Petit miracle pour Gad Elmaleh

Petit miracle pour Gad Elmaleh

RESTE UN PEU

Comédie– France – 2022 – 1h26
Réalisation : Gad Elmaleh
Scénario : Gad Elmaleh & Benjamin Charbit

Distribution : Gad Elmaleh, Régine Elmaleh, David Elmaleh, Judith Elmaleh…

Sorti en salles le 16 novembre 2022

Disponible en DVD & VOD le 16 mars 2023 – Studio Canal
16/9 – Français DD 5.1 & 2.0 – Audiodescription – Sous-titres pour sourds et malentendants

Le pitch
Après trois années à vivre l’« American dream » Gad Elmaleh décide de rentrer en France. Sa famille et ses amis lui manquent. Du moins, c’est la réponse officielle pour justifier son retour… car Gad n’est pas (seulement) rentré pour le couscous de sa mère. Non, c’est une autre femme qu’il vient retrouver à Paris… la Vierge Marie.

Le film ***
Soyons honnête ! 14 ans après COCO, premier film un peu “tape à l’œil” de Gad Elmaleh, on n’attendait pas forcément grand-chose de la seconde réalisation de l’humoriste chouchou des Français. On avait tort !
De la comédie décomplexée à l’autofiction, il n’y a qu’un pas que Gad Elmaleh franchit avec une belle santé. Le comédien y fait part de ses questionnements sur son rapport à la religion et sur le poids de l’injonction familiale, avec la complicité bienveillante et parfois exaspérée de ses parents, qui jouent leur propre rôle. A mi-chemin entre le documentaire existentialiste et la comédie familiale, RESTE UN PEU touche juste. Gad Elmaleh y pointe avec malice et insolence les pièges du communautarisme et nous livre une réflexion intime sur le sens de la vie… de sa vie.

Religion et famille, une association qui ne fait pas toujours bon ménage…
Alors, faut-il se résoudre à mentir par amour ? La question est posée avec humour et distance.

Bonus ***
Entretien avec Pierre-Henri Salfati et père Barthélémy (33’)
Scènes coupées (20’)

Pour compléter judicieusement la découverte de RESTE UN PEU, Ava Cahen (rédactrice en chef de la revue FrenchMania et Déléguée Générale de la Semaine de la Critique à Cannes) nous convie à une discussion très libre et curieuse, qui va bien au-delà du film, entre le père Barthélémy et le rabbin Pierre-Henri Salfati.

L’occasion pour les deux hommes de foi de revenir sur les circonstances de leur rencontre avec Gad Elmaleh et sur les enjeux du film.
Un long métrage atypique qui représente un challenge intéressant pour le père Barthélémy, à qui Gad Elmaleh a demandé de jouer en essayant de rester le plus proche du moment de leur rencontre.
Pour le prêtre, RESTE UN PEU présente la particularité d’avoir un vrai souffle spirituel tout en répondant aussi aux codes de l’humour et de la comédie. On ne saurait mieux dire…

20 belles minutes de scènes coupées viennent compléter ce premier et conséquent bonus.

Des séquences qui présentent, quasiment toutes, un véritable intérêt narratif et dont on aurait aimé connaitre, de la part du réalisateur, les raisons de leur absence.

On retiendra en particulier la longue et émouvante scène où Gad découvre le « cockpit » de son père et la frustration de ce dernier n’avoir jamais trouvé un rôle au cinéma.

Autres séquences à retenir, la rencontre entre sœur Catherine et Régine, la mère de Gad Elmaleh qui s’interroge sur la crise de foi de son fils ou bien encore la réjouissante battle de mots autour des religions entre Gad et le comédien Mehdi Djaadi

 

Henry Fonda, Le Maudit en cavale pour Fritz Lang

Henry Fonda, Le Maudit en cavale pour Fritz Lang

J’AI LE DROIT DE VIVRE (You only live once)

Drame – Policier – 1937 – 1h26 (Blu ray) 1h23 (DVD) – France – Allemagne – Etats-Unis
Réalisation : Fritz Lang
Scénario : Gene Towne, C.Graham Baker
Distribution : Sylvia Sidney, Henry Fonda, Barton MacLane, Jean Dixon, William Gargan, Jerome Cowan…

Sorti en salles le 28 mai 1937
Disponible en combo Blu ray / DVD le 29 mars – Studio Canal

16/9 – Noir et blanc. Anglais 2.0 mono– Sous-titres français

Le pitch
Au terme d’un troisième séjour en prison, Eddie Taylor est bien décidé à se réinsérer et à mener une vie paisible en compagnie de sa fiancée. Mais le destin va s’acharner contre lui. Accusé à tort d’un crime, il tente d’échapper à la police. Une chasse à l’homme est alors organisée…

 

L’avis Cin’Écrans
Exilé volontaire aux Etats-Unis (après un rapide détour par la France) suite à la proposition de Goebbels de prendre la direction d’un nouveau studio nazi, le cinéaste allemand, Fritz Lang, réalise en 1936 FURY, son premier film américain. Un long métrage remarquable suivi très rapidement en 1937 par J’AI LE DROIT DE VIVRE.
Moins réputé que FURY ou les grands films de sa période allemande (de METROPOLIS à M LE MAUDIT en passant par LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE), ce second film américain du réalisateur allemand mérite néanmoins le détour.
Plus qu’une simple curiosité, J’AI LE DROIT DE VIVRE creuse à nouveau le sillon de des obsessions du cinéaste en traquant notamment l’aveuglement de la justice et le poids de la fatalité.
Ce film noir, magistralement mis en scène (avec toujours cette lumière et ce sens du cadre incroyable) est également l’occasion de découvrir dans un de ses premiers grands rôles, Henry Fonda, alors âgé de 32 ans.

Bonus
Préface de Jean-Baptiste Thoret (environ 6mn)
J’AI LE DROIT DE VIVRE, revu par Jean-Loup Bourget (environ 1H)

Deux bonus sont proposés en complément du film, dont un riche entretien avec Jean-Loup Bourget, professeur d’études cinématographiques et critique pour la revue Positif.

Auteur de « Fritz Lang, ladykiller », Jean-Loup Bourget connait son sujet et revient dans un conséquent supplément sur la carrière du cinéaste allemand et nous livre une analyse complète du film.

Quant à Jean-Baptiste Thoret, il nous livre une présentation classique mais judicieuse de ce long-métrage qui constitue le 57ème de sa belle collection « Make my day »

En salle – Goliath – Passionnant et implacable

En salle – Goliath – Passionnant et implacable

- GOLIATH -

GOLIATH de Frédéric Tellier avec Pierre Niney, Gilles Lellouche, Emmanuelle Bercot, Laurent Stocker, Yannick Renier, Chloé Stéfani, Marie Gillain, Jacques Perrin…
Drame – Thriller 2021 – 2H02 – France
Sortie en salles le 9 mars 2022

France, professeure de sport le jour, ouvrière la nuit, milite activement contre l’usage des pesticides. Patrick, obscur et solitaire avocat parisien, est spécialiste en droit environnemental. Mathias, lobbyiste brillant et homme pressé, défend les intérêts d’un géant de l’agrochimie. Suite à l’acte radical d’une anonyme, ces trois destins, qui n’auraient jamais dû se croiser, vont se bousculer, s’entrechoquer et s’embraser.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Avec GOLIATH, son troisième long-métrage, Frédéric Tellier persiste et signe un passionnant et implacable thriller, porté par un scénario brillant et formidablement documenté qu’il a cosigné avec Simon Moutaïrou.
A travers ce film choral magistralement mis en scène, le réalisateur de L’AFFAIRE SK1 propose aux spectateurs, deux heures durant, une plongée en apnée dans le quotidien de trois personnages principaux, aux intérêts plus que divergents.  

2/ Trois ans après SAUVER OU PERIR, Frédéric Tellier a eu l’excellente idée de demander à Pierre Niney d’incarner ce personnage de lobbyiste sans scrupules, en charge de défendre les intérêts d’un géant de l’agrochimie. Le contraste entre la sympathie immédiate que dégage généralement le comédien et le cynisme glaçant, assumé de son personnage dans GOLIATH est saisissant. Du drame absolu à la comédie, il semble pouvoir se fondre dans tous les univers et tout jouer. La suite de sa carrière s’annonce palpitante.

3/
Si l’acteur est désormais un habitué du cinéma de Frédéric Tellier, pour Emmanuel Bercot et Gilles Lellouche, ce GOLIATH de haute tenue est une première. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont au diapason de l’excellence du film et de la prestation de Pierre Niney.
En quelques films (de PUPILLE à BAC NORD en passant par ADIEU MONSIEUR HAFFMANN, en attendant sa composition dans le personnage d’Obélix), la carrière d’acteur de Gilles Lellouche a pris une ampleur inédite et  une passionnante tournure… Son personnage d’avocat fatigué mais pugnace restera comme un sommet de son déjà riche parcours.
Quant à Emmanuelle Bercot, l’intensité et la subtilité de son jeu arrive à faire oublier quelle excellente réalisatrice (LA TETE HAUTE, DE SON VIVANT…), elle est aussi !

Interview – En attendant Bojangles – Régis Roinsard

Interview – En attendant Bojangles – Régis Roinsard

"Romain... Au-delà de l'acteur qu'il est, c'est l'homme que j'aimerais être "

3 films en 10 ans, POPULAIRE en 2012, LES TRADUCTEURS en 2020, EN ATTENDANT BOJANGLES en ce mois de janvier 2022. Régis Roinsard prend son temps. Et il a bien raison, tant le scénariste – réalisateur soigne à la fois le fond et la forme de ses films.

Son petit dernier, coécrit avec son fidèle complice Régis Compingt, est librement adapté du roman éponyme d’Olivier Bourdeaut, énorme succès depuis sa sortie en librairie en 2016.

L’histoire est celle de la folle histoire d’amour fou qui lie Camille et Georges. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où Camille va trop loin, contraignant Georges et leur fils Gary à tout faire pour éviter l’inéluctable…

C’est dans le cadre du Festival du film de société de Royan, où EN ATTENDANT BOJANGLES a remporté le Prix de la meilleure mise en scène et le Prix des lycéens, que j’ai eu le grand plaisir d’échanger avec son heureux réalisateur.

Cin’Ecrans : Comme POPULAIRE, votre premier long-métrage, EN ATTENDANT BOJANGLES est ancré au cœur des années 50-60. Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans cette époque ?
Régis Roinsard : Je crois que je préfère les films en costumes ou d’époque, parce que c’est comme un prisme. Je peux traverser le costume, traverser le décor pour dire des choses personnelles, alors que frontalement et de manière naturaliste, je pense que ce serait plus difficile pour moi. C’est un peu un masque, mais je tente de le percer pour trouver des choses plus intimes et peut être plus fortes.

Je me suis aperçu très récemment et c’est très bizarre en fait, même s’il y a une sorte d’évidence, que la plupart des réalisateurs qui m’ont marqué sont des gens qui n’ont fait quasiment que des films en costumes. J’adore Sergio Leone et il n’a fait que des westerns, ou un péplum au tout début. Les frères Coen n’ont fait qu’un film contemporain. Ce ne sont que des exemples et il y en a bien d’autres, mais je me suis dit « Ah, c’est marrant, je n’y avais pas pensé ».
Et là, pourquoi cette période-là ? Parce que ça se passe un peu dans les années 50, mais surtout dans les années 60 que je vénère, que j’avais envie de filmer cette époque et cette période de cinéma avec en particulier le cinéma italien, et ce que ça peut dégager esthétiquement comme couleur.  Il y a aussi la musique et beaucoup d’autres éléments comme ça.

J’avais envie d’un film flamboyant et avec du souffle mais j’aurais pu aussi l’ancrer dans les années 80 parce que c’est une période un peu folle, en France en particulier. Le film se déroule dans les années 60 mais pour les fêtes, on avait en références plus des choses comme ce qui s’est passé à Paris, au Palace dans les années 80, où tout le monde, toutes les classes se mélangeaient. Et il y avait aussi la dimension psychiatrique car c’est une époque où les traitements psychiatriques ont meurtri les corps pour guérir l’esprit et ça m’intéressait aussi de traiter le film de cette manière.

Comment est née l’envie d’adapter le roman d’Olivier Bourdeaut et de réaliser ce film sur l’amour fou, la folie de l’amour… ?
Régis Roinsard :  En fait, ce qui s’est passé, c’est que plein de gens m’ont dit « Je viens de lire En attendant Bojangles, c’est génial, très émouvant et c’est toi qui dois en faire l’adaptation ! » Ça n’a pas arrêté pendant dix, quinze jours et j’ai donc regardé sur Internet quel était ce livre. J’ai vu qu’il se vendait très bien et que les critiques étaient dithyrambiques, de Télé Star à Libération, ce qui était quand même assez fou.
Ma première réaction a été de dire « non, non, non, ça ne m’intéresse pas, c’est too much ! ». C’est un peu comme quand on vous dit qu’un film, est génial et qu’on n’a pas envie de le voir. Et donc, moi, je n’avais pas envie de le faire.
Ensuite, je ne me sentais pas prêt à adapter un livre car je n’ai écrit pour l’instant que des œuvres originales et travaillé que sur des projets de scénarios originaux.

Même si c’était vraiment anecdotique dans la conversation, je finis par raconter cette histoire à un jeune producteur que je n’appelais pas du tout pour ça. Je lui dis « c’est bizarre, tout le monde m’appelle pour me dire que je dois adapter En attendant Bojangles ! ». Et là, il me dit « Ecoute, je suis à une terrasse de café, je viens de le finir, je suis en larmes. C’est toi qui dois le faire et on le fait ensemble ! » Et ça s’est fait comme ça.
Après, il y a encore eu beaucoup de choses. Je l’ai notamment fait lire à ma femme qui m’a dit « Si tu ne le fais pas, je te quitte » (rire). Il y avait un truc d’alignement des planètes qui était un peu bizarre quand même.

Comme je suis un féru de cinéma, je me souviens d’anecdotes à propos de réalisateurs, et attention, je ne me compare pas du tout à eux évidemment, mais par exemple Francis Ford Coppola ne voulait absolument pas faire LE PARRAIN parce qu’il détestait le roman. Tout le monde l’a poussé et finalement, il en a fait un film formidable. La famille de Steven Spielberg l’a poussé à faire CATCH ME IF YOU CAN (NDLR ; ARRÊTE-MOI SI TU PEUX) donc, parfois, on se dit que quand il y a des trucs comme ça, il faut les entendre et j’ai entendu ! Il ne faut pas avoir de regrets.

Exils - Romain Duris & Lubna Azabal

Comment s’approprier l’histoire d’un autre, comment avez-vous procédé avec votre fidèle coscénariste Romain Compingt pour adapter le roman d’Olivier Bourdeaut ?  
Régis Roinsard : Le point de départ et la chose la plus importante est que j’ai rencontré l’auteur, je lui ai dit que j’allais le trahir et que je pouvais même le trahir énormément…
Et il a souri. Là, je me suis dit « c’est bon ! ». C’est-à-dire que je pouvais être libre dans tout, je n’avais pas à me poser la question « Est-ce que je dois lui plaire ? Est-ce que je dois plaire à la maison d’édition ? Est-ce que je dois plaire au lecteur ? » car c’est quand même 900 000 exemplaires vendus…
Donc, je me suis dit « Je fais le film que j’ai envie de faire ». Mais il y a un double regard sur ce récit parce que d’abord il y a le scénario et l’adaptation faite avec Romain Compingt, avec qui j’avais écrit mes deux précédents films. J’étais sûr que ça allait lui plaire parce que je sais qu’il adore les personnages féminins comme ça, fantasques.
Avec Romain, on a construit la base de cette adaptation, à travers le style qu’on voulait y mettre, à travers une structure qui est différente de celle du livre et puis à travers les points de vue aussi. Une fois qu’on s’était mis d’accord sur ces points, on s’est dit que c’était Romain qui allait écrire tous les dialogues et leur adaptation.
Ça peut paraitre étrange, mais en ayant ce recul-là, je pouvais m’accaparer ces dialogues et les rendre encore plus personnels. Parfois quand on écrit des choses, au fond c’est trop proche de soi, on peut donc s’autocensurer et ne pas dire les choses. Pour ma part, j’ai un centre de relation fluctuant entre ce que je peux dire personnellement et ce que je ne peux pas dire. J’essaie de débloquer ça et là, ça me permettait de le faire.

Bizarrement, alors que je peux me retrouver, très, très intimement dans les personnages de POPULAIRE ou des TRADUCTEURS, là ce n’était pas le cas, ce n’est pas moi. Et donc, d’un seul coup, je me battais encore plus pour ces personnages.  
Récemment mon mixeur, Cyril Holtz qui est un grand mixeur, m’a dit en voyant le film « Qu’est-ce que c’est courageux de faire un film qui raconte une telle histoire d’amour dans le paysage cinématographique actuel ». Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte parce que c’était assez naturel mais c’est vrai que c’est complètement anachronique, presque de raconter une telle histoire d’amour à l’écran. Et puis, c’est quelque chose d’hybride parce que c’est une comédie mais aussi un drame, mais pas que…
Le terme exact, peut-être, mais je n’en suis pas certain, ce serait comédie mélodramatique musicale, mais c’est un peu long (sourire). En même temps, on ne raconte pas 1 milliard de choses parce qu’il vaut mieux raconter précisément une ou deux choses que d’en raconter 10 000 dans un film !

Comment avez-vous composé votre casting ?
Régis Roinsard :
Pour les personnages de Camille et Georges, je ne les ai pas choisis individuellement. Je me suis dit « Choisissons un couple ». Donc j’ai mis des photos d’acteurs français et le choix a été très, très rapide. Au final, j’ai dit « Wow !  Je ne les ai jamais vus ensemble à l’écran et j’en ai trop envie ». J’adore Virginie depuis le début, même dans des trucs pourris, et que les autres réalisateurs ne m’en veuillent pas, mais je la trouvais toujours très bien. Quant à Romain, j’ai déjà travaillé avec lui sur POPULAIRE et au-delà de l’acteur qu’il est, c’est l’homme que j’aimerais être parce que je le connais un peu personnellement. Il est tellement généreux, tellement pas calculateur…
Donc on leur a envoyé le scénario en même temps. Ils savaient, tous les deux, que l’autre lisait et ils ont accepté en même temps.
Pour un film assez lourd, comme celui-ci, avec notamment des costumes et un enfant très présent et brillant comme Solan Machado-Graner … il vaut mieux avoir des Stradivarius comme eux.
Avant de commencer le film, j’ai rencontré Mikhaël Hers, le réalisateur d’AMANDA, parce que je trouvais la petite fille de son film formidable. Je lui ai demandé comment travailler avec les enfants, avec notamment la contrainte du temps légal de tournage réduit. Il m’a dit « Il faut que les acteurs adultes soient hyper bons tout de suite pour que ça fonctionne. Et donc avec Romain, Virginie plus Grégory (NDLR, Gadebois), autre Stradivarius, c’était plus simple en fait.  Ça nous permettait également de gagner du temps et donc de changer un peu des choses du scénario, d’improviser et d’être plus libre…

Que pouvez-vous nous dire à propos de votre mise en scène qui ose beaucoup. Elle assume aussi certains partis-pris qui nous ramènent à un cinéma qu’on ne voit pratiquement plus, un peu à la manière d’Hitchcock. Je pense notamment à la séquence en voiture au début du film ?
Régis Roinsard : 
Le procédé que j’utilise est complètement hitchcockien, pour le coup, parce qu’Hitchcock ne faisait pas ses écrans projetés juste parce que, techniquement, c’était la méthode qu’il fallait employer à l’époque. Non, il y a plein de plans qui peuvent se faire de manière naturelle, mais en faisant un écran projeté d’un seul coup, ça crée du rêve et de l’étrangeté.
Et dans ce film, comme les deux personnages commencent à vivre dans le rêve, je me suis dit que j’allais employer la même technique pour obtenir la même sensation. Et le truc assez marrant, c’est que d’un seul coup, je peux faire un mouvement de caméra impossible à réaliser à cette époque puisqu’on contourne complètement l’écran. Donc, l’idée c’est aussi de s’amuser avec ça. Et surtout, j’ai voulu beaucoup de mouvement avec du sens, mais aussi beaucoup de souffle. Je voulais, que ce soit fougueux, le plus souvent possible.

Comme dans les scènes de danse dont celle, assez magique, qui se déroule à l’extérieur du château… Comment avez-vous préparé et imaginé leurs mises en images ?
Régis Roinsard :
La mise en images, elle est déjà à l’écriture du scénario avec Romain, avec qui on en a beaucoup parlé. Comme je le disais, je voulais que ce soit fougueux. C’est vrai aussi que, maintenant, j’ai quand même un peu d’expérience après avoir réalisé de nombreux courts métrages et des clips musicaux, ça commence à venir très naturellement. Je ne me pose pas trop de questions et le sens, finalement, arrive. J’aime beaucoup l’aspect collaboratif d’un film, donc avec mon chef op, on travaille beaucoup ensemble, on établit des plans, on reconstruit par rapport aux repérages effectués.

Pour les séquences de danse, comme celle du tango au début du film où on avait une fenêtre de tir très petite pour tourner, on est resté deux ou trois jours à l’hôtel pour découper tous les plans en faisant des photos et en se servant d’un outil très pratique sur iPhone, où on peut simuler les bonnes optiques, les styles de caméra… Donc, on a préparé tous les plans comme ça. Et concrètement pour la danse, c’est Marion Motin qui a travaillé, entre autres, avec Stromae ou Christine and the Queens, qui a fait les chorégraphies. L’important était de donner du sens dramatique à la danse, sans forcer la technique. Il fallait surtout laisser beaucoup de place à l’interprétation et à l’intensité de l’incarnation. Et je dois dire que je suis relativement fier de cette séquence dont vous parlez.

Propos recueillis par Jean-Luc Brunet.
Remerciements à Audrey Grimaud, au cinéma Le Lido de Royan et à son directeur Guillaume Mousset pour l’organisation de cet entretien.

En salle – L’origine du monde, atout cœur !

En salle – L’origine du monde, atout cœur !

- L'Origine du monde -

L’ORIGINE DU MONDE de Laurent Lafitte avec Laurent Lafitte, Karin Viard, Vincent Macaigne, Hélène Vincent & Nicole Garcia…
Comédie – 2020 – 1H38
Sortie en salles le 15 septembre 2021

Jean-Louis réalise en rentrant chez lui que son cœur s’est arrêté. Plus un seul battement dans sa poitrine, aucun pouls, rien. Pourtant, il est conscient, il parle, se déplace. Est-il encore vivant ? Est-il déjà mort ? Ni son ami vétérinaire Michel, ni sa femme Valérie ne trouvent d’explication à cet étrange phénomène…

L’ORIGINE DU MONDE a fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Pari O combien gonflé d’adaptation de la pièce de théâtre de Sébastien Thierry, ce premier film de Laurent Lafitte, devant et derrière la caméra est une véritable réussite. Il s’affranchit avec aisance du risque de théâtre filmé, en jouant pleinement avec les codes du cinéma. Un réalisateur est né et l’on attend avec impatience de voir à quelle histoire il prêtera son singulier talent et son regard aiguisé.

2/ Le quatuor de comédiens principaux s’en donne à cœur joie dans ce jeu de massacre en règle de la bienséance. Laurent Lafitte, Karin Viard, Vincent Macaigne & Hélène Vincent ont rarement eu une partition aussi réjouissante à jouer, sans oublier le personnage absolument génial de la coach de vie incarnée avec délectation par Nicole Garcia.

3/
Cela fait un bien fou de découvrir une comédie aussi originale dans le propos, osée dans la forme et surtout tellement bien écrite et dialoguée. Absolument jubilatoire, L’ORIGINE DU MONDE mérite, sans aucun doute, plusieurs visionnages afin d’en saisir toute la richesse et se réjouir ensuite par anticipation de séquences d’ores et déjà cultes (la visite d’Hélène Vincent à son fils et sa belle- fille est absolument irrésistible de drôlerie vacharde ! Entre autres…)  Touche à tout de talent, Laurent Lafitte ne se contente pas avec L’ORIGINE DU MONDE de mettre en scène avec son premier film, il en est aussi le protagoniste principal. Malgré une ou deux scènes oniriques artificielles, il serait très dommage de bouder ce plaisir d’un cinéma volontiers transgressif mais tellement jouissif !