Au boulot ! Droit de réponse…

Au boulot ! Droit de réponse…

AU BOULOT !

Un film de Gilles Perret et François Ruffin
Scénario de François Ruffin et Gilles Perret
Documentaire– 2024 – France – 1h24

Sortie en salles le 6 novembre 2024

L’histoire
« C’est quoi ce pays d’assistés ? De feignasses ? » Sur le plateau des Grandes Gueules, l’avocate parisienne Sarah Saldmann s’emporte : « Le Smic, c’est déjà pas mal. » D’où l’invitation du député François Ruffin : « Je vous demande d’essayer de vivre, madame Saldmann, pendant trois mois, avec 1 300 €. – Admettons, mais une semaine, ça sera déjà pas mal. » Alors : peut-on réinsérer les riches ?

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ AU BOULOT ! marque la troisième collaboration entre François Ruffin et Gilles Perret après J’VEUX DU SOLEIL (2019) & DEBOUT LES FEMMES (2021).
Un film difficilement envisageable, notamment pour Gilles Perret.
Le réalisateur de LA FERME DES BERTRAND ou REPRISE EN MAIN pensait que réaliser un film sur « cette bourgeoise méprisante, arrogante qui achète un collier Lagerfeld à son chien qui traite les Français de « feignasses », de « bons à rien », serait au-dessus de ses forces !

Il a fallu toute la puissance de persuasion de son fidèle complice François Ruffin pour le convaincre de réaliser AU BOULOT !
Car, au final, le point de départ, façon « Rendez-vous en terre inconnue », n’est qu’un prétexte pour rencontrer et rendre hommage aux vrais héros et héroïnes du film, Louisa, auxiliaire de vie, Amine, le livreur de colis,  Ked, ouvrière dans une usine de découpe de poissons fumés, Nathalie, femme de chambre ou bien encore Mohamed et Illies, intérimaires à Grigny.

L’idée mutine proposé par le député cinéaste ne pouvait que faire des étincelles et donner du mordant au propos de ce film dopé à l’humour.
Fortes d’un décalage évident, les rencontres entre Sarah, la « pauvre petite fille riche » avec des hommes et des femmes en but à un quotidien souvent difficile interrogent, amusent, émeuvent et dérangent, tant le fossé social est grand et cruel.

2/ En donnant la parole aux gens insultés par l’avocate arrogante à longueur de plateaux télé, Gilles Perret & François Ruffin leur ont offert un véritable droit de réponse.
Certes, les échanges souvent assez francs et touchants n’auront duré que le temps du tournage de ce beau documentaire mais rêver d’un monde meilleur, plus généreux, même un instant, « C’est déjà ça » comme le chante si bien Alain Souchon.

« Célébrer ceux qui ne célèbrent pas. Pour une fois, j’aimerais lever mon verre à ceux qui n’en ont pas… À ceux qui n’en ont pas. » Stromae

A ce titre de Souchon qui ne figure pas dans le film, peut s’ajouter celui de Stromae « Santé », qui illustre, elle, parfaitement la jolie et très utopique séquence finale du tapis rouge.
Un moment, hors du temps, qui remet à l’honneur ces hommes et ces femmes qui illuminent AU BOULOT ! de leur intelligence du cœur.
Un cœur et une générosité qui semblent manquer cruellement à Sarah Saldmann, même si nous sommes tentés à 2-3 reprises de croire en son empathie, comme lorsqu’elle refuse qu’on la filme en train de pleurer, face à un témoignage bouleversant.
Mais le constat fait par les deux réalisateurs est implacable et la jeune femme disparait totalement de la fin du film et de la séquence évoquée plus haut. Preuve si besoin, qu’elle n’en était que le prétexte…

3/ Avec AU BOULOT ! Gilles Perret et François Ruffin évitent intelligemment le tourisme social qu’ils semblent tant redouter et nous livrent un film humble et généreux qui met l’accent sur l’importance de se sentir utile, notamment en travaillant…
AU BOULOT ! met aussi le doigt là où ça fait mal, à savoir l’injustice sociale.
Il n’est pas interdit de rire de certaines situations surréalistes, bien au contraire, mais nul doute que comme les autres films du duo, les réflexions que leur nouveau documentaire vont susciter provoqueront ensuite des débats salutaires ! Y’à plus qu’à…

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde – L’enfer au paradis…

Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde – L’enfer au paradis…

TROIS KILOMÈTRES JUSQU’À LA FIN DU MONDE

(Trei Kilometri Pana La Capatul Lumii)
Un film d’Emanuel Pârvu
Scénario d’Emanuel Pârvu, Miruna Berescu
avec Bogdan Dumitrache, Ciprian Chiujdea, Laura Vasiliu
Drame– 2024 – Roumanie – 1h45

Sortie en salles le 23 octobre 2024

L’histoire
Adi, 17 ans, passe l’été dans son village natal niché dans le delta du Danube. Un soir, il est violemment agressé dans la rue. Le lendemain, son monde est entièrement bouleversé. Ses parents ne le regardent plus comme avant et l’apparente quiétude du village commence à se fissurer.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ TROIS KILOMÈTRES JUSQU’À LA FIN DU MONDE dresse le portrait d’Adi qui n’aspire qu’à l’amour et la tranquillité mais dont le destin vire subitement au cauchemar.  Le jeune homme doit faire face, du jour au lendemain, au poids terrible de la rumeur, au mensonge, à la calomnie et surtout, peut-être à l’incompréhension et au rejet de sa famille.
Triste récit d’une homophobie larvée et ordinaire qui fait froid dans le dos.

Ce troisième et puissant long métrage de l’acteur, réalisateur et metteur en scène roumain, Emanuel Pârvu lui a valu de recevoir, en mai dernier, la très méritée Queer Palm au Festival de Cannes 2024.

2/ A travers l’histoire terrifiante du drame vécu par Adi, Emanuel Pârvu dépeint une société repliée sur elle-même et gangrénée par une forme de corruption quasi généralisée. Le village natal d’Adi devient ainsi une prison à ciel ouvert dont le jeune homme n’a de cesse, dès lors, de s’évader.  

Mais, à l’instar d’illustres prédécesseurs tels que Cristi Puiu avec LA MORT DE DANTE LAZARESCU ou Corneliu Porumboiu avec 12H08 À L’EST DE BUCAREST (Caméra d’Or à Cannes en 2006), Emanuel Pârvu manie habilement l’ironie.
Le réalisateur use par instants d’un humour noir surprenant mais salvateur pour dénoncer l’absurdité de certaines réactions et situations.  

3/ Enfin, il convient de saluer le choix judicieux d’Emanuel Pârvu d’ancrer son dramatique récit en plein été dans un village retiré (uniquement atteignable par bateau), niché au cœur des magnifiques paysages du delta du Danube.

Le remarquable travail du chef opérateur Silviu Stavilăl sur la lumière et les couleurs chatoyantes qui baignent le village, offre un contraste saisissant avec l’étroitesse d’esprit des personnages et la noirceur du propos.  

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Barbès, little Algérie – Bienvenue chez Hassan…

Barbès, little Algérie – Bienvenue chez Hassan…

BARBÈS LITTLE ALGÉRIE

Un film d’Hassan Guerrar
Scénario d’Hassan Guerrar, Rachid Benzine, Audrey Diwan, Peter Dourountzis
Avec Sofiane Zermani, Khalil Gharbia, Khaled Benaissa, Eye Haïdara, Clotilde Coureau …
Comédie dramatique – 1h33 – France

Sortie en salles le 16 octobre 2024

L’histoire
Malek, la quarantaine, célibataire, vient d’emménager à Montmartre et accueille bientôt chez lui son neveu Ryiad fraîchement arrivé d’Algérie. Ensemble ils découvrent Barbès, le quartier de la communauté algérienne, très vivant, malgré la crise sanitaire en cours. Ses rencontres avec les figures locales vont permettre à Malek de retrouver une part de lui qu’il avait enfouie, de renouer avec ses origines et de commencer à faire le deuil de ses disparus.

L’avis Cin’Écrans ***1/2

Bien connu des professionnels du cinéma et notamment des journalistes, l’attaché de presse Hassan Guerrar est passé derrière la caméra, pour la première fois, il y a quelques mois.

Pari gonflé et réussi pour ce cinéphile passionné qui signe avec BARBÈS LITTLE ALGÉRIE coécrit avec Audrey Diwan, Rachid Benzine et Peter Dourountzis, une œuvre à son image, foisonnante, foutraque, pleine de vie et d’humanité.
Peinture piquante d’un quartier en perpétuelle ébullition, avec son entraide, son langage mais aussi quelquefois sa violence, le film est doublé du portrait attachant de quelques un de ses habitants dont Malek, interprété par l’excellent Sofiane Zermani.

« … Je connaissais Barbès, aujourd’hui, j’aime Barbès » Sofiane Zermani

Celui que l’on connait aussi sous son nom de scène, Fianso, confirme ici qu’il faudra désormais compter avec l’acteur qu’il est désormais (on le reverra, notamment d’ici quelques mois dans REINE MÈRE de Manele Labidi aux côtés de Camélia Jordana).
L’acteur rappeur et producteur est ici très bien entouré puisqu’Hassan Guerrar lui a donné pour partenaires Khalil Gharbia, Khlaed Benaissa (inénarrable personnage de Préfecture), Eye Haïdara ou bien encore Clotilde Courau

En partageant avec les spectateurs son regard plein de tendresse et souvent amusé sur les habitants de Barbès dont de nombreux binationaux, Hassan Guerrar signe une chronique colorée et généreuse  qui ne laisse pas indifférente et donne envie de se balader au coeur de Barbès. 

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le + Cin’Écrans

C’est à l’occasion de la présentation de BARBÈS LITTLE ALGÉRIE au Festival du film francophone d’Angoulême que j’ai eu le grand plaisir de retrouver Hassan Guerrar, incontournable attaché de presse cinéma, grâce à qui j’ai pu réaliser de très nombreuses et belles interviews au fil des…. dernières années !
Cette fois, c’est le coscénariste et réalisateur que j’ai pu interroger à propos de ce premier film très personnel.
Une rencontre bouillonnante et passionnée que j’ai pu poursuivre ensuite avec deux de ses magnifiques interprètes Eye Haïdara & Sofiane Zermani.

INTERVIEW HASSAN GUERRAR, SOFIANE ZERMANI & EYE HAÏDARA

Sauvages « S.O.S de terriens en détresse » 

Sauvages « S.O.S de terriens en détresse » 

SAUVAGES

Un film de Claude Barras
Scénario de Catherine Paillé, Claude Barras, Nancy Huston & Morgan Navarro
avec les voix de Babette De Coster, Martin Verset, Laetitia Dosch, Benoit Poelvoorde, Pierre-Isaie Duc, Michel Vuillermoz, Gaël Faye, Sailyvia Paysan
Animation – 2024 – Suisse/France/Belgique – 1h27

Sortie en salles le 16 octobre 2024

L’histoire
À Bornéo, en bordure de la forêt tropicale, Kéria recueille un bébé orang-outan trouvé dans la plantation de palmiers à huile où travaille son père. Au même moment Selaï, son jeune cousin, vient trouver refuge chez eux pour échapper au conflit qui oppose sa famille nomade aux compagnies forestières. Ensemble, Kéria, Selaï et le bébé singe baptisé Oshi vont braver tous les obstacles pour lutter contre la destruction de la forêt ancestrale, plus que jamais menacée.

3 bonnes raisons de voir ce film

1/ Si vous avez aimé MA VIE DE COURGETTE, il y a maintenant 8 ans, vous allez adorer SAUVAGES, le nouveau long-métrage de Claude Barras intégralement et remarquablement réalisé, lui aussi, en Stop motion.
Avec cette fable écolo vibrante, véritable plaidoyer contre la déforestation, le scénariste-réalisateur suisse nous régale d’une nouvelle pépite animée.

L’humour véhiculé par le film et le message humaniste, mais jamais donneur de leçon, délivré par son réalisateur font que SAUVAGES passionnera sans aucun doute les enfants.

Ajoutez à cela un univers visuel chatoyant, des personnages hauts en couleurs au langage moderne, et vous obtenez une œuvre qui séduira, sans aucun doute, toutes les générations.
Elle pourrait même provoquer quelques belles et passionnantes discussions entre petits et grands.

2/ Très (trop) souvent, les films d’animations s’offrent un casting de voix « stars » qui facilite évidemment leur promotion.
Si le résultat est souvent probant, il s’avère parfois anecdotique. Il convient donc de saluer ici l’excellente idée d’avoir confié certains personnages clés et adultes du film à des personnalités vocales fortes et très identifiables. Laetitia Dosch, Benoît Poelvoorde, Michel Vuillermoz (déjà présent sur MA VIE DE COURGETTE) et Gaël Faye.
Jamais leur signature vocale ne vient parasiter un propos qui pourrait se suffire à lui-même, bien au contraire.
Chacun.e offre à son personnage, une véritable personnalité et un timbre singulier qui participent grandement, aussi, au charme du film.

3/ On connait le « bon » goût de Claude Barras pour la musique avec notamment l’utilisation d’une sublime version de la chanson de Noir Désir « Le vent nous portera » par Sophie Hunger dans MA VIE DE COURGETTE.

Dans SAUVAGES, c’est « Tous les cris, les S.O.S. », un des derniers et très beau titres de Daniel Balavoine que le réalisateur a choisi pour illustrer, notamment, son générique de fin.
Un choix musical judicieux qui touche au cœur, tant les paroles de ce tube des années 80 résonnent avec le propos du film, quelque part entre espoir et désespoir.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

 

L’histoire de Souleymane, édifiante et bouleversante !

L’histoire de Souleymane, édifiante et bouleversante !

L'HISTOIRE DE SOULEYMANE

Un film de Boris Lojkine
Scénario de Boris Lojkine & Delphine Agut
Avec Abou Sangare, Alpha Oumar, Nina Meurisse, Emmanuel Yovanie…
Drame – Thriller – 1h33 – France

Sortie en salles le 9 octobre 2024

L’histoire
Tandis qu’il pédale dans les rues de Paris pour livrer des repas, Souleymane répète son histoire. Dans deux jours, il doit passer son entretien de demande d’asile, le sésame pour obtenir des papiers. Mais Souleymane n’est pas prêt.

L’avis Cin’Écrans *****

L’HISTOIRE DE SOULEYMANE fait plus que confirmer tout le bien que nous pensions du cinéma de Boris Lojkine, passé avec talent du documentaire à la fiction avec HOPE en 2014 et CAMILLE en 2019.
Avec son troisième film de fiction, le réalisateur nous offre une œuvre remarquable et redoutablement efficace, à mi-chemin entre le thriller et le drame social.

Boris Lojkine n’a pas voulu user d’artifices pour ce récit ancré dans le réel. Il a ainsi fait le choix de partis-pris artistiques radicaux et judicieux (très peu de lumière artificielle, pas de musique, énorme travail sur le son…).
Une volonté farouche du cinéaste qui donne au film une grande partie de sa puissance et procure aux spectateurs que nous sommes, la sensation d’une plongée en apnée dans Paris la nuit et dans la vie trépidante de Souleymane. Un jeune homme volontaire mais souvent désarmé face aux terribles réalités du quotidien, en quête de reconnaissance, de survie…

« …Je trouve ça bien qu’un film ne nous dise pas trop quoi penser… » Boris Lojkine

Saluons l’intelligence du metteur en scène qui ne se pose jamais en donneur de leçon mais qui, grâce à un formidable travail d’enquête préalable sur la situation qu’il décrit, nous offre un film puissant et essentiel.

L’HISTOIRE DE SOULEYMANE nous offre le privilège de découvrir pour la première fois sur un écran Abou Sangare, 23 ans, un jeune acteur Guinéen non professionnel primé à Cannes pour sa prestation en tous points renversante. Un comédien né dont le visage, la voix et l’intensité de sa présence vont nous marquer durablement.

Au moment où sont écrites ces lignes, Abou Sangare, arrivé en France en 2017, est toujours sans papiers et sous OQTF, malgré trois demandes de titre de séjour et un travail reconnu de mécanicien.
Une quatrième demande est en cours et le préfet de la Somme a sollicité un réexamen de sa situation. “En raison du parcours d’intégration de l’intéressé”…

On ne peut que lui souhaiter le meilleur pour la suite et d’obtenir enfin la régularisation tant espérée.

Jean-Luc Brunet / Cin’Écrans

Le + Cin’Écrans

Fin août, trois mois après avoir bouleversé les festivaliers cannois, Abou Sangare était au Festival du film francophone d’Angoulême en compagnie de son metteur en scène Boris Lojkine pour y présenter L’HISTOIRE DE SOULEYMANE.
L’occasion pour nous d’en savoir plus sur leur collaboration.

INTERVIEW BORIS LOJKINE & ABOU SANGARE