À feu doux – J’ai la mémoire qui flanche…  

À feu doux – J’ai la mémoire qui flanche…  

À FEU DOUX (Familiar touch)

Un film de Sarah Friedland
Scénario de Sarah Friedland
Avec Kathleen Chalfant, Katelyn Nacon, Carolyn Michelle Smith, H. Jon Benjamin, Andy McQueen
Drame – 2024 – États-Unis – 1h30

Sortie en salles le 13 août 2025

L’histoire
Élégante octogénaire, Ruth Goldman reçoit un homme à déjeuner. Alors qu’elle pense poursuivre le rendez-vous galant vers une destination surprise, elle est menée à une résidence médicalisée.
Portée par un appétit de vivre insatiable et malgré sa mémoire capricieuse, Ruth s’y réapproprie son âge et ses désirs.

Présenté à la Mostra de Venise 2024 dans la sélection Orizzonti, À FEU DOUX y a remporté le prix du meilleur premier film (Lion du Futur), celui de meilleure réalisatrice pour Sarah Friedland et celui de la meilleure actrice pour Kathleen Chalfant.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Scénariste, réalisatrice et productrice de ce premier long-métrage, Sarah Friedland nous offre avec À FEU DOUX, une œuvre empreinte de délicatesse. Par la grâce de son scénario léger et subtil, le spectateur comprend rapidement la situation délicate et irréversible dans laquelle se trouve Ruth.

La réalisatrice s’attache subtilement aux gestes quotidiens de soin, de travail et de complicité qui lient désormais cette femme âgée au personnel soignant et d’accompagnement de la maison médicalisée où elle réside désormais.

À travers le portrait de Ruth qui a gardé sa curiosité et son appétit de vivre, la cinéaste prouve, si besoin était, que l’existence peut se poursuivre et trouver de nouvelles perspectives, une fois que l’on n’est plus considéré comme productif.   

À FEU DOUX distille avec tact sa petite musique autour de la vieillesse à travers ce personnage inoubliable qui, d’une certaine manière, réinvente et réenchante sa vie, alors qu’elle en perd la mémoire.
Très attachant, le film est transcendé par la performance subtile de son interprète principale, l’actrice américaine Kathleen Chalfant.
La comédienne de 80 ans a trouvé ici, sans aucun doute, le rôle de sa vie. Elle délivre une prestation bouleversante qui n’est pas sans rappeler, par moments, certaines compositions de l’immense Meryl Streep.

On ne peut donc que vous conseiller d’aller passer un moment apaisant en compagnie de cette femme toujours pleine de ressources et d’une certaine fantaisie.   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Un parfait inconnu & une star Timothée Chalamet

Un parfait inconnu & une star Timothée Chalamet

UN PARFAIT INCONNU (A complete unknown)

Un film de James Mangold
Scénario de Jay Cocks & James Mangold
Avec Timothée Chalamet, Edward Norton, Elle Fanning, Monica Barbaro, Boyd Holbrook
Biopic – Drame – Musical – 2024 – États-Unis – 2h21
Sorti en salles le 29 janvier 2025

Disponible depuis le 4 juin 2025 en 4K Ultra HD + Blu-Ray, Blu-ray, DVD et VOD – 20th Century Studios

Audio : Dolby Digital 5.1 : Français, Allemand, Italien – DTS-HD MA 5.1 : Anglais – DTS Digital Surround : Espagnol – Dolby Digital 2.0 : Anglais Audiodescription
Sous-titres Français, Anglais pour sourds et malentendants, Néerlandais, Espagnol, Allemand, Italien

L’histoire
New York, 1961. Alors que la scène musicale est en pleine effervescence et que la société est en proie à des bouleversements culturels, un énigmatique jeune homme de 19 ans débarque du Minnesota avec sa guitare et son talent hors normes qui changeront à jamais le cours de la musique américaine. Durant son ascension fulgurante, il noue d’intimes relations avec des musiciens légendaires de Greenwich Village, avec en point d’orgue une performance révolutionnaire et controversée qui créera une onde de choc dans le monde entier…

Le film ****

Il n’est pas interdit de prendre beaucoup de plaisir à la découverte de ce PARFAIT INCONNU, même sans être fan inconditionnel de Bob Dylan, bien au contraire.

Et pour cause, son scénariste-réalisateur, James Mangold, a fait le choix judicieux se concentrer sur les quatre années d’ascension du jeune Robert Zimmerman dont le statut va alors passer d’artiste en devenir à celui d’icône du rock. Le reste de sa riche carrière appartient à l’histoire, une autre histoire qui reste à raconter.

À travers le portrait d’un « parfait inconnu » qui ne le restera pas, James Mangold signe un beau film sur une époque, sa jeunesse, ses aspirations et ses contradictions.

Un long-métrage très musical porté magistralement par Timothée Chalamet, bluffant à tous les égards. On connaissait évidemment la justesse de son jeu mais ici ce qui fascine encore plus c’est la façon dont il s’est approprié le phrasé, la voix et la musicalité de Bob Dylan. L’acteur caméléon a poussé le professionnalisme jusqu’à apprendre à jouer, comme la rock star, de la guitare et de l’harmonica.
Précisons que James Mangold tenait à ce que tous ses acteurs chantent réellement et ne soient pas doublés, à l’instar de Joaquin Phoenix et Reese Witherspoon dans WALK THE LINE, autre biopic musical, consacré à Johnny Cash, qu’il réalisait il y a déjà 25 ans.

On imagine aisément la somme de travail qu’a nécessité un tel projet dont l’une des grandes réussites est que ce labeur intensif, le spectateur ne le ressent jamais, porté par un récit ample et passionnant.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Bonus ***1/2

  • Le making of d’UN PARFAIT INCONNU : L’histoire – Timothée Chalamet dans le rôle de Bob Dylan – Les acteurs secondaires – Le design (Bonus proposé en HD – VOST – 23mn50)
  • Commentaire audio de James Mangold
La pampa, premier long captivant et bouleversant !

La pampa, premier long captivant et bouleversant !

LA PAMPA

Un film d’Antoine Chevrollier
Scénario de Bérénice Bocquillon, Antoine Chevrollier & Faïza Guène
Avec Sayyid El Alami, Amaury Foucher, Damien Bonnard, Florence Janas, Artus, Léonie Dahan-Lamort, Mathieu Demy, Laëtitia Clément…
Drame – 2024 – France – 1h43
Sorti en salles le 5 février 2025

Disponible depuis le 11 juin 2025 – Blaq Out

Audio : Version Française DTS-HD Master Audio 2.0 & 5.1
Audiodescription pour aveugles et malvoyants
Sous-titres pour sourds et malentendants

L’histoire
Willy et Jojo, deux ados inséparables, passent leur temps à chasser l’ennui dans un petit village au cœur de la France. Ils se sont fait une promesse : ils partiront bientôt pour la ville. Mais Jojo cache un secret. Et quand tout le village le découvre, les rêves et les familles des deux amis volent en éclat.

Le film ****1/2

S’il signe avec LA PAMPA, son premier et enthousiasmant premier long-métrage, Antoine Chevrollier n’est pas vraiment un novice.
En effet, avant de s’atteler à LA PAMPA, il s’est sérieusement fait remarquer en réalisant plusieurs épisodes du BUREAU DES LÉGENDES et BARON NOIR pour Canal+ avant de signer l’excellente série OUSSEKINE pour Disney +.   

De nombreuses raisons participent à la grande réussite de ce premier film, à commencer par une réelle qualité d’écriture.
Il faut dire que le scénariste -réalisateur a travaillé durant trois ans sur cette histoire avec sa coscénariste Bérénice Bocquillon et avec la romancière Faïza Guène (Kiffe kiffe demain, en 2004), en charge de caractériser au mieux les personnages du film.   

Ce temps long (et sans doute nécessaire) d’écriture a été en partie nourri par La Pampa, un endroit où se réunissent les passionnés de moto-cross, près de Longué-Jumelles, le village natal du réalisateur.

Mais plus que le moto-cross (dont la force symbolique est néanmoins évidente), ce qui passionne Antoine Chevrollier, et nous autres spectateurs, c’est la trajectoire singulière de ses deux principaux personnages Willy et Jojo.
À travers le parcours de ces deux garçons, le réalisateur interroge des sujets aussi divers que les questions de l’émancipation adolescente, de la loyauté amicale et familiale, du machisme, de la masculinité toxique…

Si toutes ces questions ont déjà été posées milles fois par le cinéma, ici elles parviennent à nous toucher profondément tant le propos est limpide, sincère et jamais parasité par une volonté de gagner les spectateurs à sa cause.
La caméra du réalisateur est toujours à juste distance de ses personnages pour que le spectateur trouve sa propre place dans ce récit filmé à hauteur de ces adultes en devenir.
Ainsi, la mise en scène d’Antoine Chevrollier impressionne tant dans les séquences les plus intimes que dans celles énergiques et très cinégéniques des compétitions de moto-cross.

Saluons également la formidable bande originale du film composée par les très inspirés frères Sacha et Evguenie Gasperine, marquant ainsi leur quatrième collaboration avec le réalisateur.
Si la musique n’est évidemment pas le cœur du propos, impossible néanmoins de passer sous silence la très touchante séquence avec Willy illustrée par la sublime chanson de Véronique Sanson, Bahia.    

Enfin il faut bien sûr dire haut et fort que si le film atteint des sommets d’émotion, c’est aussi grâce à la formidable complicité et à la justesse absolue de ses deux principaux acteurs.
Willy est incarné par l’un des plus brillants jeunes comédiens de sa génération, Sayyid El Alami (interprète du rôle-titre d’OUSSEKINE, en 2022), quant à Jojo, il est interprété avec subtilité par Amaury Foucher qui fait ici ses premiers pas, plus que convaincants devant une caméra.

N’oublions surtout pas les riches seconds rôles qui habitent fortement le film de leur présence : l’excellent Damien Bonnard, la trop rare Florence Janas et Artus, réellement surprenant dans un rôle à contre-emploi.   

Vous l’aurez compris, ce premier long métrage d’Antoine Chevrollier est une véritable pépite, un condensé d’émotions porté par un récit puissant une mise en scène intelligente et des acteurs au diapason.
Séance de rattrapage hautement recommandée.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Bonus ***1/2

    • Entretien avec Antoine Chevrollier (37mn28)
    • 2 scènes coupées (3mn03)

Le + Cin’Écrans

Après avoir été présenté pour la première fois, avec grand succès, lors de la Semaine de la Critique 2024 à Cannes, LA PAMPA a également déclenché un bel enthousiasme lors de son passage au Festival du Film de Sarlat en novembre dernier. C’est à cette occasion que nous avons eu l’immense plaisir de parler de cet enthousiasmant premier long métrage avec son réalisateur et ses deux jeunes et principaux interprètes Sayyid El Alami et Amaury Foucher…   

Kouté vwa – Sur la route du pardon

Kouté vwa – Sur la route du pardon

KOUTÉ VWA

Un film de Maxime Jean-Baptiste
Scénario de Maxime Jean-Baptiste, Audrey Jean-Baptiste
Avec Melrick Diomar, Yannick Cébret, Nicole Diomar
Drame – 2024 – France – 1h17

Sortie en salles le 16 juillet 2025

L’histoire
Melrick a 13 ans. Il passe ses vacances d’été chez sa grand-mère Nicole à Cayenne, en Guyane et apprend à jouer du tambour. Mais sa présence fait soudain resurgir le spectre de son oncle, ancien tambouyé tué dans des conditions tragiques. Confronté au deuil qui hante toute la communauté, Melrick cherche sa propre voie vers le pardon.

Présenté au Festival de Locarno 2024, Kouté vwa y a reçu la mention spéciale Cineasti del presente (Cinéastes du présent) et le Prix spécial du jury Ciné+.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Premier long-métrage de Maxime Jean-Baptiste, coécrit avec sa sœur Audrey, KOUTE VWA (Écoute les voix en créole guyanais) s’avère étonnant de bout en bout.

Le film débute en effet, à la manière d’un documentaire, sur des images d’archives et des témoignages liés au meurtre, en 2012, de Lucas Diomar, le petit cousin du réalisateur.
Mais très rapidement, on comprend que ce dernier a fait le choix de la fiction pour nous raconter ce drame qui l’a touché personnellement.

Ce long-métrage en forme de récit intime, le réalisateur le déroule à travers le parcours du jeune Melrick et de son apprentissage de la musique (belles séquences de groupe).
Un parcours qui passe évidemment aussi et surtout par des échanges pleins de tendresse et de sagesse sans naïveté aucune) avec sa grand-mère Nicole et de ses retrouvailles avec Yannick, un ami de Lucas, présent lors de la disparition de ce dernier, 12 ans plus tôt.

En mettant ainsi en scène les véritables proches du disparu, le cinéaste brouille les frontières du doc et de la fiction, tout en explorant l’âme humaine et le ressenti de chacun, sur fond de quotidien au cœur de la Guyane d’aujourd’hui.

À travers quelques scènes intenses, comme celle de la voiture avec cette puissante confrontation de points de vue entre la grand-mère et son petit-fils (Nicole et Melrick Diomar, remarquables de naturel et de sincérité), KOUTE VWA se révèle être un bouleversant récit de transmission et de pardon.
Maxime Jean-Baptiste signe un film modeste mais intense qui nous touche en plein cœur.   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

13 jours, 13 nuits – Au cœur du chaos afghan

13 jours, 13 nuits – Au cœur du chaos afghan

13 JOURS, 13 NUITS

Un film de Martin Bourboulon
Scénario de Martin Bourboulon et Alexandre Smia
Avec Roschdy Zem, Lyna Khoudri, Sidse Babett Knudsen, Christophe Montenez, Yan Tual, Jean Claude Muaka, Nicolas Bridet…
Drame – 2025 – France – 1h52

Sortie en salles le vendredi  27  juin 2025

L’histoire
Kaboul, 15 août 2021. Alors que les troupes américaines s’apprêtent à quitter le territoire, les Talibans prennent d’assaut la capitale et s’emparent du pouvoir. Au milieu du chaos, des milliers d’afghans tentent de se réfugier dans le dernier lieu encore protégé : l’Ambassade de France. Seuls, le commandant Mohamed Bida et ses hommes en assurent la sécurité. Pris au piège, il décide de négocier avec les Talibans pour organiser un convoi de la dernière chance avec l’aide d’Eva, une jeune humanitaire franco-afghane. Commence alors une course contre la montre pour évacuer les réfugiés jusqu’à l’aéroport et fuir l’enfer de Kaboul avant qu’il ne soit trop tard.

D’après l’incroyable histoire vraie du Commandant Mohamed Bida contée dans son livre 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul, publié aux Editions Denoël.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Deux ans après avoir signé, avec succès, les deux volets du diptyque consacré aux Trois Mousquetaires, Martin Bourboulon est déjà de retour.
Le réalisateur nous propose un film ambitieux consacré à l’opération Apagan mise en place en 2021 par la France pour évacuer ses ressortissants et ses alliés afghans à Kaboul.

Pour nous rappeler, si besoin était, la véracité des événements montrés deux heures durant, le générique de fin de 13 JOURS, 13 NUITS est illustré par des photographies réelles des lieux et des personnes dont Martin Bourboulon nous a raconté le terrible périple.

Rares sont les films français à s’attaquer de front à des faits réels récents !
Pari gonflé donc mais en grande partie réussi, grâce à la tension permanente que le réalisateur insuffle à son récit. C’est en effet une véritable course contre la montre à laquelle se livrent le commandant Bida et ses hommes.
On est impressionné par le réalisme, le malaise et la tension de certaines séquences clés : l’invasion de l’ambassade, le blocage du convoi dans un tunnel par les talibans, l’aéroport assiégé…

Roschdy Zem aborde un nouveau registre dans sa carrière déjà très riche, avec ce personnage entier et charismatique du commandant Bida.
Si l’on est bluffé par les scènes d’action et de tension pures dont il est le pilier, on reste un peu sur notre faim concernant la psychologie de son personnage et de quelques autres qui n’est qu’effleurée.
On aurait aimé, notamment, en savoir un peu plus sur le parcours de ce commandant (dont on sait juste qu’il s’apprête à partir en retraite) et celui d’Eva, jeune humanitaire franco-afghane qui décide de quitter le pays avec sa mère.

On s’interroge également sur la signification que le cinéaste a voulu donner au fait de débuter un décompte au 1er jour pour ne le reprendre qu’au 13eme …
Mais bon, ne boudons pas notre plaisir (!) de spectateur. 13 JOURS, 13 NUITS est un film terriblement haletant et anxiogène, dont on apprécie pleinement le montage bien plus posé que celui, parfois usant, des TROIS MOUSQUETAIRES.

Saluons aussi la très efficace bande originale du film signée Guillaume Roussel, extrêmement bien mise en valeur par le design sonore. Un travail sur la bande-son qui immerge littéralement le spectateur au chœur du chaos.    

Enfin, l’un des mérites de 13 JOURS, 13 NUITS, et non des moindres, est de nous rappeler que quatre ans après les faits relatés dans le film, la situation est loin d’être stabilisée en Afghanistan.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans