Aux masques citoyennes – Quoi qu’il en coûte….

Aux masques citoyennes – Quoi qu’il en coûte….

AUX MASQUES CITOYENNES

Un film de Florent Lacaze
Documentaire – 1h35 – France
Sortie en salles le 31 mai 2023

L’histoire 
Printemps 2020. La population est confinée. Libéro, un patron de PME, recrute à tour de bras 250 couturières pour fabriquer les masques qui libèreront sa région. Mais, il ne connait rien à la couture…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour l’aventure que représente ce film de Florent Lacaze, témoin de la guerre sanitaire qui a enflammé le monde au printemps 2020. Et puis bien sûr pour vivre de l’intérieur le pari fou de Libero Mazzone, un entrepreneur qui produisait jusqu’alors des appareils de polissage automobile et qui se lance dans la fabrication de 1.150.000 masques. Sans aucune velléité financière, mais avec un goût certain (et très particulier) du management, le patron recrute alors 250 couturières via Facebook et doit trouver du tissu, des élastiques, des machines à coudre et un local de production car le sien est trop petit…

Bref, Libero Mazzone avec sa douce folie, affiche une volonté farouche d’exister au cœur de la pandémie et de sauver des gens.
Ce documentaire, véritable comédie sociale, raconte ni plus ni moins que la création et la mort d’une entreprise en 50 jours… avec une bonne dose d’envie, d’engagement, de force de persuasion, mais aussi de roublardise, d’usure et de défiance. Bref, un vrai condensé de vie remarquablement raconté à travers une mise en image musicale chorégraphiée (le ballet des pieds, la séquence ou les masques tombent…) et un montage malin.

2/ Pour saluer l’engagement sans faille de ces femmes (les Lionnes du bassin d’Arcachon) et de ces hommes qui, l’espace de quelques semaines, se sont engagés dans un combat contre le temps et la pandémie. Un engagement souvent enthousiaste mais parfois aussi conflictuel, aux côtés d’un homme au caractère entier, versatile et parfois « limite » dans son comportement, notamment vis-à-vis des femmes.     

3/ Pour découvrir Heroes, classique de David Bowie revu et corrigé pour le film dans une version inédite par la chanteuse suisse Sophie Hunger. Un titre en parfaite adéquation avec cette grande aventure humaine et solidaire.

Incontournable et bouleversant !

Incontournable et bouleversant !

JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES

Un film de Jeanne Herry
Scénario de Jeanne Herry
Avec Adèle Exarchopoulos, Dali Benssalah, Leïla Bekhti, Elodie Bouchez, Suliane Brahim, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Jean-Pierre Darroussin, Fred Testot, Denis Podalydès, Birane Ba, Anne Benoît, Raphaël Quenard, Sébastien Houbani…

Drame – 1h58 – France
Sortie en salles le 29 mars 2023

L’histoire 
Depuis 2014, en France, la Justice Restaurative propose à des personnes victimes et auteurs d’infraction de dialoguer dans des dispositifs sécurisés, encadrés par des professionnels et des bénévoles comme Judith, Fanny ou Michel.

Nassim, Issa, et Thomas, condamnés pour vols avec violence, Grégoire, Nawelle et Sabine, victimes de homejacking, de braquages et de vol à l’arraché, mais aussi Chloé, victime de viols incestueux, s’engagent tous dans des mesures de Justice Restaurative.

Sur leur parcours, il y a de la colère et de l’espoir, des silences et des mots, des alliances et des déchirements, des prises de conscience et de la confiance retrouvée… Et au bout du chemin, parfois, la réparation…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour la force d’un sujet rarement abordé en fiction, voire même à travers un documentaire (à ma connaissance, en tous cas), celui de la justice restaurative.
La scénariste réalisatrice qui nous avait séduit en 2014 avec ELLE L’ADORE, son premier film, nous avait pleinement convaincu avec le magistral PUPILLE en 2018. Cette fois-ci avec JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES, elle nous offre un troisième long métrage magistral tant sur le fond que sur la forme. Malgré un dispositif minimaliste, Jeanne Herry impose une mise en scène inspirée, discrète et précise. Son scénario et ses dialogues, jamais manichéens, sont affutés et entièrement au service d’un sujet puissant et de ses remarquables interprètes.
JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES est un film qui (re)donne foi dans l’être humain, dans l’importance d’échanger pour tenter de comprendre, réparer et se réparer.  

2/ Les comédien.ne.s justement, parlons-en ! Il faudrait toutes et tous les nommer tant leur incarnation de personnages en proie à de multiples questionnements est puissante et subtile. S’il fallait néanmoins retenir quelques noms, je citerai en premier lieu, Adèle Exarchopoulos dont l’intensité de jeu impressionne de film en film et dans des registres souvent opposés .

J’ai envie également d’évoquer le regard perdu de Leila Bekhti au début du film, le sentiment de culpabilité de Miou-Miou, la bienveillance et le désir de compréhension de Gilles Lellouche, le désarroi de Fred Testot, la sincérité de Dali Benssalah… et tous les autres interprètes, sans exception aucune, qui font corps et âme avec leurs personnages…

3/ Et s’il fallait une raison supplémentaire pour vous conseiller de vous précipiter en salles, je vous parlerai de la séquence finale du film.  En effet, je défie quiconque de résister au face à face entre Adèle Exarchopoulos et Raphaël Quenard, une scène exemplaire de tension et de subtilité. Cet instant que le spectateur traverse en apnée est un incroyable moment de vie, de vérité et de cinéma. Un de ces instants qui font que vous sortez du film bouleversé mais heureux de l’avoir vécu.

Un immense bravo et merci à Jeanne Herry et ses interprètes pour ce nouveau et magnifique long-métrage dont le souvenir n’est pas prêt de s’estomper.
Nous aussi, nous verrons toujours leurs visages…

Dalva, 1er film digne et puissant !

Dalva, 1er film digne et puissant !

DALVA

Un film d’Emmanuelle Nicot
Scénario d’Emmanuelle Nicot
Avec Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassy

Drame – 1h20 – Belgique
Sortie en salles le 22 mars 2023

L’histoire 
Dalva a 12 ans mais s’habille, se maquille et se vit comme une femme. Un soir, elle est brusquement retirée du domicile paternel. D’abord révoltée et dans l’incompréhension totale, elle va faire la connaissance de Jayden, un éducateur, et de Samia, une adolescente au fort caractère. Une nouvelle vie semble alors s’offrir à Dalva, celle d’une jeune fille de son âge.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/  Saluons en premier lieu, l’incroyable incarnation de Dalva par la jeune comédienne débutante Zelda Samson qui évite tous les écueils potentiels, liés à un rôle aussi puissant et délicat. Nous ne sommes pas prêt d’oublier la folle détermination du personnage ainsi que l’intensité du regard et du jeu de sa formidable interprète.

2/ Si Zelda Samson qui porte le film de bout en bout en est sa véritable révélation, il serait injuste de ne pas souligner la justesse de tout le casting. Citons en particulier Fanta Guirassy, l’interprète de Samia (voisine de chambre de Dalva), personnage qui éclaire un peu le chemin de Dalva en lui apportant toute sa franchise et un peu de fantaisie bienvenue. Quant à Alexis Manenti (César du meilleur espoir masculin 2020 pour LES MISÉRABLES), il offre à son personnage d’éducateur une douceur et une bienveillance rare qui font du bien à Dalva mais aussi au spectateur parfois malmené par la rudesse de propos du film.

3/ La force de ce récit d’émancipation met en évidence les paradoxes perturbants et spectaculaires du déni, surtout quand il touche une toute jeune fille, victime d’inceste durant de longues années. La réalisatrice ne lâche pas une seconde sa jeune « héroïne » du quotidien qui va devoir refaire l’apprentissage d’une enfance qu’on lui a volée. Avec DALVA, Emmanuelle Nicot nous offre une œuvre pudique, digne et puissante qui ne verse jamais dans le pathos. Un premier film remarquable à découvrir absolument. 

Fabuleux The fabelmans…

Fabuleux The fabelmans…

THE FABELMANS

Un film de Steven Spielberg
Scénario de Steven Spielberg & Tony Kushner
Avec Gabriel LaBelle, Michelle Williams, Paul Dano, Seth Rogen, Chloe East, Julia Butters, Sam Rechner, Judd Hirsch…

Biopic – Drame – 2H31 – Etats-Unis
Sortie en salles le 22 février 2023

L’histoire : Passionné de cinéma, Sammy Fabelman passe son temps à filmer sa famille. S’il est encouragé dans cette voie par sa mère Mitzi, dotée d’un tempérament artistique, son père Burt, scientifique accompli, considère que sa passion est surtout un passe-temps. Au fil des années, Sammy, à force de pointer sa caméra sur ses parents et ses sœurs, est devenu le documentariste de l’histoire familiale ! Il réalise même de petits films amateurs de plus en plus sophistiqués, interprétés par ses amis et ses sœurs. Mais lorsque ses parents décident de déménager dans l’ouest du pays, il découvre une réalité bouleversante sur sa mère qui bouscule ses rapports avec elle et fait basculer son avenir et celui de ses proches.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Parce qu’à travers l’évocation magnifiquement mise en image de ses souvenirs d’enfance Steven Spielberg nous offre son film le plus intime, le plus personnel et sans aucun doute le plus attachant.
THE FABELMANS est à la fois le portrait d’un jeune garçon fou de cinéma (Spielberg lui-même) et le  récit d’une douloureuse séparation familiale qui va nourrir la fertile imagination du cinéaste en devenir.

De ce traumatisme de jeunesse, Steven Spielberg parvient à tirer un film lumineux et bouleversant, qui ne sombre jamais dans le pathos.
Mieux, on se régale véritablement quand le jeune Sammy Fabelman s’essaie au tournage de films de guerre ou de science-fiction avec une imagination débordante et une foi infinie dans le cinéma, celle de Spielberg, évidemment, qui revisite ici ses premiers essais derrière la caméra.
Bref, quand on aime le cinéma, difficile de résister à cette magnifique déclaration d’amour au septième art, signée par l’un de ses plus brillants artisans.

2/ Pour la justesse de son casting à commencer par Gabriel LaBelle, véritable révélation du film qui ne souffre jamais de la comparaison avec ses illustres ainés, Michelle Williams (totalement bouleversante à plusieurs reprises), Paul Dano et un surprenant Seth Rogen. N’oublions pas non plus, le clin d’œil final réjouissant que Steven Spielberg adresse à John Ford, l’un de ses cinéastes de chevet. Un rôle que le cinéaste a confié à un autre très grand réalisateur que vous ne manquerez pas de reconnaitre…

3/ Pour un scénario d’une richesse incroyable coécrit par Steven Spielberg et Tony Kushner avec lequel il a déjà collaboré à trois reprises sur MUNICH, LINCOLN et WEST SIDE STORY.

Impossible enfin de passer sous silence (ce serait un comble !) la somptueuse bande originale signée par le compositeur fétiche de Steven Spielberg, John Williams. Précisons que cette collaboration est la 28ème entre le musicien et le réalisateur…

Joyland… Coup de foudre à Lahore !

Joyland… Coup de foudre à Lahore !

JOYLAND

Un film de Saim Sadiq
Scénario de Saim Sadiq
Avec Ali Junejo, Alina Khan, Sania Saeed, Salmaan Peerzada…

Drame – Romance – 2H06 – Pakistan
Sortie en salles le 28 décembre 2022

L’histoire : A Lahore, Haider et son épouse, cohabitent avec la famille de son frère au grand complet. Dans cette maison où chacun vit sous le regard des autres, Haider est prié de trouver un emploi et de devenir père. Le jour où il déniche un petit boulot dans un cabaret, il tombe sous le charme de Biba, danseuse sensuelle et magnétique.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour sa manière d’aborder un sujet ô combien délicat dans une société pakistanaise fondée sur un système patriarcal et des traditions qui brident toute velléité à sortir d’un schéma terriblement conservateur.
JOYLAND, remarquable ode à la liberté, dresse le portrait subtil et bouleversant d’un homme tiraillé entre les injonctions de la société et son envie irrépressible de prendre son envol et de vivre sa vie.  
Avec ce premier film, Saim Sadiq filme avec sensualité et une infinie délicatesse, l’éveil de pulsions nouvelles et même tout simplement du désir chez un homme qui en manquait cruellement jusque-là.
Cette découverte d’un monde qu’Haider ignorait et la naissance d’une histoire d’amour offre à son personnage mais aussi au spectateur quelques judicieuses respirations à travers, notamment de belles séquences musicales et de danse.
Le réalisateur ose même, par instants, emprunter les atours de la comédie romantique voire d’une forme de burlesque sentimental (avec la scène de balade de la silhouette géante de Biba en scooter). Il prouve ainsi sa grande foi dans l’intelligence du spectateur et dans un sujet qui aurait pu n’être que pesant.

2/ Si le film fait le constat sans appel d’une société corsetée par ses traditions et son conservatisme patriarcal, il n’est jamais à charge contre ses principaux protagonistes. Des personnages à qui le réalisateur donne une belle profondeur et une véritable humanité, malgré leurs défauts et leur degré d’implication dans le parcours et le destin de Haider. On en veut pour preuve la séquence finale douloureuse et bouleversante qui remet face à face Haider et son épouse.
Saluons également l’audace d’un jeune cinéaste qui montre et dénonce, ce n’est pas si courant, les dommages causés par le patriarcat, non seulement sur les femmes mais aussi sur certains hommes.

3/ Dernière bonne raison de découvrir JOYLAND, son Prix du jury Un certain regard et la Queer palm 2022, deux récompenses cannoises plus que méritées pour signifier la réussite et la belle singularité de ce premier long métrage qui s’apprête également à concourir aux Oscars 2023 au titre de meilleur film étranger (il fait partie de la short-list de 15 longs métrages en lice)