Quitter la nuit – Un 1er long tendu et immersif !

Quitter la nuit – Un 1er long tendu et immersif !

QUITTER LA NUIT

Un film de Delphine Girard
Scénario de Delphine Girard
Avec Selma Alaoui, Veerle Baetens, Guillaume Duhesme, Anne Dorval, Gringe, Adèle Wismes, Erico Salamone, Florence Janas…
Drame– 1h44 – France

Sortie en salles le 10 avril 2024

L’histoire 
Une nuit, une femme en danger appelle la police. Anna prend l’appel. Un homme est arrêté. Les semaines passent, la justice cherche des preuves, Aly, Anna et Dary font face aux échos de cette nuit qu’ils ne parviennent pas à quitter.

L’avis Cin’Écrans ****
Premier long métrage de Delphine Girard, QUITTER LA NUIT est le prolongement direct d’UNE SŒUR, un court métrage déjà avec Veerle Baetens, réalisé par la cinéaste en 2018, qui lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur court-métrage.

Si la réalisatrice a fait le choix, dans QUITTER LA NUIT, de ne pas montrer le viol, elle expose en revanche avec précision comment la situation dérape, afin de ne laisser aucun doute, aucune ambiguïté au spectateur sur la gravité des faits et de leur violence.

« Une des premières questions que je me suis posé, c’est : Comment on dit ça à sa mère ! … J’avais envie que le film contienne cette complexité, donc ça passait par ce personnage-là. » Delphine Girard 

QUITTER LA NUIT explore avec une grande intelligence les conséquences et répercussions d’une agression sexuelle sur ses protagonistes et leur entourage, avec notamment un personnage rarement montré au cinéma, celui d’un parent d’accusé, en l’occurrence ici, la mère de l’agresseur, magistralement incarnée par Anne Dorval.   
Grâce à l’observation minutieuse de la trajectoire de chacun des personnages de ce drame et à cette multiplication de points de vue, le spectateur prend pleinement conscience des enjeux de l’ensemble des partis et sur l’inaptitude chronique du système judiciaire à juger les violences sexuelles.

« La sororité… n’est pas une solution, c’est un pansement, un beau pansement ! » Delphine Girard

Saluons également l’impeccable casting de ce film âpre qui navigue habilement entre drame intime et thriller.
Selma Alaoui, Veerle Baetens, Guillaume Duhesme, Anne Dorval ou bien encore Gringe apporte toute sa véracité à un film dont on retiendra également la beauté de son épilogue qui célèbre sobrement la sororité.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion du festival International du film de Saint-Jean-de-Luz où QUITTER LA NUIT était présenté en octobre dernier que nous avons pu échanger avec Delphine Girard autour de ce projet ambitieux et atypique, parfaitement réussi.  

INTERVIEW DELPHINE GIRARD

Madame Hofmann – Au cœur de l’intime

Madame Hofmann – Au cœur de l’intime

MADAME HOFMANN

Un film de Sébastien Lifshitz
Scénario de Sébastien Lifshitz
Avec Sylvie Hofmann
Documentaire– 1h44 – France
Sortie en salles le 10 avril 2024

L’histoire 
“Bienvenue dans ma vie”, cette phrase, Sylvie Hofmann la répète à longueur de journée ou presque. Sylvie est cadre infirmière depuis 40 ans à l’hôpital nord de Marseille. Sa vie, c’est courir. Entre les patients, sa mère, son mari et sa fille, elle consacre ses journées aux autres depuis toujours. Et si elle décidait de penser un peu à elle ? De partir à la retraite ? En a-t-elle le droit, mais surtout en a-t-elle vraiment envie ?

L’avis Cin’Écrans *****
ADOLESCENTES, PETITE FILLE, LES VIES DE THÉRÈSE ou bien encore LES INVISIBLES (César 2013 du meilleur film documentaire)…
Au fil des ans, de fiction (plus rares) en documentaires, Sébastien Lifshitz s’est affirmé comme un portraitiste hors-pair, un cinéaste qui sonde l’intime comme personne tout en parvenant à donner à ses sujets un retentissement plus universel.

« Elle n’arrête jamais Sylvie ! Elle est dans le don d’elle-même en permanence … » Sébastien Lifshitz

MADAME HOFMANN dresse le portrait bouleversant et passionnant d’une femme exemplaire de dévouement aux autres mais en lutte permanente au cœur d’une institution hospitalière en crise. On est fasciné par l’empathie de Sylvie, par son énergie et une détermination sans faille, malgré les doutes qui l’assaillent parfois, sans compter ses propres problèmes de santé.

A travers le quotidien de Sylvie Hofmann, Sébastien Lifshitz dévoile le chaos hospitalier tout en rendant hommage au dévouement du personnel de santé soumis à des conditions de travail de plus en plus compliquées, pour ne pas dire aberrantes. On en veut pour preuve la discussion quasi surréaliste entre la cadre infirmière et son chef de service lorsqu’elle vient lui annoncer son départ prochain à la retraite, avec les conséquences inévitables sur le quotidien du service…

« Le désir de fiction est en train de revenir mais le documentaire reste quelque chose auquel je suis extrêmement attaché » Sébastien Lifshitz

La grande force de ce nouveau documentaire de Sébastien Lifshitz tient dans l’équilibre qu’il donne à son récit, entre la vie professionnelle de Sylvie Hofmann et sa vie intime.
Sans jamais tomber dans un quelconque pathos ou voyeurisme, le cinéaste capte de magnifiques et poignants instants de vie quand Sylvie retrouve les siens, que ce soit sa fille, son compagnon ou Micheline, sa mère au tempérament bien affirmé. Leurs échanges, toujours très francs et souvent joyeux, constituent, sans aucun doute, quelques un des plus beaux moments du film.

« Il n’était pas question de voler des images… » Sébastien Lifshitz

On a beau bien connaître le travail de Sébastien Lifshitz, on est toujours impressionné et fasciné par le rapport de confiance précieux que le cinéaste instaure avec ces anonymes qu’il met dans la lumière et par le regard qu’il porte sur eux.

Nous ne sommes pas près d’oublier ce remarquable documentaire et sa principale protagoniste, Sylvie.
Nous souhaitons à Madame Hofmann, véritable héroïne du quotidien, une magnifique et très méritée retraite même si, au grand dam de son compagnon, elle ne semble pas tout à fait prête à lâcher prise pour simplement profiter de la vie.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion du Festival du film de société de Royan, en décembre dernier que j’ai eu le privilège de rencontrer Sébastien Lifshitz pour parler de MADAME HOFMANN et de son travail de documentariste.

INTERVIEW SÉBASTIEN LIFSHITZ

Yurt, un envoutant récit d’apprentissage !

Yurt, un envoutant récit d’apprentissage !

YURT (Le pensionnat)

Un film de Nehir Tuna
Scénario de Nehir Tuna
Avec Doğa Karakaş, Can Bartu Aslan, Ozan Çelik
Drame – 1h56 – Turquie

Sortie en salles le 3 avril 2024

L’histoire
Turquie, 1996. Ahmet, 14 ans, est dévasté lorsque sa famille l’envoie dans un pensionnat religieux (Yurt). Pour son père récemment converti, c’est un chemin vers la rédemption et la pureté. Pour lui, c’est un cauchemar. Le jour, il fréquente une école privée laïque et nationaliste ; le soir, il retrouve son dortoir surpeuplé, les longues heures d’études coraniques et les brimades. Mais grâce à son amitié avec un autre pensionnaire, Ahmet défie les règles strictes de ce système, qui ne vise qu’à embrigader la jeunesse.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec son premier long-métrage, Nehir Tuna nous livre un impressionnant portrait d’adolescent en révolte et un envoutant récit d’apprentissage, en grande partie autobiographique.

A travers le quotidien tourmenté d’Ahmet tiraillé entre sa famille, son envie de liberté et l’endoctrinement religieux à l’œuvre dans son pensionnat, le réalisateur turc réussit sans manichéisme à dépeindre le malaise adolescent, notamment lorsque la frontière entre amour et amitié n’est pas clairement définie.  

Précisons que Nehir Tuna ancre son histoire dans le contexte d’une époque, pas si lointaine que ça (une trentaine d’années) lorsque l’opposition entre l’éducation laïque et religieuse était beaucoup plus marquée qu’aujourd’hui où le pouvoir religieux a gagné (et une forme d’endoctrinement aussi…).

2 / YURT est un premier long métrage qui impressionne par la puissance de son récit mais aussi et peut-être surtout par la maitrise formelle de sa mise en scène.

La composition des plans est éblouissante et avec la complicité de son excellent directeur de la photographie, le français Florent Herry, Nehir Tuna ose même un changement de cap radical aux 2/3 du film.
À la faveur d’une fugue d’Ahmet avec un autre pensionnaire de l’institution religieuse, le film passe avec subtilité d’un somptueux noir et blanc à la couleur. Une séquence, bouleversante, de délivrance et de révélation pour ses deux jeunes protagonistes dont l’audace de la mise en image n’est pas sans rappeler une séquence très marquante du film de Xavier Dolan, MOMMY.

Autant dire qu’il nous tarde de découvrir la suite de la carrière très prometteuse de Nehir Tuna. Ce premier film a d’ailleurs valu à son réalisateur un très mérité Prix de la mise en scène décerné par le jury d’Agnès Jaoui lors de la dernière édition du Festival International de Saint-Jean-de-Luz. YURT s’est également vu remettre lors du même festival le Prix SFCC de la critique.

3 / YURT ne se contente pas d’être un véritable choc esthétique, il est aussi l’occasion de découvrir Doğa Karakaş, un jeune comédien remarquable qui porte le film sur ses épaules, en lui apportant à la fois la fougue et la détermination de sa jeunesse mais aussi une forme de fragilité très touchante.

Pas de vagues – François Civil, prof sous haute tension

Pas de vagues – François Civil, prof sous haute tension

PAS DE VAGUES

Un film de Teddy Lussi-Modeste
Scénario de Teddy Lussi-Modeste & Audrey Diwan
Avec François Civil, Shaïn Boumedine, Bakary Kebe, Toscane Duquesne, Luna Ho Poumey, Marianna Ehoumann Mallory Wanecque, Emma Boumali, Agnès Hurstel…
Drame – 1h32 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire
Julien est professeur au collège. Jeune et volontaire, il essaie de créer du lien avec sa classe en prenant sous son aile quelques élèves, dont la timide Leslie.
Ce traitement de faveur est mal perçu par certains camarades qui prêtent au professeur d’autres intentions. Julien est accusé de harcèlement.
La rumeur se propage. Le professeur et son élève se retrouvent pris chacun dans un engrenage.
Mais devant un collège qui risque de s’embraser, un seul mot d’ordre : pas de vagues…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec PAS DE VAGUES, son troisième long-métrage après JIMMY RIVIÈRE et LE PRIX DU SUCCÈS, Teddy Lussi-Modeste signe, sans aucun doute son film le plus personnel. Une histoire inspirée par des faits subis par le cinéaste lorsqu’il exerçait comme enseignant au sein d’un collège.

Sobrement mais efficacement mis en scène, PAS DE VAGUES est un film sous tension permanente qui doit beaucoup à la finesse de son scénario et au jeu subtil de son interprète principal François Civil.

2 / Le monde de l’enseignement a souvent été au cœur de nombreux documentaires ou fictions au fil du temps. Rien que pour ces derniers mois on peut citer, entre autres, UN MÉTIER SÉRIEUX de Thomas Lilti, BIS REPETITA d’Émilie Noblet ou bien encore LA SALLE DES PROFS d’Ilker Çatak, sans compter AMAL, UN ESPRIT LIBRE de Jawad Rhalib annoncé pour le 17 avril.

Avec PAS DE VAGUES, Teddy Lussi-Modeste et sa coscénariste Audrey Diwan* ont fait le choix judicieux de mettre en scène le terrible engrenage dans lequel est pris Julien, professeur idéaliste qui veut changer la vie de ses élèves, mais aussi celui dans lequel se trouve entraînée l’élève qui a dénoncé son professeur. Une adolescente qui n’est jamais présentée comme une menteuse mais comme une jeune fille qui dit son sentiment, sa vérité et qui ne sait plus comment faire machine arrière lorsqu’elle prend conscience des conséquences terribles de ses accusations …

PAS DE VAGUES nous plonge au cœur d’un engrenage implacable et terrifiant, celui de la rumeur, dans lequel chacun peut se projeter sans peine grâce à un scénario très affuté.

3/ Pour incarner Julien, professeur dans la tourmente, Teddy Lussi-Modeste a fait le choix d’un acteur lumineux et charismatique que l’on n’avait pas encore vu dans ce registre. Le pari est parfaitement réussi, tant François Civil fait preuve d’une remarquable justesse.
On attend avec impatience de le voir en octobre prochain dans L’AMOUR OUF de Gilles Lellouche dont il partage le haut de l’affiche avec Adèle Exarchopoulos et la jeune Mallory Wanecque révélée par LES PIRES et interprète d’Océane dans PAS DE VAGUES.

*Audrey Diwan, réalisatrice, entre autres, de L’ÉVÉNEMENT collabore régulièrement à l’écriture de scénarios avec d’autres cinéastes. Elle a reçu en février dernier, avec sa coscénariste et réalisatrice Valérie Donzelli, le César du meilleur scénario adapté pour L’AMOUR ET LES FORÊTS, adaptation du roman éponyme de Éric Reinhardt.

La promesse verte… Au nom de la (planète) terre

La promesse verte… Au nom de la (planète) terre

LA PROMESSE VERTE

Un film d’Édouard Bergeon
Scénario d’Édouard Bergeon, Emmanuel Courcol et Luc Golfin
Avec Alexandra Lamy, Félix Moati, Sofian Khammes, Julie Chen, Antoine Bertrand, Philippe Torreton…
Drame – 2h04 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire 
Pour tenter de sauver son fils Martin injustement condamné à mort en Indonésie, Carole se lance dans un combat inégal contre les exploitants d’huile de palme responsables de la déforestation et contre les puissants lobbies industriels.

L’avis Cin’Écrans ***
Près de 5 ans après la sortie d’AU NOM DE LA TERRE, son premier long-métrage de fiction, le documentariste Édouard Bergeon est de retour avec LA PROMESSE VERTE.

Après avoir signé une chronique familiale poignante autour de la détresse du monde paysan, c’est un réquisitoire contre le scandale de la déforestation au profit de lobbies industriels que dresse le réalisateur.

« Le monde ne se laisse pas faire quand on veut faire changer les choses… » Édouard Bergeon

Et c’est à nouveau par le biais d’une histoire familiale (le combat d’une mère pour sauver son fils) qu’Édouard Bergeon pose les enjeux de son récit.   
Si la démonstration est parfois un peu appuyée, LA PROMESSE VERTE se révèle néanmoins être un très efficace thriller écologiste porté par son beau casting.
Le film nous permet évidemment de vanter à nouveau le talent d’Alexandra Lamy et Félix Moati mais il est aussi l’occasion de saluer la justesse du reste de la distribution de Sofian Khammes à Philippe Torreton, en passant par Julie Chen et l’acteur Québécois Antoine Bertrand (DEMAIN TOUT COMMENCETROIS FOIS RIEN…)

« La musique… participe à l’éco-thriller, à la mise sous tension du spectateur !» Édouard Bergeon

Pour donner à ce film de fiction, très documenté, toute sa puissance Édouard Bergeon a fait appel à Éric Dumont, son directeur de la photographie qui a réalisé un très beau travail, notamment sur la lumière du film. Il s’est également adjoint les services d’un fidèle complice, Thomas Dappelo qui signe une bande originale inspirée et très présente tout au long de ce film au message écologique essentiel.

Le + Cin’Écrans
C’est lors d’une avant-première de LA PROMESSE VERTE au cinéma Le Lido à Royan, que j’ai eu le plaisir de retrouver Édouard Bergeon mais aussi son fidèle producteur et ami (également comédien dans les films de ses réalisateurs) Christophe Rossignon.
L’occasion d’échanger avec eux à propos de ce projet qui aura mis près de 5 ans à voir le jour, depuis le succès de leur premier film en commun AU NOM DE LA TERRE qui avait touché près de deux millions de spectateurs en France.  

INTERVIEW ÉDOUARD BERGEON & CHRISTOPHE ROSSIGNON