Sœurs jumelles 2022, “de la fantaisie à Gogo” mais c’est déjà fini !  Souvenirs, souvenirs…

Sœurs jumelles 2022, “de la fantaisie à Gogo” mais c’est déjà fini !  Souvenirs, souvenirs…

C’est un festival un peu particulier et très intense auquel j’ai eu le plaisir de participer cette année.

En effet, si j’ai assisté en tant que représentant de Cin’Ecrans à quelques uns des très nombreux événements de cette seconde édition de Sœurs Jumelles, j’ai également eu le plaisir de me voir confier par le festival, quelques interviews et l’animation d’un certain nombre de rencontres qui ont suivi les projections à L’Apollo Ciné 8.
Voici donc, sans ordre particulier, quelques souvenirs de ces 4 jours passés non loin de chez moi à Rochefort…

L’enthousiasme et la curiosité des spectateurs à l’issue de la projection de VLADIMIR COSMA, SUR UN AIR DÉCONCERTANT et le plaisir de Mathieu Busson, son réalisateur, à répondre aux nombreuses questions autour du film et du génial musicien.

Le bonheur de voir la grande salle de l’Apollo quasi-complète et bruissant de vie et de l’impatience d’une très grande partie des 400 spectateurs (dont près de 300 enfants) pour (re)découvrir sur grand écran LE CHANT DE LA MER de Tomm Moore.
L’amusement, la surprise et la générosité de Bruno Coulais et Nolwenn Leroy devant les questions parfois déstabilisantes des enfants. Et surtout l’émotion non feinte de la chanteuse lorsqu’elle interprète, à capella et aux côtés de son compositeur, la chanson titre du film face à un public enthousiaste. Très heureuse de présenter à nouveau ce film qui lui tient tant à cœur, Nolwenn s’est prêtée avec beaucoup d’enthousiasme à une longue et improvisée séance de dédicaces dans le hall du cinéma, à l’issue de la projection.

Bonheur également de partager la toute dernière séance de cette édition avec une salle de près de 80 personnes ravies de venir (re)voir LES AVENTURES DE RABBI JACOB sur grand écran. Pour l’anecdote, seuls 6 spectateurs/spectatrices le découvraient pour la première fois.

La joie des gagnants au quiz généreusement proposé par Pascal Alex Vincent, à l’issue de la projection de son superbe doc SATASHI KON, L’ILLUSIONNISTE

La décontraction amusée d’Alex Beaupain lors de la présentation au cinéma du documentaire JE N’AIME QUE TOI, à moins de deux heures d’un spectacle qu’il n’était pas certain du tout de pouvoir donner, pour cause de météo plus que capricieuse. Et la manière facétieuse avec laquelle il a mis en avant sa complice violoncelliste (et coréalisatrice du doc) Valentine Duteil, bien plus traqueuse et angoissée que lui.

Le plaisir de recueillir pour le festival, les remerciements et les témoignages chaleureux d’un public curieux et souvent cinéphile face aux propositions ciné de cette seconde édition.

Ces spectateurs venus revoir lors d’une seconde projection les 5 premiers épisodes de REUSSS, excellente série produite pour France TV Slash. Ils sont revenus, cette fois-ci accompagnés d’amis, 3 jours après la première présentation qui avait lieu en présence de la productrice de la série Elisabeth Arnac et de son compositeur, Proof.

L’attention de Soprano et ses amis, absents pour cause de tournée et qui ont enregistré un court message à destination des spectateurs venus assister à la projection du 1er épisode de SOPRANO, A LA VIE, A LA MORT  (Disney+).

Le plaisir de partager la bonne tenue de ces projections avec Didier, l’infatigable, sérieux et très sympathique animateur de l’association Rochefort sur toiles. Sans oublier, la curiosité et l’enthousiasme contagieux de Pascale, notre bénévole cinéphile tellement prête à remettre ça l’an prochain…Un grand merci évidemment pour l’accueil dans leur cinéma à Sonia, Patrick et Bruno.

Immense plaisir aussi de partager quelques instants sur ce festival avec des gens que je croise trop rarement, Myriam Hacène, Gautier Roos, Mehdi Omaïs, Dominique Besnehard, Philippe Bourin, Marjorie & Fabien (Hedonia radio)

En marge de ces projections/rencontres, je suis ravi d’avoir pu, grâce à Marilyne, 3 interviews pour Sœurs Jumelles, celles de Judith Henry, metteuse en scène du formidable spectacle d’ouverture, celle de Martin Delemazure, tout récent directeur de l’agence de compositeurs Grande ourse et de Sasha White, directrice du département musique de Mediawan.

Et puis, même si la frustration est grande de n’avoir pu assister à plus de rencontres ou de débats (tant le programme était riche), je retiendrai la prestation de l’excellente Jeanne Cherhal venue partager avec le public et Thierry Frémeaux, sa passion pour la musique de film, dans le cadre  feutré du Théâtre de la Coupe d’or.
Ce fut aussi un immense plaisir de revoir IAM sur la grande scène du festival et de découvrir P2RB (photo ci dessous) dont la prestation en première partie du groupe marseillais m’a donné l’envie immédiate d’aller la revoir très, très vite sur scène. Je suis certain d’être face à une véritable révélation dont on va beaucoup parler ces prochaines années.

Que dire de la soirée de vendredi et du spectacle d’Alex Beaupain et ses joyeux invités réunis autour du cinéma de Gainsbourg ?
Pas grand-chose, si ce n’est que même les trombes d’eau n’auront pas réussi à doucher mon enthousiasme, face à ce spectacle inspiré et en très grande partie inédit. En effet, Alex et ses invité(e)s avaient déjà créé un précédent spectacle autour du répertoire du grand Serge lors d’une mémorable soirée, à laquelle j’avais eu le bonheur d’assister en janvier dernier à la Maison de Radio France.

Et puis, il y a Stephan Eicher...  Un an après un mémorable concert aux Francofolies de la Rochelle, le chanteur suisse et européen dans l’âme (Putain, putain…, merci pour l’hommage à Arno !) clôturait samedi soir cette très belle seconde édition de Sœurs Jumelles.
Et même si la météo décidément capricieuse de ce mois de juin a empêché Stephan de nous offrir le programme initialement envisagé, il nous a régalé avec la complicité de musiciens inspirés, d’un spectacle chaleureux, drôle et émouvant à bord de son radeau des inutiles, ancré dans le cadre très aéré du Clos Lapérouse.
Magnifique moment, hors du temps…

MERCI !

Je veux donc remercier, ici, très chaleureusement (je me prépare pour les César, au cas où…) :

Marilyne pour sa confiance ainsi que sa fidèle et sympathique complice Peggy 😊

Toutes les équipes techniques et artistiques du festival, ses bénévoles et ses attachés de presse, Myriam et Olivier (les fameux BCG) que j’ai eu un immense plaisir à revoir

Pascale et Didier, mes chaleureux complices de l’Apollo Ciné 8.

Tristan, même si je ne l’ai croisé que trop brièvement (parce que de l’avis général, souriant en toutes circonstances, Tristan est vraiment le top des stagiaires !)

Marion pour ses relais sur les réseaux sociaux.

Elisabeth Arnac & Proof, Bruno Coulais & Nolwenn Leroy, Pascal-Alex Vincent, Alex Beaupain & Valentine Duteil, Mathieu Busson, ces invités du festival que j’ai eu le plaisir et l’honneur de présenter au public de l’Apollo Ciné 8 pour des rencontres d’après projection.

Sans oublier évidemment les initiateurs de ce très bel événement Delphine Paul, Eric Debegue et bien sûr Julie Gayet, dont l’énergie et le fol enthousiasme (tellement communicatif jusque sur le très joyeux Karaoké de samedi) me bluffent littéralement !

Bravo, encore merci et j’espère à l’année prochaine pour la 3ème édition de Sœurs Jumelles.

Interview –  Julie Gayet et ses Sœurs jumelles

Interview – Julie Gayet et ses Sœurs jumelles

« L’année prochaine … On ouvre à l’international, j’y crois beaucoup ! » Julie Gayet

Echanger avec Julie Gayet est toujours un réel plaisir.
L’enthousiasme naturel de l’actrice-productrice est tel qu’aucun pari ne lui semble impossible. Il n’est qu’à imaginer la force de conviction qu’elle a dû déployer avec les cofondateurs de Sœurs Jumelles (Delphine Paul, Eric Debegue et Hélène Girault) pour convaincre des partenaires du bien-fondé de la création d’un nouveau festival dans un pays qui en compte déjà un nombre très conséquent.

Si en 2020, le Covid a eu raison de la naissance de Sœurs Jumelles, la pugnacité de son équipe a permis au festival de se tenir l’an passé, dans une version allégée par rapport à son ambition de départ, mais pleine de promesses et de beaux moments.

Ce très encourageant galop d’essai a permis d’asseoir la légitimité de cet événement unique, consacré à la rencontre entre l’image et la musique. Sujet vaste s’il en est car l’image ce n’est évidemment pas que le cinéma, c’est aussi la télé, la pub, le clip, le jeu vidéo…

Nul doute que Sœurs Jumelles va trouver, cette année, sa véritable vitesse de croisière avec ses échanges professionnels mais aussi son ouverture au grand public, à travers une programmation riche et variée de rencontres, de projections et de spectacles inédits, avec entre autres Iam, Stephan Eicher et Alex Beaupain (voir l’article de présentation de cette édition 2022)

C’est à l’occasion de la conférence de presse de présentation de l’événement que j’ai eu le plaisir de retrouver Julie Gayet pour un entretien tranquille au cours duquel elle revient sur l’expérience de l’an dernier avant de nous présenter les enjeux et le programme de cette nouvelle et prometteuse édition.

Le festival Sœurs Jumelles 2022 se déroulera à Rochefort (17) du 22 au 25 juin prochain …

INTERVIEW JULIE GAYET

Sœurs jumelles 2022 – Sur un air de musique « ré mi fa sol sol sol ré do »…

Sœurs jumelles 2022 – Sur un air de musique « ré mi fa sol sol sol ré do »…

La seconde édition de Sœurs Jumelles s’annonce riche, variée, après son beau galop d’essai en 2021 au milieu des contraintes sanitaires.
Ce Festival dont la vocation est de réunir tous les acteurs de la musique et de l’image se tiendra du 22 au 25 juin prochain en présence de très nombreux invités…

C’est au cœur du restaurant Vivre(s) de Grégory Coutanceau à Rochefort que s’est tenue la présentation de ce festival 2022, par Julie Gayet, Delphine Paul et Eric Debègue.
Des membres fondateurs pour qui « Sœurs Jumelles, c’est la volonté de faire découvrir toutes les facettes de ces métiers au grand public grâce une programmation éclectique, exigeante mais populaire ».

Pour cette seconde édition, la première ouverte au public, les initiateurs du projet ont vu les choses en grand avec bien sûr des rencontres professionnelles mais aussi de très nombreux événements festifs ouverts à toutes et tous avec pour point d’orgue quatre grandes soirées qui auront lieu sur La grande scène, face à la Corderie royale.
Ces soirées accessibles au public sur billetterie seront toutes composées de plusieurs spectacles inédits avec des mises en images rendues possibles grâce au judicieux partenariat mis en place avec L’INA et sa géniale plateforme de streaming Madelen. On se souvient ainsi de ce partenariat avec deux très belles soirées, l’an passé, à l’occasion de l’hommage à Jacques Demy et Michel Legrand en ouverture du festival et du spectacle musical d’Alex Beaupain et Stéphane Foenkinos « Musicaa » 5photo ci dessous)

LES SOIRÉES

Mercredi 22 juin – 20H30  – Cérémonie d’ouverture et « L’une chante l’autre pas »…

La Cérémonie d’ouverture sera suivie du spectacle « L’une chante, l’autre pas », imaginé par Rosalie Varda et mis en scène par Judith Henry.
Un spectacle hommage à Agnès Varda et Joanna Bruzdowicz, sa compositrice fétiche, présente l’an passé sur le festival et malheureusement disparue en novembre dernier. Il réunira entre autres, les chanteuses PR2B, Barbara Pravi, Marie Oppert, Neïma Naouri et la violoniste Anne Gravoin.

Un ciné-concert du film PEOPLE ON SUNDAY réalisé par Robert Siodmak et scénarisé par Billy Wilder sera proposé en fin de soirée avec un live de Dominique Dumont et d’une chanteuse.

Jeudi 23 juin – 21 H – Spectacle inédit du groupe IAM …

La chanteuse R2B et la rappeuse SALLY ouvriront la soirée pour nous présenter leurs albums et univers respectifs.

IAM avec un spectacle inédit créé spécialement pour et avec le festival qui fusionnera les titres du Warrior Tour avec des images d’archives qui retracent l’histoire du groupe marseillais, l’un des plus mythiques du rap français.

DJ set de musique électro d’Arnaud Rebotini, compositeur de la BO de 120 BATTEMENTS PAR MINUTE.

DOMBRANCE clôturera la soirée avec une grande fresque musicale autour de la Ve République.

Vendredi 24 juin – 21 H – Le cinéma de Serge Gainsbourg  par Alex Beaupain…

Après avoir enchanté le festival l’an passé avec un premier spectacle musical inédit, Musicaa, au théâtre de la Coupe d’Or, le prolifique et talentueux Alex Beaupain investit  cette année la grande scène avec une nouvelle œuvre inédite autour du cinéma de Serge Gainsbourg.
Un spectacle en images et musique qu’il nous offrira avec la complicité de Françoise Fabian, Clotilde Hesme, La Grande Sophie, Clou et Dominique Besnehard. Un joyeuse troupe qui l’accompagnait déjà en mars dernier sur France Inter dans un premier spectacle dédié au répertoire 80’s du grand Serge.

La soirée se poursuivra, entre autres, avec la musicienne, compositrice et chef d’orchestre Uéle Lamore puis avec JB Dunkel (moitié du groupe Air) qui viendra livrer « Aux sources de l’électro », prestation live improvisée sur synthétiseur analogique.

Samedi 25 juin – 21H30 – Le cinéma invisible par Stephan Eicher…

A bord de son Radeau des Inutiles, Stephan Eicher ouvrira la soirée par un concert avant de nous proposer « Le cinéma invisible », une création inédite basée sur des scénarios de films, écrits par de grands noms de la littérature dans laquelle le chanteur suisse mettra en musique deux textes lus par des comédiens, accompagnés en live par des automates et un duo de bruiteurs.

EGALEMENT AU PROGRAMME

LES DEBATS

De nombreuses tables rondes seront organisées pour les professionnel.le.s de la musique et de l’image mais aussi pour les étudiant.e.s accrédité.e.s (dans la limite des places disponibles) autour de thèmes aussi divers que : « Comment être éco responsable dans nos industries ? », « La place de la musique dans la formation des créateurs d’images », « L’enjeu des metavers pour les créateurs », «  La prévention des violences sexistes et sexuelles », « Quand les œuvres digitales bouleversent la création sonore »…

LES CONVERSATIONS ARTISTIQUES

Agrémentées de live musicaux, d’interludes dansés et d’extraits vidéos, ces conversations sont dédiées au grand public afin qu’il puisse découvrir l’envers du décor de la création…
Elles se dérouleront au Théâtre de la Coupe d’Or qui accueillera à cette occasion les créateur.trice.s d’images et les compositeur.trice.s issu.e.s des différents domaines (pub, jeu vidéo, série, VR, cinéma, musique) qui raconteront sur scène leur démarche artistique et partageront leurs expériences.

Seront présents pour ces conversations artistiques :
Benjamin Biolay et Philippe Almosnino, Audrey Ismaël, Julie Roué et Anne-Sophie Versnaeyen, Emilie Simon, Charlotte Abramow et Suzane, les danseurs Nicolas Huchard et Sofiane Chalal, François Desagnat et Alexandre Azaria, Michèle Laroque, Jeanne Cherhal et Thierry Frémaux, Koki Nakano, Vladimir Cosma, JB Dunckel et Olivier Babinet, Pierre-Marie Dru et Erwan Kerzanet, Katia Boutin, Vincent Frèrebeau, Alex Jaffray.

LES PROJECTIONS

Chaque jour 2 ou 3 projections gratuites seront proposées aux festivaliers à l’Apollo Ciné 8, en présence de réalisateurs ou compositeurs qui viendront en fin de séance raconter le travail qu’ils ont effectué entre l’image et la musique.

Parmi ces projections, notons l’avant-première de la série REUSS 2022, de Mohamed Chabane et Théo Jourdain, les documentaires JE N’AIME QUE TOI de Valentine Duteil et Karine Morales sur Alex Beaupain et VLADIMIR COSMA SUR UN AIR DÉCONCERTANT de Mathieu Busson, les films LE CHANT DE LA MER de Tom Moore en présence de Nolwenn Leroy,  LES AVENTURES DE RABBI JACOB de Gérard Oury avec la musique de Vladimir Cosma, un cycle “Musique et cinéma libanais” en collaboration avec l’association Rochefort sur toile et Sœurs Jumelles n’existerait sans doute pas sans l’incontournable LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT.
Le film culte de Jacques Demy mis en musique par Michel Legrand sera par ailleurs célébré lors d’une séance spéciale en version karaoké, accompagnée par de jeunes chanteurs de comédies musicales, sur La petite scène.
Ce nouvel espace situé au cœur du Village Sœurs Jumelles, sur le vieux port, sera ouvert au public. Il accueillera également chaque jour de jeunes talents de la musique à l’image : compositeurs, DJ, VJ …
On pourra ainsi y découvrir en live tous les jours de 19H à 20H des artistes émergents de Sony Music tels que Requin Chagrin, Vendredi sur mer, Johnny Jane, Dani Terreur

Difficile de vous détailler ici même la totalité de cette très riche édition du festival qui continue de s’écrire au jour le jour.
Cin’Ecrans vous conseille donc de consulter régulièrement le site officiel de sœurs Jumelles sur lequel vous pourrez notamment retrouver de nombreux compléments d’infos et qui vous redirigera vers la billetterie ou les demandes d’accréditation.

Et rendez-vous ici même, d’ici quelques heures, avec Julie Gayet qui nous présentera une partie de cette belle et très prometteuse programmation…

INTERVIEW JULIE GAYET – SOEURS JUMELLES 2022

“Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise” Interview Vincent Delerm

“Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise” Interview Vincent Delerm

- Interview Vincent Delerm- Je ne sais pas si c'est tout le monde

Vincent Delerm était, il y a quelques jours, à Rochefort au festival Soeurs Jumelles pour une projection de JE NE SAIS PAS SI C’EST TOUT LE MONDE, son premier film coproduit par l’un des membres fondateurs du festival… Julie Gayet. 

Une occasion idéale pour revenir, entre autres, avec l’auteur, compositeur, interprète, photographe et désormais réalisateur sur cette première expérience ciné et sa sortie atypique en salles.

Gadjo Dilo - Romain Duris & Rona Hartner

Ce festival célèbre la rencontre entre la musique et l’image. Une association parfaite pour l’homme et l’artiste que tu es…
C’est vrai que je me suis fabriqué comme ça, même sur les premières chansons que je faisais à l’époque où je bossais sur Truffaut.
Il y a eu notamment la grande année où j’ai fait ma maîtrise, enfin la grande année pour moi hein ! (rire) où je passais VIVEMENT DIMANCHE en boucle. Au bout d’un moment je ne mettais plus le son et je faisais de la musique par-dessus, comme si je réalisais la BO de ses films.

D’une façon générale j’ai toujours été hyper touché par le fait d’essayer de faire des musiques pour accompagner des films et aussi par leurs compositeurs. Je mettais ça dans ma cuisine et j’avais l’impression que chaque geste devenait important, plus encore même avec des compositeurs assez lyriques comme Georges Delerue et François de Roubaix, des gens comme ça, qui avaient un truc qui te donne l’impression que tout est très intense.
Et puis évidemment, vu comment je fais de la chanson, c’est à dire en mettant beaucoup de références au cinéma, j’ai fait, assez vite, des concerts en mélangeant visuels et chansons.  Donc c’est sûr que ça a toujours beaucoup compté pour moi.

Et comment as-tu imaginé JE NE SAIS PAS SI C’EST TOUT LE MONDE, un film très personnel et qui apparait comme très cohérent avec le reste de ton travail sur l’intime et le rapport aux autres…
Ce film, je l’ai aussi un peu construit comme un concert, c’est à dire en alternant des séquences de 4-5 minutes, très différentes les unes des autres. Pendant le montage du film avec le monteur, on avait mis de côté plein de séquences tournées, plein de trucs, mais on n’a pas fait semblant de se dire qu’on connaissait l’ordre que ça allait prendre.

A chaque fois on avançait dans le film en se demandant “de quoi a-t-on envie maintenant ?” C’est la même chose quand tu fais des concerts, tu les construis de cette façon, même si les gens peuvent parfois penser qu’il y a un truc très pensé en amont.
C’est d’autant plus vrai quand tu as envie de faire passer des trucs un peu perso ou avec une tournure d’esprit un peu particulière, il faut que ce soit confortable pour les gens. C’était vraiment le cas ici, parce que, même si c’est un film court de moins d’une heure, je pense que même pour des gens qui m’aiment bien, à priori, il y a un premier quart d’heure – vingt minutes où tu ne sais pas trop où ça va, ce que tu dois en penser. Et puis, au bout d’un moment tu finis par lâcher, idéalement en tout cas, tu te dis “bon, ah oui, je vois je vois où ça va” et puis surtout tu t’arrêtes de réfléchir (rire).

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Tu prends plaisir comme spectateur ou comme metteur en scène de tes chansons, de tes spectacles, à déstabiliser les gens, à les mettre dans une forme d’inconfort ?
C’est une idée que je n’aime pas vraiment dans l’absolu. Je n’ai pas de plaisir à mettre les gens mal à l’aise par contre, je sais que pour installer ton tempo, tu dois en passer par un truc un peu radical. Je sais qu’il faut un peu de temps pour installer une atmosphère parce que tout le monde arrive chargé de sa vie, de sa journée et de la manière dont les images nous sont présentées en général et dans la manière dont la musique nous est donnée à entendre, notamment dans les concerts de chansons. C’est pour ça que j’aime bien faire des concerts, très peu des émissions où je ne chante qu’une chanson parce que je sais que je ne peux pas installer ce dont j’ai envie sur un temps aussi court.  Donc, je n’ai pas de plaisir à ça, mais par contre je sais que c’est souvent un peu nécessaire de passer par cette petite étape là.

Le film a une vie très atypique, je trouve que son parcours lui ressemble. Il est sorti très différemment d’un film classique. il a été montré parallèlement à ta dernière tournée et tu as ainsi pu l’accompagner… C’est une décision qui était consciente dès sa conception ou ce choix s’est imposé une fois le film terminé?
Toutes les choses que je fais en dehors de la chanson je les fais vraiment très sérieusement, enfin je n’en fais pas 150000 non plus ! Je fais de la photo et puis j’ai fait ce film mais j’aimerais bien en faire au moins un autre ou deux autres mais, par contre, je considère ça vraiment comme un truc en plus et je prends vraiment ce qu’on me donne.
Du coup, d’être dans cette position-là me permet d’exiger des choses très radicales. Par exemple, si je fais un bouquin de photos j’aime bien qu’il ne soit vendu que dans un seul endroit parce que je sais qu’au moins les gens sont sûrs de le trouver là.
Pour le film on a eu un peu la même démarche à Paris. Je me suis vraiment battu pour que les projections aient lieu dans une seule salle.
Quand je fais un concert à Paris je ne suis pas à La Cigale et à L’Elysée Montmartre en même temps. Et donc, j’avais un peu ce fantasme que le film soit présenté dans une salle parisienne où ce serait un peu sold-out, et pour que ce soit plein il fallait qu’il passe à un seul endroit, une fois par semaine. J’ai adoré que ce soit comme ça, j’allais au Cinéma des Cinéastes tous les dimanches matin et il y avait des rencontres à chaque fois.
Effectivement tu as raison, le film a eu cette vie un peu étrange mais qui me convenait parce que j’ai bien aimé qu’à aucun moment quelqu’un vienne me dire “on a fait tant d’entrées”, ça c’est sûr !

Evidemment c’est important de savoir si tu vends des disques, si ce que tu fais marche, mais, honnêtement, moi je ne connais vraiment pas mes scores de ventes de disques et dans le cinéma ça me faisait un peu peur. Ce côté où on sait dès le mercredi si ça marche ou si on s’est planté, je voulais vraiment éviter ça, à tout prix.
C’est un peu par orgueil aussi car je n’avais pas envie qu’on me dise “ton film s’est planté !” Avec un film comme celui-ci, je pense que si on alignait le nombre d’entrées, ce ne serait pas du tout incroyable mais, par contre, son existence de cette manière-là a fait qu’il est resté longtemps et qu’on m’en a parlé souvent. Il a vraiment existé. C’est un peu la même chose, parfois, pour les albums. Ce n’est pas forcément le score de ventes qui compte, mais plutôt le parcours et la manière dont les gens l’ont rencontré et se le sont approprié.

Justement as-tu une idée du public que le film a rencontré ? Ce sont principalement des fans de Vincent Delerm, le chanteur ou bien as-tu accroché un autre public, plus cinéphile peut-être ?
C’est un mélange des deux finalement ! C’est un débat qu’on a eu d’ailleurs avec certains cinémas parce qu’ils disaient “mais nous on connaît notre public” et moi je savais que les gens qui me suivent sont un peu habitués justement à cette tournure d’esprit. Le mélange d’un truc plutôt imaginé pour faire rigoler et puis juste après d’essayer de mettre une tarte plutôt pour émouvoir… Et ça, c’est vraiment ce que je préfère faire dans tous les domaines mais oui, quand on faisait la tournée des cinémas en province qui accompagnait effectivement ma tournée de concerts, il y avait des salles avec une tradition d’abonnés, de gens qui viennent découvrir des films un peu différents. J’ai parfois croisé des gens qui me disaient ” pour moi ce n’est pas un vrai film”. Mais c’est vrai que c’est un cinéma un peu spécial parce que ce n’est pas du documentaire et ce n’est pas non plus de la fiction. Enfin, c’est quand même un peu documentaire dans le sens où la plupart des témoignages qui sont dans le film sont des vrais témoignages mais ils sont organisés d’une certaine manière. Je les ai cousus ensemble en passant aussi par des choses que j’ai pu écrire pour relier les séquences.  Donc c’est un format un peu hybride et c’est pour ça que c’est bien quand les gens se laissent porter.

Tout le monde ne m’a pas dit que c’était fantastique, mais en tout cas beaucoup de gens ont joué le jeu et c’est ça qui compte. Tu fais des choses, que ce soit des chansons, des photos ou un film pour dire un peu aussi qui tu es et tu espères toujours avoir un rebond, que les gens te disent “ah ben moi aussi je suis comme vous”. Tu cherches à obtenir ce ricochet et ça en chanson, on l’a beaucoup parce que les gens piochent toujours un truc, qui n’est jamais le même, et ils te disent ” Moi dans cette chanson là, c’est ça qui m’a fait de l’effet ou quand je pense à vous c’est pour tel truc”.

Avec le film il y a eu la même chose, c’est à dire que tout le monde a pioché quelque chose de différent. C’est vrai que les gens m’ont un peu plus parlé de Jean Rochefort parce que c’était son dernier rôle et cette dernière apparition est un peu plus marquante que le reste.

C’est une vraie liberté pour le coup de donner la parole à des personnes inconnues du public…
Oui, oui bien sûr. En fait c’est des gens que j’aimais bien et du coup je me suis dit  “si moi je les aime bien, d’autres gens pourront les aimer aussi”

Le projet a pas mal évolué depuis que tu t’y es attelé…
Ce qui est stimulant c’est qu’à la fin j’ai vraiment aimé l’expérience. Mais, à un moment, je me suis un peu forcé à écrire toute une fiction et c’était un peu contre nature.
Le principe de cette fiction faisait qu’on avait une équipe trop importante à mon goût, même si nous n’étions que 15. C’était déjà beaucoup, surtout par rapport à ce que je voulais obtenir et le fait de pouvoir dire “c’est maintenant qu’il faut filmer ! “. On ne pouvait jamais être aussi réactif  parce que, même si tu es en numérique, il faut changer l’objectif, changer la lumière. Donc, je me suis dit “ça ne rime à rien que j’essaie d’écrire une histoire. Ce que je préfère c’est avoir des vrais moments de vie, pas forcément le témoignage, quand on voit les gens qui sautent dans le canal après la victoire en coupe du monde, c’est vraiment des trucs pris sur le vif.
Et pour les entretiens, l’idée c’était d’être le moins nombreux possible, comme avec le dessinateur Stéphane Manel que j’ai filmé et enregistré, tout seul. Et là, tu obtiens des choses. Ça a aussi été le cas sur la séquence avec Albin de La Simone quand il joue de dos. C’est vrai que c’est idéal pour obtenir des trucs perso et c’est vraiment ce que je cherche en général, cette connivence-là. Evidemment, il ne faut pas que ce soit gênant après.
Par exemple, tu me parlais du gars qui écrit dans ses carnets, qui tient son journal. Lui, il m’a parlé d’événements comme la naissance de son premier enfant ou des choses comme ça et ce sont des choses que je n’ai pas gardées parce que ce qui comptait c’est son principe et c’est ça qui était touchant.

Je réfléchis régulièrement à un deuxième projet de film et à chaque fois je me dis que j’ai vraiment besoin qu’il y ait de vraies choses dedans, de vrais témoignages, j’aime bien ça !

Tu donnes la parole aux autres et paradoxalement, j’ai l’impression que ce film raconte aussi beaucoup de toi… 
Oui, sans doute !  Ça c’est un truc un peu mystérieux qu’on m’a déjà effectivement dit. J’ai sans doute pioché des choses qui me plaisaient plus que d’autres dans les entretiens. Je reconnais que dans la vie, j’ai assez vite envie que les gens, même rencontrés une demi-heure avant, me disent où ils en sont dans leur vie sentimentale, ça m’intéresse plus que leur boulot. C’est mon plaisir aussi d’obtenir ce truc-là, j’aime bien ça !  J’aurai peut-être dû être psy (rire)

Tu as écrit et chanté Deauville sans Trintignant, ici est-il possible d’envisager Rochefort sans Demy & Legrand ? 
Alors pour être très honnête, j’y suis venu assez tard. Plus jeune, je n’étais pas très touché par les chansons de Michel Legrand et Jacques Demy. Elles avaient quelque chose qui me semblait un peu faux, un peu artificiel avec des phrases très parlées, mises en musique.
C’était très apprécié par des gens avec qui je faisais du théâtre, mais j’y suis venu quand même beaucoup par la BO de PEAU D’ANE dans un premier temps. Mais ça ne fait peut-être que sept ou huit ans que ça me plaît (rire). Ce n’est pas du tout un truc inscrit en moi.
Au début, j’aimais beaucoup les choses très premier degré, où il n’y a pas de décalage ou de détours. Ca, ça me semblait un peu fabriqué, parce que tu vois les couleurs, les danses, la façon d’écrire des chansons, mais maintenant j’aime vraiment. Encore une fois, c’est vraiment PEAU D’ANE qui m’a permis de rentrer dans ce truc là et de me dire “C’est drôle parce qu’en fait ça peut jouer un peu faux par moments”

Et puis c’est comme un comme un terrain d’enfance…Truffaut avait cette idée-là !  Il disait souvent qu’on parlait beaucoup de la nouvelle vague mais qu’il y avait une catégorie qui lui semblait plus juste, celle des cinéastes qui mettent en place un cinéma en forme de prolongement de ce qu’ils espéraient de la vie étant enfant.
Et c’est vrai que chez Demy, il y a beaucoup ça. Son travail ressemble à un peu un rêve d’enfance et ce truc-là me touche maintenant en grandissant, où on va dire en vieillissant. 

 

Ecrire une comédie musicale ? C’est un exercice qui te tente, dont tu as déjà rêvé ? 
Oui, oui ! Là récemment, Arnaud Viard (ndlr, acteur et réalisateur, CLARA ET MOI,  JE VOUDRAI QUE QUELQ’UN M’ATTENDE…)  m’a demandé une chanson pour son film qu’il voulait justement chanter façon “comédie musicale” et c’est toujours un truc qui fait envie.
Après, il faut vraiment bien savoir le faire. Récemment, il y a eu des bourses d’aide pour les comédies musicales et du coup tout le monde en a fait (sourire) Mais il y a eu aussi ce truc de vouloir faire, dans certains films, le son en prise directe et ça c’est une bonne idée parce que c’est ça aussi qui fait la différence.

Quand c’est vraiment réussi comme dans LA LA LAND, c’est impressionnant. C’est un film que j’ai revu à cause de mes enfants, entre guillemets. La première fois, je n’étais pas forcément convaincu, je trouvais ça justement un peu fabriqué mais en  le revoyant, la mécanique est vraiment très, très bonne. Tu passes d’un plan à un autre, c’est impressionnant. Mais c’est une petite usine à gaz quand même…

Comment as-tu vécu cette longue période de pandémie ? La musique est-elle une aide précieuse dans une telle situation ? 
Oui car quand tu crées des trucs dans ton coin, tu es quand même mieux, tu n’es pas dans l’attente permanente, donc tu peux utiliser ce temps pour toi. Je n’ai pas besoin que quelqu’un m’envoie des musiques ou qu’on m’appelle pour jouer.
Après il y a toute une période où on était tous un peu bloqués, à ne pas y arriver, surtout sur le premier confinement. Mais j’ai fait pas mal de trucs liés à la photo, notamment pour la galerie Polka avec qui je travaille. On a sorti un livre après le premier confinement et puis j’en ai refait un autre avec Claude Nori, un photographe que j’aime beaucoup, et qui sort là pour Arles (ndlr, Arles, les rencontre de la photographie jusqu’au 26 septembre) J’ai aussi un peu écrit…

J’ai la chance d’avoir quand même pas mal tourné mon spectacle juste avant le premier confinement, mais on a ensuite pu refaire quelques doubles dates comme à l’Olympia en jouant deux séances le même soir. C’était assez excitant mais particulier parce que tu manques de repères et puis énergétiquement, le début du deuxième concert est très spécial. Tu rentres sur scène et tu te dis “ah oui, donc là, il n’y a vraiment personne qui était là il y a 20 minutes pour voir que tout le monde était debout ! »  Il faut tout recommencer à zéro et ça c’est très bizarre (rire)

Sinon, et c’est là où j’ai un discours un peu différent d’autres gens. Je pense que s’il faut que tout le monde reste enfermé chez soi, à un moment donné pour qu’un truc s’en aille, ben voilà, faisons-le ! Quand tu es musicien, chanteur, tu n’es pas plus nécessaire à la société que… que plein d’autres trucs quoi ! En fait, je trouvais ça un peu choquant, des fois, que les artistes se positionnent en disant “c’est scandaleux qu’on ne soit pas considérés comme essentiel !”
Moi, je me disais  “S’il y a moins de décès parce qu’on reste chez nous à ne pas chanter, eh bien restons chez nous quoi !”  La question était un peu vite réglée, mais j’avoue que je n’ai pas beaucoup pris la parole du coup, pendant le confinement, parce que tout le milieu culturel n’était pas là-dessus mais plutôt sur l’idée “Que seriez-vous sans la culture, sans nous ?  On est tellement important pour vous…”
Bon, je sais que c’est important, sinon je ne ferais pas ce métier là et je prends ça très au sérieux quand j’ai un concert à faire. Mais, en dernier ressort, je crois qu’on peut aussi s’arrêter un temps. Je crois qu’il y a juste plein de gens qui aiment trop être sur scène et qui ne supportent pas de devoir s’en passer, tout simplement ! Ce que je comprends car c’est super d’être sur scène, mais il y a des fois, des cas de force majeure et c’en était un !

Quels sont tes projets ?
L’année prochaine, ce sera les 20 ans du premier disque donc je referai un passage à l’Européen (ndlr, salle parisienne du 17eme arrondissement) où j’avais commencé et je sortirai, sans doute, un ou deux albums, voilà ! C’est encore en train de se mettre en place, mais ce sera une année chansons et cette année je reste dans mon coin. C’est d’ailleurs très agréable ce côté où tu prépares le truc dans ta chambre et à un moment donné c’est prêt ! Tu dis “Ca y est, c’est prêt, vous pouvez tous rentrer, je vais vous montrer ! ”  On a cette vie-là et ça c’est un grand plaisir !

Propos recueillis le jeudi 24 juin, à l’occasion de la première édition du Festival Soeurs Jumelles à Rochefort. 

 

« J’ai vraiment voulu être à la hauteur d’Ibrahim » – Interview Samir Guesmi & Raphaël Elig

« J’ai vraiment voulu être à la hauteur d’Ibrahim » – Interview Samir Guesmi & Raphaël Elig

- Interview Samir Guesmi & Raphaël Elig - Ibrahim

Récompensé de 4 Valois (meilleurs film, mise en scène, scénario & musique) lors du Festival du film francophone d’Angoulême 2020, IBRAHIM, le premier long-métrage de Samir Guesmi a également fait partie de la sélection Cannes 2020. Une reconnaissance plus que méritée pour ce film qui a enfin trouvé le chemin des salles le 23 juin.
Le lendemain de cette sortie, l’acteur-réalisateur et Raphaël Elig, compositeur de la bande originale du film étaient à Rochefort pour une rencontre avec le public dans le cadre du Festival Sœurs Jumelles.
L’occasion pour Cin’Ecrans de revenir sur la belle aventure d’IBRAHIM…

Gadjo Dilo - Romain Duris & Rona Hartner

Samir, dans quel état d’esprit es-tu au lendemain de la sortie d’IBRAHIM qui était prêt depuis pas mal de temps mais que la pandémie a empêchée, l’hiver dernier ?
Samir Guesmi – J’ai vécu cette sortie de manière extrêmement heureuse. Je ne soupçonnais pas pouvoir être accueilli de cette façon. J’ai eu des retours extrêmement élogieux, joyeux, le film a eu une presse super, des réactions incroyables. Et on a fait un peu le tour des salles avec Raphaël et franchement, on rencontre des gens extrêmement émus, touchés. Moi ça me bouleverse.

Franchement tu oublies tous les moments pénibles, toute cette attente qui n’était pas vraiment une attente d’ailleurs, parce que c’est juste le temps qui s’est étiré et ça c’est étiré un peu pour tout le monde cette histoire de pandémie.
Je n’ai pas le sentiment d’un soulagement, c’est juste un autre pan de l’aventure, c’est mon premier long métrage et je découvre ça en fait, je suis un bleu ! (rire) C’est à dire qu’il y a l’écriture, la préparation, le tournage, le montage et puis il y a la sortie, les festivals, la rencontre avec le public et franchement, c’est le grand chelem en fait! C’est un triathlon, il y a des épreuves différentes à chaque fois très, très, très, denses.

Nous sommes ici dans un festival qui célèbre la musique et l’image. Que représente pour toi la musique de film ? 
Samir Guesmi – J’ai une grande admiration pour la musique de film. C’est sacré pour moi parce que c’est quelque chose d’extrêmement difficile. C’est une partition qui se superpose au film et qui existe par ailleurs. C’est à dire qu’on peut l’entendre comme une oeuvre à part entière mais qui doit se marier, accompagner un film sans lui faire de l’ombre. Ce mariage entre la musique et l’image doit fonctionner, indépendamment de la qualité de la composition.
Quand la musique est là pour colmater des défaillances de mise en scène ou alors accentuer des moments un peu tragiques, je ne trouve pas ça intéressant
J’ai donc un rapport étrange à la musique de film, je l’aime mais à la fois, par moments je pourrais m’en passer mais largement… Quand on me dit “Là, il faut que tu pleures” en rajoutant des violons, je me lève, c’est vraiment épidermique, je me sens pris en otage et je trouve que dans ce cas, la musique gâche le film.

Tout ça pour dire à quel point j’adore la musique de film et, à la fois, elle me terrorise parce que, par moments, elle peut tout casser, tout foutre en l’air.

Raphael Elig  –
Je suis parfaitement d’accord avec ça. Et par rapport à la partition sonore du film qui englobe à la fois les dialogues, les bruitages et la musique, je me suis tellement imprégné du son de l’appartement ou de celui de la brasserie, par exemple, que j’ai voulu les garder sur la bande originale du film parce que, pour moi, ça faisait partie de sa musique.

J’ai souvent rejoint Samir et Loïc, son monteur son, car il y a tout un travail sonore que je trouve génial. Ce qu’il a fait est incroyable. Ca a été vraiment comme un travail sur une peinture pour essayer de trouver les bons pleins et déliés.

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Raphael, c’est effectivement un film urbain qui marie très fortement la musique et le son de la ville. Comment avez-vous travaillé la richesse de toute cette matière ?
Raphael Elig – J’ai vu le film monté avant de commencer à travailler, j’avais donc déjà une matière très avancée et c’est pour ça que j’ai dit à Samir “C’est déjà tellement beau sans musique… les silences sont là, ils sont présents et ils ont besoin de rester silencieux” (sourire) La difficulté était donc de définir dans quels interstices j’allais pouvoir me glisser pour donner des éclairages, à certains moments, qui soient justes et qui n’enlèvent pas cette dimension sonore importante mais qui est quand même assez ténue.

Ce qui est important, c’est de voir que le père et le fils communiquent très peu. Ils sont juste là et on avait besoin de garder cette dimension. Il fallait trouver la place de la musique mais sans lui en donner trop. Les silences, pour moi, ça fait partie aussi de la partition sonore, c’est bien de donner des respirations et pour moi, ça a été vraiment un super travail d’épurer les notes avec Samir.
En tant que compositeur on a tout le temps tendance à être un peu trop bavard alors du coup Samir m’a aidé à ne pas ne pas l’être trop.

Samir, cette démarche et cette volonté de retenue dont parle Raphaël pour l’écriture de la musique semble être la même que dans l’écriture et dans le jeu. Cette volonté de ne pas en faire trop, de ne pas trop en dire et de faire confiance au spectateur était présente dès la naissance du projet ?
Samir Guesmi – A partir du moment où on a un personnage mutique, qui a du mal avec les mots, il faut bien trouver une autre manière de le faire exister. C’est à dire qu’il fallait le voir arriver à la maison, que l’on comprenne ce qu’il pense, sans nécessairement le formaliser.

Mais je voulais ajouter quelque chose sur le travail de Raphaël qui a été difficile parce que, moi, j’étais très, très méfiant et très chiant. Je n’étais pas complètement clair à ce propos.
La musique, j’y pense beaucoup et notamment pour mon film. J’avais envie de musique et, en même temps, plus je travaillais sur le film, plus j’accordais d’importance aux sons, aux rumeurs de la ville, au silence d’un appartement, d’une cuisine, au déclenchement du frigo et cette bande sonore me suffisait.
Puis, j’ai regardé le film qui était assez âpre et un peu rugueux, avec un son un peu métallique. J’aimais bien ça, mais je trouvais un peu arbitraire et un peu radical de ne pas mettre de musique. Donc, j’ai écouté plein de musiciens, j’ai fait quelques tentatives puis j’ai eu envie de rencontrer Raphaël après avoir entendu sa musique au piano.
Je me rappelle que j’étais un peu méfiant, un peu sur mes gardes. J’ai été assez mauvais joueur, en lui disant “Je ne sais pas si j’ai envie de musique !”  et lui m’a répondu ” Tu as raison, je crois qu’il ne faut pas de musique sur le film”. Moi, à ce moment-là, avec mon esprit de contradiction, je lui ai demandé d’essayer de faire quelque chose sur certaines scènes comme celle de la cuisine ou de la salle de bain, où je pensais qu’il n’y avait pas besoin de musique.

Raphael y est allé avec toute la délicatesse du monde et en même temps en imposant cette présence de la musique. C’était exactement ce que je lui demandais ! C’était à la fois d’exister, de ne pas faire un truc timide qui allait être écrasé par l’image et de prendre sa place avec moi qui ne la lui faisait pas vraiment.
J’ai l’air de faire le malin, mais c’est vraiment ça ! C’est pour cette raison que je disais qu’une bonne musique de film c’est une musique qui épouse le film en trouvant sa juste place. Et je trouve que le piano de Raphaël est incroyable.

Après la bande son du film, peut-on parler également du travail de Céline Bozon, la directrice photo, à qui l’on doit la très belle lumière du film. Rarement Paris, la nuit notamment, n’a été aussi justement montrée ?  Quelles étaient tes attentes sur ce point?
Samir Guesmi – Franchement, à part sur les scènes de rêves, il n’y a eu aucun traitement sur l’image. Paris est tel que je l’ai vue, que je l’ai vécue enfant. En fait, je me suis rendu compte que la ville n’a pas changé.
C’est un film qu’on a fait avec une économie assez modeste, on n’a pas eu des tonnes d’éclairage. Il y a eu beaucoup de scènes tournées la nuit dans Paris et on s’est servis de l’éclairage de la ville. Le rouge orangé, un peu ocre de la cité, c’est celui qui existe.

Le talent de Céline, et c’est la même chose avec Raphaël, c’est de pas s’être mise en avant avec ses lumières, Raphaël ne s’est pas non plus mis en avant avec sa musique. On a juste regardé avec attention ce qu’il y avait devant nous et franchement, c’est suffisamment beau et bouleversant pour qu’on n’ait pas besoin de rajouter des choses.
La forme du film n’était pas préalablement pensée ou peut-être inconsciemment. En fait, j’ai vraiment voulu être à la hauteur d’Ibrahim c’est à dire à la hauteur de ses 16 ans, à la hauteur de sa taille de ce qu’il voit lui, comment il perçoit la ville…
Moi, c’est ce Paris là que je connais !

Ce premier film à la fois intense et pudique est aussi très personnel. Aurais-tu pu réaliser un autre premier film, sur un autre sujet ? Quel en a été le déclic?
Samir Guesmi – Ibrahim, c’est une déclaration d’amour d’un père à son fils ou d’un fils à son père. J’avais envie de faire un film d’amour, et pour moi un film d’amour c’est deux êtres, un homme et une femme, une femme et une femme ou un homme et un homme, c’est le sentiment amoureux. En fait, c’est aussi possible de faire un film entre un père et son fils, comme une déclaration d’amour.
Et donc…. (longue réflexion) est-ce que j’aurais pu faire un autre premier film que celui-ci ? je ne sais pas…  je ne crois pas, non !

 

Et aujourd’hui, tu as d’autres envies de réalisation ? 
Samir Guesmi – C’était tellement dense, tellement intense ce premier long métrage que j’ai très, très envie d’en faire un autre mais je sais que le prochain sera totalement différent. Pour le moment il faut qu’IBRAHIM sorte, vive sa vie pour que je puisse envisager concrètement le prochain. J’en ai déjà le désir, c’est sûr, mais j’ai envie d’être aussi plein que je l’ai été avec IBRAHIM. Je n’ai pas très envie de me précipiter et en même temps, c’est mon paradoxe, je n’ai pas envie que ce soit dans mille ans. Il faut savoir prendre le temps mais aussi choper le bon moment ! (sourire)  

Comment envisage-t-on la suite, justement, quand l’accueil sur un premier film est aussi enthousiaste ? Y-a-t-il une forme de pression ?
Samir Guesmi – Moi je me méfie des mots, ça se voit dans le film…  Mais bon, il y a une partie de moi qui dit “ouah c’est génial, c’est super” et l’autre partie qui a envie d’oublier. 
La manière dont ça s’est passé sur ce premier film est quand même assez extraordinaire et donc la pression est forcément là.
De toute façons, il y a une pression avant un premier film, avant le deuxième… Que le premier eut été un échec ou une catastrophe, la pression pour le deuxième aurait été là de toute façon. Je vais faire en sorte que tous les aspects positifs, toute l’expérience de ce film-là serve au deuxième.

Et cette expérience derrière la caméra a-t-elle nourri celle de l’acteur ? A-t-elle ou va-t-elle changer des choses dans ton travail avec d’autres réalisateurs? 
Samir Guesmi – Ah oui, énormément !  Le parcours d’un acteur, pas pour tous mais pour une bonne partie je crois, c’est beaucoup d’échecs, dans le sens où c’est beaucoup de refus, beaucoup de rôles que tu ne fais pas. Et j’ai compris, avec cette expérience, qu’un acteur correspond ou ne correspond pas au rôle. Il n’y a pas à se taper dessus quand on n’a pas le rôle. J’ai compris pourquoi on choisissait un acteur sur un film. Je l’ai compris parce que j’ai choisi des acteurs pour mon film et quand on est acteur on pense mal, en fait, et on se fait du mal tout seul. Donc, je me dis que maintenant je vais être plus tranquille, je vais respirer, je vais souffler.
Et paradoxalement, je n’ai jamais eu autant de rôles que maintenant.

Justement, quels sont tes projets les plus proches en tant qu’acteur ?
Samir Guesmi – C’est le film de Rachid Hami qui va s’appeler POUR LA FRANCE, un drame, qui va être un film sublime je le sais déjà. C’est le deuxième film de Rachid qui avait réalisé la MELODIE avec Kad Mérad et des adolescents, il y a deux – trois ans. Je pars également tourner à Montréal cet été, dans le nouveau film de Denis Côté, un cinéaste québécois.

Raphaël, tu as peu travaillé pour le cinéma. Cette BO d’IBRAHIM t’a-t-elle donné envie d’en écrire d’autres ?
Raphael Elig – Quand j’étais à l’école normale de musique, j’avais été passionné par une classe de musiques de film que j’avais avec Laurent Petitgirard (ndlr, chef d’orchestre et compositeur, entre autres de nombreuses BOF) et c’est vrai que c’est un rêve d’enfant.
Après, l’histoire s’est écrite un peu autrement. J’étais passionné, aussi, par la recherche musicale j’ai fait pas mal de choses pour la télé, j’ai fait de la pub, il fallait manger aussi, donc voilà j’ai été assez polyvalent.
Mais je suis très content d’avoir vécu cette expérience avec Samir et d’être revenu à la matière première qu’est le piano qui est vraiment mon premier amour. C’était une très belle expérience parce que je me suis remis au piano depuis plusieurs années, sur un travail personnel, fait uniquement de pièces pour piano autour de l’enfance, et donc c’était formidable de pouvoir servir ce film avec cette matière-là.

Cette musique composée pour IBRAHIM t’a value d’être récompensé du Valois de la meilleure musique de film. Cette reconnaissance de ton travail est importante ?
Raphael Elig – Oui, oui bien sûr, c’est très motivant ! Ca me donne beaucoup de beaucoup d’élan et  de force.

Propos recueillis le jeudi 24 juin, à l’occasion de la première édition du Festival Soeurs Jumelles à Rochefort.