La tête froide – Le prix du passage pour Florence Loiret Caille

La tête froide – Le prix du passage pour Florence Loiret Caille

« … des personnages complexes et ambigus » Stéphane Marchetti

LA TÊTE FROIDE

Un film de Stéphane Marchetti
Scénario de Stéphane Marchetti & Laurette Polmanss
Avec Florence Loiret Caille, Saabo Balde, Jonathan Couzinié, Aurélia Petit, Marie Narbonne, Philippe Frécon, Souleymane Toure…
Drame – Thriller – 1H32 – France
Sortie en salles le 17 janvier 2024

L’histoire 
Dans les Alpes enneigées, en plein hiver. Pour boucler ses fins de mois, Marie, 45 ans, trafique des cartouches de cigarettes entre la France et l’Italie avec l’aide de son amant Alex, policier aux frontières. Lorsqu’elle rencontre Souleymane, jeune réfugié, prêt à tout pour rejoindre sa petite sœur, elle s’embarque dans un engrenage bien plus dangereux qu’elle ne l’avait imaginé.

L’avis Cin’Écrans *** ½
Documentariste réputé et lauréat du Prix Albert-Londres en 2008 pour RAFAH, CHRONIQUES D’UNE VILLE DANS LA BANDE DE GAZA coréalisé avec Alexis Monchovet) Stéphane Marchetti réussit son passage à la fiction.

Avec LA TÊTE FROIDE, le réalisateur signe un drame social glaçant aux allures de thriller et de film noir.
Stéphane Marchetti documente le parcours croisé d’une femme qui s’improvise passeuse et d’un jeune migrant déterminé. La rencontre de deux solitudes entre opportunisme et solidarité…
Une des grandes réussites du film tient dans sa volonté de ne jamais poser un regard moralisateur sur ses protagonistes. Stéphane Marchetti ne juge jamais ses personnages mais expose, au plus près, leur situation singulière et souvent désespérante.
Les parti-pris scénaristiques de Stéphane Marchetti font que son propos et son récit ne sont jamais manichéens. A l’instar de Marie et Souleymane, nous sommes en permanence en proie aux doutes et aux questionnements existentiels.
La découverte de LA TÊTE FROIDE confirme pleinement, si besoin était, la complexité de l’être humain et de celle de ce type de situation quand on y est confronté. De près ou de loin…

Grâce à la composition très juste de ses deux principaux interprètes, Florence Loiret Caille et Saabo Balde, le spectateur est embarqué dans cette haletante et touchante aventure humaine qui ne sombre jamais dans le pathos.

A noter que l’excellente Florence Loiret Caille a été fort justement récompensée en novembre dernier d’un prix d’interprétation féminine pour sa prestation lors du Festival du film de Sarlat.

Le + Cin’Écrans
C’est à l’occasion de la toute première présentation publique de LA TÊTE FROIDE au Festival du film francophone d’Angoulême, en août dernier, que nous avons rencontré le réalisateur et ses deux principaux comédiens, Florence Loiret Caille & Saabo Balde, belle révélation du film.

INTERVIEW STEPHANE MARCHETTI, FLORENCE LOIRET CAILLE & SAABO BALDE

Anti-squat – dérives d’un système…

Anti-squat – dérives d’un système…

ANTI - SQUAT

Drame – 2023 – 1h35 (Blu Ray) 1h31 (DVD) France
Réalisation : Nicolas Silhol
Scénario : Nicolas Silhol & Fanny Burdino
Avec Louise Bourgoin, Samy Belkessa, Sâm Mirhosseini, Antoine Gouy, Khina Lahoucine, Arthur Choisnet, Adèle Wismes…

Sorti en salles le 6 septembre 2023

Disponible en BR, DVD & VOD – le 16 janvier 2024 – Diaphana
Image : 16/9 – 1.85 :1 – Son : Dolby Audio DD 5.1 & 2.0
Audiodescription pour aveugles et malvoyants
Sous-titres pour sourds et malentendants

L’histoire
Inès est menacée de se faire expulser de chez elle avec Adam, son fils de 14 ans. A la recherche d’un emploi, elle est prise à l’essai chez Anti-Squat, une société qui loge des personnes dans des bureaux inoccupés pour les protéger contre les squatteurs. Son rôle : recruter les résidents et faire respecter un règlement très strict. Inès est prête à tout pour se faire embaucher et s’en sortir avec Adam. Mais jusqu’où ira-t-elle ?

Le film ****
Avec ANTI-SQUAT, le scénariste et réalisateur Nicolas Silhol continue de creuser le sillon d’un cinéma intelligent et captivant autour de questions sociales terriblement actuelles et complexes.

Dans CORPORATE, le cinéaste auscultait la cruauté du monde du travail à travers les affres d’une responsable des ressources humaines.
Pour ANTI-SQUAT, son second long-métrage, il dénonce les dérives et dommages provoqués par une offre alternative à l’hébergement d’urgence par l’utilisation de locaux inoccupés.

Outre l’excellence de l’interprétation de Louise Bourgoin, filmée sans fard et au plus près des émotions de son personnage, il convient de saluer la précision de la mise en scène de Nicolas Silhol qui ancre l’essentiel de son récit au cœur d’un ilot de bureaux froids et déserts.
Le metteur en scène utilise à merveille la géographie des lieux et filme la réalité brute, d’une nouvelle forme de pauvreté et la déshumanisation qui en découle. Le tout sans aucun misérabilisme ou voyeurisme, même si le constat s’avère violent et implacable.

ANTI-SQUAT est un film poignant extrêmement efficace, aux airs de thriller social, Nicolas Silhol arrive à point nommé pour apporter un éclairage judicieux sur les tenants et aboutissants de la loi Anti-squat promulguée, quelques mois après le tournage du film, en juin 2023, par le Sénat et l’Assemblée nationale.
Une loi qui durcit les sanctions liées aux squats de locaux et pérennise cette expérimentation de système locatif, propice à de nombreuses dérives… celles-là même que dénonce le film…

Bonus ***
scènes coupées (non mixées, non étalonnées)
Vidéos de casting de Samy Belkessa

Si l’on comprend les raisons de leur éviction du film car elles ne font pas avancer sa dramaturgie, les deux scènes coupées s’avèrent néanmoins intéressantes. Elles apportent un éclairage plus intime sur les enjeux familiaux induits par les choix d’Inès pour elle et son fils Adam.
Adam, justement, est au cœur du second bonus proposé avec la vidéo du casting (en deux temps) de son jeune et excellent interprète Samy Belkessa.

Le + Cin’Écrans
Pour pallier à la frustration de l’absence de témoignage en bonus du réalisateur et de ses principaux comédien.ne.s, nous vous invitons à découvrir l’interview de Nicolas Silhol, Louise Bourgoin et Samy Belkessa. Un jeune acteur dont c’était la toute première interview et qui s’avère extrêmement à l’aise et pertinent dans ses propos…

Moi capitaine, conte migratoire puissant et édifiant !

Moi capitaine, conte migratoire puissant et édifiant !

MOI CAPITAINE (Io capitano)

Un film de Matteo Garrone
Scénario Matteo Garrone & Massimo Gaudioso
Avec Seydou Sarr, Moustapha Fall, Issaka Sawadogo
Drame – 2h02 – Italie
Sortie en salles le 3 janvier 2024

L’histoire
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Seydou et Moussa, deux jeunes sénégalais de 16 ans, décident de quitter leur terre natale pour rejoindre l’Europe. Mais sur leur chemin les rêves et les espoirs d’une vie meilleure sont très vite anéantis par les dangers de ce périple. Leur seule arme dans cette odyssée restera leur humanité.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour la puissance du récit de ce drame, mis en scène avec force par Matteo Garonne qui filme au plus près les protagonistes de cette terrible épopée.

Le réalisateur de GOMORRA a choisi de mettre en images une partie du voyage qui n’est habituellement pas montrée, à travers le regard de ses deux principaux personnages. En l’occurrence, ici, le terrible périple débute au cœur du village de Seydou et Moussa, passe par une tragique traversée du désert et la violence sauvage d’une prison libyenne, avant de rejoindre la méditerranée pour une traversée de tous les dangers.

Il y a dans MOI CAPITAINE, une urgence et un souffle de vie impressionnants. On ressort des deux heures de projection hagard et bouleversé, notamment, par le parcours de Seydou et par sa volonté farouche d’atteindre son but, son rêve.

2 / Pour incarner ce personnage de Seydou, Matteo Garrone a effectué un long casting d’acteurs non-professionnels avant de trouver en Seydou Sarr, la personnalité qu’il recherchait.
Le jeune homme qui n’avait jamais rêvé d’une carrière de comédien révèle un incroyable talent. Il incarne avec beaucoup d’intelligence et une certaine candeur un personnage qui passe, le temps d’une effrayante odyssée, de l’enfance à l’âge adulte.

La puissance d’interprétation de Seydou Sarr fait que le spectateur entre immédiatement en empathie avec son personnage, pour ne plus le lâcher, deux heures durant. Puissant !

3 / Si la caméra de Matteo Garrone est entièrement dédiée au propos du film et au parcours de Seydou et Moussa, le réalisateur ose néanmoins quelques envolées oniriques bienvenues, donnant à son film une dimension supplémentaire, celle d’un poignant conte initiatique.

Lauréat d’un très mérité Lion d’argent, prix de la mise en scène, à la Mostra de Venise, MOI CAPITAINE a également depuis été récompensé par deux fois d’un prix du public, au festival du film d’histoire de Pessac et à celui du film de société de Royan. Un festival qui lui a également attribué son prix du Jury professionnel.

Le plongeur et des spectateurs en immersion !

Le plongeur et des spectateurs en immersion !

« Le jeu, ça ne m’a jamais intéressé ! » Henri Picard

LE PLONGEUR

Un film de Francis Leclerc
Scénario d’Éric K. Boulianne & Francis Leclerc d’après le roman homonyme de Stéphane Larue
Avec Henri Richer-Picard, Charles-Aubey Houde, Joan Hart, Maxime de Cotret
Drame – 2h07 – Québec
Sorti en salles le 3 janvier 2024

L’histoire 
Stéphane, 19 ans, rêve de devenir illustrateur. Accro aux jeux d’argent, il s’engouffre dans une spirale infernale. Endetté, sans appartement, fuyant ses amis à qui il doit de l’oseille, il trouve un job de plongeur au restaurant La Trattoria pour s’en sortir.

L’avis Cin’Écrans ****
Très inspiré par le cinéma noir américain des années 70, celui de Martin Scorsese ou Sidney Lumet, Francis Leclerc nous invite avec son 6ème long métrage à suivre au plus près le parcours accidenté de Stéphane au cœur de Montréal.
Librement adapté d’un best-seller canadien de Stéphane Larue, LE PLONGEUR dresse le portrait d’un jeune homme addict aux jeux, « obligé » de mentir pour subvenir à ses besoins et survivre dans le monde, plein de faux semblants, de la nuit et de la restauration.

« J’ai vu à peu près tous les films avec Al Pacino des années 70 pour la préparation du film ! » Francis Leclerc

Ce film tendu, rythmé par sa bande son entre rap, rock et heavy metal, navigue avec aisance entre drame psychologique et polar.
La mise en scène aérienne de Francis Leclerc s’adapte en permanence au rythme des émotions de son principal protagoniste. Après une brillante séquence introductive au ralenti, où les mouvements de caméra se font virtuoses, le rythme s’accélère et épouse celui frénétique des cuisines ou Stéphane fait son apprentissage de la vie au travail.

Pour incarner Stéphane, le réalisateur a fait appel à Henri Picard, acteur de séries canadiennes, qui tient ici son premier grand rôle au cinéma.
Le jeune et charismatique interprète de Stéphane, qui est pratiquement de toutes les scènes du film, impressionne tant il est à l’aise dans toutes les phases du jeu et les nuances de son personnage. Un personnage tour à tour agaçant, attachant et vulnérable, qui passe son temps à mentir mais dont le spectateur perçoit en permanence la vérité de son ressenti et de sa réalité. Belle performance !

Il faut également louer l’excellence de ses partenaires de jeu tels que Charles Aubey-Houde, Maxime de Cotret ou Joan Hart qui composent des personnages complexes, parfois retors pour certains, mais jamais totalement malfaisants.

Agrémenté d’une beau travail sur le son et la lumière et d’une intelligente voix off (celle de Marc-André Grondin) LE PLONGEUR nous invite à partager une expérience très immersive dans le monde de la restauration, à travers le portrait sans concessions d’un jeune homme en quête de sérénité. À découvrir sans faute !

A propos d’Henri Picard

Le jeune acteur qui nous a déclaré avoir récemment découvert (et adoré) MON ROI et POLISSE de Maïwenn est désormais représenté par une agent en France. Henri Picard espère (et c’est tout le bien qu’on lui souhaite) pouvoir travailler prochainement en France.
En attendant, il poursuit sa carrière au Québec avec notamment deux séries dont LAC-NOIR (dans laquelle il incarne un loup-garou).

Le + Cin’Écrans
C’est en août dernier lors du Festival du film francophone d’Angoulême que nous avons eu l’immense plaisir de parler avec Francis Leclerc et Henri Picard de leur travail sur LE PLONGEUR.

INTERVIEWS FRANCIS LECLERC & HENRI PICARD

L’innocence, troublants secrets d’enfances par Hirokazu Kore-Eda

L’innocence, troublants secrets d’enfances par Hirokazu Kore-Eda

L'INNOCENCE (Monster)

Un film de Hirokazu Kore-Eda
Scénario Yûji Sakamoto
Avec Sakura Andô, Eita Nagayama, Soya Kurokawa
Drame – Thriller – 2H06 – Japon
Sortie en salles le 27 décembre 2023

L’histoire
Le comportement du jeune Minato est de plus en plus préoccupant. Sa mère, qui l’élève seule depuis la mort de son époux, décide de confronter l’équipe éducative de l’école de son fils. Tout semble désigner le professeur de Minato comme responsable des problèmes rencontrés par le jeune garçon. Mais au fur et à mesure que l’histoire se déroule à travers les yeux de la mère, du professeur et de l’enfant, la vérité se révèle bien plus complexe et nuancée que ce que chacun avait anticipé au départ…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Après un détour par la Corée pour LES BONNES ÉTOILES, son précédent long-métrage, Hirokazu Kore-Eda est de retour au Japon pour nous offrir ce film remarquablement écrit, sensible et surprenant.
C’est la première fois, depuis son premier long métrage MABOROSI en 1995 que Hirokazu Kore-Eda réalise un film dont il n’a pas écrit le scénario. Alors que le film pouvait prétendre à bien d’autres récompenses, c’est le prix du scénario (un script magnifique et labyrinthique, signé Yûji Sakamoto) que le jury présidé par le réalisateur suédois Ruben Östlund (2 palmes d’or pour THE SQUARE et SANS FILTRE) lui a attribué à Cannes en mai dernier.

L’INNOCENCE
a également valu au cinéaste japonais la Queer Palm 2023. Une récompense plus que méritée mais qui peut paraitre étonnante au premier abord, tant le cœur du film, sa véritable raison d’être (qui lui a valu ce prix) est abordé subtilement mais tardivement dans le film.

Il faut dire que le réalisateur prend son temps et a choisi de nous raconter l’histoire du jeune Minato à travers trois points de vue successifs et trois regards, celui de sa mère, de son enseignant et de l’enfant lui-même. Trois regards qui se croisent, se complètent et se contredisent pour notre plus grand plaisir de spectateur.

2 / L’INNOCENCE est un film profondément délicat, subtil et bouleversant qui nous cueille littéralement. Une œuvre intense, transcendée par une mise en scène intelligente mais sans esbroufe, que l’on ne peut que conseiller aux inconditionnels de RASHÔMON (1952) d’Akira Kurosawa, pour sa forme atypique ou de STAND BY ME (1986) de Rob Reiner, pour son magnifique regard porté sur l’enfance.

3 / Certes, ce n’est pas la raison principale d’aller voir L’INNOCENCE mais on vous conseille néanmoins quand même de vous précipiter en salles. Non seulement, vous y découvrirez le dernier grand film de 2023 et l’un des plus beaux d’Hirokazu Kore-Eda, mais vous y entendrez aussi la magnifique partition écrite par Ryûichi Sakamato pour accompagner les mésaventures du jeune Minato.  

Rappelons que l’on doit à ce génial compositeur disparu en mars dernier quelques somptueuses bandes originales comme celles, entre autres, de FURYO, LE DERNIER EMPEREUR (qui lui vaut l’Oscar de la meilleure musique originale en 1988) ou THE REVENANT. L’INNOCENCE qui est le dernier film dont il ait composé la bande originale lui est évidemment dédié.