Olivia, l’imagination au pouvoir !

Olivia, l’imagination au pouvoir !

OLIVIA (Olivia y el terremoto invisible)

 

Un film d’Irene Iborra
Scénario d’Irene Iborra, Julia Prats et Maite Carranza d’après l’œuvre de cette dernière
Avec les voix françaises de Gaspard Rouyer, Maia Baran, Tim Belasri…
Animation – 2025 – Espagne – 1h11
Sortie en salles le 21 janvier 2026

L’histoire
À 12 ans, Olivia voit son quotidien bouleversé du jour au lendemain. Elle va devoir s’habituer à une nouvelle vie plus modeste et veiller seule sur son petit frère Tim. Mais, heureusement, leur rencontre avec des voisins chaleureux et hauts en couleur va transformer leur monde en un vrai film d’aventure ! Ensemble, ils vont faire de chaque défi un jeu et de chaque journée un moment inoubliable.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

En découvrant Olivia, on songe inévitablement à Courgette, autre jeune héros malgré lui dans le bouleversant film d’animation de Claude Barras MA VIE DE COURGETTE (César du meilleur film d’animation 2017).

Les deux films tournés avec la technique du stop motion ont pour autre point commun, celui de raconter l’histoire d’enfants qui découvrent qu’on peut être heureux même en traversant des périodes difficiles.

Avec OLIVIA, la réalisatrice espagnole Irene Iborra tenait à déstigmatiser la pauvreté infantile. Pari plus que réussi avec ce très joli film qui aborde sans faux semblants mais avec intelligence et délicatesse des thèmes très actuels comme la santé mentale des plus jeunes, la précarité familiale et la solidarité.

La réalisatrice parvient à traiter, sans les dramatiser, ces sujets délicats à hauteur d’enfants, grâce notamment à sa volonté d’accorder dans son récit une large place à leur capacité d’imagination. Un super pouvoir qui permet souvent aux plus jeunes de trouver un refuge réconfortant lorsque la réalité s’avère trop anxiogène.   

Si OLIVIA adopte ce point de vue des enfants il n’oublie pas de poser un regard sur le monde adulte qui se débat lui aussi face aux difficultés du quotidien, telle cette maman actrice , fragile émotionnellement, qui désespère de trouver un rôle, un travail…

Si le film évite habilement l’écueil du misérabilisme, il n’échappe pas, par instants, à une certaine forme de naïveté qui lui donne un charme certain et qui surtout, n’empêche en rien sa belle réussite.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Amour apocalypse… une comédie qui a du chien !

Amour apocalypse… une comédie qui a du chien !

AMOUR APOCALYPSE (Peak everything)

Un film d’Anne Émond
Scénario d’Anne Émond
Avec Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup
Comédie dramatique – 2025 – Canada – 1h40
Sortie en salles le 21 janvier 2026

L’histoire
Propriétaire d’un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent… c’est l’amour !

AMOUR APOCALYPSE a été présenté à La Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***

Le film d’Anne Émond est librement inspiré du propre vécu de la réalisatrice et de celui de quelques hommes de son entourage qui se sont effondrés ces dernières années, victimes d’une santé mentale défaillante.
Contrairement aux apparences et à ce que peut laisser craindre ce préambule quelque peu anxiogène, AMOUR APOCALYPSE n’est pas un fim déprimant. Bien au contraire. Il s’agit en réalité d’une comédie sentimentale, mélancolique et décalée sur fond d’éco-anxiété.
Un film saugrenu porté par la composition parfois lunaire de Patrick Hivon, parfait dans son rôle de propriétaire d’un chenil affable et dépressif.
Dommage en revanche que les personnages secondaires n’aient pas bénéficié de la même attention de la part de la scénariste réalisatrice.

Que cette petite réserve, néanmoins, ne vous empêche pas d’aller découvrir en salles cette attachante comédie québécoise, parfois bordélique, comme le reflet du chaos intérieur de son personnage principal.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Diamanti for ever

Diamanti for ever

DIAMANTI

Un film de Ferzan Özpetek
Scénario de Ferzan Özpetek, Carlotta Corradi & Elisa Casseri
Avec Luisa Ranieri, Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Kasia Smutniak, Elena Sofia Ricci, Aurora Giovinazzo, Vinicio Marchioni, Lunetta Savino…
Drame 2025 – Italie – 2h15
Sortie en salles le 21 janvier 2026

L’histoire
Un réalisateur de renom réunit ses actrices italiennes préférées pour une lecture. Il souhaite réaliser un film sur les femmes, sans pour autant leur révéler grand-chose du projet. Il les projette alors à Rome, dans les années 70, au beau-milieu d’un magnifique atelier de création de costumes de cinéma et de théâtre dirigé par deux sœurs très différentes. Dans cet univers peuplé de femmes, le bruit des machines à coudre résonne, les taffetas bruissent, passions, relations secrètes et sororité s’entremêlent.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Passé la surprise un peu déstabilisante de la double temporalité du récit avec ses nombreux protagonistes dont 18 actrices et Ferzan Özpetek, lui-même, dans le rôle du réalisateur, DIAMANTI séduit par l’originalité, de son propos et par l’élégance de sa mise en scène.

Ce quinzième long-métrage du cinéaste s’inscrit parfaitement dans la lignée de son œuvre (TABLEAU DE FAMILLE, LE PREMIER QUI L’A DIT, POUR TOUJOURS) et de son intérêt à explorer la complexité des relations humaines.

Avec DIAMANTI, le réalisateur turco-italien nous entraine au cœur d’un atelier de couture dans les années 70. Un lieu grouillant de vie où cohabitent des femmes aux parcours de vie très différents, de l’apprentie novice, à une femme victime de violences conjugales en passant par une mère en difficulté.
Cet atelier ou règnent rivalité et bienveillante solidarité est ainsi perçu comme le microcosme d’une société où se mêlent douleur, passion, frustration et élans de créativité.

Cette immersion au cœur de la création dans les années 70 est magnifiée par la direction artistique du film (si l’on excepte peut-être une bande originale trop présente), ses somptueux costumes, sa photographie chatoyante et la richesse de jeu de ses interprètes, avec une mention spéciale pour Luisa Ranieri qui incarne à merveille la complexité de son personnage Alberta.

DIAMANTI est une œuvre chorale ambitieuse et visuellement riche qui célèbre, non sans une certaine ironie, la sororité, la résilience et la force du collectif à travers le travail des « petites mains » de cet atelier de création de costumes.
Après avoir fait le bonheur du public italien il y a quelques semaines, souhaitons à DIAMANTI de trouver les faveurs du public français.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Jusqu’à l’aube… ode à la douceur !

Jusqu’à l’aube… ode à la douceur !

JUSQU’À L’AUBE (Yoake no subete)

Un film de Sho Miyake
Scénario de Kiyoto Wada & Sho Miyake
Avec Hokuto Matsumura, Mone Kamishiraishi, Ryô, Ken Mitsuishi, Kiyohiko Shibukawa…
Comédie dramatique – 2025 – Japon – 1h59
Sortie en salles le 14 janvier 2026

L’histoire
Misa et Takatoshi ne se connaissent pas encore lorsqu’ils rejoignent une petite entreprise japonaise d’astronomie. En quête d’un nouvel équilibre, ils ont délaissé une carrière toute tracée : elle, en raison d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; lui, à cause de crises de panique aiguës. Peu à peu, ils apprennent à travailler autrement, se rapprochent, s’apprivoisent… et découvrent qu’une présence suffit parfois à éclairer la nuit.

L’AVIS CIN’ÉCRANS ****

Quatre ans après LA BEAUTÉ DU GESTE, son précédent long-métrage autour d’une boxeuse sourde, Sho Miyake revient avec JUSQU’À L’AUBE, une comédie dramatique qui explore avec beaucoup de sensibilité la fragilité, la détresse psychologique mais aussi la capacité de résilience de ses deux personnages principaux.

Ce nouveau film profondément humaniste et bercé d’une douce mélancolie dresse avec tact le portrait d’êtres humains en proie à la solitude et à la tristesse qui parviennent, non sans mal, à terrasser leurs maux par l’empathie et l’entraide.

Par la douce ironie du regard qu’il porte sur la situation inconfortable, et parfois ubuesque, que traversent Misa et Takatoshi au sein de la société qui les emploie, le cinéaste japonais signe une chronique sensible et contre toute attente pleine d’espoir.

JUSQU’À L’AUBE est une œuvre délicate et contemplative mais jamais ennuyeuse. Un film lumineux, porté par la grâce de ses deux principaux interprètes Hokuto Matsumura et Mone Kamishiraishi, dont le souvenir nous hante durablement.

Autant dire que l’on attend avec impatience le prochain film du cinéaste japonais UN ÉTÉ EN HIVER, lauréat du Léopard d’Or en août dernier au Festival de Locarno, annoncé par son distributeur français Art House Films pour début 2027. Patience…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Film découvert dans le cadre du Festival du film de société de Royan 2025.

Jusqu’ici… Tout va bien

Jusqu’ici… Tout va bien

TOUT VA BIEN

Un film de Thomas Ellis
Scénario de Thomas Ellis
Documentaire – 2025 – France – 1h26
Sortie en salles le 7 janvier 2026

L’histoire
Âgés de 14 à 19 ans, cinq adolescents ont traversé des déserts et des mers, seuls. Arrivés à Marseille, ces filles et garçons portent en eux l’espoir brûlant d’une nouvelle vie. Ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour certains une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…

L’AVIS CIN’ÉCRANS ***1/2

Aminata avait 14 ans quand elle a fui la Guinée pour rejoindre Marseille. Khalil a 16 ans, il est algérien et ne parle pas français quand il débarque dans la cité phocéenne mais sa détermination impressionne. Junior est arrivé de Côte d’Ivoire après un long et dangereux périple avec le secret espoir de devenir footballeur professionnel. Arrivés eux aussi de Côte d’Ivoire, Abdoulaye et Tidiane ont respectivement 14 et 16 ans, mais ce dernier doit prouver son âge aux autorités pour rester avec son jeune frère…

Avant toute chose, saluons la volonté première de Thomas Ellis de raconter, avec TOUT VA BIEN, l’immigration autrement, à hauteur d’adolescents.
Le réalisateur suit ainsi cinq jeunes migrants dont les parcours d’intégration se passent bien même si, évidemment, rien n’est simple. Autant dire qu’il va à l’encontre de bien des discours actuels, trop souvent catastrophistes et racistes.

Du voyage sans retour qui a amené ses protagonistes à Marseille, Thomas Ellis ne dit rien, même si un judicieux travail sur le son et des images de caméra subjectives amène le spectateur à ressentir profondément ce voyage intime et violent.

Sans jamais alourdir son propos de commentaires, le cinéaste suit Aminata, Khalil, Junior, Abdoulaye et Tidiane dans leur envie de trouver leur place, de se construire une vie à leur image, seuls sans leurs parents, mais avec l’aide ponctuelle et la bienveillance d’adultes rencontrés au gré de leur parcours.

Le réalisateur capte avec pudeur et sensibilité, mais sans aucun misérabilisme, leurs doutes, leurs peurs mais aussi leurs rêves et leurs joies.
Sa caméra saisit quelques instants rares et puissants de leur quotidien, à l’instar de cette bouleversante séquence de confrontation téléphonique entre Aminata totalement déterminée dans son choix de vie et sa mère qui ne le comprend pas vraiment.
Ce fil ténu qui relie désormais ces adolescents à leurs parents restés dans leurs pays respectif en Afrique est au cœur du film, à travers des échanges téléphoniques et de ce fameux « Tout va bien » qui lui sert de titre.

En filmant ces adultes en devenir, avec respect, un peu comme des « super-héros » du quotidien, Thomas Ellis apporte une salutaire lueur d’espoir pour cette jeunesse venue d’ailleurs, volontaire, courageuse mais malheureusement trop souvent invisibilisée et mise en marge.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans