Moi capitaine, conte migratoire puissant et édifiant !

Moi capitaine, conte migratoire puissant et édifiant !

MOI CAPITAINE (Io capitano)

Un film de Matteo Garrone
Scénario Matteo Garrone & Massimo Gaudioso
Avec Seydou Sarr, Moustapha Fall, Issaka Sawadogo
Drame – 2h02 – Italie
Sortie en salles le 3 janvier 2024

L’histoire
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Seydou et Moussa, deux jeunes sénégalais de 16 ans, décident de quitter leur terre natale pour rejoindre l’Europe. Mais sur leur chemin les rêves et les espoirs d’une vie meilleure sont très vite anéantis par les dangers de ce périple. Leur seule arme dans cette odyssée restera leur humanité.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour la puissance du récit de ce drame, mis en scène avec force par Matteo Garonne qui filme au plus près les protagonistes de cette terrible épopée.

Le réalisateur de GOMORRA a choisi de mettre en images une partie du voyage qui n’est habituellement pas montrée, à travers le regard de ses deux principaux personnages. En l’occurrence, ici, le terrible périple débute au cœur du village de Seydou et Moussa, passe par une tragique traversée du désert et la violence sauvage d’une prison libyenne, avant de rejoindre la méditerranée pour une traversée de tous les dangers.

Il y a dans MOI CAPITAINE, une urgence et un souffle de vie impressionnants. On ressort des deux heures de projection hagard et bouleversé, notamment, par le parcours de Seydou et par sa volonté farouche d’atteindre son but, son rêve.

2 / Pour incarner ce personnage de Seydou, Matteo Garrone a effectué un long casting d’acteurs non-professionnels avant de trouver en Seydou Sarr, la personnalité qu’il recherchait.
Le jeune homme qui n’avait jamais rêvé d’une carrière de comédien révèle un incroyable talent. Il incarne avec beaucoup d’intelligence et une certaine candeur un personnage qui passe, le temps d’une effrayante odyssée, de l’enfance à l’âge adulte.

La puissance d’interprétation de Seydou Sarr fait que le spectateur entre immédiatement en empathie avec son personnage, pour ne plus le lâcher, deux heures durant. Puissant !

3 / Si la caméra de Matteo Garrone est entièrement dédiée au propos du film et au parcours de Seydou et Moussa, le réalisateur ose néanmoins quelques envolées oniriques bienvenues, donnant à son film une dimension supplémentaire, celle d’un poignant conte initiatique.

Lauréat d’un très mérité Lion d’argent, prix de la mise en scène, à la Mostra de Venise, MOI CAPITAINE a également depuis été récompensé par deux fois d’un prix du public, au festival du film d’histoire de Pessac et à celui du film de société de Royan. Un festival qui lui a également attribué son prix du Jury professionnel.

Mon ami robot, « Do you remember ? » …  

Mon ami robot, « Do you remember ? » …  

MON AMI ROBOT (Robot dreams)

Un film de Pablo Berger
Scénario Pablo Berger
Animation – 1H42 – Espagne/France
Sortie en salles le 27 décembre 2023

L’histoire
DOG, vit à Manhattan et la solitude lui pèse. Un jour, il décide de construire un robot et ils deviennent alors les meilleurs amis du monde ! Par une nuit d’été, DOG avec grande tristesse, est obligé d’abandonner ROBOT sur la plage. Se reverront-ils un jour ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ MON AMI ROBOT fait typiquement partie de ces films que l’on n’attend pas forcément et dont on ressort ravi de l’avoir découvert, avec une seule envie en tête : que le plus grand nombre partage votre enthousiasme !

Précisons que c’est le nom de Pablo Berger, réalisateur de 3 autres films très originaux (TORREMOLINOS 73, BLANCANIEVES et ABRACADABRA) qui a aiguisé notre curiosité.
Bien nous en a pris, tant ce premier film d’animation du cinéaste espagnol s’avère atypique et inspiré.

Passez outre l’aspect premier « simpliste » de l’animation. Il suffit de quelques minutes pour lui trouver beaucoup de richesse, de qualités et pour totalement se laisser embarquer par cette très touchante, mais jamais niaise, histoire d’amitié entre un chien et un robot.  

2 / L’absence totale de dialogues n’est absolument pas un problème, bien au contraire ! Elle participe même au charme fou procuré par le film et décuple la force des sentiments ressentis par le très attachant Dog et les spectateurs de ses mésaventures new-yorkaises.

Ce parti-pris gonflé n’étant évidemment pas sans rappeler BLANCANIEVES (2012), l’excellent second long métrage de Pablo Berger, lui aussi totalement muet.

3 / Une des autres grandes réussites du film et elles sont nombreuses, réside dans le fait que chacun(e) quel que soit son âge y trouvera son compte, d’autant que le réalisateur a truffé son film de clins d’œil réjouissants et de références, jamais pesantes ou intimidantes pour le spectateur.
Citons en premier lieu cette affiche du film YOYO de Pierre Etaix qui figure en bonne place dans l’appartement de Dog ou le rappel précis d’un plan mythique (celui du décor qui tombe) du film de Buster Keaton, LE CADET D’EAU DOUCE (Steamboat Bill Junior – 1928).
N’oublions pas non plus l’évocation, des 3 Petits cochons, du MAGICIEN D’OZ ou bien encore des jumelles diaboliques de SHINING.

Les plus attentifs pourront même, au détour d’une séquence, remarquer la présence furtive de la pochette de « Remain in light ». Un film d’animation qui cite (même discrètement) cet album majeur des Talking Heads ne peut être mauvais ! Il peut même être bon, voire excellent, d’autant justement que la bande son du film décline très habilement le fameux « September » d’Earth Wind & Fire, pour notre plus grand plaisir.

Bref ! Vous l’aurez compris, l’air de rien, MON AMI ROBOT fait partie de ces films à ne pas louper et dont le souvenir va vous accompagner un bon moment.
Nul doute que dans quelques années, vous fredonnerez encore « Do you remember ? » …  

L’innocence, troublants secrets d’enfances par Hirokazu Kore-Eda

L’innocence, troublants secrets d’enfances par Hirokazu Kore-Eda

L'INNOCENCE (Monster)

Un film de Hirokazu Kore-Eda
Scénario Yûji Sakamoto
Avec Sakura Andô, Eita Nagayama, Soya Kurokawa
Drame – Thriller – 2H06 – Japon
Sortie en salles le 27 décembre 2023

L’histoire
Le comportement du jeune Minato est de plus en plus préoccupant. Sa mère, qui l’élève seule depuis la mort de son époux, décide de confronter l’équipe éducative de l’école de son fils. Tout semble désigner le professeur de Minato comme responsable des problèmes rencontrés par le jeune garçon. Mais au fur et à mesure que l’histoire se déroule à travers les yeux de la mère, du professeur et de l’enfant, la vérité se révèle bien plus complexe et nuancée que ce que chacun avait anticipé au départ…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Après un détour par la Corée pour LES BONNES ÉTOILES, son précédent long-métrage, Hirokazu Kore-Eda est de retour au Japon pour nous offrir ce film remarquablement écrit, sensible et surprenant.
C’est la première fois, depuis son premier long métrage MABOROSI en 1995 que Hirokazu Kore-Eda réalise un film dont il n’a pas écrit le scénario. Alors que le film pouvait prétendre à bien d’autres récompenses, c’est le prix du scénario (un script magnifique et labyrinthique, signé Yûji Sakamoto) que le jury présidé par le réalisateur suédois Ruben Östlund (2 palmes d’or pour THE SQUARE et SANS FILTRE) lui a attribué à Cannes en mai dernier.

L’INNOCENCE
a également valu au cinéaste japonais la Queer Palm 2023. Une récompense plus que méritée mais qui peut paraitre étonnante au premier abord, tant le cœur du film, sa véritable raison d’être (qui lui a valu ce prix) est abordé subtilement mais tardivement dans le film.

Il faut dire que le réalisateur prend son temps et a choisi de nous raconter l’histoire du jeune Minato à travers trois points de vue successifs et trois regards, celui de sa mère, de son enseignant et de l’enfant lui-même. Trois regards qui se croisent, se complètent et se contredisent pour notre plus grand plaisir de spectateur.

2 / L’INNOCENCE est un film profondément délicat, subtil et bouleversant qui nous cueille littéralement. Une œuvre intense, transcendée par une mise en scène intelligente mais sans esbroufe, que l’on ne peut que conseiller aux inconditionnels de RASHÔMON (1952) d’Akira Kurosawa, pour sa forme atypique ou de STAND BY ME (1986) de Rob Reiner, pour son magnifique regard porté sur l’enfance.

3 / Certes, ce n’est pas la raison principale d’aller voir L’INNOCENCE mais on vous conseille néanmoins quand même de vous précipiter en salles. Non seulement, vous y découvrirez le dernier grand film de 2023 et l’un des plus beaux d’Hirokazu Kore-Eda, mais vous y entendrez aussi la magnifique partition écrite par Ryûichi Sakamato pour accompagner les mésaventures du jeune Minato.  

Rappelons que l’on doit à ce génial compositeur disparu en mars dernier quelques somptueuses bandes originales comme celles, entre autres, de FURYO, LE DERNIER EMPEREUR (qui lui vaut l’Oscar de la meilleure musique originale en 1988) ou THE REVENANT. L’INNOCENCE qui est le dernier film dont il ait composé la bande originale lui est évidemment dédié.

 

Cesária Évora, sa vie, ses amours, ses emmerdes … et ses chansons

Cesária Évora, sa vie, ses amours, ses emmerdes … et ses chansons

CESÁRIA ÉVORA, LA DIVA AUX PIEDS NUS

Un film d’Ana Sofia Fonseca
Scénario d’Ana Sofia Fonseca
Documentaire – 1H35 – Portugal
Sortie en salles le 29 novembre 2023

L’histoire
Cesária Évora chante son titre Sodade en 1992, la faisant reconnaître internationalement à 51 ans. Longtemps simple chanteuse de bar au Cap-Vert, la légende que l’on connaît n’a pas toujours connu la gloire sinon la pauvreté.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour le plaisir immense de réentendre la voix chaude et emplie de mélancolie de la « Diva aux pieds nus », même si le film d’Ana Sofia Fonseca s’avère finalement assez pauvre en images de concerts.
Il faut dire que l’ambition de ce documentaire qui nous arrive 12 ans après la disparition de Cesária Évora a pour principale vocation de raconter l’artiste mais aussi et surtout la femme. Et il y réussit plutôt bien.

2 / CESÁRIA ÉVORA, LA DIVA AUX PIEDS NUS confirme pleinement le sentiment que chacun.e pouvait avoir en écoutant la chanteuse s’exprimer en musique ou en interview. Cesária était une femme qui n’en faisait bien souvent qu’à sa tête mais qui n’aura de cesse tout au long de sa vie et malgré les épreuves, de partager son amour pour sa terre natale du Cap Vert et pour ses concitoyens.  
On passera volontiers sur la qualité parfois sommaire de certaines images pour n’en retenir que le sens et le propos.  
Le film nous révèle en effet les détails du parcours hors du commun de Cesária Évora, une immense artiste. Mais surtout il dresse le portrait d’une femme qui devra lutter en permanence, tout au long de sa vie, contre ses principaux démons, l’alcool et la dépression.

3 / On se perd parfois au cœur des très nombreuses images d’archives totalement inédites dont on se dit parfois que la réalisatrice a eu du mal à les ordonner. Reste que l’on ne peut qu’être ému et parfois amusé par le tempérament sanguin de la diva qui ne va jamais faciliter le travail de son équipe artistique. On en veut pour preuve la séquence de ses retrouvailles parisiennes avec le directeur du théâtre de la ville ou celle de sa rencontre très musicale avec Tony Bennet. Leur « duel » vachard mais enchanteur et plein de tendresse restera parmi les meilleurs moments du film d’Ana Sofia Fonseca.

On retiendra de ce film foisonnant le témoignage d’un parcours artistique atypique mais aussi et surtout l’image d’une femme forte et généreuse qui ne transigera jamais sur un point, son désir et son besoin absolu de liberté !
Et comme vous vous en doutez, à la fin du film, une seule envie nous prend, celle de réécouter encore et encore la voix si chaude, si belle, si touchante de Cesária.
Sodade, sodade…

Et la fête continue ! Mélancolie joyeuse pour Robert Guédiguian

Et la fête continue ! Mélancolie joyeuse pour Robert Guédiguian

ET LA FÊTE CONTINUE !

Un film de Robert Guédiguian
Scénario de Robert Guédiguian et Serge Valletti
Comédie dramatique – 1H46 – France
Sortie en salles le 15 novembre 2023

L’histoire
A Marseille, Rosa, 60 ans, a consacré sa vie à sa famille et à la politique avec le même sens du sacrifice. Tous pensent qu’elle est inébranlable d’autant que Rosa est la seule qui pourrait sceller l’union de la gauche à la veille d’une échéance électorale décisive. Elle s’accommode finalement bien de tout ça, jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’Henri. Pour la première fois, Rosa a peur de s’engager. Entre la pression de sa famille politique et son envie de lâcher prise, le dilemme est lourd à porter.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Après un détour récent par le Mali pour TWIST À BAMAKO.  Robert Guédiguian retrouve avec ET LA FÊTE CONTINUE !, son 23è long métrage, la chaleur de la Bonne mère et de Marseille.

Avec la complicité d’une grande partie de ses fidèles interprètes, le réalisateur nous replonge dans l’ambiance bigarrée de la cité phocéenne (appellation qui donne lieu à une formidable séquence dans le bistrot tenu par Sarkis/Robinson Stévenin).
Marseille qui respirerait le bon vivre s’il n’y avait une précarité de plus en plus présente et l’effondrement de bon nombre de valeurs de notre société, symbolisé par celui des immeubles de la rue d’Aubagne.
Heureusement et même s’il n’est pas dupe, le réalisateur semble vouloir croire en un avenir meilleur à travers l’engagement d’une jeune génération prête à reprendre différemment le combat social et politique.

2 / Le personnage de Rosa, justement, magnifiquement incarné par Ariane Ascaride synthétise tout ce que l’on aime chez le cinéaste et sa compagne, le sens de la famille, de la solidarité, l’ouverture aux autres et le refus de se mettre en avant.

Rosa est une femme tiraillée entre ses idéaux politiques, sociaux et l’envie de respirer, de prendre enfin du temps pour elle, rien que pour elle.
Au moment de passer la main professionnellement et malgré une forme de culpabilité, elle est même prête à s’engager dans une nouvelle et inattendue histoire d’amour avec Henri (le toujours parfait Jean-Pierre Darroussin).

Après la noirceur assumée de GLORIA MUNDI, le réalisateur renoue donc avec une veine presque idéaliste dans ET LA FÊTE CONTINUE !

Un film sur la transmission, placé sous le signe de la tendresse et de la bienveillance, avouons qu’en cette période troublée et anxiogène, ce regain d’optimisme, quasi utopique, nous fait le plus grand bien.

3/ Outre les excellents Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin, Robert Guédiguian s’est entouré d’une grande partie de sa famille de comédien.ne.s fétiches pour nous confier cette histoire de famille(s).
Toutes et tous, de Gérard Meylan à Grégoire Leprince-Ringuet, en passant par Lola Naymark, Robinson Stévenin et Alicia Da Luz Gomes (la révélation de TWIST À BAMAKO) apportent au film cette véracité, cette humanité et même une forme de douceur dans le combat quotidien, que l’on aime tant chez le réalisateur de MARIUS ET JEANNETTE OU LES NEIGES DU KILIMANDJARO.