Kouté vwa – Sur la route du pardon

Kouté vwa – Sur la route du pardon

KOUTÉ VWA

Un film de Maxime Jean-Baptiste
Scénario de Maxime Jean-Baptiste, Audrey Jean-Baptiste
Avec Melrick Diomar, Yannick Cébret, Nicole Diomar
Drame – 2024 – France – 1h17

Sortie en salles le 16 juillet 2025

L’histoire
Melrick a 13 ans. Il passe ses vacances d’été chez sa grand-mère Nicole à Cayenne, en Guyane et apprend à jouer du tambour. Mais sa présence fait soudain resurgir le spectre de son oncle, ancien tambouyé tué dans des conditions tragiques. Confronté au deuil qui hante toute la communauté, Melrick cherche sa propre voie vers le pardon.

Présenté au Festival de Locarno 2024, Kouté vwa y a reçu la mention spéciale Cineasti del presente (Cinéastes du présent) et le Prix spécial du jury Ciné+.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Premier long-métrage de Maxime Jean-Baptiste, coécrit avec sa sœur Audrey, KOUTE VWA (Écoute les voix en créole guyanais) s’avère étonnant de bout en bout.

Le film débute en effet, à la manière d’un documentaire, sur des images d’archives et des témoignages liés au meurtre, en 2012, de Lucas Diomar, le petit cousin du réalisateur.
Mais très rapidement, on comprend que ce dernier a fait le choix de la fiction pour nous raconter ce drame qui l’a touché personnellement.

Ce long-métrage en forme de récit intime, le réalisateur le déroule à travers le parcours du jeune Melrick et de son apprentissage de la musique (belles séquences de groupe).
Un parcours qui passe évidemment aussi et surtout par des échanges pleins de tendresse et de sagesse sans naïveté aucune) avec sa grand-mère Nicole et de ses retrouvailles avec Yannick, un ami de Lucas, présent lors de la disparition de ce dernier, 12 ans plus tôt.

En mettant ainsi en scène les véritables proches du disparu, le cinéaste brouille les frontières du doc et de la fiction, tout en explorant l’âme humaine et le ressenti de chacun, sur fond de quotidien au cœur de la Guyane d’aujourd’hui.

À travers quelques scènes intenses, comme celle de la voiture avec cette puissante confrontation de points de vue entre la grand-mère et son petit-fils (Nicole et Melrick Diomar, remarquables de naturel et de sincérité), KOUTE VWA se révèle être un bouleversant récit de transmission et de pardon.
Maxime Jean-Baptiste signe un film modeste mais intense qui nous touche en plein cœur.   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Loveable – En(quête) de soi

Loveable – En(quête) de soi

LOVEABLE (Elskling)

Un film de Lilja Ingolfsdottir
Scénario de Lilja Ingolfsdottir
Avec Helga Guren, Oddgeir Thune, Marte Magnusdotter Solem
Drame – 2024 – Norvège – 1h41

Sortie en salles le 18 juin 2025

L’histoire
Maria et Sigmund se croisent de fête en fête avant de se rendre à l’évidence : ils sont faits l’un pour l’autre ! Une passion fusionnelle et quelques années plus tard, Maria jongle désormais entre une vie domestique avec quatre enfants et une carrière exigeante. Sigmund, lui, voyage de plus en plus pour son travail mais un soir, il annonce qu’il veut divorcer…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Ce premier long-métrage de la scénariste-réalisatrice norvégienne Lilja Ingolfsdottir est surprenant de bout en bout. LOVEABLE qui débute de manière volontairement appuyée comme un conte de fée moderne, plonge très vite, grâce à un beau sens de l’ellipse, dans les affres et la violente réalité de la crise conjugale.

C’est cette puissante matière psychologique que Lilja Ingolfsdottir sonde une heure quarante durant, à travers le récit de la naissance d’une passion amoureuse jusqu’à la séparation et ses conséquences.

Le film interroge judicieusement et sans aucun manichéisme la question de l’assignation des rôles dévolus (par qui, pour qui ?) aux hommes et aux femmes.
Cet équilibre dans la description d’une réalité post-amoureuse, parfois sordide, participe grandement à la réussite du film, même si le personnage principal du film reste sans aucun doute celui de Maria.

Ainsi dans la seconde partie du film, la réalisatrice fait le choix de se focaliser essentiellement sur cette dernière. Elle ausculte au plus près le vécu et le ressenti de cette femme débordée par une charge mentale trop forte et pour qui l’estime de soi est loin d’être une évidence.
Conséquence, Maria a un mal fou à se confronter à l’absence de l’autre, cet homme avec qui ils se sont aimés follement jusqu’à la rupture…

Cette femme blessée est incarnée avec puissance et sobriété par Helga Guren.
La composition pleine de nuances de la comédienne norvégienne atteint par moments des sommets, comme lors de cette séquence intense de confrontation avec sa mère. Un moment de vie cruel mais tellement explicite sur la complexité de la nature humaine, sur l’idée de reproduction du modèle familial et sur les soubresauts, parfois fatals, que réservent la vie amoureuse.   

LOVEABLE n’est pas sans rappeler, par instants, le cinéma de Woody Allen, Ingmar Bergman, John Cassavetes ou bien encore celui de son compatriote Joachim Trier. Excusez du peu !

Vous l’aurez compris, il n’y a aucun doute là-dessus, malgré des influences peut-être parfois un peu trop visibles, LOVEABLE marque la naissance d’une cinéaste avec qui il va désormais falloir compter !    

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Se souvenir des tournesols – Partir un jour…

Se souvenir des tournesols – Partir un jour…

SE SOUVENIR DES TOURNESOLS

Un film de Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hildago
Documentaire – 2024 – France – 1h27

Sortie en salles le 14 mai 2025

L’histoire
Partir ou rester ? C’est le dilemme d’Anaïs, 17 ans, profondément attachée à son Gers natal dans le Sud-Ouest de la France et à ses amis de la fanfare. Son bac en poche, elle devra quitter sa famille et la vie à la campagne. Au fil de ce dernier été, Anaïs prend conscience de ce qu’elle aime et doit laisser derrière elle : la musique, les fêtes de village, la beauté des champs de tournesols… Mais comment avoir un avenir en pleine « diagonale du vide » ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Quelques semaines après la sortie en salles d’UN PINCEMENT AU CŒUR et CE N’EST QU’UN AU REVOIR de Guillaume Brac qui posaient la question de savoir si les amitiés de lycée pouvaient durer toute la vie, c’est au tour de ce documentaire de Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hildago d’aborder, entre autres, cette même thématique.

Une question qui englobe évidemment celle, tout aussi vaste, de l’identité culturelle et celle de la séparation temporaire ou définitive avec le cadre de vie de son enfance au cœur, ici, de ce que certains décrivent comme la « diagonale du vide ».

Ces interrogations, nous les vivons à travers le portrait d’habitants d’un monde rural à qui on donne peu la parole et qui font face à leur destin en choisissant de partir ou de rester.
Ainsi, Thierry, l’emblématique chef de troupe de « La Chicuelina », la banda locale (fanfare ambulatoire), est un homme désormais loin de son adolescence, mais qui en a gardé toute la fougue et le plaisir du partage, de la transmission, même s’il voit filer ses musicien.ne.s au gré des saisons.  

On comprend rapidement que si la jeunesse montrée dans SE SOUVENIR DES TOURNESOLS déserte en masse son Gers natal, ce n’est pas toujours par plaisir mais par nécessité, à l’image de la très touchante et charismatique Anaïs que ses études appellent ailleurs.

Et c’est là tout le paradoxe que donne à ressentir ce film lumineux dont une partie du récit s’ancre dans de longues et belle séquences musicales qui nous entrainent au cœur d’une banda joyeuse et multi générationnelle, véritable ciment des relations intergénérationnelles de Nogaro.

S’ils ne font pas abstraction des difficultés rencontrées par certains habitants du village, Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hildago ont opté pour un propos radicalement lumineux, tourné vers l’espoir, même s’il n’interdit pas une certaine mélancolie…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Familia – Oppressante tragédie

Familia – Oppressante tragédie

FAMILIA

Un film de Francesco Costabile
Scénario de Vittorio Moroni, Francesco Costabile, Adriano Chiarelli
Avec Francesco Gheghi, Barbara Ronchi, Francesco Di Leva, Marco Cicalese…
Drame – 2024 – Italie – 2H04

Sortie en salles le 23 avril 2025

L’histoire
Rome, début des années 2000. Licia élève seule ses fils Luigi et Alessandro, suite à une mesure d’éloignement de Franco, leur père dont la violence a marqué leur enfance. Gigi grandit en trouvant refuge auprès d’un groupe néofasciste et reproduit peu à peu le schéma paternel. Après dix ans d’absence, Franco réapparaît, bien décidé à retrouver sa place au sein de ce qu’il considère comme son foyer.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Inspiré du livre Non sarà sempre così (Il n’en sera pas toujours ainsi) de Luigi Celeste qui raconte sa propre vie, FAMILIA est le récit poignant d’une tragédie familiale.

Avec ce deuxième long-métrage réalisé 3 ans après UNA FEMMINA (inédit en France), Francesca Costabile traite sans aucun manichéisme des questions de l’emprise et des violences conjugales.
Le réalisateur a fait le choix d’une mise en scène sèche et nerveuse, adaptée à la situation d’enfermement de ses personnages, provoquant un sentiment de claustrophobie chez le spectateur qui assiste impuissant au drame qui se met inéluctablement en place.

Piégée dans un cycle infernal de violence, la mère (formidablement incarnée par Barbara Ronchi) cherche, quels qu’en soient le prix et les conséquences, à protéger ses deux enfants.

Le film met parfaitement en avant les puissants mécanismes de l’emprise qui empêchent bien trop souvent leurs victimes de s’en sortir, tant les institutions semblent impuissantes à les protéger. La séquence de la descente de police dans l’appartement familial est à ce titre terriblement éloquente et angoissante.

C’est contre cette emprise et cette violence familiale que Luigi, le plus jeune des deux frères, en proie à ses propres démons, va lutter jusqu’à ce que l’inéluctable arrive.
Il est incarné avec force par Francesco Gheghi, qui a reçu pour sa composition dans le film, le très mérité Prix Orizzonti du meilleur acteur lors de la Mostra de Venise 2024.
Le jeune acteur italien est au cœur de certaines scènes parmi les plus puissantes du film lorsque Luigi s’oppose frontalement à son père démoniaque, magistralement interprété par Francesco Di Leva.

Vous l’aurez sans doute compris, Francesco Costabile signe avec FAMILIA un grand film noir, glaçant à souhait, un implacable et puissant thriller psychologique dont les protagonistes n’ont pas fini de nous hanter.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Simón de la montaña, un film et un héros hors-normes…

Simón de la montaña, un film et un héros hors-normes…

SIMÓN DE LA MONTAÑA

Un film de Federico Luis
Scénario de Federico Luis et Agustin Toscano
Avec Lorenzo Ferro, Kiara Supini, Pehuén Pedie
Drame – 2024 – Argentine – 1h38

Sortie en salles le 23 avril 2025

L’histoire
Simón a 21 ans et vit en Argentine. Depuis peu, il fréquente une nouvelle bande d’amis inattendue. Auprès d’eux, pour la première fois, il a le sentiment d’être lui-même. Mais son entourage s’inquiète et ne le reconnaît plus. Et si Simón voulait devenir quelqu’un d’autre ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Présenté en compétition au cours de La Semaine de la Critique au Festival de Cannes l’an passé, SIMÓN DE LA MONTAÑA y a reçu le très convoité Grand Prix de cette sélection.

Avec ce premier long-métrage, Federico Luis qui a passé une grande partie de son enfance dans les hôpitaux ne souhaitait pas spécialement parler de handicap ou de différence mais d’«hyperception», en explorant une part plus sombre et manipulatrice que peuvent avoir, comme tout individu, certaines personnes handicapées.    

SIMÓN DE LA MONTAÑA est un film étonnant, voire déstabilisant pour les spectateurs auxquels le cinéaste argentin ne donne volontairement pas toutes les clés de compréhension.
On en veut pour preuve l’étonnante séquence d’ouverture du film où l’on découvre au cœur des paysages arides de la cordillère des Andes, un groupe d’adolescents et de jeunes adultes handicapés qui paraissent abandonnés à leur propre sort.

Passée cette mystérieuse introduction, la caméra du cinéaste ne va plus lâcher d’une semelle ses jeunes protagonistes et coller au plus près des corps et des visages de certains d’entre eux, à commencer par celui de Simón.
En refusant d’expliquer les intentions profondes du jeune homme, qui semble néanmoins vouloir échapper à sa mère et à sa classe sociale, Federico Luis instaure un malaise insidieux qui sert parfaitement son film.

Contre toute attente, la personnalité complexe et le regard buté de Simón, son « héros » finit par hanter nos souvenirs, sans doute en grande partie, grâce à la performance marquante de son interprète Lorenzo Ferro.

Certes, SIMÓN DE LA MONTAÑA n’est pas une œuvre aimable, ni très accueillante mais l’austérité, voire la radicalité de sa forme et de son propos lui confèrent une place à part dans le flot des sorties ciné hebdomadaires. À découvrir donc !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans