Colocs de choc avec Hélène Vincent

Colocs de choc avec Hélène Vincent

COLOCS DE CHOC

Un film de Élodie Lélu
Scénario de Élodie Lélu & Jean-Claude Van Rijckeghem
avec Olivier Gourmet, Hélène Vincent, Fantine Harduin, Émilie Dequenne…
Comédie dramatique – 2023 – Belgique – Canada – France – 1h37

Sortie en salles le 22 mai 2024

L’histoire
Manon, une adolescente introvertie de 16 ans, se voit obligée de cohabiter avec sa grand-mère Yvonne, ex-militante féministe atteinte de la maladie d’Alzheimer. La situation se corse quand Yvonne commence à prendre Manon pour sa fille. Contre toute attente, Manon entre dans les délires d’Yvonne et rejoue le rôle de sa mère qu’elle n’a presque pas connue. C’est l’occasion pour elle de découvrir la véritable histoire des femmes de sa famille et d’apprendre, à son tour, à en devenir une.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Il faut bien avouer que ni le titre, ni l’affiche n’incitent vraiment à découvrir ce premier long métrage inspiré de la propre vie de sa réalisatrice, Élodie Lélu. À tort !
Il serait en effet dommage de passer à côté de COLOCS DE CHOC qui n’est pas du tout, contrairement aux apparences, un film sur la maladie d’Alzheimer.

En adoptant le point de vue de Manon dont la grand-mère développe en effet la maladie, la réalisatrice fait le portrait d’une jeune fille qui fait l’apprentissage de la vie.
Manon va murir et s’épanouir grâce à sa relation privilégiée avec cette grand-mère à la personnalité et au parcours atypiques.

2 / Malgré un scénario parfois prévisible, COLOCS DE CHOC surprend par sa volonté farouche d’aller de l’avant et d’inspirer l’espoir. Le pari de faire rire et sourire avec un tel sujet n’était pas évident mais il est en grande partie gagné.

COLOCS DE CHOC nous propose un autre regard sur la maladie et s’avère au final très attachant, grâce notamment au choix de la réalisatrice de ne pas enfermer ses personnages dans une seule direction. Ainsi quand le passé féministe de la grand-mère surgit, il impose aisément une nouvelle dynamique au film et à la jeune Manon qui prend ainsi conscience de son pouvoir de séduction et de la place qu’elle doit se faire dans la société à travers sa propre personnalité.  

3 / Si COLOCS DE CHOC séduit, c’est aussi grâce à la justesse de son casting.
Fantine Harduin qui avait 14 ans à l’époque du tournage incarne parfaitement la dualité de cette jeune adolescente timide mais déterminée à tracer son propre chemin. Olivier Gourmet, lui, parvient encore à nous surprendre dans un registre parfois inattendu. Si l’on a un immense plaisir à retrouver Émilie Dequenne dans un trop court second rôle, c’est la géniale Hélène Vincent qui nous marque le plus. L’immense comédienne apporte au personnage d’Yvonne, sa fantaisie, son énergie et toujours beaucoup de nuances.
Une performance subtile qui mérite, à elle seule, toute votre curiosité.   

Le deuxième acte, réjouissante autopsie du 7eme art par un drôle d’Oizo !

Le deuxième acte, réjouissante autopsie du 7eme art par un drôle d’Oizo !

LE DEUXIÈME ACTE

Un film de Quentin Dupieux
Scénario de Quentin Dupieux
avec Vincent Lindon, Léa Seydoux, Louis Garrel, Raphaël Quenard, Manuel Guillot
Comédie – 2023 – France – 1h20

Sortie en salles le 14 mai 2024
Le film est présenté en ouverture du Festival de Cannes 2024

L’histoire
Florence veut présenter David, l’homme dont elle est follement amoureuse, à son père Guillaume. Mais David n’est pas attiré par Florence et souhaite s’en débarrasser en la jetant dans les bras de son ami Willy. Les quatre personnages se retrouvent dans un restaurant au milieu de nulle part.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Un film, un concept ! Un an, trois films…
Moins de 12 mois après le réjouissant YANNICK et 3 mois tout juste après DAAAAAALI ! le talentueux et très prolifique Quentin Dupieux est déjà de retour dans les salles obscures avec un (court) long métrage, tourné en 12 jours et présenté, excusez du peu, en ouverture de la sélection officielle du Festival de Cannes 2024 !
Mais plus que les chiffres ou la quantité, c’est la qualité de cette nouvelle production qu’il convient de célébrer.

Sous couvert d’une satire du petit monde du cinéma, le réalisateur nous régale avec LE DEUXIÈME ACTE d’un film très drôle, souvent grinçant et totalement en phase avec notre époque. Ce drôle d’Oizo qu’est Quentin Dupieux profite de son 13ème long-métrage pour questionner avec malice son métier (et la place future de l’IA), le pouvoir du cinéma sur le réel, la désaffection des salles, le rêve hollywoodien, l’égo des stars, le vertige existentiel du métier d’acteur, les abus de pouvoir…     

2 / Saluons évidemment le plaisir très visible avec lequel Quentin Dupieux dirige ses acteurs en jouant et en détournant certains clichés les concernant… On s’interroge encore sur la façon dont le cinéaste a réussi à les convaincre de faire preuve d’autant d’autodérision et de balancer certaines répliques dignes d’un Bertrand Blier de la grande époque.

Le résultat est d’autant plus bluffant qu’une bonne partie des dialogues ou séquences semblent avoir été improvisées. Or, on le sait, Quentin Dupieux tient particulièrement à la petite musique de ses dialogues et qu’il est difficile pour ses comédiens d’en changer une ligne, voire une virgule.

Impossible de citer un exemple précis, afin de ne pas gâcher votre plaisir, sachez simplement que Vincent Lindon, Léa Seydoux, Louis Garrel et Raphaël Quenard jouent tous les quatre, avec une connivence et une gourmandise évidentes, une certaine version d’eux-mêmes.

N’oublions pas, le cinquième larron de ce DEUXIÈME ACTE, Manuel Guillot à qui l’on doit l’une des séquences les plus réjouissantes du film. Impossible désormais de commander une bouteille de vin dans un restaurant sans penser à ce figurant en galère…

3 / Après les récents MAKING OF de Cédric Khan, THE FALL GUY de David Leitch ou bien encore FIASCO, la série d’Igor Gotesman et Pierre Niney, la fiction adore nous raconter les coulisses du cinéma mais Quentin Dupieux restera le premier à aborder le sujet sous un prisme aussi original et décalé, toujours entre fiction et réalité.  

Casse gueule à souhait par son propos (que certains pourraient qualifier de nombriliste), ses plans séquences et ses travellings impressionnants, le film ne déraille jamais, bien au contraire !
On sort de ce DEUXIÈME ACTE, véritable mise en abyme du septième art, avec le sentiment très agréable d’avoir partagé une percutante et réjouissante proposition de cinéma.  C’est assez rare pour le souligner !   

Les trois fantastiques, premier film poignant et captivant !

Les trois fantastiques, premier film poignant et captivant !

LES TROIS FANTASTIQUES

Un film de Michaël Dichter
Scénario de Michaël Dichter & Mathias Gavarry
Avec Diego Murgia, Emmanuelle Bercot, Raphaël Quenard, Jean Devie, Benjamin Tellier, Maxime Bailleul…
Drame – 1h35 – France

Sortie en salles le 15 mai 2024

L’histoire 
Max, Vivian et Tom, 13 ans, sont inséparables. Ce début d’été est plein de bouleversements : la dernière usine de leur petite ville des Ardennes ferme tandis que Seb, le grand frère de Max, sort de prison. Ses combines vont peu à peu entraîner les trois adolescents dans une chute qui paraît inéluctable…

L’avis Cin’Écrans ****
Excellente surprise que ce premier long-métrage de Michaël Dichter dont la filiation est évidente avec le magnifique STAND BY ME (1986) de Rob Reiner, dans sa manière d’appréhender cette période si spécifique de la vie, entre enfance et adolescence.

« En écrivant LES TROIS FANTASTIQUES il y avait ce fantôme là, ce fantasme-là qui trainait derrière moi ! » Michaël Dichter à propos de STAND BY ME

LES TROIS FANTASTIQUES est une œuvre très attachante portée par de remarquables jeunes interprètes dont Diego Murgia qui a reçu pour sa prestation, un mérité Prix d’interprétation masculine au Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz.

Impossible de ne pas citer les principaux partenaires adultes de Diego Murgia,  à commencer par la toujours très juste Emmanuelle Bercot, dans le rôle d’une mère neurasthénique aux prises avec ses deux fils, le jeune Max et l’ingérable Seb.
Ce personnage de Seb, grand frère bordeline est incarné avec force par le brillant et désormais incontournable Raphaël Quenard (César de la révélation masculine 2024 pour CHIEN DE LA CASSE).   

« J’ai la même bande de copains depuis toujours ! » Michaël Dichter

Sur fond d’amitié, de trahison et de fratrie toxique, LES TROIS FANTASTIQUES est un film d’initiation et de survie, à la fois tendre et cruel sur la perte de l’innocence.

Ancré au cœur de la très cinégénique région des Ardennes, le film de Michaël Dichter débute à la manière d’une lumineuse chronique adolescente avant de glisser vers la chronique sociale pour finalement se transformer en véritable tragédie.
Fin des illusions… mais naissance d’un cinéaste dont on attend désormais avec impatience la suite de ses aventures…

Le + Cin’Écrans
C’est lors de la présentation de son premier long métrage au Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz que nous avons eu l’immense plaisir d’échanger avec Michaël Dichter, jeune réalisateur à l’enthousiasme très contagieux.

« Tout est un régal, maintenant que j’ai mis le pied dans la porte, c’est sûr que je ne pars pas ! » Michaël Dichter

L’occasion pour nous d’évoquer avec le scénariste – réalisateur sa passion du cinéma, l’influence de STAND BY ME, son travail avec Raphaël Quenard, Emmanuelle Bercot et ses remarquables jeunes acteurs…

INTERVIEW MICHAËL DICHTER

Comme un lundi… La boucle est bouclée ou presque !

Comme un lundi… La boucle est bouclée ou presque !

COMME UN LUNDI (Mondays)

Un film de Ryo Takebayashi
Scénario de Saeri Natsuo
, Ryo Takebayashi
avec Makita Sports, Wan Marui, Ken Murata, Takuto Endo, Sotara Moriyama…
Comédie – 2023 – Japon – 1h23

Sortie en salles le 8 mai 2024

L’histoire
Votre boss vous harcèle ? Vos collègues vous épuisent ? Vous ne voulez plus retourner au bureau ? Vous n’imaginez pas ce que traversent Yoshikawa et ses collègues ! Car, en plus des galères, ils sont piégés dans une boucle temporelle… qui recommence chaque lundi ! Entre deux rendez-vous client, réussiront-ils à trouver la sortie ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Revenir chaque lundi matin au bureau est un véritable cauchemar ?
Ce premier long-métrage japonais est pour vous, même si les autres y prendront, sans doute, aussi beaucoup de plaisir…

Avec son pitch original mais quelque peu répétitif, sur le papier, le risque était grand que COMME UN LUNDI tourne vite en rond.
Rassurez-vous, il n’en est rien. Grâce à un scénario malin, cosigné avec Saeri Natsuo, Ryo Takebayashi parvient sans problème à renouveler ses enjeux de départ, tout en assumant parfaitement la référence évidente de départ à la série THE OFFICE ou à l’excellente comédie d’Harold Ramis, UN JOUR SANS FIN (1993).

2 / A la fois très drôle mais aussi touchant dans sa description du quotidien bouleversé de ses employé.e.s de bureau, le premier film de Ryo Takebayashi gagne pleinement son pari grâce à un ton parfois outrancier mais surtout au rythme saccadé et percutant de son montage.

3 / Enfin, COMME UN LUNDI dépasse le simple cadre de la fantaisie en forme de boucle temporelle pour se lancer dans une réjouissante satire du monde du travail.
On y ressent parfaitement l’aliénation qui peut naître au cœur de l’espace relativement clos d’un bureau, avec notamment ces réunions de travail qui n’en finissent pas, afin de satisfaire un client qui, quasiment par principe, ne le sera jamais! Ça vous rappelle peut-être quelque chose…

Jeunesse, mon amour – Les copains d’abord !

Jeunesse, mon amour – Les copains d’abord !

JEUNESSE, MON AMOUR

Un film de Léo Fontaine
Scénario de Léo Fontaine
Avec Manon Bresch, Matthieu Lucci, Dimitri Decaux, Yves-Batek Mendy, Clémence Boisnard, Inas Chanti, Victor Bonnel, Johan Heldenbergh…
Drame – 2023 – France – 1h10

Sortie en salles le 8 mai 2024

L’histoire
Après plusieurs années, un groupe de jeunes adultes se retrouve. L’époque du lycée est révolue, mais les amis tentent d’en raviver l’esprit et les liens. Lors de cet après-midi hors du temps, où les souvenirs et non-dits refont surface, chacun prend conscience de ce qui a changé.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ JEUNESSE, MON AMOUR, possède l’énergie vitale suggérée par son beau titre et la fougue de ces jeunes gens que la caméra regarde avec une infinie tendresse, mais aussi une pointe de cruauté.

Le 1er long métrage de Léo Fontaine se révèle être une jolie surprise, une comédie dramatique empreinte de mélancolie, celle qui vous saisit lorsqu’une forme de distance s’instaure avec un passé pourtant proche.

Sans jamais être plombant, JEUNESSE, MON AMOUR retranscrit parfaitement ce sentiment qui s’empare de chacun.e d’entre nous lorsque l’on se rend compte qu’un passé commun n’est pas forcément ressenti de la même manière par le groupe. Sans oublier que certaines amitiés d’enfance se délitent lors du passage à l’âge adulte.

2 / Le ton du film et sa forme, entre scènes très écrites et d’autres improvisées, donnent un charme tout particulier à cette chronique du temps qui passe.

JEUNESSE, MON AMOUR se joue également du temps en passant habilement de la comédie de potes à quelque chose de plus profond, plus sombre.
On y ressent à quel point Léo Fontaine (28 ans) accorde de l’importance à cette période de basculement de la vie et surtout à celles et ceux qui partagent ce moment de transition, pour le meilleur ou pour le pire.

3 / Saluons pour terminer l’ensemble du casting qui donne tout son piquant et son énergie vitale à ce premier film, avec une mention spéciale pour l’intensité de jeu de Manon Bresch et le sens du rythme de la géniale Inas Chanti (découverte dans l’excellent HARAMISTE d’Antoine Desrosières).

Nous vous invitons à aller passer un moment (aucun risque de vous ennuyer durant la petite heure dix du film…) avec cette bande de potes que la vie réunit sans doute pour la dernière fois et auxquels on s’attache très vite. Ce serait dommage de passer à côté de leurs retrouvailles éphémères …