Jusqu’à l’aube… ode à la douceur !

Jusqu’à l’aube… ode à la douceur !

JUSQU’À L’AUBE (Yoake no subete)

Un film de Sho Miyake
Scénario de Kiyoto Wada & Sho Miyake
Avec Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi, Ryô, Ken Mitsuishi, Kiyohiko Shibukawa…
Comédie dramatique – 2025 – Japon – 1h59
Sortie en salles le 14 janvier 2026

L’histoire
Misa et Takatoshi ne se connaissent pas encore lorsqu’ils rejoignent une petite entreprise japonaise d’astronomie. En quête d’un nouvel équilibre, ils ont délaissé une carrière toute tracée : elle, en raison d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; lui, à cause de crises de panique aiguës. Peu à peu, ils apprennent à travailler autrement, se rapprochent, s’apprivoisent… et découvrent qu’une présence suffit parfois à éclairer la nuit.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Quatre ans après LA BEAUTÉ DU GESTE, son précédent long-métrage autour d’une boxeuse sourde, Sho Miyake revient avec JUSQU’À L’AUBE, une comédie dramatique qui explore avec beaucoup de sensibilité la fragilité, la détresse psychologique mais aussi la capacité de résilience de ses deux personnages principaux.

Ce nouveau film profondément humaniste et bercé d’une douce mélancolie dresse avec tact le portrait d’êtres humains en proie à la solitude et à la tristesse qui parviennent, non sans mal, à terrasser leurs maux par l’empathie et l’entraide.

Par la douce ironie du regard qu’il porte sur la situation inconfortable, et parfois ubuesque, que traversent Misa et Takatoshi au sein de la société qui les emploie, le cinéaste japonais signe une chronique sensible et contre toute attente pleine d’espoir.

JUSQU’À L’AUBE est une œuvre délicate et contemplative mais jamais ennuyeuse. Un film lumineux, porté par la grâce de ses deux principaux interprètes Hokuto Matsumura et Mone Kamishiraishi, dont le souvenir nous hante durablement.

Autant dire que l’on attend avec impatience le prochain film du cinéaste japonais UN ÉTÉ EN HIVER, lauréat du Léopard d’Or en août dernier au Festival de Locarno, annoncé par son distributeur français Art House Films pour début 2027. Patience…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Film découvert dans le cadre du Festival du film de société de Royan 2025.

Jusqu’ici… Tout va bien

Jusqu’ici… Tout va bien

TOUT VA BIEN

Un film de Thomas Ellis
Scénario de Thomas Ellis
Documentaire – 2025 – France – 1h26
Sortie en salles le 7 janvier 2026

L’histoire
Âgés de 14 à 19 ans, cinq adolescents ont traversé des déserts et des mers, seuls. Arrivés à Marseille, ces filles et garçons portent en eux l’espoir brûlant d’une nouvelle vie. Ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour certains une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Aminata avait 14 ans quand elle a fui la Guinée pour rejoindre Marseille. Khalil a 16 ans, il est algérien et ne parle pas français quand il débarque dans la cité phocéenne mais sa détermination impressionne. Junior est arrivé de Côte d’Ivoire après un long et dangereux périple avec le secret espoir de devenir footballeur professionnel. Arrivés eux aussi de Côte d’Ivoire, Abdoulaye et Tidiane ont respectivement 14 et 16 ans, mais ce dernier doit prouver son âge aux autorités pour rester avec son jeune frère…

Avant toute chose, saluons la volonté première de Thomas Ellis de raconter, avec TOUT VA BIEN, l’immigration autrement, à hauteur d’adolescents.
Le réalisateur suit ainsi cinq jeunes migrants dont les parcours d’intégration se passent bien même si, évidemment, rien n’est simple. Autant dire qu’il va à l’encontre de bien des discours actuels, trop souvent catastrophistes et racistes.

Du voyage sans retour qui a amené ses protagonistes à Marseille, Thomas Ellis ne dit rien, même si un judicieux travail sur le son et des images de caméra subjectives amène le spectateur à ressentir profondément ce voyage intime et violent.

Sans jamais alourdir son propos de commentaires, le cinéaste suit Aminata, Khalil, Junior, Abdoulaye et Tidiane dans leur envie de trouver leur place, de se construire une vie à leur image, seuls sans leurs parents, mais avec l’aide ponctuelle et la bienveillance d’adultes rencontrés au gré de leur parcours.

Le réalisateur capte avec pudeur et sensibilité, mais sans aucun misérabilisme, leurs doutes, leurs peurs mais aussi leurs rêves et leurs joies.
Sa caméra saisit quelques instants rares et puissants de leur quotidien, à l’instar de cette bouleversante séquence de confrontation téléphonique entre Aminata totalement déterminée dans son choix de vie et sa mère qui ne le comprend pas vraiment.
Ce fil ténu qui relie désormais ces adolescents à leurs parents restés dans leurs pays respectif en Afrique est au cœur du film, à travers des échanges téléphoniques et de ce fameux « Tout va bien » qui lui sert de titre.

En filmant ces adultes en devenir, avec respect, un peu comme des « super-héros » du quotidien, Thomas Ellis apporte une salutaire lueur d’espoir pour cette jeunesse venue d’ailleurs, volontaire, courageuse mais malheureusement trop souvent invisibilisée et mise en marge.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Une enfance allemande… en milieu hostile

Une enfance allemande… en milieu hostile

UNE ENFANCE ALLEMANDE, ÎLE D’AMRUM, 1945 (AMRUM)

Un film de Fatih Akin
Scénario de Fatih Akin, Hark Bohm
Avec Jasper Billerbeck, Laura Tonke, Diane Kruger
Drame – 2025 – Allemagne – 1h33
Sortie en salles le 24 décembre 2025

L’histoire
Printemps 1945, sur l’île d’Amrum, au large de l’Allemagne. Dans les derniers jours de la guerre, Nanning, 12 ans, brave une mer dangereuse pour chasser les phoques, pêche de nuit et travaille à la ferme voisine pour aider sa mère à nourrir la famille. Lorsque la paix arrive enfin, de nouveaux conflits surgissent, et Nanning doit apprendre à tracer son propre chemin dans un monde bouleversé.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

UNE ENFANCE ALLEMANDE, ÎLE D’AMRUM, 1945 est inspiré de l’histoire vraie de l’acteur, scénariste et réalisateur allemand Hark Bohm, décédé en novembre dernier à l’âge de 86 ans. Un récit d’apprentissage sur fond de lutte des classes, de résilience et de défiance au régime nazi.  

Le nouveau film du cinéaste allemand Fatih Akin est porté par la prestation subtile de Jasper Billerbeck, son interprète principal. Le jeune comédien s’affirme comme une véritable révélation à travers un rôle riche et complexe.

Fatih Akin, lui, surprend par sa mise en scène plus dépouillée qu’à l’accoutumée, entièrement au service de l’intense propos de son film.

Son 12e long-métrage de fiction ancré au cœur de l’île allemande d’Amrum séduit aussi par la beauté brute de l’estran. Un cadre magnifié par le très beau travail sur la photo et la lumière du chef opérateur Karl Walter Lindenlaub, inspiré, selon le réalisateur, par les enseignements du cinéaste américain Terrence Malick (LA LIGNE ROUGE, LES MOISSONS DU CIEL…)

Filmé à hauteur d’enfant, UNE ENFANCE ALLEMANDE, ÎLE D’AMRUM, 1945 est un film de facture classique qui observe subtilement la perte d’innocence face au déclin d’une idéologie et aide à la compréhension nuancée d’une époque tragique.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Journal intime du Liban- Des-espoir(s)

Journal intime du Liban- Des-espoir(s)

JOURNAL INTIME DU LIBAN (Diaries from Lebanon)

Un film de Myriam El Hajj
Scénario de Myriam El Hajj
Documentaire – 2025 – Liban – 1h50

Sortie en salles le 15 octobre

L’histoire
Maudits sur trois générations ! Dans un pays pris en otage, trois habitants de Beyrouth tentent de survivre : Georges, vétéran hanté par le passé, Joumana, militante candidate à la députation, et Perla Joe, artiste engagée. Un récit intime et brûlant d’un pays en perpétuelle quête de liberté.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Myriam El Hajj nous livre avec ce JOURNAL INTIME DU LIBAN, un éclairage singulier sur les bouleversements que subit son pays, au cœur d’un Moyen-Orient dont l’histoire n’en finit pas de s’écrire, se réécrire …
Ce recueil de témoignages sur une situation en perpétuel mouvement nous éclaire intimement sur le drame vécu par des hommes et des femmes soumis à des enjeux humains, économiques et politiques qui bien souvent les dépassent.

JOURNAL INTIME DU LIBAN est un documentaire intime et politique qui raconte l’indignation de sa réalisatrice et d’une grande partie de la population libanaise. Une société en pleine mutation dont la nouvelle génération, incarnée dans le film par Joumana et Perla Joe, vient questionner et défier l’ancienne, celle de Georges dont le témoignage glace parfois le sang.

Ce film qui couvre les années 2018 à 2021 s’est naturellement et très largement nourri des événements et catastrophes de cette période, entre la révolution de 2019, la pandémie de Covid et l’explosion tragique du port de Beyrouth.
JOURNAL INTIME DU LIBAN est une œuvre parfois austère, mais vivante et utile dont sa réalisatrice dit « Il m’a aidé à survivre dans phase très dure de notre vie libanaise ».  
Fort d’un montage au long-cours sur plus de 3 ans, ce documentaire constitue un témoignage précieux sur cette société libanaise en pleine mutation, tiraillée entre espoir et désespoir.
À ce titre, on retiendra sans aucun doute l’image finale du film où Perla-Joe s’affranchit des injonctions à se taire en interprétant avec rage une chanson très symbolique des combats en cours et à venir…  
« Maudit, celui qui a maudit ma terre ! »

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Panopticon – Il voyage en solitaire…

Panopticon – Il voyage en solitaire…

PANOPTICON (Panoptikoni)

Un film de George Sikharulidze
Scénario de George Sikharulidze
Avec Malkhaz Abuladze, Data Chachua, Salome Gelenidze, Maia Gelovani, Andro Japaridze…
Drame – 2025 – Géorgie – 1h35

Sortie en salles le 24 septembre

L’histoire
Lorsque le père de Sandro décide de devenir moine orthodoxe, l’adolescent introverti se retrouve livré à lui-même. Il se débat au quotidien pour faire coexister son devoir envers Dieu, son besoin d’amour et son idée de la virilité… Mais comment trouver sa place quand on est sans repère dans une Georgie post-soviétique à la fois si turbulente et si pieuse ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***

Avec PANOPTICON, son premier long-métrage, le réalisateur Géorgien George Sikharulidze brosse le portrait ambitieux d’un jeune homme mal dans sa peau et à la personnalité complexe, à la fois puritaine et perverse…
Sandro est tenaillé entre son éducation religieuse, sa tentation d’un nationalisme radical, ses pulsions sexuelles et son devoir de loyauté envers des parents absents.  

Car, on le comprend très vite, Sandro qui vit dans une grande solitude cherche sa voie. Il est en quête de figures adultes pour combler son manque affectif. Une figure que le jeune homme pense trouver à travers Natalia (subtile composition de Ia Sukhitashvili), la mère d’un camarade de foot, qui devient tout à la fois une mère de substitution et l’objet de ses fantasmes.

Ce n’est bien sûr pas un hasard si au détour d’une séquence, le spectateur est invité à revoir quelques images du film de François Truffaut LES 400 COUPS, que Sandro découvre un soir à la télé.
Même s’il a quatre ans de plus qu’Antoine Doinel, le héros de ce classique du cinéma français, le jeune homme partage avec lui un rapport aux femmes compliqué et un même caractère impétueux.

À travers le portrait sans fard de Sandro, remarquablement incarné par Data Chachua, George Sikharulidze dénonce avec aplomb l’oppression exercée par une société géorgienne post-soviétique empreinte de tabous, de violence et de xénophobie…

On lui sait gré d’offrir à son jeune anti-héros, une forme de rédemption au cours de la délicate séquence de fin de son film. Tout n’est peut-être pas perdu…   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans