Rebuilding – Douce mélancolie au pays des cowboys

Rebuilding – Douce mélancolie au pays des cowboys

REBUILDING

Un film de Max Walker-Silverman
Scénario de Max Walker-Silverman
Avec Josh O’Connor, Meghann Fahy, Kali Reis, Lily LaTorre, Amy Madigan, Jefferson Mays
Drame – 2025 – États-Unis – 1h35
Sortie en salles le 17 décembre 2025

L’histoire
Dans l’Ouest américain, dévasté par des incendies ravageurs, Dusty voit son ranch anéanti par les flammes. Il trouve refuge dans un camp de fortune et commence lentement à redonner du sens à sa vie. Entouré de personnes qui, comme lui, ont tout perdu, des liens inattendus se tissent. Porté par l’espoir de renouer avec sa fille et son ex-femme, il retrouve peu à peu la volonté de tout reconstruire.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Second long-métrage* du cinéaste américain Max Walker-Silverman, REBUILDING constitue, en cette fin d’année, une très séduisante alternative à l’imposant retour d’AVATAR et aux traditionnels films de Noël…

Avec cette plongée dans l’Amérique profonde, celle des laissés-pour-compte, Max Walker-Silverman nous offre un film subtil, d’une surprenante et infinie douceur, dans la droite lignée des films de Chloé Zhao comme THE RIDER ou NOMADLAND .

Le regard plein de délicatesse et de compassion que porte son réalisateur sur ces délaissés d’une Amérique rurale séduit pleinement.
Pas de rebondissement spectaculaire ou d’effets mélodramatiques pour appuyer le propos du film.
Les enjeux de REBUILDING sont plus fragiles, plus intimes, Max Walker-Silverman signe avec REBUILDING, une chronique sur une Amérique d’aujourd’hui, en marge mais profondément humaine, à l’image de Dusty, son personnage principal.
Ce cowboy d’aujourd’hui, solitaire, taiseux et mélancolique est incarné avec une belle intensité par le toujours excellent Josh O’Connor (SEULE LA TERRE, CHALLENGERS…).

Il participe pleinement à la belle réussite de ce film qui prône, entre autres, avec beaucoup de justesse, de tact et une infinie douceur, l’écoute de l’autre, la solidarité et la conscience écologique.
Des valeurs malheureusement de plus en plus malmenées par les temps qui courent…
Autant le dire, à condition d’accepter son rythme volontairement lent, REBUILDING fait donc un bien fou et redonne un peu foi dans l’être humain.
Remercions Max Walker-Silverman de nous offrir ce film rare, apaisant et lumineux, malgré son fond social peu engageant.

*Malgré ses deux récompenses obtenues en 2022 au Champs-Élysées Film Festival, A LOVE SONG, le premier long-métrage de Max Walker-Silverman reste inédit en salles à ce jour. Espérons que la sortie de REBUILDING lui offrira l’opportunité d’une sortie en salles ou sur une plateforme…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Film découvert dans le cadre du Festival du film de société de Royan 2025.

Des preuves d’amour – Une marque de talent !

Des preuves d’amour – Une marque de talent !

DES PREUVES D’AMOUR

Un film d’Alice Douard
Scénario d’Alice Douard
Avec Ella Rumpf, Monia Chokri, Noémie Lvovsky, Emy Jurtezko, Julien Gaspar-Oliveri, Jeanne Herry, Aude Pépin, Philippe Petit, Anne Le Ny
Comédie dramatique – 2025 – France – 1h37
Sortie en salles le 19 novembre

L’histoire
Céline attend l’arrivée de son premier enfant. Mais elle n’est pas enceinte. Dans trois mois, c’est Nadia, sa femme, qui donnera naissance à leur fille. Sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi, elle cherche sa place et sa légitimité.

DES PREUVES D’AMOUR a été présenté pour la première fois en séance spéciale lors de la Semaine de la Critique à Cannes en mai 2025

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Très jolie surprise que ce premier long-métrage d’Alice Douard, même si l’on y plaçait quelques attentes après la réussite et le succès de L’ATTENTE. Le quatrième court-métrage de la réalisatrice interprété par Laetitia Dosch et Clotilde Hesme a en effet valu à la réalisatrice de recevoir le très mérité César du meilleur court-métrage de fiction 2024.

À l’instar de ce précédent film, Alice Douard s’est directement inspirée de sa propre expérience avec son premier long-métrage.

Avec DES PREUVES D’AMOUR, la réalisatrice nous plonge au cœur de l’intimité de deux jeunes femmes dont le quotidien est profondément bouleversé par la naissance prochaine de leur enfant.
Son film dénonce avec beaucoup d’acuité et d’ironie, certaines aberrations bureaucratiques, telles ces fameuses « preuves d’amour » que Cécile doit recueillir sous forme de lettres-témoignages de proches, si elle veut exister « officiellement » pour leur futur enfant.

DES PREUVES D’AMOUR
interroge aussi avec pertinence, et non sans un certain humour, le regard que porte encore aujourd’hui tout un pan de notre société sur une situation qui ne devrait en aucun cas être considérée comme « extra-ordinaire » !
On en veut pour preuve, la soirée compliquée que les deux femmes passent chez un couple d’amis très curieux de leur quotidien et de leur avenir, sans parler des relations compliquées que Cécile et Nadia entretiennent avec leurs familles respectives.

Pour donner vie à cette belle histoire d’amour à qui la société réclame des preuves, Alice Douard s’est entourée de deux formidables comédiennes, elles aussi récompensées aux César en 2024, Ella Rumpf (révélation féminine pour LE THÉORÈME DE MARGUERITE) et Monia Chokri (meilleur film étranger pour SIMPLE COMME SYLVAIN).

Il faut également citer la trop rare et fantasque Noémie Lvovsky qui incarne magnifiquement le personnage de la mère de Cécile et qui est au cœurs d’une ou deux très belles séquences du film.

Vous l’aurez compris, avec DES PREUVES D’AMOUR, Alice Douard nous offre une subtile et moderne comédie romantique que l’on vous conseille plus que chaleureusement.   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

L’Étranger de Camus selon Ozon

L’Étranger de Camus selon Ozon

L'ÉTRANGER

Un film de François Ozon
Scénario de François Ozon avec la collaboration de Philippe Piazzo, d’après l’œuvre d’Albert Camus
Avec Benjamin Voisin, Rebecca Marder, Pierre Lottin, Denis Lavant, Swann Arlaud, Christophe Malavoy, Nicolas Vaude, Jean-Charles Clichet, Mireille Perrier…
Drame – 2025 – France – 2h00
Sortie en salles le 29 octobre

L’histoire
Alger, 1938. Meursault, un jeune homme d’une trentaine d’années, modeste employé, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Le lendemain, il entame une liaison avec Marie, une collègue de bureau. Puis il reprend sa vie de tous les jours. Mais son voisin, Raymond Sintès vient perturber son quotidien en l’entraînant dans des histoires louches jusqu’à un drame sur une plage, sous un soleil de plomb…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

24eme long-métrage du talentueux et très prolifique François Ozon, L’ÉTRANGER nous offre une relecture singulière de ce roman d’Albert Camus, réputé difficile voire impossible à adapter.
Même le grand Luchino Visconti qui s’y est essayé en 1967 n’a pas vraiment réussi son pari, en signant un film considéré comme mineur dans son œuvre.

François Ozon, lui, pose donc son regard d’aujourd’hui sur cette histoire écrite en 1939. Le livre paru en 1942 et traduit dans soixante-huit langues est le troisième roman francophone le plus lu dans le monde après Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne. Le pari de cette seconde adaptation était donc, pour le moins, audacieux.

D’autant que pour donner chair et vie à un personnage principal aussi froid, distant et apathique que Meursault, il fallait que la mise en scène trouve l’accord parfait. Ce à quoi s’est attelé avec succès François Ozon à travers la précision de son cadre et un magnifique travail de son chef opérateur Manu Dacosse (L’ÉTRANGER est leur 5ème collaboration) sur la lumière du film. Un travail méticuleux sur la photographie et la texture de l’image que vient sublimer le noir et blanc somptueux voulu par le cinéaste.

Malgré tout, ce judicieux parti-pris artistique n’aurait sans doute pas suffi à nous embarquer totalement dans cette histoire et à nous faire adhérer au portrait de cet homme qui semble absent à lui-même tout au long de son parcours.
Et là, l’idée de génie du réalisateur a été de confier le rôle, casse-gueule à souhait, de Meursault à son irréprochable interprète d’ÉTÉ 85, Benjamin Voisin.
Même sans rien faire (c’est du moins le sentiment qu’il peut donner) l’acteur césarisé pour son rôle dans ILLUSIONS PERDUES de Xavier Giannoli, impressionne l’écran comme personne.

La fascination que semble éprouver François Ozon pour son personnage/comédien principal rejaillit sur le spectateur qui observe les errements de cet homme fantomatique avec un intérêt grandissant au fil du récit.
Meursault qui n’espère rien de la vie, refuse les diktats d’une vie sociale rangée, le mensonge, le petit théâtre de comédie humaine et l’amour. Ne déclare-t-il pas ainsi, avec cruauté, à Marie Cardona (parfaite Rebecca Marder), sa maitresse qu’il finira néanmoins par épouser « Je t’aime, ça ne veut rien dire ! » …  

Autant dire, que la subtile performance de Benjamin Voisin est pour beaucoup dans la réussite de L’ÉTRANGER.

Avec son nouveau long-métrage, François Ozon nous propose une œuvre de cinéma radicale qui ne fait pas, loin de là, l’unanimité. Il faut donc saluer l’audace de ce (beau) geste de cinéma en allant le découvrir en salles !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

La petite dernière – L’âge de tous les possibles

La petite dernière – L’âge de tous les possibles

LA PETITE DERNIÈRE

Un film d’Hafsia Herzi
Scénario d’Hafsia Herzi
Avec Nadia Melliti, Ji-Min Park, Amina Ben Mohamed
Drame – 2025 – France – 1h53
Sortie en salles le 22 octobre

L’histoire
Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

On n’en finit plus d’être épaté par les multiples talents de la discrète Hafsia Herzi ! La comédienne saluée, fort justement l’an passé par un César de la meilleure actrice pour BORGO de Stéphane Demoustier est aussi, pour celles et ceux à qui ça aurait échappé, scénariste et réalisatrice. Et quelle réalisatrice !

Après TU MÉRITES UN AMOUR, son formidable coup d’essai réalisé en 2019, l’inoubliable interprète de LA GRAINE ET LE MULET d’Abdelatif Kechiche récidive derrière la caméra et avec le même bonheur, deux ans plus tard, en signant BONNE MÈRE, sans oublier LA COUR, réalisé cette fois ci pour Arte, en 2022.

La réalisatrice est de retour avec LA PETITE DERNIÈRE, son nouveau film présenté en mai dernier avec succès, en compétition au Festival de Cannes.
Le film qui a cueilli émotionnellement la plupart des festivaliers a valu à son interprète principale, Nadia Melliti, un prestigieux Prix d’interprétation féminine. Il a aussi remporté la fameuse Queer Palm qui récompense chaque année un film pour son traitement des thématiques LGBTQIA+, parmi ceux présentés toutes sélections cannoises confondues.

Autant dire que si l’on attendait avec impatience ce nouveau film, notre confiance dans le travail d’Hafsia Herzi n’a pas été trahie, bien au contraire !
LA PETITE DERNIÈRE est même, sans aucun doute, son film le plus abouti et le plus touchant de tous. On y retrouve ce regard bienveillant que la cinéaste porte sur ses personnages et qui illuminait déjà formidablement ses autres longs-métrages.

En adaptant le roman autobiographique de Fatima Daas, Hafsia Herzi nous offre un bouleversant récit d’apprentissage, une histoire d’émancipation sentimentale sans jamais transformer son propos en un acte purement militant.
La réalisatrice suit au plus près, très souvent caméra à l’épaule, le parcours de cette attachante jeune femme, en proie au doute, aux questionnements.

Par son approche sensible d’un sujet malheureusement encore tabou, celui de l’homosexualité d’une jeune femme maghrébine, musulmane pratiquante et vivant en banlieue, Hafsia Herzi touche à l’universel.
Elle pointe avec pudeur et intelligence une question finalement beaucoup plus vaste sur l’acceptation de soi, la manière d’assumer une différence quelle qu’elle soit tout en provoquant le regard des autres qui bien trop souvent, empêche… Empêche d’avancer dans la vie où tout simplement de vivre !   

Après un casting au long cours, Hafsia Herzi a confié le personnage de Fatima à Nadia Melliti dont c’est le premier rôle.  Un choix plus que judicieux tant la jeune comédienne impressionne à la fois par l’évidence, l’intensité et la pudeur de son jeu. Une véritable révélation qui a amplement mérité son prix cannois, premier n’en doutons pas d’une belle série.

Saluons enfin la mise en scène d’Hafsia Herzi qui ne se contente pas de mettre en image une histoire forte mais qui la transcende par son amour des acteurs, une belle direction artistique, son sens du cadre et celui de l’ellipse.
LA PETITE DERNIÈRE confirme brillamment qu’il faut désormais compter sur le talent précieux d’Hafsia Herzi  devant et derrière la caméra.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

L’homme qui rétrécit, spectaculaire et introspectif !

L’homme qui rétrécit, spectaculaire et introspectif !

L'HOMME QUI RÉTRÉCIT

Un film de Jan Kounen
Scénario de Jan Kounen et Christophe Deslandes
Avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze
Aventure – Science Fiction – 2025 – France – 1h40
Sortie en salles le 22 octobre

L’histoire
Paul, un homme ordinaire, partage sa vie entre son entreprise de construction navale, sa femme Elise, et leur fille Mia. Lors d’une sortie en mer, Paul se retrouve confronté à un étrange phénomène météorologique inexpliqué. Dès lors, Paul rétrécit inexorablement, sans que la science ne puisse lui expliquer pourquoi ni lui être d’aucun secours. Quand, par accident, il se retrouve prisonnier dans sa propre cave, et alors qu’il ne mesure plus que quelques centimètres, il va devoir se battre pour survivre dans cet environnement banal devenu périlleux. Lors de cette expérience, Paul va se retrouver confronté à lui-même, à son humanité, et tentera de répondre aux grandes interrogations de l’existence.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

L’HOMME QUI RÉTRÉCIT est la seconde adaptation du roman éponyme de l’écrivain américain Richard Matheson, après celle réalisée par Jack Arnold en 1957.
À l’initiative de cette folle aventure mise en images par Jan Kounen, Jean Dujardin incarne Paul, un homme condamné à voir le monde grandir, grandir autour de lui, jusqu’à…

De nombreux spectateurs gardent un souvenir ému de la découverte de L’HOMME QUI RÉTRÉCIT, version 1957, devenu au fil du temps un véritable classique des œuvres de science-fiction. Un film qui, malgré les moyens limités de l’époque a suscité une réelle fascination par l’inventivité de ses effets spéciaux et l’intensité de son histoire.

Jan Kounen dont on se souvient de sa collaboration avec Jean Dujardin sur 99 FRANCS s’est emparé du roman de Richard Matheson et du film de Jack Arnold pour faire sienne cette histoire et nous livrer une œuvre atypique à la croisée des genres.

L’HOMME QUI RÉTRÉCIT, version 2025, c’est à la fois un film de science-fiction, un drame introspectif et un véritable film d’aventures mais aussi une fable mélancolique et par moment méditative sur la condition humaine …

Si le film est techniquement bluffant (Jan Kounen a utilisé la technique du motion control*), il convient de saluer la performance de Jean Dujardin qui tient le film à bout de bras et dont on imagine combien il lui a fallu faire preuve d’imagination pour donner vie à l’environnement hostile qui le cerne durant toute la seconde partie du film. Une performance d’autant plus impressionnante que l’acteur n’a plus d’autres interlocuteurs qu’une araignée, un poisson rouge, des fourmis et … lui-même.
Autant dire que l’économie de parole est de rigueur et que tout passe par le physique ! On n’oubliera pas ainsi, certains morceaux de bravoure, à l’image des batailles épiques de Paul avec l’araignée de la cave.

Alors L’HOMME QUI RÉTRÉCIT n’est sans doute pas le film du siècle mais la performance de son interprète principal, son ambition visuelle, le défi technique que représente son tournage et la réflexion philosophique qu’il véhicule sur la vie, en font un honnête et très efficace divertissement que l’on vous conseille chaleureusement.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

* Le motion control est un système informatique qui permet de contrôler et de reproduire à l’identique un même mouvement de caméra.
Lors du tournage, Jean Dujardin et les décors étaient filmés séparément. Les mouvements de caméra qui suivaient les déplacements de Jean Dujardin étaient reproduits à l’identique pour filmer les décors. Une dernière étape consistait à assembler les deux images pour aboutir au résultat final.