Ennio… Tout pour la musique !

Ennio… Tout pour la musique !

ENNIO

Documentaire – 2021 – 2h36 (blu ray) 2H30 (DVD) – Italie
Réalisation : Giuseppe Tornatore
Scénario : Giuseppe Tornatore
Distribution : Ennio Morricone, Clint Eastwood, Terrence Malick, Quentin Tarantino, Bernardo Bertolucci, Giuliano Montaldo, Marco Bellocchio, Dario Argento, Barry Levinson, Wong Kar-Wai…

Sorti en salles le 6 juillet 2022

Disponible en Blu ray, DVD & VOD – Le Pacte

BLU RAY
Image :
 16/9 – 2.39 :1
Audio : Italien, DTS HD Master audio 5.1
Sous-titre : Français

DVD
Image :
  16/9 – 2.39 :1
Audio : Italien, Dolby Audio DD 5.1 et 2.0
Sous-titre : Français

Le pitch
À l’âge de 8 ans, Ennio Morricone rêve de devenir médecin. Mais son père décide qu’il sera trompettiste, comme lui. Du conservatoire de musique à l’Oscar du meilleur compositeur, l’itinéraire d’un des plus grands musiciens du 20ème siècle.

L'ombre d'un mensonge Michelle Fairley Bouli Lanners

L’avis Cin’Ecrans
Avec ENNIO, Giuseppe Tornatore signe un formidable documentaire autour de la création musicale et un passionnant portrait du musicien de génie qu’était le discret Ennio Morricone. Un homme sévère et intransigeant avec lui-même à qui le réalisateur de CINEMA PARADISO a souvent fait appel pour ses films. Loin de s’appesantir sur cette fructueuse collaboration, Giuseppe Tornatore profite de leur connivence pour obtenir une parole rare et sincère du compositeur. Une belle interview très richement illustrée d’images d’archives, de films, de concerts et de témoignages recueillis auprès de nombreux autres cinéastes ou collaborateurs qui ont croisé le chemin professionnel du compositeur. Des artistes comme le cinéaste Bernardo Bertolucci ou le compositeur Nicola Piovani nous éclairent ainsi sur le génie singulier et très instinctif du maestro.

L’occasion pour le spectateur de percer un peu le mystère de cet artiste hors-normes, à travers de nombreuses informations et anecdotes. Un homme qui n’affichait que peu de goût pour la mélodie, lui qui a si souvent été salué pour ce même talent !

Et surtout, je vous mets au défi de ne pas être pris par une envie irrépressible de voir ou revoir tous ces films que la musique d’Ennio Morricone transcende toujours…

La puissance évocatrice de quelques notes a le pouvoir de vous plonger immédiatement dans des abîmes de nostalgie cinéphile. Rares sont les compositeurs qui ont ce pouvoir. Et même si des musiciens comme Nino Rota, François de Roubaix, John Williams, ou bien encore Vladimir Cosma, pour ne citer qu’eux, ont habillé de leur talent mélodique de nombreux films, la richesse et la variété de sa production font d’Ennio Morricone, le maitre incontesté. El Maestro !

Bonus
Entretien avec Giuseppe Tornatore (31’23”, vost)
Making of (6’38”, vost)
Scène coupée (2’01, vost)
Bande originale du film : 15 pistes audio

Pour être tout à fait honnête, le seul documentaire de plus de 2H30 se suffit amplement à lui-même. Mais il n’est pas interdit de jeter une oreille attentive à l’interview de Giuseppe Tornatore qui se confie à un journaliste italien, sur sa relation et sa collaboration de près de 30 ans avec le compositeur qui nous a quitté en 2020. Si l’entretien s’avère intéressant, il est cependant un peu dommage qu’il soit proposé de manière brute, sans aucune image d’illustration. On y apprend néanmoins pas mal de choses sur ce musicien si prolifique et qui adorait l’expérimentation plus que tout, au point qu’il est aujourd’hui absolument impossible de rassembler toutes ses œuvres dont plus de 500 bandes originales…

Le court making of est en réalité l’envers du décor d’une seule mais emblématique séquence du film qui permet de mieux comprendre la complicité qui lie le réalisateur et le compositeur.

La scène coupée en revanche s’adresse plus aux musiciens affranchis aux propos spécialisés. Le spectateur lambda, lui, bénéficiera en revanche de la BO du documentaire proposée en bonus audio de 15 titres.

La (très) grande évasion… En rire, de peur d’être obligé d’en pleurer !  

La (très) grande évasion… En rire, de peur d’être obligé d’en pleurer !  

« On ne s’interdit rien ! On fait un film de cinéma, on n’a pas de pression économique » Yannick Kergoat

10 ans tout juste après avoir pointé du doigt et de sa caméra les dérives et les perversions d’une presse qui n’a plus d’indépendante que le nom dans LES NOUVEAUX CHIENS DE GARDE (coréalisé avec Gilles Balbastre), Yannick Kergoat récidive dans un cinéma militant et dénonciateur.

Cette fois, c’est aux vicieux mécanismes de la (très) grande évasion fiscale que le réalisateur s’intéresse.
Avec la complicité du producteur Bertrand Faivre et du journaliste d’investigation Denis Robert (coauteur notamment du livre Révélation$ sur l’affaire Clearstream), Yannick Kergoat nous livre une incroyable démonstration des démarches suivies par certains « grands » de ce monde  pour réussir leur évasion fiscale.
Le réalisateur y dénonce évidemment tous ces mécanismes et toutes ces magouilles imaginées par les « puissants », à travers de nombreux témoignages et images d’archives.  Yannick Kergoat procède avec rigueur mais aussi beaucoup de recul et un humour nécessaire afin que le spectateur ne baisse pas les bras et se révolte encore devant tant de cynisme assumé.

« Démontrer, en les remontrant, à quel point les acteurs de ce drame de l’évasion fiscale sont de mauvais génies » Yannick Kergoat, à propos des archives.

Le capitalisme est-il devenu incontrôlable ? De révélations en scandales successifs, l’évasion fiscale est devenue un marronnier médiatique et l’objet d’un concours de déclarations vertueuses pour les politiques. Alors que les multinationales et les plus riches ont de moins en moins de scrupules et de plus en plus de moyens à leur disposition pour échapper à l’impôt, pour nous, simple citoyen, les politiques d’austérité s’intensifient et les inégalités explosent. On voudrait nous faire croire que les mécanismes de l’évasion fiscale sont incompréhensibles et qu’elle est impossible à endiguer… Il ne nous reste alors que nos bulletins de vote, notre déclinant pouvoir d’achat et nos yeux pour pleurer. À moins que l’on puisse en rire malgré tout.

« On y croit encore, on croit que ça peut changer un peu les choses… » Yannick Kergoat

C’est au Festival du film de SarlatLA (TRÈS) GRANDE ÉVASION était projeté en avant-première que Yannick Kergoat est revenu pour Cin’Ecrans sur ce film pensé et écrit pour le cinéma.
Le résultat est édifiant… et actuellement en salles !

INTERVIEW YANNICK KERGOAT

Little Palestine « Ressens la douleur et pleure avec les autres autant que tu peux »…

Little Palestine « Ressens la douleur et pleure avec les autres autant que tu peux »…

LITTLE PALESTINE, JOURNAL D'UN SIÈGE

LITTLE PALESTINE (Little Palestine – Diary of a Siege)
Un film écrit et réalisé par Abdallah Al-Khatib

Documentaire – 2021 – 1h29 – Liban, France, Qatar
Sorti en salles le 12 janvier 2022

Disponible en VOD & DVD chez Blaq Out
Langue: Dolby audio – DD Arabe 2.0. Sous titres français. Image: 16/9

Le pitch
Entre 2013 et 2015, suite à la révolution syrienne, le régime de Bachar Al-Assad assiège le quartier de Yarmouk (banlieue de Damas en Syrie), plus grand camp de réfugiés palestiniens au monde. Yarmouk se retrouve alors isolé. Abdallah Al-Khatib le réalisateur témoigne des privations quotidiennes, tout en rendant hommage au courage des enfants et des habitants du quartier.

L’avis Cin’Ecrans
« En état de siège, marcher est un acte de survie »
Si quelques reportages et documentaires ont pu alerter, à l’époque, sur la terrible situation vécue par les réfugiés de Yarmouk, LITTLE PALESTINE, JOURNAL D’UN SIÈGE, possède une force unique. Cette puissance est due, en grande partie, au fait que tout est filmé, raconté « de l’intérieur ».
Abdallah Al-Khatib et ses amis ont décidé de documenter cette guerre de l’usure portée à des habitants souvent désorientés mais combattifs. Des hommes et des femmes qui ne veulent pas perdre leur dignité, malgré le sentiment d’humiliation permanente qu’ils subissent. L’apprenti réalisateur prend pour la première fois de sa vie une caméra, début 2011, pour décrire la vie au jour le jour de Yarmouk. Un quotidien qui se détériore, au début, de manière quasi imperceptible, avant de sombrer dans une sorte de chaos et de famine généralisée, orchestrée par le régime de Bachar al-Assad.

Le film souvent très oppressant se révèle poignant quand il donne la parole aux enfants comme Tasmin qui cueille des mauvaises herbes pour nourrir sa famille et qui n’a jamais eu de rêve, autre que de nourriture, mais qui déclare néanmoins « J’adore la vie, mais pas ici ».

On est bouleversé aussi par la propre mère du cinéaste qui s’est improvisée infirmière durant le siège pour venir en aide aux plus démunis et notamment aux personnes âgées.  

On retiendra également quelques images très fortes comme celle de cet homme qui reconstruit pierre par pierre un appartement au milieu d’un champ de ruines ou celles de ce chœur d’hommes réunis autour d’un piano et d’une chanson pour un moment plein d’émotions et de douleur.

Le réalisateur donne une force encore plus grande à son récit par son choix de laisser la place aux images, aux sons et aux visages quand les mots semblent vains.

Lorsque le film, dédié aux 181 victimes de Yarmouk mortes de la faim, se termine, c’est un immense sentiment d’injustice et d’impuissance qui nous prend à la gorge.
Même si la situation et le contexte ne sont évidemment pas les mêmes, impossible de ne pas faire le lien avec la guerre qui se déroule aujourd’hui en Ukraine. Des images et des témoignages comme celui de Abdallah Al-Khatib sont plus qu’indispensables pour ne jamais oublier et tenter d’éviter que de tels drames ne se reproduisent à l’infini…

Bonus DVD
« Siège – quatre histoires de Yarmouk » est un programme de 4 courts métrages réalisés à l’occasion d’un atelier collaboratif organisé par Bidayyat pendant le siège.  Des films de qualité inégales mais qui ont le puissant mérite d’exister et de témoigner aux aussi, à leur façon de cette tragique situation de Yarmouk.

Pourquoi ce film choc va changer votre regard…

Pourquoi ce film choc va changer votre regard…

SAIS-TU POURQUOI JE SAUTE ?

Titre original : The Reason I Jump
Un film réalisé par Jerry Rothwell

Documentaire – 2020 – 1h22- Etats-Unis/Grande-Bretagne
Sorti en salles le 6 avril 2022

Disponible en Blu ray et DVD chez L’Atelier d’Images
Langue : Anglais – Sous-titres : Français.  Image : 2.35 – Son : 5.1

Le pitch
Quand il écrit à l’âge de 13 ans ” Sais-tu pourquoi je saute ? “, Naoki Higashida, un adolescent atteint d’autisme non-verbal ne sait pas qu’il va provoquer une véritable révolution pour la compréhension de cette maladie et devenir le porte-parole de tous ceux qui, comme lui, sont incompris. Pour la première fois, le monde découvre que l’esprit enfermé dans un corps d’autiste est en fait aussi curieux, subtil et complexe que celui de n’importe qui.

L’avis Cin’Ecrans
Si la forme de ce passionnant documentaire déstabilise quelques courts instants, on se laisse rapidement emporter par la puissance des mots de Naoki Higashida, qui servent de fil conducteur aux récits de vies de cinq jeunes autistes vivant aux quatre coins du globe. Des jeunes gens qui s’expriment tous à leur manière et souvent de façon poétique ou artistique, comme Amrit, jeune indienne devenue peintre et qui expose ses remarquables toiles dans son pays.

En confrontant le texte du jeune Naoki Higashida, lu en voix off, aux comportements très différents et parfois déstabilisant de ces cinq protagonistes, le documentariste permet au spectateur de pénétrer l’univers mental des autistes et de mieux appréhender des réalités qu’il ne fait, bien souvent, que soupçonner.
Saluons l’impressionnant travail réalisé à la fois sur le montage, l’image et la bande sonore du film qui lui donne une intense force d’immersion.   

Bonus DVD
Le très rapide entretien de 2 minutes avec Jerry Rothwell consiste en une simple mais utile note d’intention du réalisateur par rapport au livre de Naoki Higashida.

Le second supplément est plus conséquent puisqu’il s’agit de la captation intégrale (58 minutes), au Festival Atmosphères, d’une rencontre entre le public, le distributeur du film, Daoud Tatou et une modératrice parfois très insistante (notamment sur la question de la toute puissance des lobby pharmaceutiques) au point de détourner notre attention sur l’intérêt de la parole des deux invités.
Ancien éducateur et fondateur du Relais Île de France avec Stéphane Benhamou, Daoud Tatou est aussi connu pour avoir inspiré le scénario du film HORS NORMES d’Olivier Nakache et Eric Toledano, consacré à l’accueil des autistes en France.
Lors de cet échange, Daoud Tatou revient notamment sur certaines idées reçues à propos de l’autisme et évoque bien sûr son travail aux côtés des enfants avec quelques anecdotes bienvenues.
Ce bonus s’avère passionnant et très complémentaire du film, même s’il est pauvrement filmé (un plan fixe de 58 minutes sur fond rouge, un peu fatigant pour les yeux !)

A propos
Le film a été récompensé dans 6 festivals dont celui de Sundance. Quant au livre de Naoki Higashida à l’origine du film, il a été traduit dans plus de 30 langues.

En salle – En nous – Retour vers le futur

En salle – En nous – Retour vers le futur

- EN NOUS -

EN NOUS de Régis Sauder
Documentaire – 2021 – 1H39 – France
Sortie en salles le 23 mars 2022

Il y a dix ans, Emmanuelle, professeure de français d’un lycée des quartiers Nord de Marseille, participait à un film avec ses élèves. A partir de l’étude de La Princesse de Clèves, Abou, Morgane, Laura, Cadiatou et les autres énonçaient leurs rêves, leurs désirs et leurs peurs. Tous se retrouvent aujourd’hui, les souvenirs se mélangent aux récits de leur vie et des obstacles à surmonter. Que reste-t-il de leurs espoirs de liberté, d’égalité et de fraternité ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pour le portrait juste et sans concessions de ces jeunes gens que brosse le réalisateur dix ans après les avoir filmés une première fois, à l’âge de tous les possibles.
Par l’intelligence d’une mise en scène forte et assumée, mais  toute au service de ses protagonistes et de leurs propos, Régis Sauder accorde sa juste place à leur parole, leurs réflexions de jeunes adultes sur la place qu’ils occupent aujourd’hui et à leur constat sur ce temps passé…

Des questionnements nombreux et passionnants sont posés tout au long du film sur le rapport à l’éducation,  la mise en péril de l’école et du service public au fil des ans et plus troublant peut-être, l’importance accordée au regard des autres pour avancer dans la vie au moment de l’adolescence (avec une cruelle absence de modèle pour bon nombre d’entre eux/elles).
Le film les accompagne à nouveau sur un moment charnière de leur existence, où chacun.e doit finalement concrétiser un projet de vie et l’assumer en tant qu’adulte responsable.

2/ Nul besoin d’avoir vu NOUS, PRINCESSES DE CLEVES pour pleinement apprécier le propos d’EN NOUS. Les personnages sont suffisamment forts, différent et attachants pour qu’instantanément, on ait envie d’en savoir plus et de les retrouver encore et encore, tels des ami.es que la distance géographique aurait éloigné…

3/ Avec EN NOUS, Régis Sauder offre à notre regard et notre esprit le portrait de jeunes gens, véritables héros de leur quotidien, qui se battent pour exister et donner un sens à la vie de leurs proches (très belle séquence sur l’amitié forte qui existe entre Aurore et Sarah, malgré la distance qui les sépare au quotidien).
On en ressort avec la conviction qu’il y a de bonnes raisons de croire en l’avenir de notre société, pourtant tellement malmenée. Ces jeunes adultes construisent leur avenir et le nôtre avec une lucidité et une intelligence qui force le respect. Il serait grand temps que leur parole soit plus souvent mise en avant et relayée. Ce n’est pas le moindre mérite de ce film, en forme d’hymne à la jeunesse, qui montre le chemin avec beaucoup de bienveillance.