, avec le soutien de TV5 MONDE

LA VIE DE MA MÈRE de Julien Carpentier

VALOIS des étudiants francophones, Présidé par Lola Dewaere, avec le soutien du Département de la Charente

RIEN À PERDRE de Delphine Deloget

VALOIS Rothschild Martin Maurel décerné à un producteur par un collège de distributeurs, avec le soutien de la banque Rothschild Martin Maurel

Marine Alaric et Frédéric Jouve pour LES PIRES de Lise Akoka et Romane Guéret

Rendez-vous en août 2024, pour la 17ème édition du désormais incontournable Festival du film francophone. Dominique Besnehard, délégué général du festival revient pour Cin’Ecrans sur cette belle édition 2023 et nous annonce le pays qui sera mis à l’honneur l’an prochain…

Virgin suicides, un Air d’adolescence pour Sofia Coppola  

Virgin suicides, un Air d’adolescence pour Sofia Coppola  

VIRGIN SUICIDES

Drame – 1999 – 1H37 – Etats-Unis
Réalisation : Sofia Coppola
Scénario : Sofia Coppola d’après l’œuvre de Jeffrey Eugenides
Distribution : Kirsten Dunst, James Woods, Kathleen Turner, Josh Hartnett, Michael Paré, Scott Glenn, Danny DeVito…

Sorti en salles le 19 mai 1999

Disponible en combo 4K UHD + Blu-ray – Version restaurée 4K. le 16 août 2023 – Pathé
Français et Anglais DTS 2.0 & 5.1 – Sous-titres français

Le pitch
États-Unis, années 1970. Cecilia Lisbon, dernière- née d’une fratrie de cinq filles, vient de faire une tentative de suicide. Pour changer les idées de leur benjamine, les parents acceptent d’organiser une fête à laquelle sont conviés des garçons du quartier, depuis toujours fascinés par ces cinq sœurs à la beauté renversante. Au cours de cette soirée, Cecilia se jette par la fenêtre. Dès lors, les filles Lisbon, au nombre de quatre, vont être de plus en plus étouffées par leurs parents surprotecteurs, jusqu’à la tragédie ultime…

Le film ****
Bientôt 25 ans (le film est sorti en 1999) déjà que la cadette du clan Coppola nous livrait son premier long-métrage, ce VIRGIN SUICIDES qui a immédiatement trouvé le cœur de très nombreux spectateurs à travers le monde.
En adaptant très librement un roman de Jeffrey Eugenides, Sofia Coppola frappe fort et juste.
La réalisatrice s’attache avec beaucoup d’à-propos et de force au mystère adolescent à travers le portrait de quatre jeunes filles et l’évocation de souvenirs reconstruits, de rêveries, de fantasmes…

Véritable miracle d’intelligence et de justesse dans son écriture et sa réalisation, VIRGIN SUICIDES est porté par un beau casting mais aussi évidemment par cette bande son inoubliable composée par le duo Air qui a su trouver la partition idéale pour illustrer ce récit bouleversant, plein de noirceur mais aussi une certaine forme de douceur sur le trouble et le mal-être adolescent.

A (re)découvrir sans faute !

Bonus ****
Le making-of du film (23 min)
Soundtrack by Air : entretiens avec Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin (25 min)
Revisiting The Virgin Suicides : entretiens avec Sofia Coppola,
Kirsten Dunst, Josh Hartnett et Ed Lachman (26 min)
Strange Magic : analyse du film par Tavi Gevinson (13 min)

C’est une édition riche de nombreux bonus que nous propose Pathé pour cette réédition en version restaurée 4K présentée dans un combo 4K UHD + Blu-ray.

Si le making of du film était déjà présent sur de précédentes éditions DVD/BR, ce ne sont pas moins de 3 riches suppléments qui nous sont proposés ici.

Soundtrack by Air est l’occasion d’un bel échange entre JB Dunkel et Nicolas Godin. Les deux membres du groupe Air reviennent, entre autres sur leurs inspirations, leur relation avec Sofia Coppola, l’enregistrement du score mais aussi sur la dimension culte acquise au fil du temps par le film et sa bande originale.

Avec Revisiting The Virgin Suicides, ce sont des entretiens avec Sofia Coppola, Kirsten Dunst, Josh Hartnett et Ed Lachman (directeur photo), la réalisatrice. Une belle manière pour son équipe de revenir, plus de 20 ans après sa sortie, sur la conception, les enjeux et l’importance de ce film marqueur d’une génération.

Strange Magic nous propose une analyse personnelle du film par la journaliste, blogueuse et actrice Tavi Gevinson 

Houria, chorégraphie de l’intime…

Houria, chorégraphie de l’intime…

HOURIA

Drame – 2023 – 1H38 – France
Réalisation : Mounia Meddour
Scénario : Mounia Meddour
Distribution : Lyna Khoudri, Rachida Brakni, Nadia Kaci…

Sorti en salles le 15 mars 2023

Disponible en DVD & VOD le 19 juillet 2023 – Le Pacte
16/9 – 2.39:1 – Français 5.1 et 2.0 – Sous-titres pour sourds et malentendants – Audiodescription en Français

Le pitch
Alger. Houria est une jeune et talentueuse danseuse. Femme de ménage le jour, elle participe à des paris clandestins la nuit. Mais un soir où elle a gagné gros, elle est violemment agressée par Ali et se retrouve à l’hôpital. Ses rêves de carrière de ballerine s’envolent. Elle doit alors accepter et aimer son nouveau corps. Entourée d’une communauté de femmes, Houria va retrouver un sens à sa vie en inscrivant la danse dans la reconstruction et sublimation des corps blessés…

Le film ***
PAPICHA, son premier film avait valu à Mounia Meddour une très belle reconnaissance critique et publique avec notamment deux César, celui du meilleur premier film et celui du meilleur espoir féminin pour Lyna Khoudri.

La réalisatrice et son actrice fétiche sont donc de retour avec HOURIA, fascinant portrait d’une jeune femme murée dans le mutisme, que la danse et un groupe de femmes vont aider à refaire surface.

« Un film assez indispensable pour moi, dans la continuité de PAPICHA » Mounia Meddour

Une fois de plus, la puissance et la subtilité du jeu de Lyna Khoudri, qui passe ici essentiellement par le corps et le regard, subjuguent. L’actrice est le cœur vibrant et incandescent de ce film sur la reconstruction qui célèbre avec force la sororité.

S’il est, au premier abord, moins surprenant que son premier film, le souvenir d’HOURIA reste assez fort grâce évidemment à ses comédiennes, à la puissance des chorégraphies mais aussi par sa manière de dépeindre les blessures d’une Algérie qui se reconstruit, petit à petit, à l’image de son personnage principal.

Bonus ***
Entretien avec Mounia Meddour et Lyna Khoudri (10mn)
10 petites minutes d’un entretien croisé avec la réalisatrice et sa comédienne fétiche sont ici proposés en bonus. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la genèse et la réalisation de ce film qui fait suite à leur très beau premier succès en commun PAPICHA.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion de la présentation au Festival du film de Sarlat en novembre dernier que nous avons pu échanger avec Mounia Meddour à propos de ce film si important au cœur de la réalisatrice

INTERVIEW MOUNIA MEDDOUR

Nouveau Coup de maître pour Rémi Bezançon

Nouveau Coup de maître pour Rémi Bezançon

UN COUP DE MAÎTRE

Un film de Rémi Bezançon
Scénario de Rémi Bezançon d’après l’œuvre de Gaston Duprat
Avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners, Bastien Ughetto, Anaïde Rozam, Aure Atika…
Comédie dramatique – 1h35 – France
Sortie en salles le 9 août 2023

L’histoire
Propriétaire d’une galerie d’art, Arthur Forestier représente Renzo Nervi, un peintre en pleine crise existentielle. Les deux hommes sont amis depuis toujours et, même si tout les oppose, l’amour de l’art les réunit. En panne d’inspiration depuis plusieurs années, Renzo sombre peu à peu dans une radicalité qui le rend ingérable. Pour le sauver, Arthur élabore un plan audacieux qui finira par les dépasser… Jusqu’où peut-on aller par amitié ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1 / On sait depuis longtemps déjà que Rémi Bezançon n’a pas son pareil pour croquer les petits travers de ses contemporains à travers des films aussi attachants que NOS FUTURS, MA VIE EN L’AIR, voire bouleversant comme l’excellent LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE.
Il le prouve, une fois de plus avec ce très séduisant UN COUP DE MAÎTRE, son septième long métrage. Un film très librement adapté de MI OBRA MAESTRA de Gastón Duprat, afin de repenser les enjeux humains et professionnels de ses deux personnages principaux, plus jeunes que dans le film argentin.
En quelques coups de pinceaux, le réalisateur fait le portrait de deux hommes liés par une amitié souvent mise à mal par l’artiste du duo, Renzo Nervi formidablement incarnée par Bouli Lanners.
Arthur Forestier (le toujours parfait et surprenant Vincent Macaigne), lui, doit composer avec ses impératifs de galeriste et de représentant de son fantasque peintre et ami.
Avec UN COUP DE MAÎTRE, Rémi Bezançon nous régale d’un film très attachant, beau récit de loyauté et d’une amitié « A la vie, à la mort » sur fond d’amour de l’art.

2/ Outre ce récit d’une amitié un temps contrariée, l’autre attrait scénaristique du film repose en effet sur la peinture gentiment satirique du monde de l’art et de ses dérives. Le scénariste-réalisateur joue à merveille avec les codes culturels, les références artistiques tout en restant au plus près des préoccupations quotidiennes de l’incorruptible Renzo qui affiche parfois violemment son goût d’un art « pur » et celles plus mercantiles d’Arthur qui doit faire tourner sa petite « affaire ».
Reste que l’être humain est forcément plus complexe que ça et que rien ne va se dérouler comme on l’imagine…
On pourrait presque voir dans cette très libre adaptation cinématographique d’un film argentin, un prolongement thématique logique au précédent film de Rémi Bezançon, LE MYSTÈRE HENRI PICK, librement adapté lui aussi, non pas d’un film mais du roman de David Foenkinos qui traitait de l’imposture littéraire. Une imposture peut donc en cacher une autre…

3/ Déjà évoquée plus haut, l’histoire d’amitié est transcendée par la complicité et la belle complémentarité de ses deux principaux interprètes.
Bouli Lanners et Vincent Macaigne n’ont jamais, jusqu’à preuve du contraire, été pris en flagrant délit de médiocrité.
Force est de reconnaître que Rémi Bezançon a eu une excellente idée de les réunir à nouveau (les deux acteurs s’étaient rencontrés sur CHIEN de Samuel Benchetrit en 2017), pour ce septième long-métrage. Ces deux immenses comédiens y confirment leur puissante humanité malgré des personnages qui ne sont pas exempts de défauts.
Saluons également la jolie performance de Bastien Ughetto qui, de film en film (d’ADIEU LES CONS à HABIB, LA GRANDE AVENTURE), impose une belle singularité de jeu.