Classe moyenne – Réjouissant jeu de massacre !

Classe moyenne – Réjouissant jeu de massacre !

CLASSE MOYENNE

Un film d’Antony Cordier
Scénario d’Antony Cordier, Jean-Alain Laban, Steven Mitz, Julie Peyr
Avec Laurent Lafitte, Élodie Bouchez, Ramzy Bédia, Laure Calamy, Sami Outalbali, Noé Abita, Mahia Zrouki
Comédie – 2025 – France – 1h35

Sortie en salles le 24 septembre

L’histoire
Mehdi a prévu de passer un été tranquille dans la somptueuse demeure de ses beaux-parents. Mais dès son arrivée, un conflit éclate entre la famille de sa fiancée et le couple de gardiens de la villa. Comme Mehdi est issu d’un milieu modeste, il pense pouvoir mener les négociations entre les deux parties et ramener tout le monde à la raison. Pourtant, tout s’envenime…

CLASSE MOYENNE a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

Il aura fallu patienter 7 ans après l’excellent GASPARD VA AU MARIAGE (avec quand même deux saisons de l’irrésistible série OVNI(s), entre temps) pour voir débarquer en salles ce quatrième long-métrage d’Antony Cordier.
Et avouons-le, nous ne sommes pas déçus. Le réalisateur nous régale d’une grinçante comédie sociale sur fond de lutte des classes.  

S’il appuie là où ça fait mal, le propos d’Antony Cordier n’est jamais manichéen.
CLASSE MOYENNE, ce ne sont pas les gentils pauvres face aux méchants riches… Loin de là !
Chacun des personnages de cette tragi-comédie humaine, aspire au changement et exprime un désir de transformation sociale, quitte à emprunter des chemins guère reluisants pour arriver à ses fins… Personne n’échappe au jeu de massacre. Chaque protagoniste en prend pour son grade.

Pour donner vie à cette farce cruelle, il fallait un casting à la hauteur et là aussi, Antony Cordier a fait les bons choix.
S’il retrouve pour la quatrième fois (après DOUCHE FROIDE, HAPPY FEW et la série OVNI(s) ) la toujours surprenante Élodie Bouchez, parfaite dans le rôle d’une actrice en quête de respectabilité, c’est la première fois que le réalisateur travaille avec Laurent Lafitte, Laure Calamy, Ramzy BédiaSami Outalbali, Noé Abita & Mahia Zrouki.

Il convenait de tous les citer tant chacun.e habite littéralement son personnage.
Mention spéciale néanmoins pour Laurent Lafitte qui se délecte depuis quelque temps à composer des personnages détestables, obtus, « bas du front », comme dans LES BARBARES de Julie Delpy ou bientôt dans LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE de Thierry Klifa. Il est une nouvelle fois irrésistible de bêtise et de drôlerie.

La carrière de Ramzy Bédia s’affirme de plus en plus passionnante tant l’acteur s’essaie avec bonheur dans des registres diamétralement opposés, que ce soit avec le rôle d’un écrivain qui rencontre la réussite à 45 ans dans YOUSSEF SALEM A DU SUCCÈS de Baya Kasmi ou avec celui d’un ancien légionnaire devenu majordome dans LES TOURMENTÉS de Lucas Belvaux, pour ne citer qu’eux.
Il compose ici un personnage d’employé de maison usé par les petites humiliations quotidiennes infligées par son patron et qui n’aspire qu’à devenir riche. Un personnage maladroit, à la limite du pathétique et à qui Ramzy apporte une dimension burlesque bienvenue. Un registre sur le fil entre drame et comédie dans lequel le comédien excelle.

Quant à Sami Outalbali, il incarne avec beaucoup de subtilité Mehdi, un personnage directement inspiré du vécu d’Antony Cordier. Le réalisateur qui se décrit comme un “transfuge de classe” connaît donc bien de l’intérieur les contradictions et les complexes de ce personnage, véritable chien dans un jeu de quilles.

Vous l’aurez compris, CLASSE MOYENNE est une savoureuse satire sociale portée par un casting 5 étoiles, des dialogues réjouissants de cruauté et une mise en scène alerte.
Dans un monde où le politiquement correct règne en maître, voilà une comédie qui fait un bien fou !  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

 

Panopticon – Il voyage en solitaire…

Panopticon – Il voyage en solitaire…

PANOPTICON (Panoptikoni)

Un film de George Sikharulidze
Scénario de George Sikharulidze
Avec Malkhaz Abuladze, Data Chachua, Salome Gelenidze, Maia Gelovani, Andro Japaridze…
Drame – 2025 – Géorgie – 1h35

Sortie en salles le 24 septembre

L’histoire
Lorsque le père de Sandro décide de devenir moine orthodoxe, l’adolescent introverti se retrouve livré à lui-même. Il se débat au quotidien pour faire coexister son devoir envers Dieu, son besoin d’amour et son idée de la virilité… Mais comment trouver sa place quand on est sans repère dans une Georgie post-soviétique à la fois si turbulente et si pieuse ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***

Avec PANOPTICON, son premier long-métrage, le réalisateur Géorgien George Sikharulidze brosse le portrait ambitieux d’un jeune homme mal dans sa peau et à la personnalité complexe, à la fois puritaine et perverse…
Sandro est tenaillé entre son éducation religieuse, sa tentation d’un nationalisme radical, ses pulsions sexuelles et son devoir de loyauté envers des parents absents.  

Car, on le comprend très vite, Sandro qui vit dans une grande solitude cherche sa voie. Il est en quête de figures adultes pour combler son manque affectif. Une figure que le jeune homme pense trouver à travers Natalia (subtile composition de Ia Sukhitashvili), la mère d’un camarade de foot, qui devient tout à la fois une mère de substitution et l’objet de ses fantasmes.

Ce n’est bien sûr pas un hasard si au détour d’une séquence, le spectateur est invité à revoir quelques images du film de François Truffaut LES 400 COUPS, que Sandro découvre un soir à la télé.
Même s’il a quatre ans de plus qu’Antoine Doinel, le héros de ce classique du cinéma français, le jeune homme partage avec lui un rapport aux femmes compliqué et un même caractère impétueux.

À travers le portrait sans fard de Sandro, remarquablement incarné par Data Chachua, George Sikharulidze dénonce avec aplomb l’oppression exercée par une société géorgienne post-soviétique empreinte de tabous, de violence et de xénophobie…

On lui sait gré d’offrir à son jeune anti-héros, une forme de rédemption au cours de la délicate séquence de fin de son film. Tout n’est peut-être pas perdu…   

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

 

Les tourmentés – Interview de l’équipe du film

Les tourmentés – Interview de l’équipe du film

LES TOURMENTÉS

INTERVIEW LUCAS BELVAUX, LINH-DAN PHAM & NIELS  SCHNEIDER

C’est fin août lors de la 18em édition du Festival du Film Francophone d’Angoulême que nous avons eu l’immense plaisir de rencontrer Lucas Belvaux et deux de ses comédiens Linh-Dan Pham et Niels Schneider pour parler de ce film né à l’origine de l’envie du réalisateur de proposer une adaptation du film de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, LES CHASSES DU COMTE ZAROFF.

LES TOURMENTÉS

Un film de Lucas Belvaux
Scénario de Lucas Belvaux, d’après son roman éponyme Les tourmentés
Avec Ramzy Bedia, Linh-Dan Pham, Niels Schneider, Déborah François…
Drame – 2025 – France – 1h53

Sortie en salles le 17 septembre

L’histoire
Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. “Madame”, veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

LES TOURMENTÉS est un film qui marque une grande première dans la carrière de Lucas Belvaux puisqu’à sa casquette de réalisateur-scénariste s’ajoute désormais celle d’auteur avec son premier roman éponyme publié avec succès en 2022.

Et c’est donc à l’adaptation de ses propres écrits que s’est attaqué le cinéaste pour cet excellent et déroutant thriller existentiel.

Bien plus qu’une simple histoire de chasse à l’homme, ce qui semble avoir intéressé le réalisateur (et nous autres spectateurs) c’est la dimension humaine de son récit et notamment la question du prix d’une vie humaine et celle d’une possible rédemption.

Habilement mis en scène, le film est porté par son formidable casting Ramzy Bedia, Linh-Dan Pham, Niels Schneider et Déborah François.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

LES TOURMENTÉS

Un film de Lucas Belvaux
Scénario de Lucas Belvaux, d’après son roman éponyme Les tourmentés
Avec Ramzy Bedia, Linh-Dan Pham, Niels Scheneider, Déborah François…
Drame – 2025 – France – 1h53

Sortie en salles le 17 septembre

L’histoire
Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. “Madame”, veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

LES TOURMENTÉS est un film qui marque une grande première dans la carrière de Lucas Belvaux puisqu’à sa casquette de réalisateur-scénariste s’ajoute désormais celle d’auteur avec son premier roman éponyme publié avec succès en 2022.

Et c’est donc à l’adaptation de ses propres écrits que s’est attaqué le cinéaste pour cet excellent et déroutant thriller existentiel.

Bien plus qu’une simple histoire de chasse à l’homme, ce qui semble avoir intéressé le réalisateur (et nous autres spectateurs) c’est la dimension humaine de son récit et notamment la question du prix d’une vie humaine et celle d’une possible rédemption.  

Habilement mis en scène, le film est porté par son formidable casting Ramzy Bedia, Linh-Dan Pham, Niels Schneider et Déborah François.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

LE + CIN’ÉCRANS

C’est fin août lors de la 18em édition du Festival du Film Francophone d’Angoulême que nous avons eu l’immense plaisir de rencontrer Lucas Belvaux et deux de ses comédiens Linh-Dan Pham et Niels Schneider pour parler de ce film né à l’origine de l’envie du réalisateur de proposer une adaptation du film de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, LES CHASSES DU COMTE ZAROFF.

INTERVIEW LUCAS BELVAUX, LINH-DAN PHAM & NIELS SCHNEIDER

Nino, magnétique et bouleversant Théodore Pellerin

Nino, magnétique et bouleversant Théodore Pellerin

NINO

Un film de Pauline Loquès
Scénario de Pauline Loquès avec la collaboration de Maud Ameline
Avec Théodore Pellerin, William Lebghil, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar, Camille Rutherford, Mathieu Amalric…
Drame – 2025 – France – 1h36

Sortie en salles le 17 septembre

L’histoire
Dans trois jours, Nino devra affronter une grande épreuve. D’ici là, les médecins lui ont confié deux missions. Deux impératifs qui vont mener le jeune homme à travers Paris, le pousser à refaire corps avec les autres et avec lui-même.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****1/2

Avec ce premier long-métrage présenté en mai dernier à La Semaine de la Critique à Cannes, Pauline Loquès affirme déjà un regard très sûr.

Son portrait subtil de Nino, un jeune homme qui s’apprête à affronter l’épreuve de sa vie nous cueille sans effort.
La réalisatrice pose un regard d’une grande délicatesse sur ce personnage bousculé par la vie, sans jamais s’apitoyer sur son sort.

Un bon conseil, ne vous laissez pas rebuter par le point de départ assez noir de ce film qui, au final, n’est jamais plombant.
En effet, sans jamais faire abstraction de la cruelle réalité de la situation de Nino, Pauline Loquès a choisi d’évoquer la maladie sous un angle différent et invite le spectateur à une réflexion pertinente sur la résilience, à travers le récit des heures qui précèdent le début du traitement de Nino.
La réalisatrice nous invite à le suivre dans sa déambulation introspective, au cœur du 19eme arrondissement de Paris, faite de rencontres parfois drôles, souvent inattendues mais toujours très sincères et touchantes.

NINO est un premier film intense et d’une infinie pudeur, porté par la grâce et la sobriété de sa mise en scène mais aussi et surtout peut-être par l’intelligence de jeu et la sensibilité exacerbée de son interprète principal, l’enthousiasmant mais trop méconnu Théodore Pellerin (GENÈSE, CHIEN DE GARDE, SOLO).

Pauline Loquès s’affranchit avec une belle réussite des principaux écueils (notamment celui du pathos) qui pouvaient se dresser devant elle, avec la complicité de l’excellent Théodore Pellerin et celle plus discrète mais tout aussi indispensable de ses partenaires. Des seconds rôles extrêmement bien écrits et formidablement incarnés, notamment par Jeanne Balibar, Salomé Dewaels et William Lebghil.

Courez donc célébrer en salles NINO dont nous ne sommes pas près d’oublier le regard et la détermination de vie.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Connemara, un tourbillon émotionnel signé Alex Lutz !

Connemara, un tourbillon émotionnel signé Alex Lutz !

CONNEMARA

Un film d’Alex Lutz
Scénario d’Alex Lutz, Amélia Guyader & Hadrien Bichet d’après l’œuvre de Nicolas Mathieu
Avec Mélanie Thierry, Bastien Bouillon, Jacques Gamblin, Eliot Giraud, Bruno Sanches, Alexandre Auvergne…
Drame – 2025 – France – 1h55

Sortie en salles le 10 septembre

L’histoire
Issue d’un milieu modeste, Hélène a quitté depuis longtemps les Vosges. Aujourd’hui, elle a la quarantaine. Un burn-out brutal l’oblige à quitter Paris, revenir là où elle a grandi, entre Nancy et Epinal. Elle s’installe avec sa famille, retrouve un bon travail, la qualité de vie en somme… Un soir, sur le parking d’un restaurant franchisé, elle aperçoit un visage connu, Christophe Marchal, le beau hockeyeur des années lycée. Christophe, ce lointain objet de désir, une liaison qu’Hélène n’avait pas vu venir… Dans leurs étreintes, ce sont deux France, deux mondes désormais étrangers qui rêvent de s’aimer. Cette idylle, cette île leur sera-t-elle possible ?

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

S’il n’a pas réussi à obtenir les droits d’adaptation de LEURS ENFANTS APRÈS EUX qu’il convoitait (ce sont finalement les frères Boukherma qui ont adapté le roman de Nicolas Mathieu), Alex Lutz a obtenu ceux de CONNEMARA, du même auteur.
Et le spectateur ne peut que s’en réjouir, tant la réussite est au rendez-vous.

Avec ce quatrième long-métrage, Alex Lutz affirme haut et fort ses qualités de metteur en scène pour nous offrir une œuvre profondément originale et personnelle, tout en conservant l’acuité de la plume de Nicolas Mathieu. On retrouve, notamment, dans ce film intense tout ce qui fait le sel de l’écriture du romancier à travers la peinture de cette France provinciale qu’il sait décrire comme personne et sans condescendance aucune.  

Pour mettre en image ce récit d’un autre, le cinéaste a fait des choix de mise en scène assez audacieux avec notamment un beau sens de l’ellipse. Il utilise aussi et avec beaucoup d’intelligence une voix off (choix souvent délicat), celle d’Hélène, pour que le spectateur ressente pleinement les sentiments de cette dernière. Et il a fait le choix judicieux de poser sa caméra à hauteur de cette héroïne, dont il capte le moindre soubresaut du corps, le moindre mouvement du regard, avec une bienveillance extrême.

Si ses trois premiers longs métrages (et en particulier le très original GUY) confirmaient l’acuité et le sens de l’observation inné d’Alex Lutz, CONNEMARA révèle un formidable cinéaste, avec un point de vue affirmé sur son récit et ses personnages.

Il fallait que ses comédien.ne.s fassent une confiance absolue au regard de leur réalisateur pour accepter que sa mise en scène soit aussi intrusive.  En effet, la caméra d’Alex Lutz colle au plus près des corps, sans jamais néanmoins, mettre le spectateur dans une situation embarrassante ou voyeuriste.  

Les mots vont finir par manquer pour dire à quel point Mélanie Thierry est une actrice exceptionnelle, jusque dans ses silences… Son regard dans ce film est une nouvelle fois bouleversant et son jeu d’une intensité et d’une justesse inouïes.

Il serait injuste de passer sous silence la performance subtile, toute en fragilité, de son principal partenaire de jeu, l’excellent Bastien Bouillon. Lauréat du César du Second rôle en 2023 pour LA NUIT DU 12, il est devenu en quelques mois (alors qu’il tourne depuis des années), un acteur absolument indispensable à notre paysage cinématographique, à travers des films aussi différents que LE COMTE DE MONTE CRISTO, PARTIR UN JOUR ou AUX JOURS QUI VIENNENT.

La puissance et la sensualité que dégage le duo Mélanie Thierry / Bastien Bouillon est pour beaucoup dans l’immense plaisir que l’on prend à la découverte de CONNEMARA.
Mais nul doute que vous serez également bluffé par la mise en scène inspirée d’Alex Lutz qui, avec cette une œuvre fiévreuse, vibrante, charnelle, signe sans aucun doute, son film le plus abouti, le plus enthousiasmant.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans