Ce nouvel an… Premier film ambitieux et corrosif  

Ce nouvel an… Premier film ambitieux et corrosif  

CE NOUVEL AN QUI N'EST JAMAIS ARRIVÉ (Anul Nou Care N-A Fost)

Un film de Bogdan Mureşanu
Scénario de Bogdan Mureşanu
Avec Adrian Văncică, Nicoleta Hâncu, Emilia Dobrin
Comédie dramatique – 2024 – Roumanie – 2h18

Sortie en salles le 30 avril 2025

L’histoire
20 décembre 1989. La Roumanie est au bord de la révolution. Les autorités préparent les festivités du Nouvel An comme si de rien n’était ou presque mais le vernis officiel commence à craquer. Dans l’effervescence de la contestation, six destins vont se croiser au fil d’une journée pas comme les autres. Jusqu’à la chute de Ceausescu et de son régime.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Découvert en décembre dernier lors du Festival international du film d’histoire de Pessac, ce premier long métrage de Bogdan Mureşanu ancre son histoire à quelques jours du basculement violent de la Roumanie qui mettra un terme sanglant au régime dictatorial de Ceausescu.
A partir de ce fait historique majeur pour la Roumanie, le réalisateur tisse avec une réelle virtuosité scénaristique, un ambitieux récit choral où se mêlent toutes les préoccupation du peuple roumain à l’aube des années 90: la peur du régime, la suspicion, le désir de liberté, le combat contre la censure d’état…

Un peu à la manière de son compatriote Corneliu Porumboiu qui signait en 2006, le grinçant 12H08 À L’EST DE BUCAREST, Bogdan Mureşanu fait le choix audacieux de nous livrer un récit sur la révolution roumaine, en forme de farce tragicomique.
Les deux films partagent également un regard sans concession sur le monde des médias et en particulier celui de la télévision qui est ici férocement croqué.   

CE NOUVEL AN QUI N’EST JAMAIS ARRIVÉ gagne en puissance au fil de son récit et monte crescendo jusqu’à sa bluffante et longue séquence finale sur fond de Boléro de Ravel.

Ce premier film qui a reçu le Prix Orizzonti du meilleur film lors de la dernière Mostra de Venise, révèle un cinéaste talentueux, au tempérament affirmé, qu’il va falloir désormais surveiller de près.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Ghostlight… Art-thérapie pour tous

Ghostlight… Art-thérapie pour tous

GHOSTLIGHT

Un film de Kelly O’Sullivan & Alex Thompson
Scénario de Kelly O’Sullivan
Avec Keith Kupferer, Katherine Mallen Kupferer, Tara Mallen
Comédie dramatique – 2024 – États-Unis – 1h55

Sortie en salles le 30 avril 2025

L’histoire
Dan travaille sur des chantiers de voirie à Chicago et ses environs. Un peu par hasard, et à l’insu de sa famille, il intègre une troupe de théâtre amateur qui met en scène Roméo et Juliette. Peu à peu, la tragédie qui se monte sur scène commence à lui renvoyer le reflet de sa propre vie.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

S’il raconte en filigrane l’histoire d’un deuil, GHOSTLIGHT n’est en aucun cas un film plombant, bien au contraire, grâce à la subtilité de son scénario.

Par la manière dont Kelly O’Sullivan & Alex Thompson distillent aux spectateurs, les tenants et aboutissants de cette histoire familiale, leur récit se présente comme celui d’une lente reconstruction.
Une réappropriation de sa vie qui s’avère parfois douloureuse, parfois cocasse pour chacun des membres de cette famille.

Avec beaucoup de pertinence, le film incite ses personnages (et les spectateurs, par la même occasion) à écouter leurs propres émotions et celles de leurs proches pour mieux avancer, voire pour guérir une blessure intime.

GHOSTLIGHT, qui célèbre l’importance du jeu et du théâtre est porté avec énergie et sensibilité par une belle troupe de comédiens méconnus.

Il convient d’ailleurs de signaler que Dan, Daisy & Sharon sont interprétés par Keith Kupferer, Tara Mallen, et leur fille Katherine Mallen Kupferer. Cette vraie famille dans la vie apporte évidemment au film, ce petit supplément d’authenticité qu’aucun scénario n’aurait pu imaginer ou imposer.

On vous conseille donc, plus que chaleureusement la découverte de ce film US indépendant que l’on n’attendait pas vraiment mais qui fait un bien fou. On y rit, on y pleure, en compagnie de personnages généreux dont la vie est transcendée par l’art et la culture ! Et ça en 2025, c’est véritablement devenu essentiel !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Familia – Oppressante tragédie

Familia – Oppressante tragédie

FAMILIA

Un film de Francesco Costabile
Scénario de Vittorio Moroni, Francesco Costabile, Adriano Chiarelli
Avec Francesco Gheghi, Barbara Ronchi, Francesco Di Leva, Marco Cicalese…
Drame – 2024 – Italie – 2H04

Sortie en salles le 23 avril 2025

L’histoire
Rome, début des années 2000. Licia élève seule ses fils Luigi et Alessandro, suite à une mesure d’éloignement de Franco, leur père dont la violence a marqué leur enfance. Gigi grandit en trouvant refuge auprès d’un groupe néofasciste et reproduit peu à peu le schéma paternel. Après dix ans d’absence, Franco réapparaît, bien décidé à retrouver sa place au sein de ce qu’il considère comme son foyer.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Inspiré du livre Non sarà sempre così (Il n’en sera pas toujours ainsi) de Luigi Celeste qui raconte sa propre vie, FAMILIA est le récit poignant d’une tragédie familiale.

Avec ce deuxième long-métrage réalisé 3 ans après UNA FEMMINA (inédit en France), Francesca Costabile traite sans aucun manichéisme des questions de l’emprise et des violences conjugales.
Le réalisateur a fait le choix d’une mise en scène sèche et nerveuse, adaptée à la situation d’enfermement de ses personnages, provoquant un sentiment de claustrophobie chez le spectateur qui assiste impuissant au drame qui se met inéluctablement en place.

Piégée dans un cycle infernal de violence, la mère (formidablement incarnée par Barbara Ronchi) cherche, quels qu’en soient le prix et les conséquences, à protéger ses deux enfants.

Le film met parfaitement en avant les puissants mécanismes de l’emprise qui empêchent bien trop souvent leurs victimes de s’en sortir, tant les institutions semblent impuissantes à les protéger. La séquence de la descente de police dans l’appartement familial est à ce titre terriblement éloquente et angoissante.

C’est contre cette emprise et cette violence familiale que Luigi, le plus jeune des deux frères, en proie à ses propres démons, va lutter jusqu’à ce que l’inéluctable arrive.
Il est incarné avec force par Francesco Gheghi, qui a reçu pour sa composition dans le film, le très mérité Prix Orizzonti du meilleur acteur lors de la Mostra de Venise 2024.
Le jeune acteur italien est au cœur de certaines scènes parmi les plus puissantes du film lorsque Luigi s’oppose frontalement à son père démoniaque, magistralement interprété par Francesco Di Leva.

Vous l’aurez sans doute compris, Francesco Costabile signe avec FAMILIA un grand film noir, glaçant à souhait, un implacable et puissant thriller psychologique dont les protagonistes n’ont pas fini de nous hanter.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Simón de la montaña, un film et un héros hors-normes…

Simón de la montaña, un film et un héros hors-normes…

SIMÓN DE LA MONTAÑA

Un film de Federico Luis
Scénario de Federico Luis et Agustin Toscano
Avec Lorenzo Ferro, Kiara Supini, Pehuén Pedie
Drame – 2024 – Argentine – 1h38

Sortie en salles le 23 avril 2025

L’histoire
Simón a 21 ans et vit en Argentine. Depuis peu, il fréquente une nouvelle bande d’amis inattendue. Auprès d’eux, pour la première fois, il a le sentiment d’être lui-même. Mais son entourage s’inquiète et ne le reconnaît plus. Et si Simón voulait devenir quelqu’un d’autre ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Présenté en compétition au cours de La Semaine de la Critique au Festival de Cannes l’an passé, SIMÓN DE LA MONTAÑA y a reçu le très convoité Grand Prix de cette sélection.

Avec ce premier long-métrage, Federico Luis qui a passé une grande partie de son enfance dans les hôpitaux ne souhaitait pas spécialement parler de handicap ou de différence mais d’«hyperception», en explorant une part plus sombre et manipulatrice que peuvent avoir, comme tout individu, certaines personnes handicapées.    

SIMÓN DE LA MONTAÑA est un film étonnant, voire déstabilisant pour les spectateurs auxquels le cinéaste argentin ne donne volontairement pas toutes les clés de compréhension.
On en veut pour preuve l’étonnante séquence d’ouverture du film où l’on découvre au cœur des paysages arides de la cordillère des Andes, un groupe d’adolescents et de jeunes adultes handicapés qui paraissent abandonnés à leur propre sort.

Passée cette mystérieuse introduction, la caméra du cinéaste ne va plus lâcher d’une semelle ses jeunes protagonistes et coller au plus près des corps et des visages de certains d’entre eux, à commencer par celui de Simón.
En refusant d’expliquer les intentions profondes du jeune homme, qui semble néanmoins vouloir échapper à sa mère et à sa classe sociale, Federico Luis instaure un malaise insidieux qui sert parfaitement son film.

Contre toute attente, la personnalité complexe et le regard buté de Simón, son « héros » finit par hanter nos souvenirs, sans doute en grande partie, grâce à la performance marquante de son interprète Lorenzo Ferro.

Certes, SIMÓN DE LA MONTAÑA n’est pas une œuvre aimable, ni très accueillante mais l’austérité, voire la radicalité de sa forme et de son propos lui confèrent une place à part dans le flot des sorties ciné hebdomadaires. À découvrir donc !

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Comment devenir riche… en réalisant un beau film !

Comment devenir riche… en réalisant un beau film !

COMMENT DEVENIR RICHE (GRÂCE À SA GRAND-MÈRE)

Un film de Pat Boonnitipat
Scénario de Pat Boonnitipat, Thodsapol Thiptinkorn
Avec Putthipong Assaratanakul, Usha Seamkhum, Tontawan Tantivejakul …
Drame – 2024 – Thaïlande – 2h05

Sortie en salles le 16 avril 2025

L’histoire
Quand M apprend que sa grand-mère est malade, il voit une opportunité de mettre fin à ses galères. En jouant les petits-fils modèles, il compte bien décrocher l’héritage ! Mais gagner ses faveurs est loin d’être une mince affaire, et pour toucher le pactole, il est prêt à tout. Ce qui commence comme une mission intéressée devient peu à peu l’histoire d’un petit-fils et d’une grand-mère qui apprennent à se connaître…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Certes, COMMENT DEVENIR RICHE (GRACE À SA GRAND-MÈRE) a engrangé les recettes mondiales les plus élevées de tous les temps pour un long-métrage thaïlandais, mais c’est surtout un très joli premier film que je vous invite à découvrir sans tarder.

Une œuvre inattendue, à la fois cruelle et pleine de tendresse sur les relations familiales qui se délitent dans nos sociétés contemporaines (en l’occurrence ici en Thaïlande) avec un désintérêt de plus en plus marqué pour ses ainés.

Pat Boonnitipat a su trouver la distance nécessaire pour dresser le double portrait d’un jeune homme cupide et de sa grand-mère acariâtre.
Un duo que tout oppose dans un premier temps mais dont la relation va changer au fil du temps et de l’évolution de l’état de santé de la grand-mère.
S’il insuffle à son propos ce qu’il faut d’humanité et de sensibilité, le réalisateur croque aussi avec gourmandise et un ton narquois ses personnages principaux et secondaires aux tempéraments affirmés et sans scrupules, en évitant soigneusement de verser dans le mélo larmoyant.    

Même si la direction des acteurs semble parfois hésitante, le film doit néanmoins beaucoup à ses deux interprètes principaux Putthipong Assaratanakul (alias M, le petit fils) et surtout Usha Seamkhum qui incarne avec fougue Amah, une grand-mère déterminée et jamais dupe de ce qui se trame derrière son dos.
Cette actrice de 78 ans qui fait ici ses débuts devant la caméra participe grandement au plaisir procuré par ce « petit » film très attachant que l’on n’avait pas vraiment vu venir. Jolie surprise !   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans