Cassandre… Les mécaniques de l’ombre

Cassandre… Les mécaniques de l’ombre

CASSANDRE

Un film d’Hélène Merlin
Scénario : Hélène Merlin avec la collaboration de Clara Bourreau & Anne-Claire Jaulin
Avec Billie Blain, Zabou Breitman, Éric Ruf, Guillaume Gouix, Laïka Blanc-Francard, Florian Lesieur, Agathe Rousselle…
Drame – 2024 – France – 1h43
Sortie en salles le 2 avril 2025

L’histoire
Été 1998. Campagne. Cassandre a 14 ans. Dans le petit manoir familial, ses parents et son frère aîné remarquent que son corps a changé. Heureusement, Cassandre est passionnée de cheval et intègre pour les vacances, un petit centre équestre où elle se fait adopter comme un animal étrange. Elle y découvre une autre normalité qui l’extrait petit-à-petit d’un corps familial qui l’engloutit…
Film interdit – 12 ans avec avertissement

L’avis Cin’Écrans ****1/2

Le temps long (près de 10 ans) qu’il a fallu à Hélène Merlin pour mener à bien son projet, lui a sans doute été bénéfique, tant la scénariste -réalisatrice a su éviter l’écueil du simple récit autobiographique pour nous offrir une œuvre tout à la fois épidermique et réfléchie, mais surtout purement cinématographique.

Bravo et merci donc à la cinéaste de nous offrir cette œuvre si personnelle, à l’écriture implacable, audacieuse sur la forme et sur le fond en osant s’aventurer sur des terrains surréalistes ou en proposant à ses spectateurs des pauses réflexives comme ces étonnantes séquences de manipulation d’une poupée.

« … Réussir à avoir fait ce film, c’est déjà avoir fait les 3/4 du chemin » Hélène Merlin

Avec la formidable complicité de sa troupe de comédien.ne.s, Hélène Merlin dépeint avec beaucoup de recul et non sans humour, le quotidien d’une famille dysfonctionnelle, les dérives et conséquences d’un masculinisme toxique.
La réalisatrice affirme également un point de vue radical sur la question taboue de l’inceste mais sans jamais céder à la facilité d’une conclusion facile et surtout sans jamais se poser en donneuse de leçon. Respect !

« … j’ai beaucoup d’empathie et d’amour pour ma famille et ces personnages-là qui en sont inspirés … » Hélène Merlin

Impossible de passer sous silence l’excellence du judicieux casting de CASSANDRE, de Zabou Breitman à Éric Ruf en passant par Florian Lesieur, Laïka Blanc Francard et Guillaume Gouix mais le film ne serait sans doute pas le même sans la prestation remarquable de la jeune Billie Blain dans le rôle-titre.

Avec ce premier film, Hélène Merlin démontre magistralement comment transformer une réalité parfois sordide en un audacieux et puissant geste artistique. Une façon pour elle de sortir la tête de l’eau, de respirer et reprendre son destin en main, tout en affirmant une solidarité indispensable avec toutes les victimes de violences familiales.
CASSANDRE qui met intelligemment le spectateur dans une position souvent inconfortable est un film singulier, utile et lumineux qu’il convient de découvrir absolument. Et on attend désormais avec une grande impatience la suite du parcours de la brillante Hélène Merlin.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le + Cin’Écrans

C’est à l’occasion de la présentation hors compétition de CASSANDRE au Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz que nous avons eu l’immense plaisir d’échanger avec Hélène Merlin et Zabou Breitman, remarquable interprète de la mère de Cassandre.

INTERVIEW HÉLÈNE MERLIN & ZABOU BREITMAN

Le garçon – Se souvenir des belles choses…

Le garçon – Se souvenir des belles choses…

LE GARÇON

Un film de Zabou Breitman & Florent Vassault
Scénario : Zabou Breitman & Florent Vassault
Avec Damien Sobieraff, Nicolas Avinée, Isabelle Nanty, François Berléand, Florence Muller, Jean-Paul Bordes, Sarah Thiery
Documentaire – Comédie dramatique – 2024 – France – 1h37

Sortie en salles le 26 mars 2025

L’histoire 
Tout débute avec les photos d’une famille. Une famille inconnue, qu’on a l’impression pourtant de connaître. Au centre : ce garçon. Qui est-il ? Quelle est son histoire ? Et si chaque individu était aussi le héros involontaire d’un conte ? Une enquête familiale vertigineuse, où réalité et fiction se mêlent jusqu’à̀ se confondre parfois.

L’avis Cin’Écrans ****1/2

C’est à un jeu de piste original et ludique que nous convient Zabou Breitman et Florent Vassault avec LE GARÇON, un long-métrage entre documentaire et fiction.
Ce projet atypique est né de l’envie pour Zabou Breitman d’un projet qui trouverait son inspiration dans les photos d’une personne anonyme. Un.e inconnu.e dont la réalisatrice tenterait, avec la complicité de Florent Vassault, de raconter le chemin de vie.

Un parcours dont, forcément, l’issue leur échapperait et dont l’équilibre du récit ne pourrait se trouver qu’au montage. Il convient d’ailleurs de saluer à ce titre le magnifique travail effectué sur ce poste par les deux coréalisateurs pour donner au film son rythme et sa fluidité.

Autant dire que monter un projet aussi casse-gueule n’a pas été chose facile, même si la réalisatrice dont on connait la force de conviction et de persuasion s’était déjà essayée avec succès, à l’exercice au théâtre avec « Des gens », d’après les documentaires de Raymond Depardon et « Logiquimperturbabledufou », d’après Ilan Kipper.

Vous l’aurez compris, si vous aimez les œuvres qui osent sortir des sentiers battus, les films qui invoquent le temps qui passe, les traces qu’on laisse, le rapport aux images et à leurs interprétations, LE GARÇON est fait pour vous.

Ce film profondément original et émouvant provoque l’envie immédiate de se replonger dans les albums de famille pour y retrouver ses souvenirs mais aussi en imaginer d’autres, jusqu’au vertige.
LE GARÇON est une plongée palpitante au cœur de l’intime et dont le propos universel résonne puissamment en chacun.e d’entre nous. À découvrir sans faute.   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le + Cin’Écrans

C’est à l’occasion du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, dont elle présidait le jury en octobre dernier, que nous avons découvert avec bonheur le nouveau film (sans distributeur à l’époque) de Zabou Breitman.

Même si elle regrettait l’absence de son complice réalisateur et monteur, Zabou Breitman a accepté, avec son enthousiasme habituel, de répondre à nos interrogations sur ce mystérieux GARÇON

INTERVIEW ZABOU BREITMAN

On ira – Sur la route avec Hélène Vincent & Pierre Lottin

On ira – Sur la route avec Hélène Vincent & Pierre Lottin

ON IRA

Un film d’Enya Baroux
Scénario : Enya Baroux & Martin Darondeau
Avec Hélène Vincent, Pierre Lottin, David Ayala, Juliette Gasquet…
Comédie dramatique – 2024 – France – 1h37

Sortie en salles le 12 mars 2025

L’histoire
Marie, 80 ans, en a ras le bol de sa maladie. Elle a un plan : partir en Suisse pour mettre fin à ses jours. Mais au moment de l’annoncer à Bruno, son fils irresponsable, et Anna sa petite-fille en crise d’ado, elle panique et invente un énorme mensonge. Prétextant un mystérieux héritage à aller chercher dans une banque suisse, elle leur propose de faire un voyage tous ensemble. Complice involontaire de cette mascarade, Rudy, un auxiliaire de vie tout juste rencontré la veille, va prendre le volant du vieux camping-car familial, et conduire cette famille dans un voyage inattendu.

L’avis Cin’Écrans ****1/2

Très jolie surprise que ce premier long-métrage réalisé par l’actrice-scénariste Enya Baroux (FLEUR BLEUE, série actuellement disponible sur myCanal).
Avec ON IRA qui aborde la question souvent taboue de la fin de vie et celle très clivante du droit à mourir dans la dignité, Enya Baroux n’a pas choisi la facilité. D’autant qu’avec la fidèle complicité de son ami coscénariste Martin Darondeau, ils ont choisi de traiter ce sujet sensible sous forme de comédie. Une comédie à haute teneur en émotion qu’ils ont développée avec raison et détermination durant sept ans, sans jamais rien lâcher sur leurs ambitions.

À travers ce film très intime, véritable bijou de tendresse, à la portée universelle, la jeune femme rend hommage à sa grand-mère disparue.
Une femme forte et indépendante dont Enya Baroux était très proche et pour laquelle, grâce à la fiction, elle a imaginé une fin de vie différente de sa triste réalité dans un hôpital.

Avec ON IRA, la réalisatrice réussit haut la main le pari gonflé d’envisager la mort sans pathos, sans drame excessif à travers un récit lumineux qui célèbre la vie.

Si la belle réussite tient en grande partie dans l’intelligence de son scénario, impossible de faire l’impasse sur celles et ceux qui lui donnent vie, à commencer par Hélène Vincent.

La comédienne nous avait bouleversé il y a quelques années dans QUELQUES JOURS DE PRINTEMPS de Stéphane Brizé, dans lequel son personnage choisissait, lui aussi, le suicide assisté en Suisse, mais sur un ton beaucoup plus noir.

Une fois de plus, la finesse de jeu d’Hélène Vincent nous fait passer du rire au larmes, en une fraction de secondes. Du grand art ! Mais il faut dire qu’elle est formidablement entourée par un casting 5 étoiles : Juliette Gasquet (sa petite fille dans le film), avec qui elle a partagé le Prix d’interprétation féminine du dernier Festival de l’Alpe d’Huez , David Ayala (récemment nommé aux César pour son rôle dans MISERICORDE d’Alain Guiraudie) et Pierre Lottin, dont on ne cesse, à juste titre, de saluer le talent et la singularité de son jeu, de EN FANFARE aux TUCHE en passant par QUAND VIENT L’AUTOMNE de François Ozon (déjà avec Hélène Vincent).

Vous l’aurez compris, ON IRA fait partie de ces films qui touchent directement au cœur et ça fait un bien fou ! Même si je dois bien l’avouer, la découverte du film s’est faite, pour ma part, dans des circonstances très particulières et troublantes de similitudes sur certains points ! C’est dire sa force…

Le + Cin’Écrans

Cette rencontre que je vous invite à partager avec l’épatante Enya Baroux est donc sans doute l’une des plus difficiles qu’il m’ait été donné d’envisager.
Et pour cause, au moment de réaliser cette interview, ma maman vivait ses dernières heures à l’hôpital de Royan.

C’est au cinéma Le Lido qu’elle a beaucoup fréquenté et où elle adorait découvrir les films que je lui conseillais (ou pas d’ailleurs), que j’ai donc échangé avec la jeune réalisatrice de ce formidable film que j’aurai pourtant adoré voir dans d’autres circonstances.
La vie en a malheureusement décidé autrement, mais je suis heureux et fier d’y être arrivé, avec la fidèle et indispensable complicité de FX …

Si ON IRA est dédié à la grand-mère d’Enya Baroux, cette interview l’est évidemment à ma maman, celle que je surnommais malicieusement depuis 3 ans « La reine du Lido… »     

Jean-Luc Brunet- Cin’Écrans

INTERVIEW ENYA BAROUX

Young hearts – lumineuse innocence…

Young hearts – lumineuse innocence…

YOUNG HEARTS

Un film d’Anthony Schatteman
Scénario : Anthony Schatteman
Avec Lou Goossens, Marius De Saeger, Geert Van Rampelberg
Comédie dramatique – 2024 – Belgique – Pays-Bas – 1h38

Sortie en salles le 19 février 2025

L’histoire
Elias, 14 ans, vit dans un petit village de Flandre. Lorsque Alexander, son nouveau voisin du même âge venant de Bruxelles, emménage en face de chez lui, Elias réalise qu’il est en train de tomber amoureux pour la première fois. Il devra alors faire face au chaos intérieur provoqué par ses sentiments naissants afin de vivre pleinement son histoire avec Alexander et de la révéler à tous.

YOUNG HEARTS a reçu le Prix des collégiens Cannes Ecrans Juniors 2024, mais aussi la Mention Spéciale du Jury Jeunesse à Berlin International Film Festival 2024, section Generation Kplus.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Avec YOUNG HEARTS, son premier long-métrage inspiré de sa propre expérience, le metteur en scène britannique Anthony Schatteman nous offre une œuvre pudique, solaire et joyeuse.
Le réalisateur a fait le choix judicieux de présenter le récit d’une idylle naissante entre deux jeunes garçons, comme tout à fait normale, même si les sentiments amicaux ou amoureux (le sexe n’est pas encore un enjeu majeur) sont exacerbés et souvent vécus comme « Extra-ordinaires » au sortir de la petite enfance.

Le réalisateur dépeint avec une grande justesse et beaucoup de délicatesse les questionnements et les affres de la préadolescence.
Il le fait sans jamais verser dans le drame ou le sensationnalisme, grâce à une belle direction artistique et par le jeu subtil et impliqué de ses deux principaux et jeunes interprètes Lou Goossens, Marius De Saeger.

Le regard doux et bienveillant que le cinéaste porte sur ses deux jeunes héros du quotidien n’est pas sans rappeler celui que posait Hirokazu Kore-Eda sur les deux garçons de son très beau dernier long métrage L’INNOCENCE.

Je ne peux donc que vous conseiller d’aller partager un moment avec les attachants personnages de ce lumineux YOUNG HEARTS qui s’adresse autant aux adultes qu’aux enfants et adolescents.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Château rouge – L’énergie de l’espoir !

Château rouge – L’énergie de l’espoir !

CHÂTEAU ROUGE

Un film d’Hélène Milano
Scénario : Hélène Milano
Documentaire – 2024 – France – 1h47

Sortie en salles le 22 janvier 2025

L’histoire
Quartier de la Goutte d’Or à Paris, métro Château Rouge, collège Georges Clemenceau. Chargés de leur insouciance et de leurs blessures, les adolescents doivent grandir. Ils construisent leurs personnalités, se perdent, se cherchent. Les adultes tentent de les guider malgré la violence du système.
CHÂTEAU ROUGE faisait partie de la sélection Acid-Cannes 2024

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Belle surprise que ce CHÂTEAU ROUGE, nouveau documentaire sur l’éducation et la relation adolescents/adultes, qui ne s’embarrasse pas de commentaire superflu en voix-off.
Forte de ce parti-pris audacieux, avec une belle énergie et sans aucun misérabilisme, Hélène Milano, sa réalisatrice nous invite à une plongée en immersion au sein du collège Georges Clémenceau situé au cœur du quartier de la Goutte d’Or à Paris.

Ils s’appellent Lêna, Manel, Bilel, Fabiola, Fatou, Abdoulaye, Youcef, Sarah, Mamadou, Marwa…et ils sont parfois bousculés mais toujours encouragés par une remarquable équipe pédagogique (professeurs, CPE, psychologues…) toutes et tous très impliqués et déterminés à ce que leurs élèves (re)prennent confiance en eux, (re)trouvent l’estime d’eux-mêmes pour se surpasser au quotidien.

Si dans un premier temps, on se perd un peu dans le dispositif choral proposé par Hélène Milano avec un très grand nombre d’intervenants, tant du côté des élèves que du corps enseignant, on s’attache finalement assez vite à un certain nombre des personnalités que la réalisatrice a choisi de suivre.
Certaines séquences s’avèrent même assez bouleversantes, comme les images de fin du film (sur fond musical d’Ibrahim Maalouf) ou lors de cet échange entre la principale du collège, le jeune Bilel et sa mère très aimante et encourageante mais qui ne cache pas ses difficultés à élever ce fils turbulent.  

Avec CHÂTEAU ROUGE, Hélène Milano signe un film passionnant et profondément humaniste qui redonne foi dans l’éducation quand elle est prodiguée de manière bienveillante et positive, dans l’écoute et l’échange avec les enfants.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans