Ce qui se passe dans la salle des profs…

Ce qui se passe dans la salle des profs…

LA SALLE DES PROFS (Das Lehrerzimmer)

Un film de İlker Çatak
Scénario de İlker Çatak et Johannes Duncker
Avec Leonie Benesch, Michael Klammer, Rafael Stachowiak
Drame, thriller – 1h39 – Allemagne
Sortie en salles le 6 mars 2024

L’histoire
Alors qu’une série de vols a lieu en salle des profs, Carla Nowak mène l’enquête dans le collège où elle enseigne. Très vite, tout l’établissement est ébranlé par ses découvertes.

3 bonnes raisons de voir ce film

1 /A l’heure de la toute-puissance des réseaux sociaux, de la suspicion intergénérationnelle qu’ils suscitent et des dommages collatéraux qu’ils provoquent dans l’enseignement, LA SALLE DES PROFS fait preuve d’une rare pertinence, en phase complète avec l’époque.

Ilker Catak nous offre avec son quatrième long métrage (le premier à sortir dans les salles françaises) un puissant et palpitant drame psychologique porté par sa remarquable et rigoureuse mise en scène.   

Le metteur en scène allemand pose tout au long du film les questions de l’intégrité, du civisme, des enjeux majeurs de l’éducation mais aussi la notions de coupable ou victime ainsi que des conséquences et dommages collatéraux de la délation…
Ilker Catak dresse le passionnant portrait d’une enseignante qui n’a de cesse de transmettre et d’exercer au mieux son métier, mais qui est prise dans un engrenage diabolique.

À travers LA SALLE DES PROFS, c’est un miroir de notre société que le réalisateur nous tend et il faut bien avouer que si le reflet n’est guère flatteur, il a le grand mérite de nous interroger sur nos propres comportements quotidiens.    

2 / Le personnage de Carla, enseignante déterminée mais bousculée dans son quotidien et ses convictions, est incarné avec force par Leonie Benesch, jeune actrice allemande que l’on avait déjà pu remarquer à ses débuts en 2009 dans LE RUBAN BLANC de Michael Haneke puis par la suite dans LES LEÇONS PERSANES de Vadim Perelman ainsi que dans quelques séries emblématiques comme BABYLON BERLIN, THE CROWN ou plus récemment dans la première saison d’ABYSSES aux côtés de Cécile de France.

Elle livre ici une performance exceptionnelle. Nous ne sommes pas près d’oublier l’intensité que la comédienne apporte à Carla. Il nous tarde de la revoir sur grand écran.

3 / Immense succès du cinéma allemand, LA SALLE DES PROFS sort enfin en France auréolé de sa nomination très méritée à l’Oscar du meilleur film étranger. Gageons que l’intérêt suscité ailleurs par ce thriller paranoïaque trouve un vrai retentissement dans nos salles. Il le mérite amplement.

La mère de tous les mensonges – La parole retrouvée…

La mère de tous les mensonges – La parole retrouvée…

LA MÈRE DE TOUS LES MENSONGES (Kadib Abyad)

Un film d’Asmae El Moudir
Scénario d’Asmae El Moudir
Documentaire – 1h37 – Maroc
Sortie en salles le 28 février 2024

L’histoire
Casablanca. La jeune cinéaste Asmae El Moudir cherche à démêler les mensonges qui se transmettent dans sa famille. Grâce à une maquette du quartier de son enfance et à des figurines de chacun de ses proches, elle rejoue sa propre histoire. C’est alors que les blessures de tout un peuple émergent et que l’Histoire oubliée du Maroc se révèle.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ LA MÈRE DE TOUS LES MENSONGES a reçu un très mérité Prix de la mise en scène Un certain regard et l’Œil d’or du meilleur documentaire lors du Festival de Cannes en 2023.

À l’instar des films de Mona Achache LITTLE GIRL BLUE, et de Kaouther Ben Hania, LES FILLES D’OLFA (César 2024 du meilleur documentaire), eux aussi très remarqué à Cannes, l’œuvre d’Asmae El Moudir fait preuve d’une remarquable singularité scénaristique et de mise en scène.

Même si on adorerait ne plus avoir à le signaler, il est à noter que ces trois documentaires ambitieux, très personnels et réussis sont d’ailleurs signés par des femmes…

2 / Pour raviver la mémoire d’un passé douloureux, la réalisatrice a fait le choix hybride d’un récit entre fiction et documentaire.
Pour cela, elle a mis en place un judicieux et très original dispositif de tournage en créant une impressionnante maquette du quartier de son enfance à Casablanca.

La puissance évocatrice de cette reconstitution provoque des réactions diverses au cœur de la famille. De notre côté, on découvre avec beaucoup d’intérêt, ce pan de vie très personnel, intimement lié à un épisode tragique de l’histoire du Maroc.

3 / Avec LA MÈRE DE TOUS LES MENSONGES, en forme d’enquête intime, Asmae El Moudir interroge la mémoire familiale, reconstitue un passé douloureux en essayant de donner toute sa place à une parole étouffée, notamment par son hallucinante grand-mère, une femme matriarche et despotique qui ne veut rien lâcher !
Le moins que l’on puisse dire, est que l’accouchement de cette parole puissante et utile se fait, par moments, dans la douleur…

 

Satoshi – Mère et fils, un amour sans faille…

Satoshi – Mère et fils, un amour sans faille…

SATOSHI (A mother’s touch)

Un film de Jumpei Matsumoto
Scénario Jumpei Matsumoto, Yuki Takafumi
Avec Taketo Tanaka, Koyuki, Lily Franky…

Drame – 1h53 – Japon – 2023
Sortie en salles le 28 février 2024

L’histoire
Satoshi est aveugle depuis ses 9 ans. Sa vie bascule une seconde fois à 18 ans, lorsqu’il perd l’audition. Accompagné par sa mère, Satoshi va réapprendre à vivre et s’évertuer à découvrir un nouveau sens à sa vie.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Parce que SATOSHI, 4eme long métrage de Jumpei Matsumoto (son premier à être distribué en France) est inspiré d’une histoire vraie, celle du parcours d’un enfant qui deviendra, grâce à l’amour et au dévouement de sa mère, le premier professeur d’université aveugle et sourd au monde.  

Vous l’aurez compris, SATOSHI est un film au pouvoir émotionnel puissant auquel il est difficile de rester insensible, même si son réalisateur enfonce parfois un peu le clou du mélodrame, au risque du pathos au détour de quelques séquences.

2 /
Il faut néanmoins mettre à l’actif de ce film sur l’acceptation de soi, la retenue et la douceur parfois extrême de la mise en scène de Jumpei Matsumoto qui tranche intelligemment avec la cruauté et la violence de la situation vécue par Satoshi et ses proches.  
On en veut pour preuve quelques séquences bouleversantes entre le jeune homme et une jeune étudiante musicienne ou lorsque Satoshi parvient de nouveau à communiquer grâce à l’obstination et à l’ingéniosité de sa mère qui ne veut pas céder à l’abattement et à la fatalité.    

3 / Il faut saluer l’interprétation délicate du personnage de Satoshi adulte par Taketo Tanaka et celle pleine de détermination de sa mère Reiko par Koyuki dont on a le sentiment que le réalisateur est parvenu à capturer l’intériorité. Un personnage dont on comprend à quel point il a été important dans le parcours « Extra-ordinaire » de Satoshi.     

Débâcle, 1er film intense et sans concession !

Débâcle, 1er film intense et sans concession !

DÉBÂCLE (When it Melts)

Un film de Veerle Baetens
Scénario Veerle Baetens & Marteen Loix d’après le roman Débâcle de Lize Spit
Avec Charlotte De Bruyne, Rosa Marchant, Sebastien Dewaele, Naomi Velissariou, Amber Metdepenningen, Anthony Vyt, Matthijs Meertens, Charlotte Van De Eecken

Drame – 1h51 – Belgique / Pays-Bas
Sortie en salles le 28 février 2024

L’histoire
De nombreuses années après cet été où tout a basculé, Eva retourne pour la première fois dans son village natal avec un énorme bloc de glace dans son coffre, bien déterminée à affronter son passé.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Adapté du best-seller éponyme de Lize Spit, DÉBÂCLE est le premier long métrage réalisé par Veerle Baetens. L’actrice belge, révélation d’ALABAMA MONROE, dit avoir fait ce film « pour tous ceux qui enfouissent leurs souffrances au plus profond d’eux mêmes, à un endroit où personne ne pourra les deviner et d’où elles les dévorent peu à peu. ».

DÉBÂCLE est un film d’une puissance rare dont il vaut mieux ne pas connaitre tous les tenants et aboutissants pour en ressentir encore plus fortement l’impact, dont acte !
Veerle Baetens y dresse, sans jamais céder à la facilité, le portrait d’Eva sur deux époques, de l’enfance à l’âge adulte.

La réalisatrice joue avec intelligence de la double temporalité de son récit afin que le spectateur s’attache au personnage d’Eva enfant pour mieux comprendre l’adulte qu’elle est devenue, une jeune femme meurtrie et profondément solitaire.

Si on est impressionné par la manière dont la cinéaste filme le monde souvent cruel de l’enfance et la perte de l’innocence (on songe par instants au sublime STAND BY ME de Rob Reiner) on l’est tout autant par l’acuité du regard qu’elle porte sur les adultes. Des parents démissionnaires et d’autres qui se voilent la face et ne veulent pas voir le mal chez leurs enfants et les dégâts qu’ils provoquent.

2 / En dehors du courage de sa réalisatrice à s’emparer de questions délicates, il convient de saluer sa remarquable direction d’acteurs, à commencer par l’interprète d’Eva enfant, Rosa Marchant.
Un performance subtile qui a valu à la jeune actrice un très mérité prix d’interprétation au Festival du film de Sundance 2023. Il ne faudrait néanmoins pas oublier de citer la remarquable interprète d’Eva adulte, Charlotte de Bruyne qui force elle aussi l’admiration avec une composition tout sauf évidente.

3 / Soulignons pour terminer l’intelligence de la mise en scène de Veerle Baetens qui nous met en état d’alerte permanente, sans que l’on n’ait jamais un coup d’avance sur les personnages.
En gardant toujours la bonne distance, la réalisatrice parvient à instaurer un véritable suspens autour d’un propos qui ne se pas prêtait avec évidence à ce traitement et ce ton.

DÉBÂCLE est un film intrigant, parfois malaisant, mais jamais complaisant. Nul doute que ce premier essai de Veerle Baetens ne sera pas le dernier. On attend la suite de cette nouvelle carrière derrière la caméra avec impatience.

Double foyer, haut les c(h)oeurs !

Double foyer, haut les c(h)oeurs !

DOUBLE FOYER

Un film de Claire Vassé
Scénario Claire Vassé avec la collaboration de Louis-Stéphane Ulysse
Avec Émilie Dequenne, Max Boublil, Arthur Roose, Pierre Rochefort, Michel Jonasz, Françoise Lebrun…
Comédie dramatique – 1h26 – France
Sortie en salles le 21 février 2024

L’histoire
Lili et Simon s’aiment, mais n’habitent pas ensemble. Abel, l’enfant de cet amour, vit entre deux maisons. Un jour, les accidents de l’existence remettent en question leur mode de vie… Peut-on s’aimer sans vivre ensemble ? Question simple, réponse compliquée.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec DOUBLE FOYER, son tout premier film, Claire Vassé a choisi un sujet assez peu abordé au cinéma, celui du regard posé sur un couple de parents qui s’aime mais fait le choix de vivre séparément pour tenter de préserver son désir et sa curiosité.

Ancienne critique de cinéma et autrice de six romans, Claire Vassé pose un regard plein de tendresse sur Lili et Simon que leurs proches regardent avec de la bienveillance pour certains mais aussi une de l’incompréhension, voire une certaine forme de jalousie pour d’autres.

Malgré tout, la réalisatrice nous dit que malgré les injonctions permanentes de notre société contemporaine, il n’est pas interdit d’oser un pas de côté et de tenter d’inventer sa propre vie en insufflant un peu d’air et de fantaisie à son quotidien.

2 / Malgré ses maladresses, DOUBLE FOYER est un film plein de promesses. Claire Vassé laisse son premier long respirer, au risque de déstabiliser le spectateur avec notamment quelques scènes qui semblent rester en suspens, sans véritable conclusion.  

La cinéaste fait aussi le pari gonflé d’intégrer au cœur de son récit des chansons (composées par Guillaume Aldebert) interprétées par ses comédien.ne.s.
Cette proposition originale participe pleinement au charme fragile que distille son DOUBLE FOYER, même si les intentions paraissent parfois un peu surlignées.  

Saluons donc Claire Vassé qui, à l’image de ses principaux personnages, a su se montrer audacieuse en tentant un pas de côté dans sa mise en scène et qui privilégie la poésie et le lyrisme du quotidien à une approche purement sociologique que laissait imaginer le propos du film.

3 / Pour terminer, difficile de ne pas évoquer le casting du film.
Si le personnage de Julien (incarné par le trop rare Pierre Rochefort) dont on tarde à comprendre le parcours, aurait mérité d’être plus développé, remercions la réalisatrice-scénariste d’avoir réservé une jolie partition à l’excellent Michel Jonasz dont l’humanité transpire à l’écran.   

Mais saluons surtout la belle idée de casting que constitue le couple formé par Émilie Dequenne et Max Boublil.
Depuis ses débuts dans ROSETTA, l’actrice belge n’en finit plus de nous séduire et de nous surprendre au fil de rôles très différents les uns des autres, de MAMAN A TORT à CLOSE en passant par LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT ou CHEZ NOUS.
Son partenaire Max Boublil n’est pas en reste et ajoute ce beau personnage de Simon (enfin un véritable rôle adulte) à une galerie finalement déjà assez riche si l’on repense à ses compositions dans LES GAMINS, LE NOUVEAU ou COMME DES GARCONS.