En salle – En corps – The show must go on…

En salle – En corps – The show must go on…

- EN CORPS -

EN CORPS de Cédric Klapisch
Avec Marion Barbeau, Hofesh Shechter, Denis Podalydès, Pio Marmaï, François Civil, Souheila Yacoub, Muriel Robin…
Comédie dramatique – 2021 – 2h00 – France
Sortie en salles le 30 mars 2022

Elise, 26 ans est une grande danseuse classique. Elle se blesse pendant un spectacle et apprend qu’elle ne pourra plus danser. Dès lors sa vie va être bouleversée, Elise va devoir apprendre à se réparer…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Cela fait quelques années que Cédric Klapisch tourne autour du monde de la danse à travers de nombreuses captations de spectacles pour l’Opéra de Paris et avec le documentaire-portrait AURELIE DUPONT, L’ESPACE D’UN INSTANT. Cette fois-ci c’est par le biais de la fiction que le réalisateur nous invite à partager sa passion pour la danse.  
Avec ce quatorzième et palpitant long-métrage, le généreux réalisateur ajoute une œuvre majeure à son déjà très riche parcours.
Afin d’être immédiatement plongé dans l’ambiance, EN CORPS s’ouvre sur une longue et ambitieuse séquence de danse classique, alors même que son personnage principal ne nous a pas été présenté. La suite est au diapason et la caméra de Cédric Klapisch ne lâche plus d’un chausson sa jeune héroïne qu’un accident oblige à se remettre en question…  Le spectateur s’émerveille, s’émeut et vibre au diapason d’Elise qui se découvre et s’ouvre aux autres, en même temps qu’elle se réinvente grâce à d’autres formes de danse…

2/ Cédric Klapisch prouve une fois de plus son amour des acteurs avec un casting qui regroupe quelques habitués de son cinéma comme les deux frères de CE QUI NOUS LIE François Civil et Pio Marmaï (au coeur de deux séquences jubilatoires) mais aussi quelques petits nouveaux comme Souheila Yacoub (CLIMAX de Gaspar Noé, ENTRE LES VAGUES d’Anaïs Volpé…), Denis Podalydès et une Muriel Robin très surprenante. La comédienne aborde ici frontalement le registre de l’émotion (mais avec toujours une pointe d’humour), avec son très beau personnage de propriétaire de résidence pour artistes. Espérons que sa remarquable composition inspirera d’autres metteurs en scène à l’avenir.
Et EN CORPS doit bien sûr une grande partie de sa réussite au choix du réalisateur d’avoir offert le rôle d’Elise à Marion Barbeau.
Cette actrice novice mais douée et danseuse émérite de l’Opéra de Paris se prête avec une gourmandise non dissimulée aux joies de la danse contemporaine avec les danseurs de la magnifique compagnie du danseur chorégraphe et compositeur israélien Hofesh Shechter.

3/
Pour la mise en scène affutée de Cédric Klapisch entièrement dédiée au mouvement et à la vie. Rarement la passion de la danse et le langage du corps n’auront et été aussi bien filmés, avec une caméra toujours à la bonne place.
Le cinéaste a privilégié la notion de plaisir intense procuré par la danse plutôt que de montrer les souffrances infligées au corps pour atteindre une certaine forme de perfection, même si la notion de douleur et de dépassement de soi est néanmoins présente dans le film. Ce parti pris de partager le bonheur des danseurs et son plaisir de spectateur-réalisateur est plus que communicatif. Et en fin de projection, on n’a qu’une envie, celle de crier « Encore… En corps ! »

En salle – L’ombre d’un mensonge – L’air de rien…

En salle – L’ombre d’un mensonge – L’air de rien…

- L'OMBRE D'UN MENSONGE -

L’OMBRE D’UN MENSONGE de Bouli Lanners
Avec Michelle Fairley, Bouli Lanners, Andrew Still, Julian Glover, Clovis Cornillac…

Drame – Romance 2021 – 1H39 – France
Sortie en salles le 23 mars 2022

Phil s’est exilé dans une petite communauté presbytérienne sur l’Île de Lewis, au nord de l’Ecosse. Une nuit, il est victime d’une attaque qui lui fait perdre la mémoire. De retour sur l’île, il retrouve Millie, une femme de la communauté qui s’occupe de lui. Alors qu’il cherche à retrouver ses souvenirs, elle prétend qu’ils s’aimaient en secret avant son accident…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Ce cinquième long-métrage de l’excellent Bouli Lanners vous prend par surprise. Avec ce film hors du temps, l’acteur-réalisateur ne joue jamais le jeu de la séduction facile. L’OMBRE D’UN MENSONGE ne cherche jamais à s’imposer mais finit par vous gagner au fil du temps passé en compagnie de ses deux personnages principaux.
Le film est un parfait reflet de son territoire géographique, celui d’une ile écossaise isolée, séduisante mais rugueuse, avec des habitants au caractère corseté voire revêche qu’il faut apprivoiser. 

2/ A ce territoire parfois hostile s’oppose la grande douceur du personnage incarné par Bouli Lanners.
Derrière sa truculence et sa bonhommie naturelle, on devinait aisément une grande sensibilité, planquée derrière beaucoup de pudeur. Et c’est un vrai bonheur de voir le comédien belge baisser à ce point la garde pour s’abandonner à ce personnage qui nous bouleverse.  
Il faut dire qu’il est particulièrement bien accompagné par Michelle Fairley (GAME OF THRONES) qui donne corps avec beaucoup de subtilité à ce personnage de femme prisonnière de son mensonge, jusqu’au jour où… 

3/
On sent à travers la richesse de composition de l’image et la très belle photographie du film (signée Frank Van Den Eeden) tout l’amour que Bouli Lanners porte à l’Ecosse.
S’ajoutent à cela quelques sublimes idées de mise en scène comme ces plans d’une infinie délicatesse sur les mains et les doigts de Phil et Millie qui se cherchent et se lient… ou à travers la séquence d’échanges de regards pudiques à travers un jeu de miroir…
Bref, l’air de rien, L’OMBRE D’UN MENSONGE est bien parti pour hanter durablement notre mémoire.   

En salle – En nous – Retour vers le futur

En salle – En nous – Retour vers le futur

- EN NOUS -

EN NOUS de Régis Sauder
Documentaire – 2021 – 1H39 – France
Sortie en salles le 23 mars 2022

Il y a dix ans, Emmanuelle, professeure de français d’un lycée des quartiers Nord de Marseille, participait à un film avec ses élèves. A partir de l’étude de La Princesse de Clèves, Abou, Morgane, Laura, Cadiatou et les autres énonçaient leurs rêves, leurs désirs et leurs peurs. Tous se retrouvent aujourd’hui, les souvenirs se mélangent aux récits de leur vie et des obstacles à surmonter. Que reste-t-il de leurs espoirs de liberté, d’égalité et de fraternité ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour le portrait juste et sans concessions de ces jeunes gens que brosse le réalisateur dix ans après les avoir filmés une première fois, à l’âge de tous les possibles.
Par l’intelligence d’une mise en scène forte et assumée, mais  toute au service de ses protagonistes et de leurs propos, Régis Sauder accorde sa juste place à leur parole, leurs réflexions de jeunes adultes sur la place qu’ils occupent aujourd’hui et à leur constat sur ce temps passé…

Des questionnements nombreux et passionnants sont posés tout au long du film sur le rapport à l’éducation,  la mise en péril de l’école et du service public au fil des ans et plus troublant peut-être, l’importance accordée au regard des autres pour avancer dans la vie au moment de l’adolescence (avec une cruelle absence de modèle pour bon nombre d’entre eux/elles).
Le film les accompagne à nouveau sur un moment charnière de leur existence, où chacun.e doit finalement concrétiser un projet de vie et l’assumer en tant qu’adulte responsable.

2/ Nul besoin d’avoir vu NOUS, PRINCESSES DE CLEVES pour pleinement apprécier le propos d’EN NOUS. Les personnages sont suffisamment forts, différent et attachants pour qu’instantanément, on ait envie d’en savoir plus et de les retrouver encore et encore, tels des ami.es que la distance géographique aurait éloigné…

3/ Avec EN NOUS, Régis Sauder offre à notre regard et notre esprit le portrait de jeunes gens, véritables héros de leur quotidien, qui se battent pour exister et donner un sens à la vie de leurs proches (très belle séquence sur l’amitié forte qui existe entre Aurore et Sarah, malgré la distance qui les sépare au quotidien).
On en ressort avec la conviction qu’il y a de bonnes raisons de croire en l’avenir de notre société, pourtant tellement malmenée. Ces jeunes adultes construisent leur avenir et le nôtre avec une lucidité et une intelligence qui force le respect. Il serait grand temps que leur parole soit plus souvent mise en avant et relayée. Ce n’est pas le moindre mérite de ce film, en forme d’hymne à la jeunesse, qui montre le chemin avec beaucoup de bienveillance.

En salle – Trois fois rien – Ticket gagnant !

En salle – Trois fois rien – Ticket gagnant !

- TROIS FOIS RIEN -

TROIS FOIS RIEN de Nadège Loiseau avec Philippe Rebbot, Antoine Bertrand, Côme Levin, Emilie Caen, Nadège Beausson-Diagne…
Comédie 2021 – 1H34 – France
Sortie en salles le 16 mars 2022

Brindille, Casquette et La Flèche vivent comme ils peuvent, au jour le jour, dans le bois de Vincennes. Mais leur situation précaire devrait changer du tout au tout le jour où ils gagnent au Loto. Encore faut-il pouvoir encaisser l’argent, car sans domicile, pas de carte d’identité à jour et sans compte bancaire, pas de paiement !

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour son trio d’acteurs principaux, déjà présents dans LE PETIT LOCATAIRE, le premier long de Nadège Loiseau. Ils incarnent avec un plaisir communicatif, une belle bande de pieds nickelés de la rue aux prises avec les affres de l’administration et les incohérences et incompréhensions de notre monde. Une nouvelle fois, Philippe Rebbot prête son humanité, sa dégaine et sa nonchalance naturelle à un personnage dépourvu de tout cynisme. Antoine Bertrand incarne le plus raisonnable, en apparence, de ces trois personnages. L’acteur-animateur québécois confirme ici tout le bien que l’on pensait de lui après DEMAIN TOUT COMMENCE d’Hugo Gélin. Quant à Côme Levin (Révélation de RADIOSTARS en 2012), il entraîne avec une belle énergie le spectateur dans la folie douce de La Flèche.

2/ Rarement comédie sociale française aura été aussi réussie, si l’on excepte les films de Louis-Julien Petit (DISCOUNT, LES INVISIBLES) ou ceux du duo Tolédano / Nakache (HORS NORME, INTOUCHABLES…).
Grâce à ses comédiens mais aussi à un scénario malin et des dialogues percutants, Nadège Loiseau réussit à nous émouvoir, mais aussi à nous faire rire très franchement au récit des mésaventures de ses trois « atta-chiants » anti héros du quotidien, sans jamais les regarder de haut. Le pari était risqué, il est remporté haut la main.

3/
Si TROIS FOIS RIEN doit beaucoup à son réjouissant casting masculin, il serait injuste de passer sous silence la partition très juste des femmes du film : Nadège Beausson-Diagne incarne Vénus, une prostituée au grand cœur, à la fois forte et vulnérable à laquelle est très attaché Casquette, alias Philippe Rebbot.
De son côté Emilie Caen interprète avec grâce, une jeune femme en charge d’aider les heureux gagnants du loto à garder les pieds sur terre. Sa tâche, vous vous en doutez ne sera pas simple, même si son regard comme celui des spectateurs va beaucoup évoluer sur ces trois hommes qui n’en attendaient sans doute pas tant !

En salle – Funambules – Sur le fil…

En salle – Funambules – Sur le fil…

- FUNAMBULES - JUKE-BOX -

FUNAMBULES de Ilan Klipper avec Aube Martin, Marcus, Yoann, Jean-François, Camille Chamoux…
Documentaire 2020 – 1H15 – France
Sortie en salles le 16 mars 2022

Quelle est l’épaisseur du mur qui nous sépare de la folie ? Personne ne sait de quoi il est fait. Personne ne sait jusqu’à quel point il résiste. Aube, Yoan, Marcus, eux, ont franchi le seuil. Ils vivent de l’autre côté du miroir.

FUNAMBULES a fait partie de la Sélection ACID Cannes 2020.
Il sort en salles accompagné du court métrage JUKE-BOX (23 min) d’Ilan Klipper avec Christophe, Sabrina Seyvecou et Marylin Canto.

 

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec FUNAMBULES, Ilan Klipper réalisateur de la fiction LE CIEL ETOILE AU DESSUS DE MA TETE, en 2017 et d’un remarquable documentaire SAINT-ANNE, HOPITAL PSYCHIATRIQUE en 2010, poursuit son exploration de la psychiatrie, mais cette fois ci du côté de l’intime avec une oeuvre constamment surprenante portée par la mise en paroles et en images du monde intérieur de personnalités hors du commun.

FUNAMBULES est un film totalement atypique qui évolue en permanence sur un fil, entre documentaire et fiction expérimentale (on s’interroge notamment sur le lien réel qui existe entre l’actrice Camille Chamoux et Marcus).
En fin de projection, on a le sentiment d’avoir passé un long moment dans la tête de ses protagonistes, à travers leurs pensées parfois étranges et souvent déroutantes. Il faut saluer l’incroyable talent d’écoute dont a, sans aucun doute, dû faire preuve le réalisateur et sa manière originale de restituer cette parole de Aube, Yoann, Marcus ou Jean-François.

2/ Si la forme hybride et parfois radicale de FUNAMBULES peut s’avérer déroutante, le film et ses « personnages » fantasques suscitent de la part du spectateur une véritable curiosité et une réelle empathie. Il nous interroge également en permanence sur la question de la normalité, celle de la folie et comment soi-même on se positionne… En ces temps troublés, la question mérite d’être posée, même si le degré de folie peut être très, très différent d’un individu à un autre !

3/
FUNAMBULES, long-métrage assez court d’une heure quinze est accompagné de JUKE-BOX également signé Ilan Klipper, en 2014. Ce court métrage de fiction s’intéresse à un musicien qui a connu le succès avant de sombrer dans l’oubli et qui vit désormais reclus avec ses fantômes.
JUKE BOX est une magnifique occasion de retrouver Christophe dans un rôle de composition, conçu autour du chanteur. Le film laisse entrevoir le pur esprit créatif (qui confère parfois à une certaine forme de folie) du musicien à travers l’élaboration d’un morceau inédit.
Et comme dans FUNAMBULES, la frontière entre fiction et documentaire est ténue et s’avère très cohérente avec le parcours du réalisateur.