Loup y es-tu ? Tempêtes sous des crânes

Loup y es-tu ? Tempêtes sous des crânes

LOUP Y ES-TU ?

Un film de Clara Bouffartigue
Scénario de Clara Bouffartigue
Documentaire – 1H25 – France
Sortie en salles le 13 septembre 2023

L’histoire
Des jeunes, des enfants et leurs parents viennent consulter, souffrance en bandoulière, sous le manteau ou sous la peau, c’est selon. Au centre médico-psycho-pédagogique, les soignants sont là pour les accompagner en thérapie. Par le jeu, le dialogue, le silence, en famille, en groupe ou individuellement, ils cheminent pour les aider à grandir. La nuit, dans les couloirs et la salle d’attente, entre rêve et cauchemar, un drôle de petit bonhomme s’anime et libère ses émotions. Il était une fois, derrière le symptôme, tapis dans l’ombre, des enfants, des adolescents et des parents qui avaient peur du loup… Loup y es-tu ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ En 2012 avec TEMPÊTE SOUS UN CRÂNE, Clara Bouffartigue montrait la volonté farouche de deux professeures d’une classe de 4ème C dans un collège de Seine St Denis, à transmettre à leurs élèves le savoir et les moyens de s’exprimer. Plus de 10 ans après, la réalisatrice poursuit sur sa lancée et nous propose un voyage passionnant et en immersion avec des enfants et leurs familles au cœur d’une méthode d’accompagnement par la parole et la thérapie dans un centre médico-psychopédagogique (CMPP)

2/ Un peu à la manière d’un Raymond Depardon quand il scrute le système judiciaire, médical ou politique, la réalisatrice nous invite à pénétrer, pour mieux le comprendre, le cœur d’un dispositif dont la volonté première, mais pas uniquement, est de renouer le dialogue entre enfants et parents dont les blessures et les douleurs sont à panser. Comme le montre formidablement le film, ce dispositif peut prendre différentes formes : groupe d’échange de paroles, auto-analyse, jeux de rôles… Et c’est terriblement instructif, violent, beau, juste et touchant.

3/ Saluons la proposition audacieuse de Clara Bouffartigue qui ne s’est pas contentée de poser sa caméra pour y recueillir la parole d’enfants, de parents et de « soignants ».
En effet, LOUP Y ES-TU ? est rythmé par un certain nombre de très belles séquences animées qui n’ont rien d’artificiel. Elles apportent au film une nécessaire respiration et viennent apporter un éclairage poétique (et souvent très noir) qui ramène, tout comme le titre du film à l’enfance. Un passage essentiel, souvent heureux mais aussi parfois compliqué et douloureux à la fois pour l’enfant mais aussi pour son entourage qui est souvent déstabilisé par des comportements qu’il juge inopportun.
Soulignons à cet effet, le remarquable générique animé du film qui évoque très fortement par son imagerie et sa bande son (signée Jean Poulhalec) le cinéma de Tim Burton (et la musique de Danny Elfman), un réalisateur dont les affres de l’enfance nourrissent depuis toujours le cinéma… A l’image de celui généreux et sensible de Clara Bouffartigue.

Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

Ultra moderne solitude – Le champ des possibles…

LE CHAMP DES POSSIBLES (Deserto particular)

Un film de Aly Muritiba
Scénario de Aly Muritiba & Henrique Dos Santos
Avec Antonio Saboia, Pedro Fasanaro, Thomas Aquino
Drame – Thriller – Romance – 2H – Brésil
Sortie en salles le 5 juillet 2023

L’histoire
Daniel, 40 ans, a été suspendu de ses fonctions d’agent de police suite à une bavure. Il se focalise alors sur une relation virtuelle avec une personne mystérieuse qu’il n’a encore jamais rencontrée. Lorsqu’elle cesse de répondre à ses SMS, il décide de parcourir des milliers de kilomètres pour la retrouver…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec LE CHAMP DES POSSIBLES, son cinquième long-métrage (mais le premier à être distribué en France), Aly Muribita nous offre une œuvre intimiste autour de la masculinité et fait voler en éclat certains clichés machistes. Le réalisateur brésilien aborde son sujet avec pudeur mais sans faux semblants et sans jamais verser dans le mélo lacrymal qu’il aurait facilement pu se contenter d’être. D’autant que le film débute au moment où Daniel, obsédé par sa relation virtuelle, doit aussi affronter deux problèmes, son procès à venir et les soins quotidiens qu’il doit prodiguer à son vieux père malade.

2/ LE CHAMP DES POSSIBLES est porté par la subtile composition de ses deux principaux comédiens Antonio Saboia (Daniel) et Pedro Fasanaro (Robson/Sara). Des performances qui captent parfaitement toutes les ambiguïtés, les failles, les doutes des personnages avec deux acteurs qui se fondent avec justesse au cœur de la mise en scène discrète mais sensuelle d’Aly Muribita.

3/ Au fil de ce récit sur la rencontre inattendue de deux solitudes, il se dégage une douce et touchante mélancolie. Un CHAMP DES POSSIBLES qui ouvre celui de l’envie de découvrir les autres réalisations du cinéaste brésilien. A bon entendeur…

 

Juniors, Les choses de la vie…

Juniors, Les choses de la vie…

JUNIORS

Un film de Hugo P. Thomas
Scénario de Hugo P. Thomas, Jules Lugan
Avec Vanessa Paradis, Ewan Bourdelles, Noah Zandouche
Comédie – 1h35 – France
Sortie en salles le 26 juillet 2023

L’histoire
Jordan, 14 ans, s’ennuie dans le petit village de Mornas. Sa mère infirmière étant souvent absente, il s’occupe avec son meilleur ami Patrick en jouant à leur console affectueusement nommée Jessica. Mais lorsque Jessica rend l’âme, Jordan décide de simuler une maladie et de monter une cagnotte en ligne pour s’en racheter une.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ JUNIORS est le premier long métrage en solo de Hugo P.Thomas, coréalisateur en 2016 du très étonnant WILLY 1ER. Deux long-métrages très différents mais qui ont pour dénominateur commun, le désir d’intégration de leur deux personnages principaux.
Dans JUNIORS, suite à un concours de circonstances, Jordan se prend à rêver d’une vie différente, de quitter enfin sa campagne pour monter dans une grande ville et vivre autrement. Son inattendue mésaventure va le faire grandir plus vite que prévu et lui ouvrir les yeux sur la réalité de son quotidien et de ses proches.    
A ce titre, il faut saluer l’audace du réalisateur qui filme avec justesse et sans fausse nostalgie, la France des campagnes finalement assez peu montrée au cinéma. Parmi les autres bonnes idées du film, celle de montrer les dérives possibles du groupe, en l’occurrence, celui d’une bande de collégiens qui décident de se raser la tête en soutien à Jordan, avant de dériver doucement vers un mouvement type « Skinhead »

2/ Si JUNIORS évoque par moments d’autres teen movie français tels que LES BEAUX GOSSES (2009) de Riad Sattouf ou LE NOUVEAU (2015) de Rudi Rosenberg, il n’en possède malheureusement pas la même maitrise.
La faute, sans doute, à une question de rythme et à l’envie assumée du réalisateur de mêler naturalisme et antinaturalisme. Sans oublier sa volonté louable de travailler avec de nombreux acteurs non professionnels (à l’exception notoire de Vanessa Paradis).
Le résultat s’avère un peu inégal, avec des moments très drôles (les inénarrables scènes des cours de self défense avec un prof totalement « ouf ») d’autres plutôt touchants (essentiellement les séquences entre Jordan et Patrick) et certains qui fonctionnent beaucoup moins bien comme celle où Jordan est contraint par sa mère à passer du temps avec un jeune malade à l’hôpital.  

3/ Durant une bonne partie du film, on s’interroge sur l’utilité d’avoir offert le rôle de la mère de Jordan à Vanessa Paradis tant la comédienne, malgré sa justesse, n’a pas grand-chose à défendre. Et puis, soudain, dans la dernière ligne droite JUNIORS change de registre et ose s’aventurer dans le chemin périlleux de l’émotion. Avec une juste distance le réalisateur vient finalement nous cueillir au détour de deux séquences très réussies où mère et fils arrivent enfin à se parler et à se dire les choses…

Le risque était grand, à ce moment-là du film, de verser dans un sentimentalisme un peu niais, il n’en est rien, grâce notamment à la sobriété de jeu et au talent conjugué de Vanessa Paradis et de son jeune fils de cinéma Ewan Bourdelles, dont c’est le 1er film.

On en regrette d’autant plus que JUNIORS ne soit pas arrivé à trouver un meilleur équilibre de ton entre pure comédie et chronique familiale.  

 

Rendez-vous à Tokyo – 26 juillet… un jour presque sans fin !

Rendez-vous à Tokyo – 26 juillet… un jour presque sans fin !

RENDEZ-VOUS À TOKYO

Un film de Daigo Matsui
Scénario de Daigo Matsui
Avec Sosuke Ikematsu, Sairi Itô, Yumi Kawai
Romance – Drame – 1h55 – Japon
Sortie en salles le 26 juillet 2023

L’histoire

Les 26 juillet se suivent et ne se ressemblent pas… C’est le jour où ils se sont rencontrés, celui où ils se sont aimés, où ils se sont séparés. Sept rendez-vous entre un danseur professionnel et une conductrice de taxi dans le Tokyo d’aujourd’hui.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Prix du public au Festival de Tokyo, ce film de Daigo Matsui est le premier du cinéaste japonais à sortir en France. Un long métrage bercé par une douce mélancolie et une sorte d’amertume dûes, sans doute, au choix du réalisateur de nous raconter à rebours, le parcours et l’histoire d’amour de Teruo & Yo.
Une relation à l’issue dévoilée dès le départ mais dont on découvre tout au long du récit l’importance qu’elle aura à tout jamais dans les vies de ses deux protagonistes.  

2/ L’ambiance générale de RENDEZ-VOUS À TOKYO, notamment dans ses errances nocturnes, évoque très fortement le cinéma du réalisateur américain Jim Jarmusch. Une référence totalement assumée par Daigo Matsui qui affiche même le visuel de NIGHT ON EARTH au mur de l’appartement de Teruo (Sosuke Ikematsu). Un film, d’ailleurs visionné un soir par ses deux protagonistes qui dissertent sur le personnage de Winona Ryder, chauffeur de taxi dans le film de Jarmusch et que Yo s’amuse ensuite à imiter avec humour dans son propre véhicule.
Mais ce qui marque principalement, c’est le choix de Daigo Matsui de composer son récit à rebours. Cette construction originale oblige le spectateur à une gymnastique mentale pas désagréable pour resituer parfois l’action du film dans le temps. Conséquence de ce principe de narration, il est certain qu’un second visionnage du film en offre une approche différente… Malin !

3/ Malgré quelques longueurs, RENDEZ-VOUS À TOKYO mérite le détour pour sa construction singulière mais aussi pour le plaisir de retrouver Sosuke Ikematsu (découvert dans L’INFIRMIÈRE de Kôji Fukada et Sairi Itô (déjà vue, notamment dans ASAKO I & II de Ryūsuke Hamaguchi). Cette dernière crève littéralement l’écran et marque durablement, ne serait-ce que par sa voix « étrange » comme la qualifie, lui-même, son personnage de Yo.  

Sur la branche… Comédie bien perchée !

Sur la branche… Comédie bien perchée !

SUR LA BRANCHE

Un film de Marie Garel-Weiss
Scénario de Marie Garel-Weiss & Ferdinand Berville
Avec Daphné Patakia, Benoît Poelvoorde, Agnès Jaoui, Raphaël Quenard, Jeanne Rosa, Julie Moulier, François Rollin, Florence Muller…
Comédie – 1h31 – France
Sortie en salles le 26 juillet 2023

L’histoire
Mimi a presque trente ans et rêve toujours à ce qu’elle pourrait faire quand elle sera grande. Alors qu’elle se décide à chercher du travail, elle fait la connaissance de Paul, un avocat sur la touche. Ensemble ils vont tenter de défendre Christophe, un petit arnaqueur qui clame son innocence. Si Paul voit dans cette affaire un moyen de se refaire, Mimi y voit, elle, une mission, un chemin vers la justice et la vérité.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ 5 ans après l’émouvant LA FÊTE EST FINIE et un détour en 2021 par la télévision pour Arte avec le bouleversant QU’EST-CE QU’ON VA FAIRE DE JACQUES, Marie Garel-Weiss est de retour dans les salles avec SUR LA BRANCHE.

Avec ce second long-métrage pour le cinéma, la réalisatrice continue de scruter les mêmes obsessions. Si on ressent son attachement profond pour les âmes tourmentées en quête d’équilibre, la cinéaste emprunte, cette fois-ci et avec une belle réussite, les voies de la comédie dramatique et de la fantaisie. La réalisatrice suit ici dans son quotidien Mimi, une jeune femme dont le comportement amuse, intrigue et déstabilise fortement celles et ceux qui la côtoient.

Marie Garel-Weiss observe avec une infinie tendresse les déflagrations intimes que provoque involontairement Mimi, sur ses interlocuteurs.
Des réactions souvent déstabilisantes s’avèrent, en revanche, très stimulantes pour le spectateur qui ne peut guère, de ce fait, anticiper les directions prises par le récit.  

2/ La belle réussite de SUR LA BRANCHE tient évidemment dans la mise en scène alerte de Marie Garel-Weiss et dans le ton adopté, celui d’une comédie décalée empreinte d’une forme de mélancolie.
Mais derrière le rire ou le sourire, se cache une vraie et belle réflexion sur la difficulté à s’intégrer quand on ne possède pas tous les codes de notre société (ou qu’on ne souhaite pas s’y conformer), mais aussi sur les capacités d’adaptation dès lors que l’on fait un pas vers les autres, sans se soucier du « qu’en dira-t-on ? »

3/ Il se dégage de SUR LA BRANCHE un charme très particulier que l’on doit en grande partie à son excellent casting. Quelle belle idée d’avoir associé à la singularité de jeu de Daphné Patakia (BENEDETTA, la série OVNI(s)…) la fougue et la folie de Benoît Poelvoorde, le talent et la bienveillance naturelle d’Agnès Jaoui et la présence incandescente du désormais incontournable Raphaël Quenard (CHIENS DE LA CASSE, JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES, bientôt dans YANNICK de Quentin Dupieux).

La grande force de la réalisatrice est sans aucun doute d’avoir réussi à trouver l’équilibre dans des formes de jeu très différentes pour nous offrir une proposition de cinéma originale et foncièrement attachante. Qui se ressemble s’assemble… Sur la branche !