Festival – Fiction TV pour tous à La Rochelle…

Festival – Fiction TV pour tous à La Rochelle…

Tous les ans, en septembre, se déroule à La Rochelle, le Festival de Fiction TV qui met à l’honneur les œuvres de fictions télé, web et digitales, françaises, francophones étrangères et européennes.

Ce festival très suivi par les professionnels de la télévision organise aussi  de très nombreuses projections et événements (séances de dédicaces et photocall) pour un public de plus en plus nombreux, au fil des ans.

Au programme de cette édition 2021 qui se déroulera du 14 au 19 septembre, des projections, des tables rondes, des débats, des séances de pitchs, les Rendez-vous de la Création Francophone…autant d’occasions pour les auteurs et les autrices de fiction de se rencontrer et faire avancer leurs projets.

Le jury sera présidé cette année par le comédien Guillaume de Tonquedec (Photo ci dessous) qui aura fort à faire avec les autres jurés pour départager la bonne quarantaine de films ou séries présentés en compétition.

Guillaume de Tonquedec

Le comédien profitera également de sa présence à La Rochelle pour y présenter en ouverture du festival J’IRAI AU BOUT DE MES REVES (M6), de Stéphanie Pillonca et le 16 septembre UNE AFFAIRE FRANCAISE (TF1) de Christophe Lamotte.

 

j'irai au bout de mes rêves - Samuel Alain Abitbol & Camille Lou

Outre ces deux films et les fictions (tous formats confondus) de la compétition, voici quelques œuvres qui devraient faire l’événement à La Rochelle puis lors de leur diffusion prochaine à la télé.

  • L’AMOUR FLOU (Canal+), série de Romane Bohringer, adapté de son film homonyme.
  • NONA ET SES FILLES (Photo ci dessous – Arte), la première série mise en scène, pour Arte par l’actrice – réalisatrice Valérie Donzelli avec Miou-Miou, Virginie Ledoyen , Valérie Donzelli et Clotilde Hesme.
  • LES PARTICULES ELEMENTAIRES (France 2), adaptation par Antoine Garceau du roman culte de Michel Houellebecq, avec Guillaume Gouix, Jean-Charles Clichet, Pascale Arbillot et Déborah François.
  • L’INVITATION (OCS) de Fred Grivois avec Margot Bancilhon, Guillaume Gouix, Alysson Paradis et Hubert Delattre.

 

Nona et ses filles

Pour tout savoir de cette nouvelle et riche édition du Festival, rendez-vous sur son site officiel. Un site sur lequel vous pouvez d’ores et déjà réserver vos projections et vos séances de dédicaces, si vous avez la chance de faire un tour par La Rochelle du 14 au 19 septembre 😊 Et c’est GRATUIT !

Bientôt sur CIN’ECRANS…

Quant à moi, je reviendrai très vite sur mes « Fictions » préférées de ce festival 2021, à l’occasion de leurs diffusions TV, avec quelques interviews de leurs protagonistes pour accompagner certaines d’entre elles. A très vite donc sur ces pages et qui sait au détour d’une salle à La Rochelle …

Une histoire d’amour et de désir au palmarès du Festival du film francophone d’Angoulême 2021

Une histoire d’amour et de désir au palmarès du Festival du film francophone d’Angoulême 2021

Après 4 jours de compétition, le public et les jurys de cette 14eme édition du FFA ont décerné leurs récompenses.  Un palmarès varié qui confirme l’excellente tenue de cette sélection 2021.
A titre personnel, je regrette l’absence du très beau 1er film d’Aurélie Saada (la mise en scène et l’interprétation de Françoise Fabian, notamment sont remarquables) mais je me réjouis, entre autres, du Prix du public décerné au brillant BOITE NOIRE de Yann Gozlan (déjà Prix du Public de Reims Polar au printemps dernier), de celui des étudiants francophones attribué au bouleversant PETITE NATURE de Samuel Theis et  des 2 récompenses (dont un tout nouveau Valois du Jury) remises à LA VRAIE FAMILLE, très beau second film de Fabien Gorgeart avec la magnifique Mélanie Thierry, fort justement récompensée pour sa subtile composition.
Malheureux en revanche, de ne pas avoir trouvé le temps de voir UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DESIR, le second long métrage de Leyla Bouzid, lauréat de deux Valois dont celui de diamant du meilleur film.
Séance de rattrapage très prochaine, à l’occasion de sa sortie en salles dés mercredi.

Découvrez ci-dessous, le palmarès complet de cette 14eme édition, dévoilé ce soir lors de la cérémonie de clôture du festival, avant la projection du film de Marc Dugain, EUGENIE GRANDET.

PALMARES COMPLET 

Valois de Diamant
UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DESIR de Leyla Bouzid

Valois du Jury
LA VRAIE FAMILLE
de Fabien Gorgeart

Valois du Public
BOITE NOIRE de Yann Gozlan

Valois des étudiants francophones
PETITE NATURE de Samuel Theiss

Valois de la mise en scène
LA NUIT DES ROIS
de Philippe Lacôte

Valois de l’actrice
Mélanie Thierry
dans LA VRAIE FAMILLE de Fabien Gorgeart

Le jury a tenu à attribué une mention spéciale à
Ina Marija Bartaité
pour sa composition dans MON LEGIONNAIRE de Rachel Lang. La jeune actrice est décédée en avril dernier dans un accident de la route.

Valois de l’acteur
Sami Outalbali dans UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DESIR de Leyla Bouzid

Valois René Laloux du meilleur court métrage d’animation
C’ETAIT PAS DU BOURGOGNE
de Mathias de Panafieu

Valois du scénario
Rachel Lang
pour MON LEGIONNAIRE

Valois de la musique
Olivier Alary pour la musique de LA NUIT DES ROIS de Philippe Lacôte

Valois Rothschild Martin Maurel  (décerné à un producteur par un collège de distributeurs
Laetitia Galitzine (Chapka Films) et Aurélie Rouvière (La Filmerie) pour ANTOINETTE DANS LES CEVENNES de Caroline Vignal

BIENTÔT EN INTERVIEW CINECRANS…

Je vous proposerai d’ici quelques jours, sur Cin’Ecrans, les premières interviews vidéo réalisées à Angoulême pour accompagner les sorties en salles de certains films.
Parmi ces invités : Yann Gozlan pour BOITE NOIRE (sortie le 8 septembre), Eric Besnard pour DELICIEUX (sortie le 8 septembre) Karin Viard & Vincent Macaigne pour L’ORIGINE DU MONDE de Laurent Lafitte (sortie le 15 septembre, Kamir Aïnouz, Zoé Adjani & Amira Casar pour CIGARE AU MIEL (sortie le 6 octobre).

Suivront au fil des mois, Jacques Audiard, Lucie Zhang, Makita Samba Jehnny Beth (LES OLYMPIADES), Samuel Theis, Antoine Reinartz, Melissa Olexa (PETITE NATURE), Fabien Gorgeart (LA VRAIE FAMILLE), Aurélie Saada, Françoise Fabian, Aure Atika & Grégory Montel (ROSE), Anaïs Volpé & Souheila Yacoub (ENTRE LES VAGUES), Xavier Beauvois & Jérémie Rénier (ALBATROS), Lola Aubrière, Alain-Fabien Delon, Redouanne Harjane & David Lanzmann (JOURS SAUVAGES), Marine Barnieras (ROSY), Charline Bourgeois-Taquet & Anaïs Demoustier (LES AMOURS D’ANAÏS) & Sandrine Kiberlain (UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN)

“Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise” Interview Vincent Delerm

“Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise” Interview Vincent Delerm

- Interview Vincent Delerm- Je ne sais pas si c'est tout le monde

Vincent Delerm était, il y a quelques jours, à Rochefort au festival Soeurs Jumelles pour une projection de JE NE SAIS PAS SI C’EST TOUT LE MONDE, son premier film coproduit par l’un des membres fondateurs du festival… Julie Gayet. 

Une occasion idéale pour revenir, entre autres, avec l’auteur, compositeur, interprète, photographe et désormais réalisateur sur cette première expérience ciné et sa sortie atypique en salles.

Gadjo Dilo - Romain Duris & Rona Hartner

Ce festival célèbre la rencontre entre la musique et l’image. Une association parfaite pour l’homme et l’artiste que tu es…
C’est vrai que je me suis fabriqué comme ça, même sur les premières chansons que je faisais à l’époque où je bossais sur Truffaut.
Il y a eu notamment la grande année où j’ai fait ma maîtrise, enfin la grande année pour moi hein ! (rire) où je passais VIVEMENT DIMANCHE en boucle. Au bout d’un moment je ne mettais plus le son et je faisais de la musique par-dessus, comme si je réalisais la BO de ses films.

D’une façon générale j’ai toujours été hyper touché par le fait d’essayer de faire des musiques pour accompagner des films et aussi par leurs compositeurs. Je mettais ça dans ma cuisine et j’avais l’impression que chaque geste devenait important, plus encore même avec des compositeurs assez lyriques comme Georges Delerue et François de Roubaix, des gens comme ça, qui avaient un truc qui te donne l’impression que tout est très intense.
Et puis évidemment, vu comment je fais de la chanson, c’est à dire en mettant beaucoup de références au cinéma, j’ai fait, assez vite, des concerts en mélangeant visuels et chansons.  Donc c’est sûr que ça a toujours beaucoup compté pour moi.

Et comment as-tu imaginé JE NE SAIS PAS SI C’EST TOUT LE MONDE, un film très personnel et qui apparait comme très cohérent avec le reste de ton travail sur l’intime et le rapport aux autres…
Ce film, je l’ai aussi un peu construit comme un concert, c’est à dire en alternant des séquences de 4-5 minutes, très différentes les unes des autres. Pendant le montage du film avec le monteur, on avait mis de côté plein de séquences tournées, plein de trucs, mais on n’a pas fait semblant de se dire qu’on connaissait l’ordre que ça allait prendre.

A chaque fois on avançait dans le film en se demandant “de quoi a-t-on envie maintenant ?” C’est la même chose quand tu fais des concerts, tu les construis de cette façon, même si les gens peuvent parfois penser qu’il y a un truc très pensé en amont.
C’est d’autant plus vrai quand tu as envie de faire passer des trucs un peu perso ou avec une tournure d’esprit un peu particulière, il faut que ce soit confortable pour les gens. C’était vraiment le cas ici, parce que, même si c’est un film court de moins d’une heure, je pense que même pour des gens qui m’aiment bien, à priori, il y a un premier quart d’heure – vingt minutes où tu ne sais pas trop où ça va, ce que tu dois en penser. Et puis, au bout d’un moment tu finis par lâcher, idéalement en tout cas, tu te dis “bon, ah oui, je vois je vois où ça va” et puis surtout tu t’arrêtes de réfléchir (rire).

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Tu prends plaisir comme spectateur ou comme metteur en scène de tes chansons, de tes spectacles, à déstabiliser les gens, à les mettre dans une forme d’inconfort ?
C’est une idée que je n’aime pas vraiment dans l’absolu. Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise par contre, je sais que pour installer ton tempo, tu dois en passer par un truc un peu radical. Je sais qu’il faut un peu de temps pour installer une atmosphère parce que tout le monde arrive chargé de sa vie, de sa journée et de la manière dont les images nous sont présentées en général et dans la manière dont la musique nous est donnée à entendre, notamment dans les concerts de chansons. C’est pour ça que j’aime bien faire des concerts, très peu des émissions où je ne chante qu’une chanson parce que je sais que je ne peux pas installer ce dont j’ai envie sur un temps aussi court.  Donc, je n’ai pas de plaisir à ça, mais par contre je sais que c’est souvent un peu nécessaire de passer par cette petite étape là.

Le film a une vie très atypique, je trouve que son parcours lui ressemble. Il est sorti très différemment d’un film classique. il a été montré parallèlement à ta dernière tournée et tu as ainsi pu l’accompagner… C’est une décision qui était consciente dès sa conception ou ce choix s’est imposé une fois le film terminé?
Toutes les choses que je fais en dehors de la chanson je les fais vraiment très sérieusement, enfin je n’en fais pas 150000 non plus ! Je fais de la photo et puis j’ai fait ce film mais j’aimerais bien en faire au moins un autre ou deux autres mais, par contre, je considère ça vraiment comme un truc en plus et je prends vraiment ce qu’on me donne.
Du coup, d’être dans cette position-là me permet d’exiger des choses très radicales. Par exemple, si je fais un bouquin de photos j’aime bien qu’il ne soit vendu que dans un seul endroit parce que je sais qu’au moins les gens sont sûrs de le trouver là.
Pour le film on a eu un peu la même démarche à Paris. Je me suis vraiment battu pour que les projections aient lieu dans une seule salle.
Quand je fais un concert à Paris je ne suis pas à La Cigale et à L’Elysée Montmartre en même temps. Et donc, j’avais un peu ce fantasme que le film soit présenté dans une salle parisienne où ce serait un peu sold-out, et pour que ce soit plein il fallait qu’il passe à un seul endroit, une fois par semaine. J’ai adoré que ce soit comme ça, j’allais au Cinéma des Cinéastes tous les dimanches matin et il y avait des rencontres à chaque fois.
Effectivement tu as raison, le film a eu cette vie un peu étrange mais qui me convenait parce que j’ai bien aimé qu’à aucun moment quelqu’un vienne me dire “on a fait tant d’entrées”, ça c’est sûr !

Evidemment c’est important de savoir si tu vends des disques, si ce que tu fais marche, mais, honnêtement, moi je ne connais vraiment pas mes scores de ventes de disques et dans le cinéma ça me faisait un peu peur. Ce côté où on sait dès le mercredi si ça marche ou si on s’est planté, je voulais vraiment éviter ça, à tout prix.
C’est un peu par orgueil aussi car je n’avais pas envie qu’on me dise “ton film s’est planté !” Avec un film comme celui-ci, je pense que si on alignait le nombre d’entrées, ce ne serait pas du tout incroyable mais, par contre, son existence de cette manière-là a fait qu’il est resté longtemps et qu’on m’en a parlé souvent. Il a vraiment existé. C’est un peu la même chose, parfois, pour les albums. Ce n’est pas forcément le score de ventes qui compte, mais plutôt le parcours et la manière dont les gens l’ont rencontré et se le sont approprié.

Justement as-tu une idée du public que le film a rencontré ? Ce sont principalement des fans de Vincent Delerm, le chanteur ou bien as-tu accroché un autre public, plus cinéphile peut-être ?
C’est un mélange des deux finalement ! C’est un débat qu’on a eu d’ailleurs avec certains cinémas parce qu’ils disaient “mais nous on connaît notre public” et moi je savais que les gens qui me suivent sont un peu habitués justement à cette tournure d’esprit. Le mélange d’un truc plutôt imaginé pour faire rigoler et puis juste après d’essayer de mettre une tarte plutôt pour émouvoir… Et ça, c’est vraiment ce que je préfère faire dans tous les domaines mais oui, quand on faisait la tournée des cinémas en province qui accompagnait effectivement ma tournée de concerts, il y avait des salles avec une tradition d’abonnés, de gens qui viennent découvrir des films un peu différents. J’ai parfois croisé des gens qui me disaient ” pour moi ce n’est pas un vrai film”. Mais c’est vrai que c’est un cinéma un peu spécial parce que ce n’est pas du documentaire et ce n’est pas non plus de la fiction. Enfin, c’est quand même un peu documentaire dans le sens où la plupart des témoignages qui sont dans le film sont des vrais témoignages mais ils sont organisés d’une certaine manière. Je les ai cousus ensemble en passant aussi par des choses que j’ai pu écrire pour relier les séquences.  Donc c’est un format un peu hybride et c’est pour ça que c’est bien quand les gens se laissent porter.

Tout le monde ne m’a pas dit que c’était fantastique, mais en tout cas beaucoup de gens ont joué le jeu et c’est ça qui compte. Tu fais des choses, que ce soit des chansons, des photos ou un film pour dire un peu aussi qui tu es et tu espères toujours avoir un rebond, que les gens te disent “ah ben moi aussi je suis comme vous”. Tu cherches à obtenir ce ricochet et ça en chanson, on l’a beaucoup parce que les gens piochent toujours un truc, qui n’est jamais le même, et ils te disent ” Moi dans cette chanson là, c’est ça qui m’a fait de l’effet ou quand je pense à vous c’est pour tel truc”.

Avec le film il y a eu la même chose, c’est à dire que tout le monde a pioché quelque chose de différent. C’est vrai que les gens m’ont un peu plus parlé de Jean Rochefort parce que c’était son dernier rôle et cette dernière apparition est un peu plus marquante que le reste.

C’est une vraie liberté pour le coup de donner la parole à des personnes inconnues du public…
Oui, oui bien sûr. En fait c’est des gens que j’aimais bien et du coup je me suis dit  “si moi je les aime bien, d’autres gens pourront les aimer aussi”

Le projet a pas mal évolué depuis que tu t’y es attelé…
Ce qui est stimulant c’est qu’à la fin j’ai vraiment aimé l’expérience. Mais, à un moment, je me suis un peu forcé à écrire toute une fiction et c’était un peu contre nature.
Le principe de cette fiction faisait qu’on avait une équipe trop importante à mon goût, même si nous n’étions que 15. C’était déjà beaucoup, surtout par rapport à ce que je voulais obtenir et le fait de pouvoir dire “c’est maintenant qu’il faut filmer ! “. On ne pouvait jamais être aussi réactif  parce que, même si tu es en numérique, il faut changer l’objectif, changer la lumière. Donc, je me suis dit “ça ne rime à rien que j’essaie d’écrire une histoire. Ce que je préfère c’est avoir des vrais moments de vie, pas forcément le témoignage, quand on voit les gens qui sautent dans le canal après la victoire en coupe du monde, c’est vraiment des trucs pris sur le vif.
Et pour les entretiens, l’idée c’était d’être le moins nombreux possible, comme avec le dessinateur Stéphane Manel que j’ai filmé et enregistré, tout seul. Et là, tu obtiens des choses. Ça a aussi été le cas sur la séquence avec Albin de La Simone quand il joue de dos. C’est vrai que c’est idéal pour obtenir des trucs perso et c’est vraiment ce que je cherche en général, cette connivence-là. Evidemment, il ne faut pas que ce soit gênant après.
Par exemple, tu me parlais du gars qui écrit dans ses carnets, qui tient son journal. Lui, il m’a parlé d’événements comme la naissance de son premier enfant ou des choses comme ça et ce sont des choses que je n’ai pas gardées parce que ce qui comptait c’est son principe et c’est ça qui était touchant.

Je réfléchis régulièrement à un deuxième projet de film et à chaque fois je me dis que j’ai vraiment besoin qu’il y ait de vraies choses dedans, de vrais témoignages, j’aime bien ça !

Tu donnes la parole aux autres et paradoxalement, j’ai l’impression que ce film raconte aussi beaucoup de toi… 
Oui, sans doute !  Ça c’est un truc un peu mystérieux qu’on m’a déjà effectivement dit. J’ai sans doute pioché des choses qui me plaisaient plus que d’autres dans les entretiens. Je reconnais que dans la vie, j’ai assez vite envie que les gens, même rencontrés une demi-heure avant, me disent où ils en sont dans leur vie sentimentale, ça m’intéresse plus que leur boulot. C’est mon plaisir aussi d’obtenir ce truc-là, j’aime bien ça !  J’aurai peut-être dû être psy (rire)

Tu as écrit et chanté Deauville sans Trintignant, ici est-il possible d’envisager Rochefort sans Demy & Legrand ? 
Alors pour être très honnête, j’y suis venu assez tard. Plus jeune, je n’étais pas très touché par les chansons de Michel Legrand et Jacques Demy. Elles avaient quelque chose qui me semblait un peu faux, un peu artificiel avec des phrases très parlées, mises en musique.
C’était très apprécié par des gens avec qui je faisais du théâtre, mais j’y suis venu quand même beaucoup par la BO de PEAU D’ANE dans un premier temps. Mais ça ne fait peut-être que sept ou huit ans que ça me plaît (rire). Ce n’est pas du tout un truc inscrit en moi.
Au début, j’aimais beaucoup les choses très premier degré, où il n’y a pas de décalage ou de détours. Ca, ça me semblait un peu fabriqué, parce que tu vois les couleurs, les danses, la façon d’écrire des chansons, mais maintenant j’aime vraiment. Encore une fois, c’est vraiment PEAU D’ANE qui m’a permis de rentrer dans ce truc là et de me dire “C’est drôle parce qu’en fait ça peut jouer un peu faux par moments”

Et puis c’est comme un comme un terrain d’enfance…Truffaut avait cette idée-là !  Il disait souvent qu’on parlait beaucoup de la nouvelle vague mais qu’il y avait une catégorie qui lui semblait plus juste, celle des cinéastes qui mettent en place un cinéma en forme de prolongement de ce qu’ils espéraient de la vie étant enfant.
Et c’est vrai que chez Demy, il y a beaucoup ça. Son travail ressemble à un peu un rêve d’enfance et ce truc-là me touche maintenant en grandissant, où on va dire en vieillissant. 

 

Ecrire une comédie musicale ? C’est un exercice qui te tente, dont tu as déjà rêvé ? 
Oui, oui ! Là récemment, Arnaud Viard (ndlr, acteur et réalisateur, CLARA ET MOI,  JE VOUDRAI QUE QUELQ’UN M’ATTENDE…)  m’a demandé une chanson pour son film qu’il voulait justement chanter façon “comédie musicale” et c’est toujours un truc qui fait envie.
Après, il faut vraiment bien savoir le faire. Récemment, il y a eu des bourses d’aide pour les comédies musicales et du coup tout le monde en a fait (sourire) Mais il y a eu aussi ce truc de vouloir faire, dans certains films, le son en prise directe et ça c’est une bonne idée parce que c’est ça aussi qui fait la différence.

Quand c’est vraiment réussi comme dans LA LA LAND, c’est impressionnant. C’est un film que j’ai revu à cause de mes enfants, entre guillemets. La première fois, je n’étais pas forcément convaincu, je trouvais ça justement un peu fabriqué mais en  le revoyant, la mécanique est vraiment très, très bonne. Tu passes d’un plan à un autre, c’est impressionnant. Mais c’est une petite usine à gaz quand même…

Comment as-tu vécu cette longue période de pandémie ? La musique est-elle une aide précieuse dans une telle situation ? 
Oui car quand tu crées des trucs dans ton coin, tu es quand même mieux, tu n’es pas dans l’attente permanente, donc tu peux utiliser ce temps pour toi. Je n’ai pas besoin que quelqu’un m’envoie des musiques ou qu’on m’appelle pour jouer.
Après il y a toute une période où on était tous un peu bloqués, à ne pas y arriver, surtout sur le premier confinement. Mais j’ai fait pas mal de trucs liés à la photo, notamment pour la galerie Polka avec qui je travaille. On a sorti un livre après le premier confinement et puis j’en ai refait un autre avec Claude Nori, un photographe que j’aime beaucoup, et qui sort là pour Arles (ndlr, Arles, les rencontre de la photographie jusqu’au 26 septembre) J’ai aussi un peu écrit…

J’ai la chance d’avoir quand même pas mal tourné mon spectacle juste avant le premier confinement, mais on a ensuite pu refaire quelques doubles dates comme à l’Olympia en jouant deux séances le même soir. C’était assez excitant mais particulier parce que tu manques de repères et puis énergétiquement, le début du deuxième concert est très spécial. Tu rentres sur scène et tu te dis “ah oui, donc là, il n’y a vraiment personne qui était là il y a 20 minutes pour voir que tout le monde était debout ! »  Il faut tout recommencer à zéro et ça c’est très bizarre (rire)

Sinon, et c’est là où j’ai un discours un peu différent d’autres gens. Je pense que s’il faut que tout le monde reste enfermé chez soi, à un moment donné pour qu’un truc s’en aille, ben voilà, faisons-le ! Quand tu es musicien, chanteur, tu n’es pas plus nécessaire à la société que… que plein d’autres trucs quoi ! En fait, je trouvais ça un peu choquant, des fois, que les artistes se positionnent en disant “c’est scandaleux qu’on ne soit pas considérés comme essentiel !”
Moi, je me disais  “S’il y a moins de décès parce qu’on reste chez nous à ne pas chanter, eh bien restons chez nous quoi !”  La question était un peu vite réglée, mais j’avoue que je n’ai pas beaucoup pris la parole du coup, pendant le confinement, parce que tout le milieu culturel n’était pas là-dessus mais plutôt sur l’idée “Que seriez-vous sans la culture, sans nous ?  On est tellement important pour vous…”
Bon, je sais que c’est important, sinon je ne ferais pas ce métier là et je prends ça très au sérieux quand j’ai un concert à faire. Mais, en dernier ressort, je crois qu’on peut aussi s’arrêter un temps. Je crois qu’il y a juste plein de gens qui aiment trop être sur scène et qui ne supportent pas de devoir s’en passer, tout simplement ! Ce que je comprends car c’est super d’être sur scène, mais il y a des fois, des cas de force majeure et c’en était un !

Quels sont tes projets ?
L’année prochaine, ce sera les 20 ans du premier disque donc je referai un passage à l’Européen (ndlr, salle parisienne du 17eme arrondissement) où j’avais commencé et je sortirai, sans doute, un ou deux albums, voilà ! C’est encore en train de se mettre en place, mais ce sera une année chansons et cette année je reste dans mon coin. C’est d’ailleurs très agréable ce côté où tu prépares le truc dans ta chambre et à un moment donné c’est prêt ! Tu dis “Ca y est, c’est prêt, vous pouvez tous rentrer, je vais vous montrer ! ”  On a cette vie-là et ça c’est un grand plaisir !

Propos recueillis le jeudi 24 juin, à l’occasion de la première édition du Festival Soeurs Jumelles à Rochefort. 

 

« J’ai vraiment voulu être à la hauteur d’Ibrahim » – Interview Samir Guesmi & Raphaël Elig

« J’ai vraiment voulu être à la hauteur d’Ibrahim » – Interview Samir Guesmi & Raphaël Elig

- Interview Samir Guesmi & Raphaël Elig - Ibrahim

Récompensé de 4 Valois (meilleurs film, mise en scène, scénario & musique) lors du Festival du film francophone d’Angoulême 2020, IBRAHIM, le premier long-métrage de Samir Guesmi a également fait partie de la sélection Cannes 2020. Une reconnaissance plus que méritée pour ce film qui a enfin trouvé le chemin des salles le 23 juin.
Le lendemain de cette sortie, l’acteur-réalisateur et Raphaël Elig, compositeur de la bande originale du film étaient à Rochefort pour une rencontre avec le public dans le cadre du Festival Sœurs Jumelles.
L’occasion pour Cin’Ecrans de revenir sur la belle aventure d’IBRAHIM…

Gadjo Dilo - Romain Duris & Rona Hartner

Samir, dans quel état d’esprit es-tu au lendemain de la sortie d’IBRAHIM qui était prêt depuis pas mal de temps mais que la pandémie a empêchée, l’hiver dernier ?
Samir Guesmi – J’ai vécu cette sortie de manière extrêmement heureuse. Je ne soupçonnais pas pouvoir être accueilli de cette façon. J’ai eu des retours extrêmement élogieux, joyeux, le film a eu une presse super, des réactions incroyables. Et on a fait un peu le tour des salles avec Raphaël et franchement, on rencontre des gens extrêmement émus, touchés. Moi ça me bouleverse.

Franchement tu oublies tous les moments pénibles, toute cette attente qui n’était pas vraiment une attente d’ailleurs, parce que c’est juste le temps qui s’est étiré et ça c’est étiré un peu pour tout le monde cette histoire de pandémie.
Je n’ai pas le sentiment d’un soulagement, c’est juste un autre pan de l’aventure, c’est mon premier long métrage et je découvre ça en fait, je suis un bleu ! (rire) C’est à dire qu’il y a l’écriture, la préparation, le tournage, le montage et puis il y a la sortie, les festivals, la rencontre avec le public et franchement, c’est le grand chelem en fait! C’est un triathlon, il y a des épreuves différentes à chaque fois très, très, très, denses.

Nous sommes ici dans un festival qui célèbre la musique et l’image. Que représente pour toi la musique de film ? 
Samir Guesmi – J’ai une grande admiration pour la musique de film. C’est sacré pour moi parce que c’est quelque chose d’extrêmement difficile. C’est une partition qui se superpose au film et qui existe par ailleurs. C’est à dire qu’on peut l’entendre comme une oeuvre à part entière mais qui doit se marier, accompagner un film sans lui faire de l’ombre. Ce mariage entre la musique et l’image doit fonctionner, indépendamment de la qualité de la composition.
Quand la musique est là pour colmater des défaillances de mise en scène ou alors accentuer des moments un peu tragiques, je ne trouve pas ça intéressant
J’ai donc un rapport étrange à la musique de film, je l’aime mais à la fois, par moments je pourrais m’en passer mais largement… Quand on me dit “Là, il faut que tu pleures” en rajoutant des violons, je me lève, c’est vraiment épidermique, je me sens pris en otage et je trouve que dans ce cas, la musique gâche le film.

Tout ça pour dire à quel point j’adore la musique de film et, à la fois, elle me terrorise parce que, par moments, elle peut tout casser, tout foutre en l’air.

Raphael Elig  –
Je suis parfaitement d’accord avec ça. Et par rapport à la partition sonore du film qui englobe à la fois les dialogues, les bruitages et la musique, je me suis tellement imprégné du son de l’appartement ou de celui de la brasserie, par exemple, que j’ai voulu les garder sur la bande originale du film parce que, pour moi, ça faisait partie de sa musique.

J’ai souvent rejoint Samir et Loïc, son monteur son, car il y a tout un travail sonore que je trouve génial. Ce qu’il a fait est incroyable. Ca a été vraiment comme un travail sur une peinture pour essayer de trouver les bons pleins et déliés.

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Raphael, c’est effectivement un film urbain qui marie très fortement la musique et le son de la ville. Comment avez-vous travaillé la richesse de toute cette matière ?
Raphael Elig – J’ai vu le film monté avant de commencer à travailler, j’avais donc déjà une matière très avancée et c’est pour ça que j’ai dit à Samir “C’est déjà tellement beau sans musique… les silences sont là, ils sont présents et ils ont besoin de rester silencieux” (sourire) La difficulté était donc de définir dans quels interstices j’allais pouvoir me glisser pour donner des éclairages, à certains moments, qui soient justes et qui n’enlèvent pas cette dimension sonore importante mais qui est quand même assez ténue.

Ce qui est important, c’est de voir que le père et le fils communiquent très peu. Ils sont juste là et on avait besoin de garder cette dimension. Il fallait trouver la place de la musique mais sans lui en donner trop. Les silences, pour moi, ça fait partie aussi de la partition sonore, c’est bien de donner des respirations et pour moi, ça a été vraiment un super travail d’épurer les notes avec Samir.
En tant que compositeur on a tout le temps tendance à être un peu trop bavard alors du coup Samir m’a aidé à ne pas ne pas l’être trop.

Samir, cette démarche et cette volonté de retenue dont parle Raphaël pour l’écriture de la musique semble être la même que dans l’écriture et dans le jeu. Cette volonté de ne pas en faire trop, de ne pas trop en dire et de faire confiance au spectateur était présente dès la naissance du projet ?
Samir Guesmi – A partir du moment où on a un personnage mutique, qui a du mal avec les mots, il faut bien trouver une autre manière de le faire exister. C’est à dire qu’il fallait le voir arriver à la maison, que l’on comprenne ce qu’il pense, sans nécessairement le formaliser.

Mais je voulais ajouter quelque chose sur le travail de Raphaël qui a été difficile parce que, moi, j’étais très, très méfiant et très chiant. Je n’étais pas complètement clair à ce propos.
La musique, j’y pense beaucoup et notamment pour mon film. J’avais envie de musique et, en même temps, plus je travaillais sur le film, plus j’accordais d’importance aux sons, aux rumeurs de la ville, au silence d’un appartement, d’une cuisine, au déclenchement du frigo et cette bande sonore me suffisait.
Puis, j’ai regardé le film qui était assez âpre et un peu rugueux, avec un son un peu métallique. J’aimais bien ça, mais je trouvais un peu arbitraire et un peu radical de ne pas mettre de musique. Donc, j’ai écouté plein de musiciens, j’ai fait quelques tentatives puis j’ai eu envie de rencontrer Raphaël après avoir entendu sa musique au piano.
Je me rappelle que j’étais un peu méfiant, un peu sur mes gardes. J’ai été assez mauvais joueur, en lui disant “Je ne sais pas si j’ai envie de musique !”  et lui m’a répondu ” Tu as raison, je crois qu’il ne faut pas de musique sur le film”. Moi, à ce moment-là, avec mon esprit de contradiction, je lui ai demandé d’essayer de faire quelque chose sur certaines scènes comme celle de la cuisine ou de la salle de bain, où je pensais qu’il n’y avait pas besoin de musique.

Raphael y est allé avec toute la délicatesse du monde et en même temps en imposant cette présence de la musique. C’était exactement ce que je lui demandais ! C’était à la fois d’exister, de ne pas faire un truc timide qui allait être écrasé par l’image et de prendre sa place avec moi qui ne la lui faisait pas vraiment.
J’ai l’air de faire le malin, mais c’est vraiment ça ! C’est pour cette raison que je disais qu’une bonne musique de film c’est une musique qui épouse le film en trouvant sa juste place. Et je trouve que le piano de Raphaël est incroyable.

Après la bande son du film, peut-on parler également du travail de Céline Bozon, la directrice photo, à qui l’on doit la très belle lumière du film. Rarement Paris, la nuit notamment, n’a été aussi justement montrée ?  Quelles étaient tes attentes sur ce point?
Samir Guesmi – Franchement, à part sur les scènes de rêves, il n’y a eu aucun traitement sur l’image. Paris est tel que je l’ai vue, que je l’ai vécue enfant. En fait, je me suis rendu compte que la ville n’a pas changé.
C’est un film qu’on a fait avec une économie assez modeste, on n’a pas eu des tonnes d’éclairage. Il y a eu beaucoup de scènes tournées la nuit dans Paris et on s’est servis de l’éclairage de la ville. Le rouge orangé, un peu ocre de la cité, c’est celui qui existe.

Le talent de Céline, et c’est la même chose avec Raphaël, c’est de pas s’être mise en avant avec ses lumières, Raphaël ne s’est pas non plus mis en avant avec sa musique. On a juste regardé avec attention ce qu’il y avait devant nous et franchement, c’est suffisamment beau et bouleversant pour qu’on n’ait pas besoin de rajouter des choses.
La forme du film n’était pas préalablement pensée ou peut-être inconsciemment. En fait, j’ai vraiment voulu être à la hauteur d’Ibrahim c’est à dire à la hauteur de ses 16 ans, à la hauteur de sa taille de ce qu’il voit lui, comment il perçoit la ville…
Moi, c’est ce Paris là que je connais !

Ce premier film à la fois intense et pudique est aussi très personnel. Aurais-tu pu réaliser un autre premier film, sur un autre sujet ? Quel en a été le déclic?
Samir Guesmi – Ibrahim, c’est une déclaration d’amour d’un père à son fils ou d’un fils à son père. J’avais envie de faire un film d’amour, et pour moi un film d’amour c’est deux êtres, un homme et une femme, une femme et une femme ou un homme et un homme, c’est le sentiment amoureux. En fait, c’est aussi possible de faire un film entre un père et son fils, comme une déclaration d’amour.
Et donc…. (longue réflexion) est-ce que j’aurais pu faire un autre premier film que celui-ci ? je ne sais pas…  je ne crois pas, non !

 

Et aujourd’hui, tu as d’autres envies de réalisation ? 
Samir Guesmi – C’était tellement dense, tellement intense ce premier long métrage que j’ai très, très envie d’en faire un autre mais je sais que le prochain sera totalement différent. Pour le moment il faut qu’IBRAHIM sorte, vive sa vie pour que je puisse envisager concrètement le prochain. J’en ai déjà le désir, c’est sûr, mais j’ai envie d’être aussi plein que je l’ai été avec IBRAHIM. Je n’ai pas très envie de me précipiter et en même temps, c’est mon paradoxe, je n’ai pas envie que ce soit dans mille ans. Il faut savoir prendre le temps mais aussi choper le bon moment ! (sourire)  

Comment envisage-t-on la suite, justement, quand l’accueil sur un premier film est aussi enthousiaste ? Y-a-t-il une forme de pression ?
Samir Guesmi – Moi je me méfie des mots, ça se voit dans le film…  Mais bon, il y a une partie de moi qui dit “ouah c’est génial, c’est super” et l’autre partie qui a envie d’oublier. 
La manière dont ça s’est passé sur ce premier film est quand même assez extraordinaire et donc la pression est forcément là.
De toute façons, il y a une pression avant un premier film, avant le deuxième… Que le premier eut été un échec ou une catastrophe, la pression pour le deuxième aurait été là de toute façon. Je vais faire en sorte que tous les aspects positifs, toute l’expérience de ce film-là serve au deuxième.

Et cette expérience derrière la caméra a-t-elle nourri celle de l’acteur ? A-t-elle ou va-t-elle changer des choses dans ton travail avec d’autres réalisateurs? 
Samir Guesmi – Ah oui, énormément !  Le parcours d’un acteur, pas pour tous mais pour une bonne partie je crois, c’est beaucoup d’échecs, dans le sens où c’est beaucoup de refus, beaucoup de rôles que tu ne fais pas. Et j’ai compris, avec cette expérience, qu’un acteur correspond ou ne correspond pas au rôle. Il n’y a pas à se taper dessus quand on n’a pas le rôle. J’ai compris pourquoi on choisissait un acteur sur un film. Je l’ai compris parce que j’ai choisi des acteurs pour mon film et quand on est acteur on pense mal, en fait, et on se fait du mal tout seul. Donc, je me dis que maintenant je vais être plus tranquille, je vais respirer, je vais souffler.
Et paradoxalement, je n’ai jamais eu autant de rôles que maintenant.

Justement, quels sont tes projets les plus proches en tant qu’acteur ?
Samir Guesmi – C’est le film de Rachid Hami qui va s’appeler POUR LA FRANCE, un drame, qui va être un film sublime je le sais déjà. C’est le deuxième film de Rachid qui avait réalisé la MELODIE avec Kad Mérad et des adolescents, il y a deux – trois ans. Je pars également tourner à Montréal cet été, dans le nouveau film de Denis Côté, un cinéaste québécois.

Raphaël, tu as peu travaillé pour le cinéma. Cette BO d’IBRAHIM t’a-t-elle donné envie d’en écrire d’autres ?
Raphael Elig – Quand j’étais à l’école normale de musique, j’avais été passionné par une classe de musiques de film que j’avais avec Laurent Petitgirard (ndlr, chef d’orchestre et compositeur, entre autres de nombreuses BOF) et c’est vrai que c’est un rêve d’enfant.
Après, l’histoire s’est écrite un peu autrement. J’étais passionné, aussi, par la recherche musicale j’ai fait pas mal de choses pour la télé, j’ai fait de la pub, il fallait manger aussi, donc voilà j’ai été assez polyvalent.
Mais je suis très content d’avoir vécu cette expérience avec Samir et d’être revenu à la matière première qu’est le piano qui est vraiment mon premier amour. C’était une très belle expérience parce que je me suis remis au piano depuis plusieurs années, sur un travail personnel, fait uniquement de pièces pour piano autour de l’enfance, et donc c’était formidable de pouvoir servir ce film avec cette matière-là.

Cette musique composée pour IBRAHIM t’a value d’être récompensé du Valois de la meilleure musique de film. Cette reconnaissance de ton travail est importante ?
Raphael Elig – Oui, oui bien sûr, c’est très motivant ! Ca me donne beaucoup de beaucoup d’élan et  de force.

Propos recueillis le jeudi 24 juin, à l’occasion de la première édition du Festival Soeurs Jumelles à Rochefort. 

“C’est vraiment la rencontre qui crée l’œuvre” – Interview Amine Bouhafa

“C’est vraiment la rencontre qui crée l’œuvre” – Interview Amine Bouhafa

Interview Amine Bouhafa - Compositeur de la BO de Gagarine

Brillant musicien franco tunisien, Amine Bouhafa a composé la bande originale de très nombreux courts et longs-métrages pour le cinéma (UN FILS, AMIN, LA BELLE ET LA MEUTE…) et la télévision. En 2015, il obtient le César de la meilleure musique originale pour la BO de TIMBUKTU d’Abderrahmane Sissako.
Présent fin juin à Rochefort, aux côtés de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh pour une projection de GAGARINE au Festival Sœurs Jumelles, Amine Bouhafa n’a pas fini de nous régaler de ses compositions puisque ces derniers mois, il a également signé, entre autres, les bandes originales des films SOEURS de Yamina Benguigui et L’HOMME QUI A VENDU SA PEAU de Kaouther Ben Hania.
Rencontre avec un musicien passionné et gourmand de cinéma et de musique…

 

Comment êtes-vous devenu musicien et plus spécialement compositeur de musique de films?  
C’est une relation d’amour passionnelle. Ma première passion c’est la musique mais je pense que c’est le cinéma qui m’a permis de réaliser mon rêve de faire de la musique et qui a conforté ce choix en m’ouvrant ses bras. J’en suis ravi. 

Plus jeune je faisais pas mal d’arrangements de chanson donc je traînais dans les studios. Un jour, j’avais alors 15 ans, un jeune réalisateur qui faisait son court-métrage cherchait un compositeur pour sa musique. Il m’a vu pianoter et m’a demandé si je voulais faire son film. Je lui ai répondu  “oui oui, avec grand plaisir, j’ai envie !” Et je suis passé, comme ça, d’un court à un deuxième puis un troisième, un documentaire un deuxième documentaire et puis ensuite j’ai eu la grande chance de rencontrer Abderrahmane Sissako avec qui j’ai travaillé sur ce film magnifique, TIMBUKTU qui  était mon premier film de fiction.  

Avec un César de la meilleure musique à la clé…
Oui ! Le cinéma qui vous ouvre les bras comme ça, si jeune et avec cet accueil public et critique pour le film avec 7 César, une nomination aux Oscars c’est fou, c’est comme un rêve ! 

Pensez-vous que la musique soit suffisamment mise à l’honneur dans le cinéma ? On a souvent le sentiment qu’elle est un peu mise de côté …
En fait, que ce soit la musique, la photo ou même les acteurs, on est au service de cette œuvre majeure qu’est le film. Je dirais qu’un film c’est l’enfant d’une orgie en fait. Tout le monde participe à la naissance de cette œuvre.

La musique, elle même, est au service de ce film mais si en plus on peut l’écouter comme une œuvre à part entière, c’est un bonus. Mais pour moi, elle est d’abord là pour servir le film. 

Comment s’est faite la rencontre avec Fanny & Jérémy, les réalisateurs de GAGARINE et comment s’est déroulée votre collaboration ?
Il faut dire que l’on est trois compositeurs à avoir travaillé sur ce film avec les frères Galperine dont j’aime beaucoup le travail. Chacun a travaillé de son côté sur des parties différentes du film mais toujours avec beaucoup de respect, une bonne entente et une bonne énergie. 

Et donc, au départ, j’ai rencontré Fanny & Jérémy lors d’une lecture du scénario et pour illustrer une séquence, ils avaient mis une chanson très, très belle sur laquelle j’ai grandi. C’est une chanson de Fairuz, la grande diva libanaise, et je me souviens que quand cette chanson est passée au cours de cette lecture j’avais la chair de poule. Du coup je suis allé les voir à la fin et je leur ait dit “c’est magnifique mais comment est ce que vous connaissez Fairuz?”  parce que si c’est une artiste extrêmement connue dans le monde arabe, c’est quand même rare, qu’on entende une chanson surtout pour illustrer un film franco-français. Ils m’ont dit “mais on adore Fairuz” et du coup, de fil en aiguille, on a parlé de cinéma et de musique. On s’est super bien entendu, on s’est trouvé des affinités artistiques. Puis, ils ont fait leur film et ils m’ont appelé pour que je réalise la chanson, on s’est tellement bien entendu qu’ils m’ont demandé de continuer le travail sur le score.
Ca a pris de l’ampleur et j’en suis ravi parce que je me rappelle que quand ils m’ont invité à l’une des projections de travail du film, c’était tellement émouvant… Je voyais ce maelström de sons, d’images et puis c’était d’une telle imprévisibilité !  On commence le  film, on est dans une cité on ne sait pas ce qui va se passer…puis on entre dans un univers poétique, un monde de rêve et ça c’est très inspirant !
Ca l’a été d’autant plus que c’est justement sur ces parties oniriques, rêveuses que j’ai surtout travaillé. Fanny et Jérémy voulaient de la générosité, de l’ampleur et du lyrisme.
Ils voulaient littéralement que le film, que le personnage s’envole. La musique dans un film, quelquefois, c’est aussi ça son rôle. C’est comme si le film était un avion sur un tarmac et la musique le fait décoller. En l’occurrence, c’était vraiment ça l’idée. 

Cette dimension magique, onirique du film était-elle déjà évidente lors de cette lecture du scénario ?
La lecture faisait ressentir un côté surréel mais c’est vrai que juste sur la lecture, on n’arrivait pas à se projeter complètement surtout quand ça parlait d’explosions, ce n’était pas très tangible.
Il fallait le support des images parce que la force de ce film c’est quand même beaucoup son visuel, mais on voyait quand même l’ambition du projet. On sentait que le film tranchait avec le regard unidimensionnel sur la cité que véhiculent la plupart des films actuels qu’on voit sur le sujet, c’était déjà autre chose. 

Il n’y avait pas ce côté stéréotypé sur les personnages. Les réalisateurs posent un regard extérieur sur la cité car ils n’y ont pas vécu. En revanche, ils ont côtoyé les habitants, ils les ont filmés avec au début ce regard documentaire. Petit à petit, ils les ont emmenés vers un autre univers, vers de l’onirisme, vers le rêve et c’est ça qui est assez frappant, assez stimulant. Je suis sorti de cette projection de travail en n’ayant pas grand-chose à dire car c’était une expérience très sensorielle, très immersive. 
Ensuite, on s’est revus deux mois plus tard pour travailler sur le film.

En dehors de sa musique et de la chanson, avez-vous aussi travaillé sur l’ambiance sonore du film ?
Je tiens à signaler que le travail sur le sound design du film est vraiment excellent. J’ai eu la chance d’arriver à un moment ou une partie de ce travail était déjà réalisé donc ça me permettait aussi de le prendre en compte, j’ai travaillé sur d’autres fréquences. J’ai essayé de laisser de la place à ce sound design parce que je pense qu’il apporte une personnification, une identité sonore à cet immeuble.

Fort de tous ces éléments et de la demande de Fanny & Jérémy, comment avez-vous travaillé votre partition ?
En général, j’ai un rapport assez visuel à la musique. Ce qui m’inspire le plus c’est vraiment les couleurs d’un film, les mouvements de la caméra. Typiquement, c’est des fois un peu difficile pour moi de composer sur un scénario parce que j’ai besoin de voir les images et de ressentir le rythme du montage. A partir de là, j’essaie de m’imprégner de toutes ces informations visuelles.

En général, je m’isole un peu pour essayer de composer avec le souvenir d’images qui se sont imprégnées dans ma mémoire visuelle. Après je prends tout ce matériel que j’ai pu esquisser. En fonction du film, ça peut être des sons, des mélodies, un mélange des deux, mais ça peut aussi être une palette d’orchestration classique, électro ou autre, voire de couleurs d’instruments.

Je fais tout cette cuisine interne en m’éloignant du travail très direct à l’image puis je prends tous ces éléments et je m’assois de nouveau devant le film. Là, je commence à essayer de voir à quel moment telle ou telle musique peut fonctionner sur les images, si  elle peut se marier parfaitement avec telle couleur du film. C’est vraiment un travail en trois étapes: Regarder le film, puis m’isoler pendant un moment pour travailler sans le revoir, puis confronter le résultat de ce travail avec le film.

Passez-vous avec facilité d’un réalisateur, d’un univers à un autre avec facilité?
C’est vraiment un monde où les affinités, les rencontres, c’est la chose la plus importante.  On rencontre d’abord une personne et puis on essaie de voir si on partage la même passion, les mêmes envies. C’est comme ça que naît cette envie de faire quelque chose ensemble.
Et mettre son ego de compositeurs ou de musiciens de côté pour s’inviter dans un univers de metteur en scène, un univers de cinéma, c’est vraiment passionnant !

J’ai beaucoup de chance parce que ce sont souvent des rencontres en festival ou en projection qui ont déclenché une envie de collaboration. C’est vraiment la rencontre qui crée l’œuvre et je pense que c’est vrai pour tous les chefs de poste.
En l’occurrence le compositeur est un troisième auteur, c’est ça  mon identité. Et j’ai envie de travailler avec quelqu’un qui partage les mêmes valeurs, les mêmes envies de cinéma, la même passion que moi, qui aime les mêmes musiques. J’ai envie de dire qui aime manger la même cuisine (rire).

Et puis c’est vrai que des fois l’envie de travailler avec des gens dont on aime le cinéma, amène à travailler avec d’autres gens dont on aime aussi le cinéma. Une rencontre en nourrit une autre, un film nourrit un autre film…la rencontre est donc vraiment la chose la plus importante dans ce monde du cinéma.

Propos recueillis le vendredi 25 juin, à l’occasion de la première édition du Festival Sœurs Jumelles à Rochefort.