Rosalie, pudique et féministe

Rosalie, pudique et féministe

ROSALIE

Un film de Stéphanie Di Giusto
Scénario Stéphanie Di Giusto & Sandrine Le Coustumer
Avec Nadia Tereszkiewicz, Benoît Magimel, Benjamin Biolay, Guillaume Gouix, Gustave Kervern, Juliette Armanet, Anna Biolay, Lucas Englander…
Drame – Historique – Romance – 1h55 – France

Sortie en salles le 10 avril 2024

L’histoire 
Rosalie est une jeune femme dans la France de 1870 mais ce n’est pas une jeune femme comme les autres, elle cache un secret : depuis sa naissance, son visage et son corps sont recouverts de poils. De peur d’être rejetée, elle a toujours été obligée de se raser. Jusqu’au jour où Abel, un tenancier de café acculé par les dettes, l’épouse pour sa dot sans savoir son secret. Mais Rosalie veut être regardée comme une femme, malgré sa différence qu’elle ne veut plus cacher. En laissant pousser sa barbe, elle va enfin se libérer. Elle veut qu’Abel l’aime comme elle est, alors que les autres vont vouloir la réduire à un monstre. Abel sera-t-il capable de l’aimer ? Survivra-t-elle à la cruauté des autres ?

L’avis Cin’Écrans ***
7 ans après LA DANSEUSE, son 1er long métrage, Stéphanie Di Giusto est de retour avec ROSALIE, un film inspiré de la vie réelle de Clémentine Delait, une femme atteinte d’hirsutisme dans la France du XIXe siècle.
La réalisatrice signe, avec son second long-métrage, un film sur l’amour et la tolérance, le beau portrait d’une femme qui va tout faire pour être accepter des autres malgré le regard cruel que bon nombre de ses contemporains portent sur elle.  
Plutôt classique dans sa forme, le film ne verse jamais dans le voyeurisme ou le sensationnel en concentrant l’essentiel de son propos sur l’évolution de la relation entre son héroïne et Abel, son époux.

« Le regard de Benoit, il modifie mon jeu. Il modifie qui je suis… » Nadia Tereszkiewicz

Rosalie et Abel sont incarnés par un magnifique duo d’interprètes, l’excellente Nadia Tereszkiewicz et le toujours remarquable Benoît Magimel. Ils donnent corps et vie à ce couple que tout semble pourtant opposer et sont pour beaucoup dans le plaisir que l’on prend à découvrir ce récit original et attachant.

Le + Cin’Écrans
C’est en août dernier, à l’occasion du Festival du film francophone d’Angoulême ou le film était présenté en compétition que nous avons rencontré la réalisatrice et l’interprète de Rosalie, Nadia Tereszkiewicz pour parler de ce film très attachant.
Quelques heures après notre entretien, la jeune comédienne était, à juste titre, récompensée du Valois de la meilleure interprétation féminine.

INTERVIEW STÉPHANIE DI GIUSTO & NADIA TERESZKIEWICZ

Quitter la nuit – Un 1er long tendu et immersif !

Quitter la nuit – Un 1er long tendu et immersif !

QUITTER LA NUIT

Un film de Delphine Girard
Scénario de Delphine Girard
Avec Selma Alaoui, Veerle Baetens, Guillaume Duhesme, Anne Dorval, Gringe, Adèle Wismes, Erico Salamone, Florence Janas…
Drame– 1h44 – France

Sortie en salles le 10 avril 2024

L’histoire 
Une nuit, une femme en danger appelle la police. Anna prend l’appel. Un homme est arrêté. Les semaines passent, la justice cherche des preuves, Aly, Anna et Dary font face aux échos de cette nuit qu’ils ne parviennent pas à quitter.

L’avis Cin’Écrans ****
Premier long métrage de Delphine Girard, QUITTER LA NUIT est le prolongement direct d’UNE SŒUR, un court métrage déjà avec Veerle Baetens, réalisé par la cinéaste en 2018, qui lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur court-métrage.

Si la réalisatrice a fait le choix, dans QUITTER LA NUIT, de ne pas montrer le viol, elle expose en revanche avec précision comment la situation dérape, afin de ne laisser aucun doute, aucune ambiguïté au spectateur sur la gravité des faits et de leur violence.

« Une des premières questions que je me suis posé, c’est : Comment on dit ça à sa mère ! … J’avais envie que le film contienne cette complexité, donc ça passait par ce personnage-là. » Delphine Girard 

QUITTER LA NUIT explore avec une grande intelligence les conséquences et répercussions d’une agression sexuelle sur ses protagonistes et leur entourage, avec notamment un personnage rarement montré au cinéma, celui d’un parent d’accusé, en l’occurrence ici, la mère de l’agresseur, magistralement incarnée par Anne Dorval.   
Grâce à l’observation minutieuse de la trajectoire de chacun des personnages de ce drame et à cette multiplication de points de vue, le spectateur prend pleinement conscience des enjeux de l’ensemble des partis et sur l’inaptitude chronique du système judiciaire à juger les violences sexuelles.

« La sororité… n’est pas une solution, c’est un pansement, un beau pansement ! » Delphine Girard

Saluons également l’impeccable casting de ce film âpre qui navigue habilement entre drame intime et thriller.
Selma Alaoui, Veerle Baetens, Guillaume Duhesme, Anne Dorval ou bien encore Gringe apporte toute sa véracité à un film dont on retiendra également la beauté de son épilogue qui célèbre sobrement la sororité.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion du festival International du film de Saint-Jean-de-Luz où QUITTER LA NUIT était présenté en octobre dernier que nous avons pu échanger avec Delphine Girard autour de ce projet ambitieux et atypique, parfaitement réussi.  

INTERVIEW DELPHINE GIRARD

Madame Hofmann – Au cœur de l’intime

Madame Hofmann – Au cœur de l’intime

MADAME HOFMANN

Un film de Sébastien Lifshitz
Scénario de Sébastien Lifshitz
Avec Sylvie Hofmann
Documentaire– 1h44 – France
Sortie en salles le 10 avril 2024

L’histoire 
“Bienvenue dans ma vie”, cette phrase, Sylvie Hofmann la répète à longueur de journée ou presque. Sylvie est cadre infirmière depuis 40 ans à l’hôpital nord de Marseille. Sa vie, c’est courir. Entre les patients, sa mère, son mari et sa fille, elle consacre ses journées aux autres depuis toujours. Et si elle décidait de penser un peu à elle ? De partir à la retraite ? En a-t-elle le droit, mais surtout en a-t-elle vraiment envie ?

L’avis Cin’Écrans *****
ADOLESCENTES, PETITE FILLE, LES VIES DE THÉRÈSE ou bien encore LES INVISIBLES (César 2013 du meilleur film documentaire)…
Au fil des ans, de fiction (plus rares) en documentaires, Sébastien Lifshitz s’est affirmé comme un portraitiste hors-pair, un cinéaste qui sonde l’intime comme personne tout en parvenant à donner à ses sujets un retentissement plus universel.

« Elle n’arrête jamais Sylvie ! Elle est dans le don d’elle-même en permanence … » Sébastien Lifshitz

MADAME HOFMANN dresse le portrait bouleversant et passionnant d’une femme exemplaire de dévouement aux autres mais en lutte permanente au cœur d’une institution hospitalière en crise. On est fasciné par l’empathie de Sylvie, par son énergie et une détermination sans faille, malgré les doutes qui l’assaillent parfois, sans compter ses propres problèmes de santé.

A travers le quotidien de Sylvie Hofmann, Sébastien Lifshitz dévoile le chaos hospitalier tout en rendant hommage au dévouement du personnel de santé soumis à des conditions de travail de plus en plus compliquées, pour ne pas dire aberrantes. On en veut pour preuve la discussion quasi surréaliste entre la cadre infirmière et son chef de service lorsqu’elle vient lui annoncer son départ prochain à la retraite, avec les conséquences inévitables sur le quotidien du service…

« Le désir de fiction est en train de revenir mais le documentaire reste quelque chose auquel je suis extrêmement attaché » Sébastien Lifshitz

La grande force de ce nouveau documentaire de Sébastien Lifshitz tient dans l’équilibre qu’il donne à son récit, entre la vie professionnelle de Sylvie Hofmann et sa vie intime.
Sans jamais tomber dans un quelconque pathos ou voyeurisme, le cinéaste capte de magnifiques et poignants instants de vie quand Sylvie retrouve les siens, que ce soit sa fille, son compagnon ou Micheline, sa mère au tempérament bien affirmé. Leurs échanges, toujours très francs et souvent joyeux, constituent, sans aucun doute, quelques un des plus beaux moments du film.

« Il n’était pas question de voler des images… » Sébastien Lifshitz

On a beau bien connaître le travail de Sébastien Lifshitz, on est toujours impressionné et fasciné par le rapport de confiance précieux que le cinéaste instaure avec ces anonymes qu’il met dans la lumière et par le regard qu’il porte sur eux.

Nous ne sommes pas près d’oublier ce remarquable documentaire et sa principale protagoniste, Sylvie.
Nous souhaitons à Madame Hofmann, véritable héroïne du quotidien, une magnifique et très méritée retraite même si, au grand dam de son compagnon, elle ne semble pas tout à fait prête à lâcher prise pour simplement profiter de la vie.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion du Festival du film de société de Royan, en décembre dernier que j’ai eu le privilège de rencontrer Sébastien Lifshitz pour parler de MADAME HOFMANN et de son travail de documentariste.

INTERVIEW SÉBASTIEN LIFSHITZ

La promesse verte… Au nom de la (planète) terre

La promesse verte… Au nom de la (planète) terre

LA PROMESSE VERTE

Un film d’Édouard Bergeon
Scénario d’Édouard Bergeon, Emmanuel Courcol et Luc Golfin
Avec Alexandra Lamy, Félix Moati, Sofian Khammes, Julie Chen, Antoine Bertrand, Philippe Torreton…
Drame – 2h04 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire 
Pour tenter de sauver son fils Martin injustement condamné à mort en Indonésie, Carole se lance dans un combat inégal contre les exploitants d’huile de palme responsables de la déforestation et contre les puissants lobbies industriels.

L’avis Cin’Écrans ***
Près de 5 ans après la sortie d’AU NOM DE LA TERRE, son premier long-métrage de fiction, le documentariste Édouard Bergeon est de retour avec LA PROMESSE VERTE.

Après avoir signé une chronique familiale poignante autour de la détresse du monde paysan, c’est un réquisitoire contre le scandale de la déforestation au profit de lobbies industriels que dresse le réalisateur.

« Le monde ne se laisse pas faire quand on veut faire changer les choses… » Édouard Bergeon

Et c’est à nouveau par le biais d’une histoire familiale (le combat d’une mère pour sauver son fils) qu’Édouard Bergeon pose les enjeux de son récit.   
Si la démonstration est parfois un peu appuyée, LA PROMESSE VERTE se révèle néanmoins être un très efficace thriller écologiste porté par son beau casting.
Le film nous permet évidemment de vanter à nouveau le talent d’Alexandra Lamy et Félix Moati mais il est aussi l’occasion de saluer la justesse du reste de la distribution de Sofian Khammes à Philippe Torreton, en passant par Julie Chen et l’acteur Québécois Antoine Bertrand (DEMAIN TOUT COMMENCETROIS FOIS RIEN…)

« La musique… participe à l’éco-thriller, à la mise sous tension du spectateur !» Édouard Bergeon

Pour donner à ce film de fiction, très documenté, toute sa puissance Édouard Bergeon a fait appel à Éric Dumont, son directeur de la photographie qui a réalisé un très beau travail, notamment sur la lumière du film. Il s’est également adjoint les services d’un fidèle complice, Thomas Dappelo qui signe une bande originale inspirée et très présente tout au long de ce film au message écologique essentiel.

Le + Cin’Écrans
C’est lors d’une avant-première de LA PROMESSE VERTE au cinéma Le Lido à Royan, que j’ai eu le plaisir de retrouver Édouard Bergeon mais aussi son fidèle producteur et ami (également comédien dans les films de ses réalisateurs) Christophe Rossignon.
L’occasion d’échanger avec eux à propos de ce projet qui aura mis près de 5 ans à voir le jour, depuis le succès de leur premier film en commun AU NOM DE LA TERRE qui avait touché près de deux millions de spectateurs en France.  

INTERVIEW ÉDOUARD BERGEON & CHRISTOPHE ROSSIGNON

Paternel – La force tranquille de Grégory Gadebois

Paternel – La force tranquille de Grégory Gadebois

PATERNEL

Un film de Ronan Tronchot
Scénario Ludovic du Clary
Avec Grégory Gadebois, Géraldine Nakache, Lyes Salem, Anton Alluin, Sarah Pachoud, Noam Morgensztern, Jacques Boudet, Françoise Lebrun
Drame – 1h33 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire 
Simon est un prêtre dévoué à sa paroisse. Au cours d’une messe, Louise, qu’il n’avait pas revue depuis son séminaire, il y a des années, refait surface. Elle lui présente Aloé, enfant de 11 ans, dont il est le père.

L’avis Cin’Écrans ***
A travers ses deux courts-métrages NOVEMBRE (2012) et DANS LA FORÊT LOINTAINE (2014), Ronan Tronchot abordait déjà la question de la paternité.
Un thème fort et important qui est au cœur de ce premier long métrage.

Avec PATERNEL, le cinéaste signe une œuvre humaine et sensible autour de la question délicate des difficultés de l’église à se moderniser et de la responsabilité paternelle, à travers le portrait touchant d’un prête confronté à une situation à laquelle il n’était pas préparé mais dont il veut assumer la responsabilité.

« Je voulais que ce soit un film qui se regarde facilement et qui continue après à nous questionner » Ronan Tronchot

Si le film est un peu sage dans sa réalisation, jamais la caméra et le regard de Ronan Tronchot ne se posent en juge d’une situation.
Le propos du réalisateur ne se veut jamais cynique ou moralisateur.
Il faut lui rendre grâce d’avoir eu l’humilité de mettre son film au service de ses protagonistes et de montrer de manière très réaliste, sans caricature, le quotidien de ces hommes d’église, aujourd’hui.

« Forcément, ce quotidien est marqué par l’époque… bien que ce ne soit pas le sujet du film » Ronan Tronchot

C’est Grégory Gadebois qui incarne Simon, ce prêtre confronté à cette inattendue paternité. Toujours remarquable, le comédien apporte une belle humanité et beaucoup de justesse à son personnage.
Saluons également l’excellence du casting des rôles secondaires qui parviennent à exister fortement, de Géraldine Nakache (Louise, la mère d’Aloé) à Jacques Boudet (Monseigneur Guillaume) en passant par le jeune Anton Alluin (l’enfant par qui tout arrive) et le trop rare Lyes Salem qui apporte sa générosité et sa bonhommie à Amine, le prêtre qui partage le quotidien de Simon.

Le + Cin’Écrans
En octobre dernier, Ronan Tronchot présentait son tout premier long-métrage, PATERNEL dans le cadre du Festival International du film de Saint-Jean-de-Luz.
L’occasion pour nous d’une rencontre chaleureuse avec le réalisateur, en attente de la réaction des premiers spectateurs de PATERNEL.

INTERVIEW RONAN TRONCHOT