Les vieux – La vie n’est pas un long fleuve tranquille

Les vieux – La vie n’est pas un long fleuve tranquille

LES VIEUX

Un film de Claus Drexel
Collaboration à l’écriture Samir Bouadi
Documentaire – 2024 – France – 1h36

Sortie en salles le 24 avril 2024

L’histoire
Ils sont de toutes origines et ont vécu près d’un siècle. Ils ont traversé les bouleversements de l’histoire. Ils sont drôles, émouvants, rebelles. Ils nous surprennent et nous émerveillent. Pourtant, on entend rarement leur voix. Ce film est une invitation au voyage, à travers la France, à leur rencontre : les Vieux.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ LES VIEUX est le quatrième documentaire de Claus Drexel qui a également signé deux fictions pour le cinéma ( AFFAIRE DE FAMILLE en 2008 et SOUS LES ÉTOILES DE PARIS en 2020).

Avec  ce nouveau et remarquable documentaire, le cinéaste d’origine allemande continue de donner la parole à des populations trop souvent invisibilisées : des sans abris dans AU BORD DU MONDE en 2014, des laissés pour compte du rêve américain dans AMERICA (2018) ou des prostituées du bois de Boulogne dans AU CŒUR DU BOIS EN 2021.

2 / LES VIEUX prolonge magnifiquement une œuvre utile et profondément humaniste autour de la parole.
Une parole que le réalisateur ne brusque jamais et laquelle il offre une écoute attentive, la sienne dans un premier temps, puis la nôtre, désormais.

Soulignons à quel point il est bon de laisser du temps au temps et de ce point de vue, le film de Claus Drexel respire magnifiquement même si, malheureusement, certains de ses protagonistes ont, eux, le souffle plus court.

Ces « vieux » que le réalisateur met ici à l’honneur sont tous nés avant le début de la seconde guerre mondiale. Ils et elles témoignent donc de ce qu’était le monde avant 1939 et de ce qu’il est devenu.
Un homme martèle « il faut vivre il faut vivre, il faut vivre », tandis qu’une femme, magnifique centenaire, s’interroge avec une pointe d’humour sur la façon de mourir de manière utile pour les chercheurs « Ils me prendront ce qu’ils voudront, sans aucun regret. C’est une bonne chose, ce serait presque un devoir ! »
Sans oublier cette ancienne universitaire qui déclare avec fougue « j’ai gardé la même intensité face à la vie, Je vais mourir en hurlant ! » …

Impossible de revenir sur l’ensemble des témoignages mais à travers la très grand variété des personnalités retenues (le réalisateur n’a gardé, au final, qu’un tiers des témoignages recueillis) LES VIEUX provoque forcément un effet miroir chez le spectateur. Le sentiment provoqué par certains propos peut être déroutant mais il à l’immense mérite de nous forcer à nous interroger judicieusement sur nos certitudes, notre rapport à la vie, à la vieillesse et à la mort.  

3 / Saluons enfin le dispositif proposé par le cinéaste qui alterne les témoignage en plan large et fixe avec des séquences (fixes, elles aussi) de paysages liés à l’environnement rural ou urbain. Des instants qui figent le temps et créent de véritables moments de respiration poétiques pour le spectateur.

Quant à la musique originale du film, signée Valentin Hadjadi (troisième collaboration entre le compositeur et Claus Drexel), elle contribue, elle aussi pleinement et discrètement à la belle réussite de ce projet atypique.

Si elles n’ont rien d’un fleuve tranquille, les vies de ces « Vieux » méritaient bien un film. Leurs paroles se révèlent parfois drôles, souvent touchantes, voire bouleversantes.
Vous l’aurez compris LES VIEUX de Claus Drexel fait partie de ces films que l’on vous incite à découvrir sans tarder…

 

Yurt, un envoutant récit d’apprentissage !

Yurt, un envoutant récit d’apprentissage !

YURT (Le pensionnat)

Un film de Nehir Tuna
Scénario de Nehir Tuna
Avec Doğa Karakaş, Can Bartu Aslan, Ozan Çelik
Drame – 1h56 – Turquie

Sortie en salles le 3 avril 2024

L’histoire
Turquie, 1996. Ahmet, 14 ans, est dévasté lorsque sa famille l’envoie dans un pensionnat religieux (Yurt). Pour son père récemment converti, c’est un chemin vers la rédemption et la pureté. Pour lui, c’est un cauchemar. Le jour, il fréquente une école privée laïque et nationaliste ; le soir, il retrouve son dortoir surpeuplé, les longues heures d’études coraniques et les brimades. Mais grâce à son amitié avec un autre pensionnaire, Ahmet défie les règles strictes de ce système, qui ne vise qu’à embrigader la jeunesse.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec son premier long-métrage, Nehir Tuna nous livre un impressionnant portrait d’adolescent en révolte et un envoutant récit d’apprentissage, en grande partie autobiographique.

A travers le quotidien tourmenté d’Ahmet tiraillé entre sa famille, son envie de liberté et l’endoctrinement religieux à l’œuvre dans son pensionnat, le réalisateur turc réussit sans manichéisme à dépeindre le malaise adolescent, notamment lorsque la frontière entre amour et amitié n’est pas clairement définie.  

Précisons que Nehir Tuna ancre son histoire dans le contexte d’une époque, pas si lointaine que ça (une trentaine d’années) lorsque l’opposition entre l’éducation laïque et religieuse était beaucoup plus marquée qu’aujourd’hui où le pouvoir religieux a gagné (et une forme d’endoctrinement aussi…).

2 / YURT est un premier long métrage qui impressionne par la puissance de son récit mais aussi et peut-être surtout par la maitrise formelle de sa mise en scène.

La composition des plans est éblouissante et avec la complicité de son excellent directeur de la photographie, le français Florent Herry, Nehir Tuna ose même un changement de cap radical aux 2/3 du film.
À la faveur d’une fugue d’Ahmet avec un autre pensionnaire de l’institution religieuse, le film passe avec subtilité d’un somptueux noir et blanc à la couleur. Une séquence, bouleversante, de délivrance et de révélation pour ses deux jeunes protagonistes dont l’audace de la mise en image n’est pas sans rappeler une séquence très marquante du film de Xavier Dolan, MOMMY.

Autant dire qu’il nous tarde de découvrir la suite de la carrière très prometteuse de Nehir Tuna. Ce premier film a d’ailleurs valu à son réalisateur un très mérité Prix de la mise en scène décerné par le jury d’Agnès Jaoui lors de la dernière édition du Festival International de Saint-Jean-de-Luz. YURT s’est également vu remettre lors du même festival le Prix SFCC de la critique.

3 / YURT ne se contente pas d’être un véritable choc esthétique, il est aussi l’occasion de découvrir Doğa Karakaş, un jeune comédien remarquable qui porte le film sur ses épaules, en lui apportant à la fois la fougue et la détermination de sa jeunesse mais aussi une forme de fragilité très touchante.

Pas de vagues – François Civil, prof sous haute tension

Pas de vagues – François Civil, prof sous haute tension

PAS DE VAGUES

Un film de Teddy Lussi-Modeste
Scénario de Teddy Lussi-Modeste & Audrey Diwan
Avec François Civil, Shaïn Boumedine, Bakary Kebe, Toscane Duquesne, Luna Ho Poumey, Marianna Ehoumann Mallory Wanecque, Emma Boumali, Agnès Hurstel…
Drame – 1h32 – France

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire
Julien est professeur au collège. Jeune et volontaire, il essaie de créer du lien avec sa classe en prenant sous son aile quelques élèves, dont la timide Leslie.
Ce traitement de faveur est mal perçu par certains camarades qui prêtent au professeur d’autres intentions. Julien est accusé de harcèlement.
La rumeur se propage. Le professeur et son élève se retrouvent pris chacun dans un engrenage.
Mais devant un collège qui risque de s’embraser, un seul mot d’ordre : pas de vagues…

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec PAS DE VAGUES, son troisième long-métrage après JIMMY RIVIÈRE et LE PRIX DU SUCCÈS, Teddy Lussi-Modeste signe, sans aucun doute son film le plus personnel. Une histoire inspirée par des faits subis par le cinéaste lorsqu’il exerçait comme enseignant au sein d’un collège.

Sobrement mais efficacement mis en scène, PAS DE VAGUES est un film sous tension permanente qui doit beaucoup à la finesse de son scénario et au jeu subtil de son interprète principal François Civil.

2 / Le monde de l’enseignement a souvent été au cœur de nombreux documentaires ou fictions au fil du temps. Rien que pour ces derniers mois on peut citer, entre autres, UN MÉTIER SÉRIEUX de Thomas Lilti, BIS REPETITA d’Émilie Noblet ou bien encore LA SALLE DES PROFS d’Ilker Çatak, sans compter AMAL, UN ESPRIT LIBRE de Jawad Rhalib annoncé pour le 17 avril.

Avec PAS DE VAGUES, Teddy Lussi-Modeste et sa coscénariste Audrey Diwan* ont fait le choix judicieux de mettre en scène le terrible engrenage dans lequel est pris Julien, professeur idéaliste qui veut changer la vie de ses élèves, mais aussi celui dans lequel se trouve entraînée l’élève qui a dénoncé son professeur. Une adolescente qui n’est jamais présentée comme une menteuse mais comme une jeune fille qui dit son sentiment, sa vérité et qui ne sait plus comment faire machine arrière lorsqu’elle prend conscience des conséquences terribles de ses accusations …

PAS DE VAGUES nous plonge au cœur d’un engrenage implacable et terrifiant, celui de la rumeur, dans lequel chacun peut se projeter sans peine grâce à un scénario très affuté.

3/ Pour incarner Julien, professeur dans la tourmente, Teddy Lussi-Modeste a fait le choix d’un acteur lumineux et charismatique que l’on n’avait pas encore vu dans ce registre. Le pari est parfaitement réussi, tant François Civil fait preuve d’une remarquable justesse.
On attend avec impatience de le voir en octobre prochain dans L’AMOUR OUF de Gilles Lellouche dont il partage le haut de l’affiche avec Adèle Exarchopoulos et la jeune Mallory Wanecque révélée par LES PIRES et interprète d’Océane dans PAS DE VAGUES.

*Audrey Diwan, réalisatrice, entre autres, de L’ÉVÉNEMENT collabore régulièrement à l’écriture de scénarios avec d’autres cinéastes. Elle a reçu en février dernier, avec sa coscénariste et réalisatrice Valérie Donzelli, le César du meilleur scénario adapté pour L’AMOUR ET LES FORÊTS, adaptation du roman éponyme de Éric Reinhardt.

Réjouissant Jour de merde…

Réjouissant Jour de merde…

JOUR DE MERDE

Un film de Kevin T.Landry
Scénario de Kevin T.Landry
Avec Eve Ringuette, Réal Bossé, Valérie Blais, Isabelle Giroux, Louka Amadeo Bélanger-Leos…
Comédie – Thriller – 1h31 – Québec

Sortie en salles le 27 mars 2024

L’histoire
Accumulant les abus d’un ex-copain pervers narcissique et d’une supérieure condescendante, une jeune mère monoparentale travaillant pour Loto-Gold est envoyée au fin fond de nulle part pour interviewer un étrange ermite.
L’intransigeant nouveau millionnaire sera celui qui la poussera finalement à bout de manière spectaculaire

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec des films récents comme NOÉMIE DIT OUI de Geneviève Albert, BUNGALOW de Lawrence Côté-Collins, LE PLONGEUR de Francis Leclerc ou bien encore VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT d’Ariane Louis-Seize, le cinéma Québécois prouve qu’il faut désormais à nouveau compter sur lui, à travers le regard acéré et souvent décalé de ses cinéastes.

Pour preuve de cette belle vitalité retrouvée, nous vous conseillons chaleureusement de vous aventurer à la découverte de ce JOUR DE MERDE.

Lauréat du Prix Gilles Carles aux Rendez-vous Québec Cinéma 2023, JOUR DE MERDE est le premier long-métrage de Kevin T.Landry, scénariste, réalisateur et monteur qui a signé auparavant plus d’une vingtaine de courts-métrages.

JOUR DE MERDE est un film réjouissant, à la croisée des genres entre comédie absurde, humour noir (très noir) et thriller. Un univers dont on peut aisément imaginer qu’il s’est nourri de films comme FARGO des Frères Coen, LES HUIT SALOPARDS de Quentin Tarantino ou MISERY de Rob Reiner.

2 / Outre son scénario qui aborde de manière originale des thématiques fortes autour de la solitude et de la position de la femme dans notre société, il convient de saluer la belle direction artistique du film.
On soulignera notamment un beau travail sur la photographie, le son, le montage (assuré par le réalisateur lui-même) sans oublier un générique original ainsi qu’une belle et parcimonieuse bande originale signée par le compositeur français Eloi Ragot.

Saluons également le choix de Kevin T.Landry d’avoir choisi pour illustrer le début de son histoire, « Cerveau ramolli », un titre de 2012 interprété par la chanteuse canadienne Lisa Leblanc qui donne parfaitement le ton de ce JOUR DE MERDE !

3 / JOUR DE MERDE est porté par l’excellente prestation de son interprète principale, l’actrice innue, Eve Ringuette.
Méconnue en France, la comédienne incarne avec conviction Maude, jeune mère qui à force d’injonctions en tous sens, familiales et professionnelles, ploie, mais sans jamais craquer totalement afin de protéger son fils…

Inconnus également chez nous, les autres interprètes du film (et en particulier Réal Bossé qui incarne le fameux gagnant, psychopathe, du Loto-Gold) apportent au film toute sa singularité.

Vampire humaniste… – Bon sang ne saurait mentir !

Vampire humaniste… – Bon sang ne saurait mentir !

VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT

Un film d’Ariane Louis-Seize
Scénario d’Ariane Louis-Seize, Christine Doyon
Avec Sara Montpetit, Félix-Antoine Bénard, Steve Laplante, Sophie Cadieux, Noémie O’Farrell, Marie Brassard…
Comédie-Epouvante-Horreur – 1h32 – Québec
Sortie en salles le 20 mars 2024

L’histoire
Sasha est une jeune vampire avec un grave problème : elle est trop humaniste pour mordre ! Lorsque ses parents, exaspérés, décident de lui couper les vivres, sa survie est menacée. Heureusement pour elle, Sasha fait la rencontre de Paul, un adolescent solitaire aux comportements suicidaires qui consent à lui offrir sa vie. Ce qui devait être un échange de bons procédés se transforme alors en épopée nocturne durant laquelle les deux nouveaux amis chercheront à réaliser les dernières volontés de Paul avant le lever du soleil.

3 bonnes raisons de voir ce film

1 / Après avoir réalisé de nombreux courts métrages, la réalisatrice québécoise Ariane Louis-Seize passe au long avec ce film étonnant à plus d’un titre. Celui à rallonge tout d’abord qui sert d’accroche idéale et intrigante pour s’intéresser de plus près à un long métrage que nous n’attendions pas spécialement.

« C’est pas vrai que c’est moi qui vais chasser pour tout le monde, pendant 200 ans » Georgette, la mère de Sasha

Promesse d’une comédie noire, le résultat final s’avère franchement convaincant et plus riche que soupçonné.
On rit franchement de quelques punch line bien senties et devant le spectacle de cette famille de vampires qui se déchire sur la marche à suivre pour convaincre Sasha de passer à l’acte, tout en se débattant avec des problèmes très quotidiens, presque comme « monsieur et madame Tout-le-monde ».

Mais on est aussi surpris et touché par la sincérité et le désarroi de la jeune fille, face aux injonctions familiales. Le ton de ce film d’apprentissage oscille pour notre plus grand plaisir entre la comédie teenage horrifique et le drame psychologique à travers le parcours d’adolescents désabusés en pleine quête identitaire. Il s’en dégage une très plaisante et surprenante touche de mélancolie.

« Moi, j’aime pas la vie. Ça me ferait plaisir de la donner pour une bonne cause. » Paul

2 / Outre un scénario plutôt malin et original, il convient de saluer la cohérence de la direction artistique du film qui joue à merveille des décors, des couleurs et de la lumière (beau travail du chef op Shawn Pavlin) pour imprimer au film une ambiance séduisante et très singulière.

A noter que VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT a reçu en septembre dernier le Prix de la mise en scène dans la section Venice Days (l’équivalent de la Quinzaine des cinéastes cannoise) de la Mostra de Venise 2023.

3 / Mais évidemment, toutes ces qualités avaient besoin d’interprètes au diapason pour que le pari du film soit pleinement tenu. Là encore, la réalisatrice a fait preuve de talent pour composer sa réjouissante famille de vampires (qui n’est pas sans évoquer la célèbre Famille Addams) avec notamment la jeune Sara Montpetit dont on avait déjà repéré le talent naissant dans FALCON LAKE, de Charlotte Le Bon.
L’actrice excelle dans ce personnage de jeune fille âgée de… 68 ans !

Il serait injuste de ne pas citer également Félix-Antoine Bénard, le jeune acteur qui incarne avec talent Paul, le fameux suicidaire consentant qui, lui, à l’âge de ses artères…